Cannes 2021: Part 3

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Cannes 2021: Part 3

Par Philippe Dupuy

A force d’imprécations (on a maudit le concepteur et sa famille jusqu’à la 15e génération), le serveur de réservation du Festival a été correctement upgradé: on peut enfin voir des films sans passer 3 heures à se connecter et c’est même plutôt pratique. Côté humain, par contre, c’est un désastre. Il a fallu attendre J+4 pour croiser enfin des confrères avec lesquels, auparavant, on assistait à toutes les projections du début à la fin du festival. Effet Covid, dira-t-on. Mais on a bien peur que ce soit irréversible, maintenant qu’on s’est habitué à choisir chacun son lieu et son heure de projection…  Bref, on a vu Stillwater, le film de Tom McCarthy (Spotlight) avec Matt Damon et Camille Cottin tourné à Marseille (3 films de la sélection ont la cité phocéenne comme cadre). L’histoire d’un redneck d’Oklahoma (Matt Damon barbu, bourru et costaud) qui essaie de sortie de prison sa fille, condamnée pour le meurtre de sa petite amie. Ne parlant pas un mot de français, il trouve de l’aide auprès d’une mère célibataire baba-cool (Camille Cottin) qui l’héberge et assure les traductions contre la garde de sa fille de 11 ans. Au menu: choc des cultures,  préjugés et enquête policière. Le scénario (signé Thomas Bidegain et Noé Debré) est littéralement tiré par les cheveux, mais Marseille est bien filmée, la direction d’acteurs est impeccable, tout sonne juste et on passe un bon moment, même si ça n’a pas le niveau de Spotlight. En salles le 22 septembre. 

Trés étonnament, on retrouve les thématiques de Stillwater, dans deux autres films vus le même jour : Compartiment N°6 du Finlandais Juho Kuosmanen, pour le côté “méfions nous des préjugés sur nos amis étrangers” et Flag Day de Sean Penn pour les rapports père-fille. Comme son nom l’indique, Compartiment N°6  convie à un voyage en train dans la Russie profonde. Laura (Seidi Haarla) rencontre Ljoha (Yuriy Borisov) dans le train de nuit Moscou-Mourmansk. Elle est Finlandaise et voyage en Russie pour apprendre la langue. Il est Russe et rejoint la mine, où il a trouvé du boulot. Le voyage ne s’annonce pas vraiment idyllique: Ljoha boit des quantités de vodka, mange salement, parle fort et pose des questions du genre “Tu vas vendre ta chatte à Mourmansk?” Au point que Laura envisage de quitter le train à la première station (Saint Petersbourg). Mais elle y renonce et finit par trouver du charme à ce garçon, encore plus brut de décoffrage que la majorité de ses compatriotes. Une drôle de relation,  amoureuse et fraternelle,  se nouera entre eux au fil du voyage.  Certains festivaliers sont descendus du train en marche,  mais on a adoré cette romance moderne et désespérée,  qui fait écho à celle de Julie (en 12 chapitres) de Joachim TrierFilmés au plus près par un émule de Sergueï Loznitsa, les deux acteurs mériteraient de partager un prix d’interprétation.

Cinq ans après le désastre de The Last Face, Sean Penn est de retour à Cannes. Son nouveau film Flag Day (en salles le 22 septembre) est inspiré de l’histoire vraie de John Vogel,  un escroc-faussaire-voleur  sans envergure, que sa fille essaie désespérément de remettre sur le droit chemin. Dans le rôle de Vogel Sean Penn fait du Sean Penn ( festival de grimaces et de voix geignarde),  sa fille joue sa fille et son fils joue son fils. Chez les Penn les cachets se partagent en famille.  Coté mise en scène, l’acteur-réalisateur ne s’est apparemment pas aperçu que beaucoup d’eau avait coulé sous les ponts depuis ses premiers films des années 90,  sous influence Springsteen (Indian Runner, Crossing Guard). Il  continue à décliner les mêmes tics de réalisation complètement obsolètes,  en forçant lourdement sur le pathos et le country rock (Bob Seger en BO). Pas aussi raté que The Last Face, mais bien craignos quand même…   

On a aussi vu Benedetta  de Paul Verhoeven, qui est loin d’être le choc espéré (lire la critique ici) et Cette musique ne joue pour personne de Samuel Benchetrit. Avec son casting délirant (Vanessa Paradis, François Damiens, Gustave Kervern, Ramzy Bedia, JoeyStarr, Valeria Bruni-Tedeschi, Bouli Laners, Bruno Podalydes…) et son scénar à la Dikkenek,  le film faisait trés envie. On a vite déchanté : le film est un mix de J’ai toujours rêvé d’être un gangster et d’ Asphalte,  en moins drôle et moins poétique. On sourit par instants, mais on s’ennuie ferme le reste du temps, pendant que les acteurs cabotinent à qui mieux mieux. Vanessa Paradis, en comédienne de théâtre amateur,  bègue et marricide,  est de loin ce qu’il y a de mieux dans le film (A suivre)

 

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By |juillet 11th, 2021|Categories: Cinéma|0 Comments

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