Cinéma

/Cinéma

Cannes 2019: Sélection officielle

Cinéma|

Après une année de disette et de « découvertes » un peu décevantes, les “grands auteurs” font leur retour sur la Croisette : Almodovar, Jim Jarmusch, Xavier Dolan, Ken Loach, les frères Dardenne, Marco Bellochio et Terrence Malick, Claude Lelouch, Alain Cavalier, Abel Ferrara, Werner Herzog et Nicolas Winding Refn seront au rendez vous du 72e Festival de Cannes. Seuls absents Quentin Tarantino, qu’on attendait avec Once Upon a Time in Hollywood et son casting 5 étoiles (Brad Pitt, Leonardo DiCaprio and co) et Hirokazu Kore-eda,  Palme d’or l’an dernier avec Une Affaire de famille. Leurs films ne seraient “pas prêts“. Côté Français, par contre, on a fait le plein:   Arnaud Desplechin , Céline Sciamma, Justine Triet , Ladj Ly et Mati Diop en compétition. Nicolas Bedos (La Belle époque) et Claude Lelouch (Les Plus belles années d’une vie) hors compétition.  Bruno Dumont , Christophe Honoré, Monia Chokri, Zabou Breitman, Olivier Laxe et Mounia Meddour  au Certain Regard.  Manquent juste l Kechiche et Bonello pour défendre les couleurs azuréennes.   Côté « people», Elton John  interrompra sa tournée d’adieux pour accompagner Rocketman, le biopic qui lui est consacré, Diego Maradona, qui fait l’objet d’un nouveau documentaire, viendra le soutenir et Alain Delon recevra une Palme d’or d’honneur. Mais l’événement le plus attendu de l’édition est peut-être l’anniversaire de La Cité de la peur: le film des Nuls sera présenté en version restaurée à Cannes Classics (Alain Chabat et Gérard Darmon sont espérés pour danser “La Carioca” !). Une sélection très francophone,  à forte tonalité “Romantique et politique” selon Thierry Frémaux (voir ci dessous la vidéo de la conférence de presse).

 

Raoul Taburin

Cinéma|

Le pitch

Raoul Taburin (Benoît Poelvoorde) est monteur et réparateur de vélos dans un petit village de la Drôme, où il est né et vit heureux. Mais il cache un lourd secret : il n’a jamais réussi à monter à bicyclette ! Lorsqu’un photographe (Edouard Baer) se met en tête de l’immortaliser sur un de ses vélos, Raoul craint que son secret soit découvert et que sa vie bascule…

Ce qu’on en pense

Adapté d’un petit livre illustré de Sempé publiée en 1995, Raoul Taburin essaie de recréer au cinéma l’univers poétique du dessinateur. Avec Le Petit Nicolas, Laurent Tirard y était plus ou moins parvenu, mais sa tâche était facilitée par le foisonnement des personnages et des aventures imaginées par Goscinny. Ici, Pierre Godeau (Juliette, Éperdument) se retrouve un peu dépourvu, avec une histoire à l’intrigue minimaliste,  dont le charme repose essentiellement sur le trait de Sempé et son humour un peu désuetFaute de mieux, le film force donc sur le pittoresque du village et des paysages de la Drôme provençale (qu’on dirait colorisés à la main) et se repose sur ses deux acteurs-vedettes. Certes Benoît Poelvoorde en salopette a effectivement l’air de sortir tout droit d’un dessin de Sempé avec son air lunaire et son bon sourire. L’acteur raconte avoir découvert le livre de Sempé – qu’il admire au plus haut point-, grâce à une journaliste qui, en voyant Le Vélo de Ghislain Lambert, dans lequel il jouait un coureur cycliste, lui avait suggéré de jouer Raoul Taburin : « Elle trouvait que je lui ressemblais beaucoup. Comme je venais de faire un film sur le vélo, je n’ai rien initié.Mais dix ans plus tard, revoici Raoul qui s’offre à moi, c’est incroyable ! Je ne pouvais pas refuser ce rôle. ». Dans le rôle du photographe ami de Taburin, Edouard Baer fait le maximum pour ne pas paraître trop moderne, ni décalé. Mais la mayonnaise a du mal à prendre et le film paraît très long, alors qu’il dure qu’1 h 30. Il faut mettre le grand braquet pour arriver au bout.

Working Woman

Cinéma|

Le pitch

Orna (Liron Ben-Slush) travaille dur afin de subvenir aux besoins de sa famille. Brillante, elle est rapidement promue par son patron Benny (Menashe Noy), un grand promoteur immobilier. Les sollicitations de ce dernier deviennent de plus en plus intrusives et déplacées. Orna prend sur elle et garde le silence pour ne pas inquiéter son mari. Jusqu’au jour où elle ne peut plus supporter la situation. Elle décide alors de changer les choses pour sa famille, pour elle et pour sa dignité…

Ce qu’on en pense

Après le viol (Invisible avec Ronit Elkabetz en 2011), la réalisatrice israëlienne Michal Aviad s’attaque au harcèlement sexuel au travail, à travers le portrait d’une femme aux prises avec un patron harceleur. La belle Liron Ben-Slush (une Mathilda May israélienne) incarne cette jeune femme avec beaucoup de justesse, tandis que Menashe Noy (faux airs de Bruno Cremer) , dans le rôle  du harceleur, alterne, trés justement lui aussi, paternalisme, prédation et contrition. Venue du documentaire, Michal Avial donne une vision trés réaliste du monde professionnel qu’elle décrit, évite de forcer le trait sur le harcèlement et ses implications psychologiques et atteint parfaitement sa cible. On y croit.

After

Cinéma|

Le pitch

Depuis son plus jeune âge, Tessa (Josephine Langford) était promise à un avenir tout tracé : une vie rangée, une brillante carrière, un mariage tranquille avec son fiancé de toujours. Jusqu’à sa rencontre avec Hardin (Hero Fiennes-Tiffin) à son arrivée à l’université. Grossier, provocateur, cruel, c’est le garçon le plus détestable qu’elle ait jamais croisé. Et pourtant, ce bad boy tatoué pourrait bien lui faire perdre tout contrôle

Ce qu’on en pense

Voici donc la nouvelle saga adolescente qui met une génération en transes : un mélange de Twilight sans vampires et de 50 nuances de Grey sans fessées. Que reste-t-il ? Pas grand-chose, à vrai dire.Une histoire d’amour à la fac extrêmement banale et pas du tout excitante, entre une oie blanche débarquée de sa cambrousse et un soi-disant bad boy tatoué qui récite du Emilie Bronté sur des tubes pop-rock. On n’imaginait pas voir un jour un film d’1 h 46 sur deux ados qui se regardent le blanc des yeux. Ils sont beaux (heureusement !), ils sont jeunes et ils s’aiment. La réalisatrice, Jenny Gage (inconnue au bataillon) multiplie les prises de vues de visages : de droite, de gauche, dessus, dessous, devant, derrière… Cela tient de la performance technique ! Aucun autre personnage n’existe et il ne se passe rien.Toute la dramaturgie tient au fait qu’Hardin aurait menti à Tessa au début de leur histoire : il l’aurait draguée pour gagner un pari. Quel affront ! C’est au-delà du nunuche. C’est After : 50 nuances de rien.

Just a Gigolo

Cinéma|

Le pitch

Comment vivre heureux et riche sans travailler ? En se faisant Gigolo. Mais après 25 ans de vie commune avec Denise (Arielle Séménoff), Alex le « gigolo » (Kad Merad)  se fait congédier sans préavis et se retrouve à la rue. Forcé de s’installer chez sa sœur (Anne Charrier) et son neveu de 10 ans (Leopold Moati), il n’a alors qu’une obsession : retrouver au plus vite une riche héritière…

Ce qu’on en pense

Qu’est ce qui peut bien pousser Kad Merad à se fourvoyer encore dans ce genre de navets ? L’amitié ? C’est son  sixième film avec son vieux complice Olivier Baroux   et, à part L’Italien, ce sont tous des nanars. L’espoir de faire un carton à la Tuche ? Aucune chance de ce côté-là : sorti en catimini (à croire que le distributeur en a honte), Just a Gigolo connaîtra sans doute le même sort que All Inclusive du duo Onteniente/Dubosc. La fidélité à un genre (la comédie populaire) qui a fait son succès  ? Sans doute un peu de tout ça…  Mais on a quand même de la peine pour lui,  alors que Baron Noir et Comme des rois, par exemple, ont prouvé qu’il était largement capable de porter des fictions plus ambitieuses, voire des films d’auteur. Rien de tel ici:  Just a Gigolo est juste la comédie vulgaire que laisse présager la bande annonce. Aucune surprise, aucune idée, aucun fond : juste une série de situations supposées amusantes,  qui débouchent sur des gags paresseux voire gênants. Tourné à Cannes, le film donne, encore une fois, une image pitoyable de la Côte d’Azur et de ses habitants, réduits à trois spécimens : le gigolo sur le retour,  la cougar  milliardaire et septuagénaire et les larbins. Seule surnage de cette triste pantalonnade l’excellente Anne Charrier qui, dans le rôle de la soeur du héros, parvient à être juste et touchante. Un exploit vu le contexte.

La Camarista

Cinéma|

Le pitch

Eve (Gabriela Cartol) , une jeune femme de chambre, travaille dans un luxueux hôtel de la ville de Mexico. Pour trouver la force et le courage nécessaires d’affronter sa monotonie quotidienne, elle s’évade à diverses fantaisies à travers les objets personnels laissés par les invités de l’hôtel.

Ce qu’on en pense

Inspiré de l’expérience de l’artiste contemporaine Sophie Calle, qui s’était faite embaucher comme femme de chambre dans un hôtel pour pouvoir fureter dans les objets personnels des clients, La Camarista suit une jeune mexicaine dans son travail quotidien au sein d’un immense palace de Mexico. Mère d’un petit garçon, qu’elle appelle au moins une fois par jour de l’hôtel mais ne voit pas beaucoup à cause de ses horaires, Eve espère accéder un jour au fameux 42e étage, celui des suites les plus luxueuses que l’on ne confie qu’aux meilleures employées.  Pour cela,  elle prend des cours du soir et accepte sans broncher toutes les fantaisies des clients de son étage qui, pour la plupart, ne lui adressent même pas la parole. Sauf la jeune maman d’un bébé, femme d’un riche homme d’affaires Argentin, qui la prend pour sa baby sitter et lui raconte sa vie, le plus souvent nue comme un ver devant elle, sans que cela la gène le moins du monde. Pour s’évader de ce quotidien,  aussi gris que la ville qu’elle n’aperçoit que par les baies vitrées de l’hôtel, Eve rêvasse devant les objets oubliés par les clients et insiste auprès de sa responsable, qui la fait lanterner, pour récupérer une jolie robe rouge non réclamée,  mais trop petite pour elle.  A la manière de Roma, d’Alfonso Cuaron, et avec presque autant de talent, Lila Avilès aborde les rapports de classe et la dureté de la société mexicaine par le biais de ce portrait de femme, magnifiquement incarnée par Gabriela Cartol. Une petite merveille de film! 

 

Alpha- The Right To Kill

Cinéma|

Le pitch

Dans les quartiers pauvres de Manille, la lutte antidrogue fait rage. Un officier de police et un petit dealer devenu indic tentent coûte que coûte de faire tomber l’un des plus gros trafiquants de la ville, mettant en jeu leur réputation, la sécurité de leurs proches… et leur vie !

Ce qu’on en pense

Chouchou de Cannes, où il a reçu un prix de la mise en scène (pour Kinatay) et un prix d’interprétation  (pour Ma Rosa), Brillante Mendoza est devenu celui du  festival de San Sebastian où il a raflé le Grand Prix du Jury avec son nouveau film. Toujours axé sur la corruption qui gangrène la société Philippine,  Alpha the right to kill  suit, caméra à l’épaule, un flic ripoux et son indic dans leurs efforts pour faire tomber un caïd de la drogue, mais s’intéresse aussi à leur vie de famille, aux problèmes du quotidien et aux dilemmes moraux qu’ils doivent affronter. Comme toujours chez Mendoza, la camera en perpétuel mouvement capte le bouillonnement de la ville et les drames de la misérable humanité qui la peuple.

El Reino

Cinéma|

Le Pitch

Manuel López-Vidal (Antonio de la Torre) est un homme politique influent dans sa région. Alors qu’il doit entrer à la direction nationale de son parti, il se retrouve impliqué dans une affaire de corruption qui menace un de ses amis les plus proches. Pris au piège, il plonge dans un engrenage infernal

Ce qu’on en pense

Après l’excellent  Que Dios Nos Perdone en 2017, l’espagnol Rodrigo Sorogoyen récidive  avec El Reino, thriller  politique suffocant,  à la réalisation toujours aussi virtuose et tendue. La première heure déroute un peu, le réalisateur s’attachant à brouiller volontairement les pistes et à envelopper les motivations de ses personnages d’un brouillard de mystère. Mais la seconde entraîne le spectateur dans un maelstrom de paranoïa et tient en haleine jusqu’au bout sans faiblir. Les morceaux de bravoures abondent avec deux plans séquences particulièrement  réussis.  Antonio de la Torre est cette fois encore épatant dans un rôle à fleur de peau et le contenu politique est particulièrement pertinent.  Sorogoyen s’affirme comme  LE réalisateur espagnol à suivre.

 

 

 

Monsieur Link

Cinéma|

Le pitch

Dernier vestige de l’évolution humaine et unique représentant de son espèce, Monsieur Link se sent seul… Pour l’aider à retrouver ses parents éloignés, il approche l’explorateur Sir Lionel Frost, le plus grand spécialiste des mystères et des mythes. Accompagnés par l’aventurière Adelina Fortnight, ils se lancent dans une odyssée à travers le monde

Ce qu’on en pense

Un film d’aventures animées… à l’économie. Les graphismes se limitent à des formes plutôt sommaires : de quoi décevoir les habitués de chez Disney/Pixar. Mais la bonne humeur générale,  les facéties de la créature doublée par Eric Judor dans la VF  et le petit appel à la communion des peuples et à la solidarité, font passer les défauts de l’animation et le petit air de déjà vu du scénario. Pour enfants.

Liz et l’oiseau bleu

Cinéma|

Le Pitch

Nozomi est une flutiste très populaire auprès de ses camarades de classe. Plus discrète et timide, Mizore joue du hautbois et se sent dépendante de sa camarade, qu’elle affectionne et admire. Cependant, elle craint que la fin de leur dernière année de lycée soit aussi la fin de leur amitié. Quand leur orchestre commence a` travailler sur les musiques de Liz et l’Oiseau Bleu, les deux jeunes femmes croient voir dans cette œuvre bucolique le reflet de leur histoire

Ce qu’on en pense

Après Silent Voice , Naoko Yamada continue à dépeindre les tourments de l’adolescence,  via des personnages construits avec soin. Le montage parallèle entre l’histoire des deux  musiciennes et celle, plus onirique de l’oiseau bleu permet des changements de style originaux et bienvenus, le réalisateur délaissant alors l’animation traditionnelle pour le crayonné. On regrette toutefois  quelques longueurs (comme dans Silent Voice) et un trop plein de dialogues .

 

Cannes 2019: Zombies en ouverture

Cinéma|

On attendait Almodovar ou Tarantino et ce sera Jarmusch. The Dead Don’t Die, le nouveau film de Jim Jarmusch ouvrira le 72e Festival de Cannes, mardi 14 mai. Un film de zombies, avec un casting « à réveiller les morts » comme le dit l’affiche : Bill Murray, Adam Driver, Tilda Swinton, Chloë Sevigny, Steve Buscemi, Danny Glover, Caleb Landry Jones, Rosie Perez, Iggy Pop, Selena Gomez, RZA, Sara Driver, Austin Butler, Luka Sabbat, Eszter Balint, Carol Kane et Tom Waits. Excusez du peu ! Nul doute que la perspective d’une première montée des marches ultra-glamour a pesé dans la décision des organisateurs. Mais Jim Jarmusch est un grand habitué du Festival.

Depuis Stranger Than Paradise, lauréat de la Caméra d’or en 1984, son cinéma rock et élégant a été salué par quatre prix, dont la Palme d’or du court-métrage en 1993 pour Coffee and Cigarettes et le Grand Prix en 2005 pour Broken Flowers. En 2016, date de sa dernière participation, le réalisateur américain aux cheveux peroxydés avait présenté deux films en Sélection officielle : Paterson avec Golshifteh Farahani et Adam Driver, en Compétition, et Gimme Danger, un documentaire musical sur Iggy et les Stooges, en Séance de Minuit. On se réjouit de le revoir sur la Croisette avec cette comédie horrifique qui raconte l’invasion d’une petite ville des États-Unis par une horde de zombies. Présenté en avant-première mondiale et en compétition, The Dead Don’t Die bénéficiera d’une sortie en salles avancée dans notre pays le 14 mai, soit un mois avant les États-Unis. Au passage le Festival a aussi confirmé que Edouard Baer serait reconduit comme maître de cérémonie pour les soirées d’ouverture et de clôture du Festival, les 14 et 25 mai. Le reste de la sélection officielle sera annoncé le 18 avril. Le nouveau film de Quentin Tarantino, Once Upon a Time in Hollywood, avec Brad Pitt et Leonardo DiCaprio, qui était également pressenti pour l’ouverture devrait logiquement en faire partie et on parle beaucoup d’une projection de Rocketman, le biopic d’Elton John, en présence de Sir Elton lui-même…

 

Blanche comme neige

Cinéma|

Le pitch

Claire (Lou de Laâge), jeune femme d’une grande beauté, suscite l’irrépressible jalousie de sa belle-mère Maud (Isabelle Huppert), qui va jusqu’à préméditer son meurtre. Sauvée in extremis par un homme mystérieux qui la recueille dans sa ferme, Claire décide de rester dans ce village et va éveiller l’émoi de ses habitants… Un, deux, et bientôt sept hommes vont tomber sous son charme. Pour elle, c’est le début d’une émancipation radicale, à la fois charnelle et sentimentale…

Ce qu’on en pense

Revisiter Blanche Neige sur un mode « éroticomique », avec Isabelle Huppert dans le rôle de la méchante reine, Benoît Poelvoorde, Vincent Macaigne et Jonathan Cohen en « 7 nains » et la sublime Lou de Laâge en princesse sexy : sur le papier, ça donne très envie. Si, en plus, c’est l’Anne Fontaine de Nettoyage à sec qui réalise, l’attente est forcément importante. D’où, peut-être, notre légère déception à l’arrivée. Certes, la trame du conte de Grimm est bien respectée et modernisée et les clins d’œil au dessin animé de Disney abondent. On s’amuse beaucoup à reconnaître les 7 nains (qui est Prof ?Qui est Grincheux ?Qui est Timide ? Qui sera le Prince charmant ?) et à voir des petits écureuils assister aux ébats de la jeune princesse dans une voiture ou croquer à sa place dans la pomme empoisonnée ! Huppert est, évidemment, parfaite en marâtre et Lou de Laâge réveille les sens avec ses airs de princesse virginale aux prises avec d’irrépressibles pulsions sexuelles (la montagne, ça la gagne !). Dommage que l’intrigue soit bâclée, que les scènes « érotiques » et celles de danse soient si peu sensuelles et que le film, au bout du compte (et du conte), restesi sage.  Que Blanche Neige 2019 enflamme les dance floors, pratique l’amour libre et se moque du prince charmant, c’est quand même la moindre des choses. On a connu des parodies paillardes de Blanche Neige autrement plus transgressives.

Les Oiseaux de passage

Cinéma|

Le Pitch

Dans les années 1970, en Colombie, une famille d’indigènes Wayuu met en place un vaste trafic de majijuana. C’est la naissance du premier cartel… 

Ce qu’on en pense

Découvert en 2015, à la Quinzaine des réalisateurs,  avec L’Etreinte du serpent, le réalisateur colombien Ciro Guerra   remonte aux origines des cartels avec ce film qui mélange allègrement les genres (documentaire, biopic, drame, thriller…) pour un résultat assez formidable. Découpé en 5 «chants» (La Horde sauvage, Les Tombes, Bonanza, La Guerre, Les Limbes), le film suit le parcours d’un jeune indien Wayuu tenté par le modernisme et la fréquentation des «étrangers» (mexicains et américains),  qui va créer le premier cartel de la drogue, en se heurtant aux traditions séculaires et aux principes religieux de son peuple. Très éloigné des films de mafia et de cartels habituels, Les Oiseaux de passage fascine par son dispositif,  qui immerge le spectateur dans une communauté perdue dans le désert de boue séchée de la Guajira enalternant les scènes «ethnographiques» presque documentaires  (comme la formidable cérémonies pré-nuptiale d’ouverture, qui donne son sens au titre) et séquences de thriller,  en laissant la violence le plus souvent hors champs. Un film de cartel archaïque et mystique. A voir absolument !

 

Les Grands squelettes

Cinéma|

Le Pitch

Des femmes et des hommes se perdent dans leurs pensées au hasard des heures du jour et des rues de la ville. De cette soudaine intimité, les murmures de leur petite voix intérieure nous laissent entendre les inquiétudes de l’amour

Ce qu’on en pense 

Philippe Ramos (Fou d’Amour, Jeanne Captive, Capitaine Achab…) a travaillé à partir de photographies et  d’extraits de Fragments d’un discours amoureux  (Roland Barthes) pour trouver la matière de son nouveau film,  inspiré par la vision de gens perdus dans leur pensée en ville et dans les transports en commun. Après avoir filmé une douzaine de séquences mettant en scène comédiens connus (Melvil Poupaud, Denis Lavant, Jacques Bonaffé Jean François Stevenin ) et  moins connus,  le réalisateur a décidé d’extraire de ces séquences une seule image et de faire dire le texte (considérations sur l’amour,  le couple, le sexe, la solitude, le suicide…) en voix off à ses comédiens. Le résultat est un film composé presqu’uniquement d’images arrêtées en haute définition et de monologues intérieurs,  avec des bruits de ville en  fond sonore,  pour dire la solitude urbaine. Etranges mais fascinants, ces Grands Squelettes s’apparentent tout de même plus à une oeuvre d’art contemporain qu’a un classique film de cinéma.

La Familia

Cinéma|

Le pitch

Pedro (Reggie Reyes), 12 ans, erre avec ses amis dans les rues violentes d’une banlieue ouvrière de Caracas. Quand il blesse gravement un garçon du quartier lors d’un jeu de confrontation, son père, Andrés (Giovanny Garcia), le force à prendre la fuite avec lui pour éviter les représailles. Andrés découvre alors son incapacité à contrôler son fils adolescent…

Ce qu’on en pense

Un premier film vénézuélien nerveux et sensible, filmé caméra à l’épaule,  qui  repose essentiellement sur celles des deux acteurs principaux :  Reggie Reyes (casté dans la rue) et Giovanny Garcia, excellents. La violence de la rue et la misère sociale sont montrées sans fard, la seule lueur d’espoir venant de la relation père-fils qui, d’abord inexistante (le gamin s’est élevé seul dans les rues de Caracas),  se construit dans l’urgence de la fuite et de la survie.  Comme souvent dans les films récents,  le salut semble se trouver en dehors de la grande ville, qui broie les corps et les âmes,  et dans la reconstitution d’un noyau familial minimal. D’où le titre…