Interview: Omar Sy

//Interview: Omar Sy

Interview: Omar Sy

Il est grand, beau, intelligent, talentueux, drôle, humble et chaleureux… Omar Sy a-t-il un défaut ? Si oui, on ne l’a pas encore trouvé. Ah si, il vapote ! Sinon, c’est toujours un immense plaisir de converser avec lui. Surtout à propos de Yao, le nouveau film de Philippe Godeau, dans lequel il joue un acteur célèbre qui retourne dans le pays d’origine de ses parents, le Sénégal pour y faire la promo de son autobiographie. Un rôle qui a de fortes résonances avec son propre vécu et pour lequel Omar s’est totalement investi

Ce film a-t-il été pour vous, comme pour votre personnage, l’occasion d’un retour à vos racines ?

Oui et non, car c’est quelque chose que j’ai vécu bien avant le film. Nous allions souvent au Sénégal quand j’étais petit et lorsque j’ai eu 19 ans j’ai traversé le pays en voiture avec mon père. Il m’a montré les endroits qui lui étaient chers et m’a raconté son histoire et celle de notre famille. C’est un voyage qui m’a profondément transformé et qui a sans doute dessiné, dans les grandes lignes, la personne que je suis aujourd’hui. Le film fait un peu référence ça. Du coup, j’ai refait le voyage en sens inverse après le tournage, avec mon père et mon frère. À l’époque, on était parti du village de ma mère, en Mauritanie, pour aller à Dakar, Là, on a fait le voyage de Dakar en Mauritanie.C’était très chouette…

On vous a déjà traité de « Bounty » (nègre blanc) comme votre personnage ?

Non, j’ai toujours eu un accueil super au Sénégal, où les gens sont très gentils avec moi.Je ne me sens pas du tout « Bounty », mais j’aime bien cette scène qui montre qu’on peut subir du racisme même dans son pays d’origine. Ce n’est pas évident de se sentir chez soi dans un pays dont on est originaire, mais où on n’a pas vécu. C’est bien de montrer ça à ceux qui vous disent : « Si t’es pas content t’as qu’à rentrer dans ton pays »

Se sent-on différent après un film comme celui-là ?

Il y a toujours des choses qui restent. Le fait de l’avoir fait, c’est déjà une satisfaction.Je suis content qu’il existe et que les gens puissent le voir. Retourner au Sénégal, c’était bien aussi. Cela faisait 8 ans que je n’y étais pas revenu et ça m’a rappelé combien c’était important.

Il y a une forme de transmission avec ce film que vous avez coproduit…

Oui, Philippe Godeau me l’a proposé et j’étais heureux de le faire car cela avait du sens.Nous l’avons dédié à nos pères. J’espère qu’il permettra à mes enfants de se souvenir d’où on vient.C’est une chance pour eux d’avoir plusieurs cultures.,

Pourquoi avoir choisi de les élever aux États-Unis ?

Je suis parti pour que mes enfants grandissent avec un père anonyme. Je n’avais pas les clés pour les élever comme un père célèbre.Je ne sais pas comment on fait pour protéger un enfant quand on est un personnage public. Dans l’anonymat, j’avais plus de repères pour être le père que j’entends être.

L’élection de Donald Trump ne vous a pas donné envie de revenir ?

Le retour en France n’est pas à l’ordre du jour, mais bien sûr je regarde ça de près : Trump c’est l’homme qui gouverne le pays dans lequel mes enfants sont élevés. Ça me préoccupe, mais pas plus, au fond, que si je vivais dans un autre pays.Les USA sont tellement puissants qu’on n’est à l’abri de leur pouvoir nulle part.

Qu’est-ce que cela vous fait d’être toujours au coude à coude avec JJGoldman dans le classement des personnalités préférées des Français ?

C’est très agréable et j’en suis très reconnaissant. Je pensais y retrouver l’équipe de France de foot, mais non. Moi je l’aurais mise. Goldman, que je n’ai jamais rencontré hélas, a beaucoup compté dans mon histoire.Sa chanson « C’est ta chance » a beaucoup résonné pour moi. Cela me plaît bien d’être associé à lui de cette manière…

Est-ce que cela implique pour vous une forme de responsabilité ?

Non, je ne me sens pas responsable de ça, parce que je ne l’ai pas cherché, ni provoqué, La responsabilité je n’en veux pas.Je veux rester libre. Je réagis spontanément quand j’en éprouve l’envie et le besoin, mais ça ne m’oblige en rien. Ce n’est pas un engagement. L’engagement ça passe par l’intellect et moi je ne suis pas un intellectuel, loin de là. Je réagis par ressenti, c’est viscéral.

Comme quand vous prenez fait et cause pour ce jeune migrant de Tours ?

Je suis heureux que ça se soit arrangé pour lui. C’était du bon sens. Cela me paraissait anormal qu’on le déplace et je l’ai dit.Mais je n’ai rien fait d’autre que rapporter.Je suis un cafteur en fait, je ne fais rien de plus que cafter.Après, c’est le combat de sa famille d’accueil qui compte. Ce sont des gens exceptionnels.Ce que je fais moi, par rapport à eux, ce n’est rien du tout.

Vous arrive-t-il de trouver la célébrité pesante ?

On ne reçoit jamais trop d’amour. Je ne boude pas ça. Je sais aussi comment faire pour éviter les débordements. Quand on n’est pas disponible pour le public, il suffit de pas se montrer.C’est aussi simple que ça…

Tourner avec Harrison Ford dans L’appel de la forêt, c’était un gros kif ?

Et comment ! Harrison Ford a un charisme impressionnant. J’avais l’impression de me retrouver à 12 ans devant Han Solo dans Star Wars ! Pour le coup, le gamin du film, c’était moi.Ça me le fait à chaque fois : j’ai l’impression de rentrer dans mes films préférés.Après, je suis toujours épaté par le professionnalisme et le naturel des acteurs américains devant la caméra, C’est un peu étrange de se retrouver dans la position du mec qui n’a rien à foutre là, mais j’aime bien (rires)

Vous allez jouer Arsène Lupin dans une série Netflix… En attendant James Bond ?

Quand j’ai su qu’ils prendraient peut-être un acteur black pour être le prochain James Bond, je me suis renseigné.Il y a des critères précis.Avant tout, il doit être anglais. Et là, j’ai pas bon.Dommage ! 

Vous reverra-t-on en duo avec Fred Testot ?

On n’a pas de projets en ce sens, mais j’aimerais bien qu’on se retrouve pour faire quelque chose ensemble.On s’est rencontrés à Cannes avec Fred.Je suis allé plusieurs fois chez lui à la Colle sur loup et on allait faire la fête à Nice avec ses copains d’enfance. J’en garde de super souvenirs.

By |février 3rd, 2019|Categories: Cinéma|0 Comments

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