Bruckner le montagnard

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Bruckner le montagnard

Par MAB

MC Solaar

La montagne, ça nous gagne. Le romancier et essayiste, Pascal Bruckner parle même de « l’engouement actuel pour l’altitude ». Jeunes ou vieux, hommes ou femmes, puristes ou touristes, en short ou tenue fluo, avec “piolet phallique“, gourde ou pipette…le peuple a rejoint l’aristocratie de la fin du XIX e siècle et désormais tout le monde grimpe. Certains se mettent même à courir en montée comme en descente! Pourquoi tant d’obstination ?  s’interroge Bruckner. Est-ce,  comme le prétendait le philosophe Gaston Bachelard « un sadisme de la domination »? La hargne d’aligner performances et dénivelés ? La lutte obstinée contre l’âge qui vient? Ou plus clairement le désir masochiste de se surpasser en défiant la souffrance et la mort? Pour certains sans doute,  mais pas pour lui qui pratique les cimes depuis l’enfance, en Suisse, en Autriche et dans nos Alpes françaises : « Le courage des grimpeurs ou des guides ne diminue en rien notre humble plaisir à parcourir les sommets à notre allure » écrit-il en le prouvant par ce petit traité d’élévation dont le titre, « Dans l’amitié d’une montagne », est emprunté à l’impérissable Giono.  Son ouvrage est d’abord une célébration des sommets au lyrisme qui semble hérité de Jean Jacques Rousseau ou des romantiques. Une véritable bouffée de nature, de sapins, de neige fraîche et d’air pur, bienvenue après ces temps de confinement. Mais c’est aussi une réflexion philosophique et sociologique sur les motivations diverses de celui qui grimpe: « Pourquoi se vouloir Sisyphe roulant indefinement un roc qui retombe »? Ses réponses – qui touchent à la fois au sublime et au grotesque – sont lumineuses pour qui adhère à cette passion. Bruckner ajoute à ces propos issus de son expérience, des digressions savoureuses sur son amour des vaches et de leur lait « frère liquide de la neige ». S’inscrit dans le débat contradictoire sur le retour des loups et la protection des ours. Et termine, après moultes citations et références, par des formulations inquiètes sur le tourisme de masse et la fonte des glaciers. Comme s’il était un rien nostalgique (il a 70 ans ) d’un temps où les crevasses et séracs menaçaient uniquement les conquérants de l’inutile. Le lire est une échappée salutaire avant de retrouver les sentiers.

 

By |février 4th, 2022|Categories: ça vient de sortir|0 Comments

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