Cannes 2021: Part 4

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Cannes 2021: Part 4

Par Philippe Dupuy

Roll Over Tchekhov ! Nuri Bilge Ceylan n’étant pas disponible, c’est le Japonais Ryusuke Hamaguchi (Senses, Asako 1 et 2) qui a été convoqué pour punir les festivaliers avec Drive My Car,  un film  Tchekhovien de trois heures, horribement bavard et assommant. L’histoire d’un metteur en scène de théâtre qui perd sa femme et part à Hiroshima monter Oncle Vania avec des acteurs venus de tous horizons pour un festival de théâtre. Comme les organisateurs refusent qu’il conduise, pour des questions d’assurance, une jeune femme est attachée à son service pour piloter sa Saab 900 Turbo rouge. S’il existait une Car Palm, elle lui serait attribuée d’office tant elle a d’importance dans le film (2/3 des scènes sont filmées à bord). Pour le reste,  c’est travail de deuil, considérations sur la fidélité dans le couple et ouverture aux autres. Hamaguchi sait faire de la belle image (les scènes en langage des signes sont magnifiques), mais il ne sait pas couper. Malgré ses qualités formelles, le film est  chiant comme un jour de pluie à Hiroshima ( et donc hautement palmable)  En salles le 18 août.

Tre Piani, le nouveau Nanni Moretti est… très piano. Et pas fortissimo ! Le réalisateur italien prend tout son temps pour croiser les destins des occupants d’un immeuble à trois étages : une femme enceinte bipolaire (Alba Rohrwacher), un couple de juges (Nanni Moretti et Margherita Buy) dont le fils Andrea (Alessandro Sperduti) vient de provoquer un accident mortel alors qu’il roulait ivre, un autre couple, plus jeune, dont le père (Riccardo Scamarcio) soupçonne un vieux voisin d’avoir essayer d’abuser sexuellement sa fille de 11 ans. Leur vie s’écoule sur une quinzaine d’années, entre drames familiaux, maladie et vieillissement devant la caméra atone de Moretti qu’on a connu plus fringant. On a eu vite envie de changer d’adresse… Sortie le 27  octobre

Trés attendu avec  son casting de ouf, le nouveau Wes Anderson , The French Dispatch, aura été l’évènement du Festival. Dommage que le réalisateur ait refusé de participer à la traditionnelle conférence de presse, on aurait eu beaucoup de questions à lui poser. A commencer par : comment avez vous réussi à vendre un film pareil ? Inracontable, inclassable, visuellement époustouflant… du pur Wes Anderson. A travers l’histoire d’un journal américain fait par des correspondants installé en France (Le fameux French Dispatch, basé à Ennui sur Blazé– en fait Angoulême- et probablement inspiré du New Yorker), le film confronte avec une ironie grinçante les cultures françaises et américaines de l’après guerre,  au fil d’une série de sketches illustrant les diverses rubriques du journal (politique, gastronomie, culture…). Ca va tellement vite et c’est tellement barré qu’on a presque tout oublié à la fin. Ne restent que des images acidulées,  cadrées comme une BD avec toute une partie en dessin animé. Les fans du réalisateur américain iront revoir et re-revoir le film pour saisir toutes les références (au cinéma français d’après guerre, notamment, dont le réalisateur est visiblement friand). Les autres risquent tout simplement de ne pas aller au bout. Autre question qu’on aurait aimé poser au réalisateur : pourquoi Angoulême ? On ne voit presque rien de la ville et tout aurait aussi bien pu être tourné en studio… En salles le 27 octobre. 

Présenté en séance spéciale,  Les Héroïques de Maxime Roy (sortie le 17 novembre) est un des premiers films qui briguent la caméra d’or. C’est un de ces films sociaux au réalisme cru qui plaisent beaucoup au festival. En l’occurence, l’histoire d’un zonard de 50 balais (François Creton) qui a vécu de deal, d’aide sociale et de petits boulots et qui arrive à l’âge où on paye l’addition de ses excès (d’alcool , de drogue, de zone). Il a eu la mauvaise idée de faire un bébé à sa dernière conquête (Clotilde Courau) et galère grave pour en assumer la garde partagée en cherchant du boulot pour payer la pension alimentaire. Son père (Richard Bohringer) l’a depuis lontemps rayé de sa vie mais, en phase terminale de cancer,  il se rapproche de lui pour lui demander d’acheter de la drogue afin d’abréger ses souffrances. Comme chez Ozon (Tout s’est bien passé),  mais en nettement plus rock’n’roll !   Pas gai mais réaliste et plein d’énergie (du désespoir),  le film n’est pas aussi plombant qu’on pouvait le craindre. Il y a de la lumière au bout du tunnel. Pour les festivaliers aussi : on arrive dans la dernière ligne droite  (A suivre)

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By |juillet 13th, 2021|Categories: Cinéma|0 Comments

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