Yasmina Reza : Serge

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Yasmina Reza : Serge

Par MAB

Aujourd’hui leur mère est morte. Horrifiée par le lit médicalisé que l’on a installé dans sa chambre de souffrance. Après avoir pour « derniers mots, réclamé LCI », elle rejoint le père, disparu, depuis longtemps. Et qui sait si  outre-tombe, ces deux-là, ne vont pas encore se disputer au sujet d’Israël. A l’approche de la soixantaine, leurs trois enfants se retrouvent, donc, orphelins. Il y a « Serge », le personnage éponyme, à qui étaient réservées « les torgnoles du père ». « Gros fumeur et grand fumiste », il vient d ‘être viré de chez lui par sa compagne parce qu’il « couche avec une agente immobilière ». Nana « une hystero », autrefois « la chouchoute maniérée des parents » devenue épouse d’ « un gauchiste espagnol issu d’un milieu catholique et ouvrier »  et  puis Jean, « le garçon du milieu qui a toujours suivi Serge» . « Le lèche cul » selon Nana. Un peu fade sans doute, mais promu par l’habile Yasmina Reza, narrateur de cette étonnante satire. Pourquoi étonnante ?  Parce que derrière la banalité d’une énième tragicomédie familiale, avec tous les deuils chamailleries et clichés du genre , « Serge » développe des sarcasmes sur le thème sensible de la judaïcité d’un irrespect et d’une puissance inattendus. Yasmina Reza, ose tout, en effet, avec un humour noir impitoyable. En témoignent, ces pages d’apothéose, consacrées à un week -end de « tourisme familial» à Auschwitz et Birkenau. « Une journée pourrie à longer les rails dans la pluie et la boue ». La légèreté y côtoie l’immonde alors que presque  tous les membres de la famille – Serge excepté qui s’ennuie ferme-  passent de l’effroi mémoriel au quotidien le plus mesquin. N’empêche l’ignoble rode. Et les dialogues ciselés sont à pleurer de rire.

 

By |février 5th, 2021|Categories: ça vient de sortir|0 Comments

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