Gloria Mundi

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Gloria Mundi


Le Pitch

Daniel (Gérard Meylan) sort de prison où il était incarcéré depuis de longues années et retourne à Marseille. Sylvie (Ariane Ascaride), son ex-femme, l’a prévenu qu’il était grand-père : leur fille Mathilda (Anaïs Demoustiers) vient de donner naissance à une petite Gloria. Le temps a passé, chacun a fait ou refait sa vie… En venant à la rencontre du bébé, Daniel découvre une famille recomposée qui lutte par tous les moyens pour rester debout…

Ce qu’on en pense

Le compagnonnage politique et cinématographique qu’entretiennent depuis des lustres l’anglais Ken Loach et le marseillais Robert Guédiguian n’a peut-être jamais été aussi évident que dans leurs derniers films.Sorry We Missed You et Gloria Mundi dénoncent tous les deux l’uberisation de la société, cette nouvelle incarnation du capitalisme, qui conduit les ouvriers à troquer leurs droits sociaux si chèrement acquis contre l’illusion d’un auto-entreprenariat triomphant. Mais là où Ken Loach fait de ses héros de pures victimes du système, Guédiguian, dans ce qui est sans doute son film le plus noir depuis La ville est tranquille, montre qu’ils en sont aussi les complices : « On sait que le système a gagné quand les opprimés adoptent le discours des opprimeurs » nous dit en substance Gloria Mundi. Et c’est effectivement ce que font presque tous les personnages du film. A commencer par Mathilda (Anaïs Demoustier), jeune maman qui n’arrive pas à garder un boulot et qui comprend parfaitement que sa patronne la licencie (« C’est ce que je ferais si j’avais une employée comme moi »). Aurore (Lola Naymark), sa demi-sœur, qui croit avoir réussi parce qu’elle tient une boutique de dépôt-vente avec son mari Bruno (Louis Leprince-Ringuet), n’en veut d’ailleurs pas comme vendeuse. Bruno, lui, monnaye sans vergogne une vague promesse d’embauche contre du sexe,  pendant que Nicolas (Robinson Stevenin), le mari de Mathilda chauffeur de VTC, se fait casser la gueule par des taxis… Bonjour l’image de la jeunesse ! Mais leurs parents ne valent pas beaucoup mieux. Le père d’Aurore (Jean-Pierre Darroussin) laisse faire sans rien dire et sa femme Sylvie (Ariane Ascaride, primée à Venise pour ce rôle) refuse désormais de faire grève avec ses collègues pour améliorer son sort de technicienne de surface. Tous ont de bonnes raisons et on ne leur en veut pas (à part pour Bruno, le méchant de l’histoire). Mais, alors que le film s’ouvre sur une promesse d’avenir (la naissance de Gloria), le constat d’échec est terrible pour le vieux militant qu’est Robert Guédiguian. Heureusement, il y a Daniel (Gérard Meylan, plus christique que jamais) qui, après de longues années d’emprisonnement, découvre ce nouveau monde avec effarement. Son sacrifice rachètera peut-être leurs fautes, à défaut de changer le cours des choses.  Ainsi passe la gloire du monde ouvrier… Et demeure celle de Robert Guédiguian, qui signe ici un de ses plus beaux films.

By |novembre 28th, 2019|Categories: Cinéma|0 Comments

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