Interview : Emmanuel Mouret

//Interview : Emmanuel Mouret

Interview : Emmanuel Mouret

Par Pauline Smile

Présenté au Festival du film francophone d’Angoulême, Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait, dernier long métrage d’Emmanuel Mouret, pose un regard tendre sur la complexité des relations amoureuses. A l’occasion de sa sortie, nous sommes allés à la rencontre du réalisateur marseillais… 

Pourquoi avoir choisi ce titre ? On a l’impression qu’il y a derrière, un petit sourire… 

Oui il y a les choses qu’on dit, les choses qu’on fait…C’est un titre qui pour moi ne prend pas le pied moralisateur des reproches qu’on pourrait faire. Il est plein de sollicitude et de tendresse, presque une ironie tendre et j’aimerais que le spectateur soit plongé à porter un regard indulgent sur notre inconstance, nos faiblesses et le cours des choses qui peut-être, a des effets sur certains engagements. 

Votre regard de cinéaste s’axe beaucoup sur les jeux de regards, ce qui fait écho à la voix off. Comment avez-vous établi votre travail du cadrage ?  

Le travail du cadre c’est un peu l’essentiel du film et si je devais résumer simplement la mise en scène, je dirais que c’est choisir ce qu’on montre et ce qu’on ne montre pas et savoir si ce qui est montré doit l’être de près ou de loin. Et c’est vrai, en tout cas dans ce film, qu’il y avait une attention particulière à ce qu’on soit dans une sorte de mouvements où les personnages sont quasiment toujours en déplacements. Comme si le temps n’était jamais vraiment fixé. Ils se déplacent dans le cadre, apparaissent, disparaissent, de près, de loin, de dos. 

Quel rapport avez-vous avec la fidélité/l’infidélité puisque c’est un thème qui, chez vous, revient d’un film à l’autre comme une sorte de fil conducteur à votre filmographie ?  

Je ne porte pas de jugement sur la fidélité ou l’infidélité. La fidélité est un vœu, une volonté que certains parviennent à réaliser un temps donné et qu’un temps donné d’autres ne parviennent pas parce que des évènements surgissent. Mais ce sont des mots qui ont des consonnances morales très fortes. Dans ce film, ce sont des personnages qui n’arrivent pas à être complètement fidèles. Mais ils ne sont pas tellement infidèles dans le sens où ils ont un attachement profond pour l’autre. J’ai entendu quelqu’un dire cette phrase très belle: l’infidélité ne consiste pas à aimer quelqu’un d’autre, c’est faire croire à quelqu’un qu’on l’aime alors qu’on ne l’aime plus. Or, là, on trouve surtout des personnages qui aiment deux personnes. Ce n’est pas de l’infidélité car l’infidélité est dans la relation.  

Dans votre long métrage, le mensonge est également présent, notamment avec le personnage que joue Emilie Dequenne… 

Oui le mensonge est très cinématographique. Son personnage opère une manipulation, une machination qui en soi, n’est pas mauvaise. Le mensonge peut être autant une trahison qu’une attention, qu’un égard, une vertu presque. C’est une chose qui m’intéresse. Ne pas s’en prendre au mensonge en tant que tel.  

Niels Schneider n’était pas votre choix premier. Comment avez-vous établi le casting ?  

Je ne trouvais pas de comédien pour ce rôle et l’on m’avait parlé de Niels Schneider, que ce serait bien que je le rencontre et effectivement, j’ai été convaincu. En voyant sa classe, cette assurance, son charisme, je ne pensais pas que ce rôle était pour lui. Son personnage est timide, réservé, pas du tout sûr de lui et il s’y reconnaissait pourtant totalement. Et lors des essais avec Camélia Jordana, ça paraissait évident. Il y a quelque chose de l’ordre du désir et le désir fait perdre ses moyens. Niels incarne cette fragilité. Et je trouve que Camélia qui est un caractère fort, allait très bien avec lui.  

Vos personnages principaux masculins se ressemblent d’un film à l’autre, caractérisés par une maladresse tendre, ils sont amoureux. Concevez-vous ces derniers comme une sorte de continuité à vos projets ? 

Je ne pense jamais en termes de personnages. Ce qui m’intéresse ce sont les situations. Je n’aime pas l’idée de psychologie mais au contraire qu’ils soient des résultantes de situations. Et quand j’écris, je me mets à la place de chacun et il y a donc forcément un rapport avec mon intimité.  

Le fait que vous ne jouiez plus dans vos films. Est-ce une volonté ou un concours de circonstances ? 

Ca n’a jamais été une volonté de ma part de jouer dans mes films. Quand j’ai joué dans mon premier métrage, Promène-toi donc tout nu !, c’était mon projet de fin d’étude et c’était l’élève producteur qui me l’avait demandé. Dans mon premier long métrage, Laissons Lucie faire mon producteur m’a dit : je te produis à condition que tu joues dedans. Et comme le film n’a pas marché, je me suis dit plus jamais ! Je n’ai donc pas joué dans le suivant Vénus et Fleur. Pour Changement d’adresse, un jour arrive une actrice, Frédérique Bel, et la directrice de casting avait dû partir rapidement donc le producteur prend la caméra et moi je lui donnais la réplique. Et une fois partie, il me dit : c’est évident, ce rôle, tu dois le faire ! Et comme le film a eu un bel accueil, mon producteur m’a dit de jouer dans le suivant. Après, il y a des films comme Mademoiselle de Joncquières où il n’y avait pas de rôles pour moi et où j’ai pris plaisir à ne pas jouer pour rester tout entier à la mise en scène.  

Vous travaillez sur un nouveau projet ? 

On est toujours sur un autre projet. La question est de savoir, lequel sera réalisé en premier.  

Justement,réaliser un projet que vous n’avez pas écrit, ça vous intéresse ? 

Je ne pense pas que ça existe dans ce genre de cinéma. Même Billy Wilder et Hitchcock, lorsqu’ils réalisaient leurs films, ils travaillaient néanmoins beaucoup sur les scénarios. Donc, non, ça ne peut pas arriver ! 

 

 

 

By |septembre 15th, 2020|Categories: Cinéma|0 Comments

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