Interview : Guillaume Canet

//Interview : Guillaume Canet

Interview : Guillaume Canet

 

Quelques tours de pistes au Jumping de Cagnes-sur-Mer et la perspective de retrouver son copain Matthieu Chedid après son concert de Nikaïa : il n’en fallait pas plus pour mettre Guillaume Canet d’excellente humeur pour l’avant-première de son nouveau film à Nice. Accompagné de François Cluzet, qui y retrouve son rôle de chef de bande maniaco-dépressif, l’acteur-réalisateur présentait Nous finirons ensemble, la suite attendue des Petits mouchoirs, qui  a fait un démarrage en trombe au box office le 1er mai…

Pourquoi avoir attendu si longtemps pour tourner la suite d’un film qui avait fait plus de 5 millions d’entrées ?
Ça peut paraître étrange, mais en fait je n’ai pas vraiment pu me réjouir du succès des Petits mouchoirs. C’est un film que j’ai écrit très vite dans un état de tristesse et de colère, parce que je venais de passer un mois et demi à l’hosto et qu’aucun de mes copains n’était venu me voir, alors que j’avais failli y passer. Le tournage n’a pas été facile et le jour de la sortie, un autre de mes potes s’est tué. Il m’a fallu tout ce temps pour ne serait-ce qu’envisager la possibilité de faire une suite, alors que tout le monde me la réclamait.

Qu’est ce qui vous a décidé à passer à l’acte ?
Après Rock’n’Roll, j’ai pris conscience de tout ce qui avait changé autour de moi, du fait que je n’avais plus les mêmes fréquentations, que mes priorités étaient différentes. Des potes s’étaient mariés, avaient eu des enfants, s’étaient séparés… Il y avait, à nouveau, des choses à raconter sur l’amitié.

Tous les autres étaient d’accord pour une suite ?
Oui, sans exception. Si plus d’un avait dit non, je ne l’aurais pas fait. Mais ils m’ont tous dit banco, alors que le scénario n’était même pas encore écrit.

Et quelle a été leur réaction en le découvrant ?
Il y a eu un long silence de mort méga flippant après la lecture que j’avais organisée ! (rires) Après ça, ils se sont déchaînés : « Ça, c’est pourri », « Ça, on s’en fout », « Mon personnage ceci », « Mon personnage cela » Un vrai bashing ! Mais comme aucun n’a dit qu’il se retirait, je suis reparti en écriture plein d’énergie et d’idées constructives. Ce film-là, non seulement on l’a fait à plusieurs, mais on l’a quasiment écrit ensemble.

« Ensemble », c’est le mot-clé du film, non ?
Absolument. C’est pour ça que le film ne s’appelle pas Les Petits mouchoirs 2. Les personnages ont évolué : ils n’en sont plus à mettre des petits mouchoirs sur des gros bobards, comme dans le premier. Ils sont devenus plus cash, n’ont plus de temps à perdre avec les mensonges. Ils se disent leurs quatre vérités. Mais le parcours de Max (François Cluzet), qui a coupé les ponts avec les autres et qui les voit débarquer au cap Ferret pour son 60e anniversaire, montre que leur amitié est ce qui leur permet d’avancer. Seul, isolé, il n’y arrive plus.

La symbolique est presque politique…
Ne nous emballons pas : c’est l’histoire d’une bande de potes qui se retrouvent au cap Ferret pour faire la fête. Mais s’il y a un message positif à retenir, c’est que, dans la société actuelle, rien ne peut se faire isolément. Si on ne décide pas, tous ensemble, d’arrêter de bouffer de la merde et de faire quelque chose pour le climat, rien ne bougera. Ce ne sont pas les industriels, ni les hommes politiques, qui vont changer quoi que ce soit. La seule manière de faire bouger les choses, c’est de décider ensemble de le faire. Que ce soit pour changer la société ou arrêter de bousiller la planète…

On vous sent plus engagé. Pourtant, dans le film, vous faites dire à Marion que ça ne sert plus à rien…
Son personnage est représentatif du délire négatif dans lequel sont beaucoup de gens aujourd’hui. Et, singulièrement, ceux qui se sont le plus battus pour que ça change. Elle a baissé les bras. La société la dégoûte au point qu’elle est incapable d’aimer son petit garçon parce qu’il représente pour elle une génération qui ne pense qu’à consommer. Mais la suite montre qu’elle se trompe et qu’elle l’aime plus que tout. Le titre du film renvoie à Nous ne vieillirons pas ensemble pour dire qu’il faut, au contraire, se battre et faire des efforts pour vivre ensemble. Parce que c’est la seule manière d’avancer.

Le leitmotiv des personnages est pourtant : « Ce n’est pas parce qu’on est amis depuis 20 ans qu’on est obligé de le rester ». N’est-ce pas contradictoire ?
C’est d’abord un constat : si on ne partage plus rien, ça ne sert à rien de se dire ami. L’amitié, c’est comme le couple : ça demande un investissement réciproque, sinon ça dépérit. C’est le sens de la phrase en question : rien n’est jamais acquis.

Leurs rapports avec leurs enfants sont difficiles. Pourquoi ?
Ce n’est pas facile d’être de bons parents. On n’a pas toujours l’attitude ou le discours qu’il faut. C’est important de le reconnaître et, pour moi, de le montrer. Longtemps, j’ai eu peur que mon fils soit perturbé par l’arrivée de sa petite sœur. Du coup, j’ai mis trop de temps à lui donner l’attention qu’elle nécessitait, je le reconnais. C’est peut-être très personnel, mais je parle des choses que je connais. Si on veut que ça devienne universel, il faut que ça ait d’abord une résonance personnelle forte en soi.

Comment se sont passées les retrouvailles de toute la bande ?
Bien que certains soient devenus entre-temps de véritables stars, ça a été beaucoup plus facile à gérer que sur le premier. Les films choraux, même avec des potes, c’est plus dur à faire que ça n’en a l’air. Si on veut que chaque personnage puisse exister à l’écran, il faut prendre du temps pour chacun. Pendant ce temps-là, les autres ont l’impression de faire de la figuration. Les scènes de repas, par exemple, il faut les refaire un paquet de fois pour que tout le monde ait la parole. Des fois, je voyais bien que ça les gonflait, même si on tournait à deux caméras pour capter les réactions des autres pendant qu’on en avait un en gros plan. Il y avait aussi une contradiction, de ma part, entre le fait de leur demander de s’amuser et de faire les cons, comme des potes qui se retrouvent, et la nécessité de rester concentré sur leur jeu et celui des autres. J’avais aussi envie de m’asseoir avec eux et de rigoler, mais je ne pouvais pas. Au final, ils ont tous tellement gagné en maturité et en expérience que ça, c’est beaucoup mieux passé que la première fois. Je les ai trouvés plus professionnels, plus à l’écoute, plus respectueux les uns des autres… Même s’il y avait encore des tensions.

Pourquoi ?
Quand on se connaît depuis longtemps et qu’on est potes, on fait moins d’efforts pour se dire les choses, on y met moins de formes. Du coup, ça peut vite clasher. Marion me le reproche souvent. Je l’ai, moi-même, reproché à Gilles sur Le Grand bain et il me l’a reproché sur celui-là… C’est difficile à éviter. Mais j’ai moi aussi gagné en maturité et je me laisse moins aller dans l’émotion.

Fallait-il que chacun ait le même temps d’écran ?
Heureusement que non, sinon le film durerait 5 heures ! (rires) Mais je tenais à ce que ça reste équilibré parce que la star du film, c’est le groupe, pas un personnage en particulier. Après, il faut quand même gérer les ego : on a fait trois affiches différentes pour que chacun soit au premier plan (rires).

Dans quel état d’esprit êtes-vous avant la sortie ?
Je flippe à mort ! (rires) Je sais qu’il est très attendu et je le trouve plus humain, plus profond, plus tenu que le premier. Moins dans la satire et le pathos. J’ai envie qu’on l’aime ! Ce n’est pas une question de nombre d’entrées, mais ça me chagrinerait que les gens ne l’aiment pas…

 

 

By |mai 3rd, 2019|Categories: Cinéma|0 Comments

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