Madre

Madre

Par Philippe DUPUY

Le pitch

Dix ans se sont écoulés depuis que le fils d’Elena, alors âgé de 6 ans, a disparu. Dévastée depuis ce tragique épisode, sa vie suit son cours tant bien que mal. Jusqu’à ce jour où elle rencontre un adolescent qui lui rappelle furieusement son garçon disparu

Ce qu’on en pense

Nouveau prodige du cinéma espagnol, Rodrigo Sorogoyen , découvert avec un film policier (Que Dios Nos Perdone) et confirmé avec un thriller politique (El Reino),  s’attaque au drame intimiste avec Madre. Le film s’ouvre sur la scène qui l’a inspiré : elle est tirée d’un court métrage que Sorogoyen avait réalisé comme un thriller. Dans un plan séquence comme les affectionne le réalisateur espagnol, on voit une jeune femme, Elena (Marta Nieto, beauté anguleuse) se prendre la tête avec sa mère dans un appartement bourgeois,  quand leur discussion est interrompue par un coup de fil. C’est le fils d’Elena, 6 ans, qui ne retrouve plus son père sur la plage des Landes, où ils sont en vacances. Il va faire nuit, la plage est déserte, le portable sur lequel il appelle n’a plus de batterie et l’enfant raconte qu’un homme l’observe à distance et lui fait peur. Le mobile s’éteint alors que l’homme approche et que l’enfant court pour s’échapper…  Dix ans plus tard, on comprend qu’Helena a désespérément cherché son fils et qu’elle a échoué là, sur la plage du Vieux Boucau,  où elle travaille comme serveuse dans un restaurant. D’une ellipse,  on est passé du thriller au drame intimiste. Celui d’une mère qui croit peut-être reconnaître son fils dans un jeune garçon en vacances, Jean,  qui pourrait avoir son âge. Qui le suit jusque chez lui,  comme elle a déjà dû le faire avec d’autres (les gens du coin l’appellent  “la folle de la plage“), se rend à l’évidence qu’il a de vrais parents (Anne Consigny-Fréderic Pierrot) et fait demi tour pour rentrer chez elle. Mais le garçon  (Jules Porier, très naturel) a vu le manège. Le lendemain, il  vient au restaurant la draguer sans complexe, sûr de son pouvoir de séduction. Une relation étrange se noue entre les deux : elle en quête de maternité,  lui dans le désir d’un amour de vacances. Tout se passe au vu et au su de leur entourage,  qui a peur de  comprendre ce qui se passe. Héléna a une jolie relation avec un Espagnol de son âge (Alex Brendemühl, dans un rôle à la Sergi Lopez) qui voudrait qu’elle vienne s’installer chez lui. Jean ne manque pas de sollicitations dans la bande avec laquelle il traîne… Pourtant les deux s’attirent comme des aimants.   Sorogoyen tient le film sur ce fil ténu, sans verser dans le mélo, l’étude psychologique,  ni la romance intergénérationnelle. Dénué de toute complaisance, le film est pourtant d’une grande douceur. A  l’image de l’amour qui sauvera peut-être les deux protagonistes. Madre fait partie de ces films qui font leur chemin dans l’esprit du spectateur longtemps après le noir. Une oeuvre forte et attachante. 

By |juillet 22nd, 2020|Categories: Cinéma|0 Comments

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