Par Ph.D

En voyant arriver les équipes rappelées sur le tapis rouge, on pensait sincèrement que, pour une fois, le palmarès du Festival de Cannes allait se conformer aux pronostics et refléter ce que la majorité des festivaliers avaient ressenti devant les films en compétition. De fait, les meilleurs films ont été récompensés… Mais pas forcément dans les bonnes catégories ! Ainsi des Herbes Sêches de Nuri Bilge Ceylan. Le film aurait pu avoir n’importe quel prix (à part la Palme), on n’aurait pas trouvé à y redire. Mais l’interprétation féminine, franchement, personne n’y avait pensé. Merve Dizdar n’y tient même pas le rôle principal… Le prix féminin n’aurait d’ailleurs jamais dû échapper à Sandra Huller qui,  par chance, était dans les deux films favoris de la critique : Anatomie d’une chute et Zone of Interest. Si la Palme allait à l’un,  elle aurait pu avoir le prix pour l’autre. Dommage. On se réjouit que notre film coup de coeur de l’édition, Perfect Days de Wim Wenders,  soit récompensé à travers son acteur principal,  Koji Yakusho. Mais outre le fait qu’il n’a pas grand chose à jouer (son rôle est quasiment muet), on aurait préféré que le prix aille à Benoît Magimel,  dont l’incroyable présence transcende La Passion de Dodin Bouffant. Ceci dit, le Prix de la mise en scène convient parfaitement au film de Tran Han Hung dont la réalisation est virtuose. Idem pour le prix du scénario à Hirokazu Kore-eda, qui s’amuse à perdre le spectateur pour mieux le cueillir à la fin. Bien aussi,  le Prix du jury aux trés émouvantes Feuilles mortes du Finlandais Aki Kaurismaki.  Mais pas d’accord pour la Palme d’or au film de Justine Triet, Anatomie d’une chuteénième film de procès joliment mis en scène mais aux ressorts grossiers et qui vaut surtout pour la prestation de son actrice principale (Sandra Huller!). Le seul film de la sélection qui méritait vraiment la Palme, Zone of Interest adaptation trés stylisée du roman de Martin Amis sur la vie quotidienne d’une famille allemande dont le père est commandant du camp d’Auschwitz, hérite du Grand Prix. Ce qui est, certes, prestigieux mais ne vaut pas l’or pour booster sa carrière en salles. Le Festival se prive ainsi d’une grande Palme, que les spectateurs ne risqueront pas d’oublier aussitôt sortis de la salle, tant le film est impressionnant, sur la forme comme sur le fond.