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Interview: Nathan Ambrosioni

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A 19 ans, le Grassois Nathan Ambrosioni vient de sortir son premier long-métrage :  Les Drapeaux de papier. Un drame familial intimiste à la réalisation sensorielle qui a conquis les spectateurs  des festivals où il a été présenté (2 prix du public) et emballé la critique, qui parle déjà de Nathan comme du “Xavier Dolan français” ! Venu présenter son film en avant-première au cinéma Le Rialto à Nice, le jeune prodige a répondu à nos questions… 

Pouvez-vous vous présenter ? 

Je m’appelle Nathan Ambrosioni, j’ai 19 ans, je suis né à Grasse et j’ai grandi à Peymenade. Mon père est ingénieur et ma mère commerçante. Rien à voir avec le milieu du cinéma…

Comment est née votre vocation de cinéaste ? 

J’aimais les films d’horreur et à 12 ans j’ai été marqué par le film Esther de Jaume Collet-Serra (2009) que j’ai vu en vidéo.  Il m’a terrifié mais j’ai pris conscience qu’on pouvait ressentir et provoquer des émotions très fortes avec le cinéma. Quelques temps plus tard j’ai revendu des  jouets et ma console de jeu pour m’acheter un camescope. J’ai commencé à écrire des scénarios de films d’horreur et à mettre en scène mes copains  le week end en faisant le montage sur l’ordi de la maison. J’ai ainsi réalisé deux  films d’horreur amateur que je me suis débrouillé pour montrer au marché du film à Cannes. Et puis j’ai vu Mommy de Xavier Dolan et j’ai été bouleversé. Ca m’a donné envie de voir d’autres genres de films et quand j’ai su qu’il avait commencé très jeune je me suis dit que c’était donc possible.

A part Xavier Dolan, quels autres cinéastes vous ont influencé ? 

Gus Van Zant, Jacques Audiard, Felix Van Groeningen et surtout Terrence Malick dont je peux regarder les films en boucle

Comment êtes-vous parvenu à faire produire  Les Drapeaux de papier ? 

J’ai écrit le scénario l’année de ma terminale L en m’inspirant du témoignage  d’un jeune délinquant tout juste sorti de prison que j’avais lu dans Libé.  J’ai envoyé le scénario par mail à une boite de production dont j’avais repéré le nom sur le générique de quelques films que j’avais bien aimés. J’ai harcelé la productrice Stephanie Douet au téléphone pour qu’elle le lise et elle a fini par le faire. Elle m’a rappelé pour me rencontrer et on a monté le dossier pour l’avance sur recettes que j’ai été le plus jeune réalisateur français à obtenir à l’âge de 17 ans. J’ai eu mon Bac et comme Parcoursup n’avait retenu aucun de mes choix d’orientation, j’étais libre pour commencer le tournage fin janvier 2018 entre Draguignan, Grasse, Peymenade, Nice et Juan les pins.

Comment avez-vous convaincu Guillaume Gouix et  Noémie Merlant à faire le film? 

J’étais allé porter le scénario à Noémie à Aix où elle avait une avant première. Elle l’a lu et a accepté de jouer dans le film. Comme elle a le même agent que Guillaume, c’est lui qui s’est chargé de le convaincre. Je n’en revenais pas qu’ils aient accepté tous les deux.

Pourquoi ce titre Les drapeaux de papier ?  

Cela fait référence à la scène où le personnage de Guillaume fouille dans les affaires de sa sœur et retrouve les drapeaux de prière tibetains que leur mère leur avait envoyés de voyage. Cela leur rappelle leur enfance et le choc qu’a été la mort de leur mère. On peut imaginer que c’est à partir de là que sa vie a dérapé…

Prochaine étape ? 

J’écris un nouveau scénario que j’espère pouvoir tourner dans la région. Je sais que j’ai encore beaucoup à apprendre mais je veux  continuer à faire ce métier qui me passionne.

César 2019 : La cérémonie

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Les nominations pour les César 2019 ont confirmé l’ouverture à un cinéma plus grand public amorcée ces dernières années. Le Grand Bain de Gilles Lellouche et Jusqu’à la garde de Xavier Legrand arrivent en tête des nominations  (10 chacun) suivis des Frères Sisters de Jacques Audiard et En Liberté! de Pierre Salvadori (9 chacun) : deux comédies, un thriller conjugal et un western.  La bonne surprise vient de Jusqu’à la garde, un premier film coup de poing qu’on n’attendait pas en si bonne place.  La mauvaise, c’est l’absence de deux de nos films préférés de 2018 (Les Confins du monde de Guillaume Nicloux et High Life de Claire Denis ) et la marginalisation d’autres belles réussites comme Amanda  de Mikhaël Hers ou  L’Homme fidèle de Louis Garrel. Côté acteurs, Romain Duris (Nos Batailles ) et Lea Drucker (Jusqu’à la garde) pourraient enfin être récompensés. La cérémonie sera retransmise en direct de la salle Pleyel par Canal +  vendredi 22 février. Elle sera présidée par Kristin Scott Thomas avec Kad Merad en maître de cérémonie. Un César d’honneur sera remis à  Robert Redford.

Les Drapeaux de papier

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Le pitch

Charlie (Noémie Merlant), bientôt 24 ans, mène une vie sans excès : elle se rêve artiste et peine à joindre les deux bouts. Quand son frère Vincent (Guillaume Gouix) vient la retrouver après douze ans d’absence, tout se bouscule. Il a 30 ans et sort tout juste de prison où il a purgé une longue peine….

Ce qu’on en pense

Retenez ce nom : Nathan Ambrosini. A 19 ans, le jeune homme, natif des Alpes-Maritimes,  a déjà trois longs métrages à son actif,  qu’il a scénarisés, tournés et montés lui-même. Xavier Dolan s’est trouvé un cousin français !  Dans Les drapeaux de papiers,  il filme la difficile réinsertion d’un jeune homme (Guillaume Gouix, toujours juste) que ses accès de violence irrépressible ont conduit à passer plusieurs années en prison. Ses relations avec sa soeur  (Noémie Merlant, formidable) et les retrouvailles manquées avec son père (Jérôme Kircher),  forment l’essentiel de la narration, tenue sur un fil, ponctuée de longues plages de silence et de notes electro (superbe BO minimaliste,  signée Matthew Otto). La  réalisation, sensorielle, évoque à la fois Dolan, Terrence Mallick et Gaspar Noé (pour les scènes de discothèque filmées au plus près des corps et des visages). Ancré dans la réalité d’une Côte d’Azur hivernale et prolo, jamais naïf, ni bêtement illustratif, ce petit film étonnant consacre la naissance d’un nouveau talent azuréen, dans la lignée des Bonello et autres Kechiche. 

Ralph 2.0

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Le pitch

À la faveur de l’arrivée du wifi, Ralph quitte l’univers des jeux d’arcade pour s’aventurer dans le monde sans limite d’Internet avec son amie Vanellope. La Toile va-t-elle résister à son légendaire talent de démolisseur ?

Ce qu’on en pense

Après un premier opus très réussi en 2012, l’équipe des Mondes de Ralph remet le couvert avec ce bien nommé Ralph 2.0, qui abandonne le terrain des jeux vidéo pour celui d’Internet. C’est à une plongée étourdissante dans l’univers du Net que nous invitent Ralph le démolisseur et son amie pilote Vanellope von Schweetz. Le récit, foisonnant et ultra-référencé, réussit l’exploit de rester accessible à tous les publics (à partir de 6 ans), tout en évoquant les changements de société et les problèmes induits par les usages d’Internet (addiction aux réseaux sociaux, déshumanisation, dématérialisation…). Côté comédie, la scène des princesses Disney, visible dans la bande-annonce, est un régal absolu.

 

Deux fils

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Le Pitch

Joseph (Benoit Poelvoorde) et ses deux fils, Joachim (Vincent Lacoste) et Ivan (Mathieu Capella), formaient une famille très soudée. Mais Ivan, le plus jeune, collégien hors norme en pleine crise mystique, est en colère contre ses deux modèles qu’il voit s’effondrer. Car son grand frère Joachim ressasse inlassablement sa dernière rupture amoureuse, au prix de mettre en péril ses études de psychiatrie. Et son père a décidé de troquer sa carrière réussie de médecin pour celle d’écrivain raté. Pourtant, ces trois hommes ne cessent de veiller les uns sur les autres et de rechercher, non sans une certaine maladresse, de l’amour…

Ce qu’on en pense

Acteur de comédies apprécié , Félix Moati  (A trois on y va, Le Grand bain) signe avec Deux fils  son premier long métrage. Une histoire de famille et de générations, sur fond de deuil. Le film déroule une succession de saynettes comiques et/ou touchantes au ton nostalgique et Woody Allenien.  Les incontournables  Benoît Poelvoorde et  Vincent Lacoste, se donnent la réplique avec gourmandise sans totalement occulter  la révélation Mathieu Capella. Félix Moati réussit son passage derrière la caméra avec cette comédie dramatique tendre et subtile. 

Alita: Battle Angel

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Le Pitch

En 2563 à Iron City, Ido (Christoph Waltz) brillant cybernéticien reconverti dans la réparation de robots, trouve dans une décharge une tête de cyborg d’apparence juvénile.Constatant que son cyber cerveau fonctionne encore, il la greffe sur le corps de porcelaine qu’il avait conçu pour sa défunte fille handicapée. Alita (Rosa Salazar) se réveille sans aucun souvenir (sa mémoire a été effacée), mais Ido se rend vite compte qu’elle possède des capacités physiques et intellectuelles très supérieures aux standards pourtant élevés de l’époque. Les superpouvoirs d’Alita ne vont pas manquer d’attirer l’attention des forces dangereuses et corrompues qui règnent sur Iron City depuis la cité suspendue de Zalem…

Ce qu’on en pense

Après Suicide Squad (auquel on n’a rien compris), deux Sin City esthétiquement brillants mais redoutablement ennuyeux, un Valerian mal aimé et une palanquée de films de super-héros Marvel/DCComics interchangeables, on pouvait craindre avec Alita une nouvelle adaptation de BD à seule destination des fans du genre. C’était compter sans la « James Cameron Touch » qui transforme en or tout ce qu’elle touche.Le père de Titanic et d’Avatar, qui a produit le film, rêvait depuis deux décennies d’adapter au cinéma les aventures du personnage créé par Yukito Kishiro dans le manga Gunnm. Pris par d’autres projets (dont 3 épisodes d’Avatar à venir), Cameron a confié la réalisation d’Alita à Robert Rodriguez, qu’on n’attendait pas vraiment à la tête d’un blockbuster à 200 millions de dollars. Le réalisateur de Mariachi, Desperado, Machete, Sin City et Spy Kids s’en tire plus que bien, apportant son goût pour la baston et le gore à une saga qui aurait peut-être été trop lisse autrement. Disons-le tout net : Alita est le meilleur film de SF à grand spectacle qu’on ait vu depuis…Avatar. Visuellement le film est une véritable fête : les décors sont époustouflants, la 3D est bluffante, la motion capture est incroyable (les seuls yeux d’Alita ont demandé plus de travail que tout le personnage de Gollum dans le Seigneur des Anneaux) et les scènes de poursuites et de bastons décoiffent. Celles de la finale de rollerball resteront dans les annales. Ajoutez-y un scénario pas idiot, dans lequel les personnages féminins dominent (Rosa Salazar et Jennifer Connely au top) et vous obtenez le premier épisode d’une saga dont on a vraiment envie de voir la suite. Vivement Alitavatar 2 et 3!

L’Illusion verte

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Le pitch

Aujourd’hui, les industriels investissent beaucoup de temps et d’argent à “verdir” leur image : voitures électriques, huile de palme labellisée bio, ou encore produits issus du commerce équitable… tout est fait pour nous déculpabiliser et expliquer que nous pourrions sauver le monde en consommant ces produits. Une pratique dangereusement populaire nommée greenwashing ou éco-blanchiment. Mais si à défaut de sauver le monde, ces achats responsables ne faisaient qu’enrichir les multinationales ? Werner Boote et Kathrin Hartmann parcourent le monde pour révéler l’envers du décor.

Ce qu’on en pense

On se doutait bien que les grands groupes industriels nous baladaient gentiment avec leurs pieux engagements écolos. Mais voir à quel point le greenwashing est aujourd’hui répandu pour continuer à surexploiter sans vergogne les ressources de la planète donne envie de hurler.  C’est ce que fait la militante allemande Kathrin Hartmann qui ne cesse de dénoncer l’imposture des industriels. Comme le lui dit son compère Werner Boote, qui joue les candides dans son propre documentaire, si elle produisait de l’électricité sa colère pourrait alimenter une ville entière !  Le  ton du film a beau être faussement badin, l’enquête menée dans plusieurs pays est sérieuse et ce qu’il dénonce est, peut-être,  la plus grande imposture de notre époque. Edifiant.

Long Way Home

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Le pitch

À sa sortie de prison, Angel (Dominique Fishback), 18 ans, retrouve sa jeune sœur Abby (Tatum Marilyn Hall) dans sa famille d’accueil à Philadelphie. Malgré leur profonde complicité, le drame qui les a séparées a laissé des traces. Avant de tourner la page, Angel sait qu’elle doit se confronter au passé et convainc Abby de l’accompagner dans un périple vengeur

Ce qu’on en pense 

Prix du jury (présidé par Sandrine Kiberlain) au festival du film américain de Deauville, Long Way Home est le premier long-métrage de l’actrice américaine de séries Jordana Spiro (Ozark, Lost and Found, Dexter, The Good Wife…). Un drame indé qui évoque le traumatisme de deux gamines confrontées dès leur plus jeune âge à la misère et à la violence domestique.Violence à laquelle l’aînée est, à son tour, tentée de succomber pour effacer les traces d’un passé douloureux. Porté par l’interprétation des deux jeunes actrices, le film suit leur parcours initiatique dans les rues chaudes de Philadelphie, à un rythme, hélas, trop languissant pour être passionnant. Lorsque toutes les pièces du puzzle initial se sont mises en place, on s’achemine sans surprise vers une fin attendue. Comme l’indique plaisamment le titre français (mais non francophone) : le chemin est effectivement assez long.

Vice

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Le pitch

Poussé par l’ambition démesurée de sa femme Lynne (Amy Adams), Dick Cheney (Christian Bale), péquenot sudiste opportuniste et sans scrupule, va gravir tous les échelons de l’administration gouvernementale à la Maison Blanche. Jusqu’à se faire élire vice-président de George W. Bush (Sam Rockwell) et diriger le pays quasiment à sa place, dans le monde dangereusement instable de l’après 11 septembre…

Ce qu’on en pense

Auteur de comédies grinçantes (Rocky Bobby : roi du circuit, Frangins malgré eux, Very Bad Cops, The Big Short : le casse du siècle…) et membre de la bande à Will Ferrell, Adam McKay signe son film le plus acerbe et le plus politique avec ce biopic décapant de Dick Cheney. Un film qu’il faut absolument aller voir pour comprendre ce qui s’est passé aux États-Unis au lendemain du 11 septembre. À la manière de Michael Moore, dont il fut l’assistant, McKay mixe les sources d’images (archives, dessin animé, fiction…) pour tirer le portrait au vitriol de l’ex-vice président de George Bush JR, qui lui a confisqué le pouvoir au profit du lobby industrielo-pétrolier et a poussé de tout son poids pour l’engagement militaire en Irak. Sachant parfaitement que Saddam Hussein n’avait rien à voir avec les attentats du World Trade Center et du Pentagone… Cruel, drôle et édifiant, Vice porte bien son titre à double sens et permet au trio Christian Bale (méconnaissable dans un rôle à Oscar), Steve Carrel (en Donald Rumsfeld), Sam Rockwell (épatant en Bush JR) de s’éclater comme larrons en foire, dans une satire politique au lance-flammes.

All Inclusive

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Le Pitch

Planté par sa fiancée à l’aéroport, Bruno (François-Xavier Demaison) s’envole seul pour une semaine dans un club de vacances “All Inclusive” aux Caraïbes. Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, il va devoir partager sa chambre avec Jean-Paul Cisse (Franck Dubosc) , éternel célibataire très envahissant. Avec  Lulu (Josiane Balasko), retraitée et veuve très open, Caroline, Manon et Sonia, trois copines venues enterrer le divorce de la première et Edouard Laurent (Thierry Lhermitte), le directeur du Club Caraïbes Princess, les deux vacanciers ne sont pas prêts d’oublier leur séjour sous le soleil et les cocotiers… 

Ce qu’on en pense

On espère que Fabien Onteniente et sa joyeuse bande se sont bien amusés , aux frais de la production, lors  de leur séjour “All Inclusive” en club vacances à la Guadeloupe. Parce que le spectateur, lui, n’est pas vraiment à la tête dans ce mashup paresseux de Camping et des Bronzés. Au troisième jour de vacances, le scénario a déjà épuisé son stock de gags médiocres. Franck Dubosc réactive sans conviction son personnage de loser parasitaire et pétomane, Thierry Lhermitte reprend celui de chef de village, François-Xavier Demaison joue les amoureux transis sans plus y croire (il faut dire qu’avec Maiwenn, ils forment le couple le plus mal assorti de l’histoire du cinéma français) et la malheureuse Josiane Balasko se prête à toutes les pitreries dégradantes  que lui réserve le scénario avec une bonne volonté qui confine au masochisme. L’image est d’une laideur agressive, l’humour d’une vulgarité crasse (“Une femme qui trompe son mari,  c’est la première fois qui compte. Le reste c’est du remplissage“) et l’histoire n’a aucun intérêt. Si vous avez des envies de soleil, investissez plutôt dans une séance d’UV.

 

 

 

Interview : Robert Rodriguez

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Plus connu des amateurs de cinéma indépendant que du grand public, avec ses films grindhouse (Mariachi, Desperado, Machete) et ses adaptations de BD (Sin City 1 et 2), Robert Rodriguez signe avec Alita : Battle Angel son premier véritable blockbuster tout public. Une formidable réussite, dont il nous a parlé, lors de sa venue à Paris pour l’avant-première française, casquette vissée sur le crâne, éternel tee-shirt noir et débit de mitraillette, tout en gribouillant des Alita sur son carnet de croquis…

On vous pensait plus proche de Tarantino que de James Cameron. Qu’est-ce qui vous a amené à réaliser pour lui cette première adaptation d’Alita ?

Jim (James Cameron N.D.L.R.) voulait le réaliser depuis des années, mais ne trouvait jamais le temps de le faire.Nous sommes amis depuis longtemps, mais j’étais honoré qu’il me le propose. J’ai fait beaucoup de films différents jusqu’ici, mais jamais quelque chose d’aussi grand public.C’était un challenge intéressant à ce moment de ma carrière.Ça m’intéressait de me mettre dans les pas de James Cameron.On a commencé tous les deux par faire des films indépendants et je me suis toujours demandé comment il avait fait pour franchir le cap et réussir des films aussi grandioses qu’Avatar ou Titanic.

Vous aviez déjà adapté une BD avec Sin City. C’était différent avec un manga ?

La grande différence c’est que Sin City ce sont des histoires courtes.Alita, c’est un univers qui court sur 20 ou 30 bouquins.J’aurais été perdu dans toute cette littérature, si Jim n’avait pas fait le travail à ma place.Le scénario qu’il m’a donné condensait les deux premiers mangas et un bout du troisième.

Avec une telle matière, on suppose qu’il y aura plusieurs suites ?

Certainement, mais l’idée est de traiter chaque épisode comme une histoire complète. À la fin de Battle Angel, Alita est arrivée au bout de sa quête d’identité.On peut imaginer qu’elle aura d’autres aventures, mais aussi se dire que l’histoire se termine là. Pour moi, le film est fini quand le héros sait ce qu’il est ou ce qu’il veut devenir.

C’est la première fois que votre héros est une fille…

Il y a toujours des personnages féminins forts dans mes films, mais c’est vrai que c’est la première fois que je mets en scène une héroïne de 13 ans…Même si elle en a en réalité 300 ! Ça ne m’a pas posé de problèmes : j’ai été élevé avec des sœurs qui sont de vraies dures à cuire.Et ma fille est une Alita en puissance. Quand j’ai lu le scénario, je me suis dit que si je parvenais aussi bien à m’identifier à une gamine de 13 ans, c’est qu’il était drôlement bon. Et bien sûr, le film charrie tout un tas d’autres thèmes et de mythologies.

Allez-vous continuer à faire des blockbusters ou retourner au cinéma indépendant ?

Mon prochain film Red 11 sort dans deux mois et on l’a réalisé pour 7 000 dollars, making of compris. C’est l’histoire d’un gars qui vend son corps à la science pour réaliser son premier film, comme je l’ai fait pour financer Mariachi. Travailler avec James Cameron, ce n’était pas tout à fait comme travailler pour un studio.On vient du même cinéma et, malgré les enjeux financiers, je me sentais protégé par sa présence.Il n’a jamais été question d’autre chose que de réaliser le meilleur film possible.

 

La dernière folie de Claire Darling

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Le pitch

À Verderonne, petit village de l’Oise, c’est le premier jour de l’été et Claire Darling (Catherine Deneuve) se réveille persuadée de vivre son dernier jour Elle décide alors de vider sa maison et brade tout sans distinction, des lampes Tiffany à la pendule de collection. Les objets tant aimés se font l’écho de sa vie tragique et flamboyante. Cette dernière folie fait revenir Marie, sa fille (Chiara Mastroianni), qu’elle n’a pas vue depuis 20 ans.

Ce qu’on en pense

Réalisatrice de mélo sensibles (L’arbre, La cour de Babel, Dernières nouvelles du Cosmos), Julie Bertuccelli s’est peut-être laissée aller à croire que mettre en scène Catherine Deneuve et Chiara Mastroianni en mère et fille suffirait à assurer l’intérêt de cette fable sur le vieillissement, les souvenirs et les rapports mère-fille. Elle s’est trompée. Adapté d’un roman anglophone de Lynda Rutledge, le scénario de son nouveau film peine à soutenir l’attention jusqu’au bout. Intrigué au début par un récit qui remplace les traditionnels flashbacks par des scènes oniriques,  on se désintéresse assez rapidement du destin de protagonistes aux rapports trop distants et désincarnés pour émouvoir.

Nicky Larson

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Nicky Larson (Philippe Lacheau) est le meilleur des gardes du corps, un détective privé hors-pair. Il est appelé pour une mission à hauts risques : récupérer le parfum de Cupidon, un parfum qui rendrait irrésistible celui qui l’utilise…

Ce qu’on en pense

Porté par les succès de Babysitting et d’Alibi.com, Philippe Lacheau a pu réaliser son rêve: adapter le manga préféré de son enfance, bercée par le Club Dorothée: Nicky Larson. N’étant pas de la même génération, on  a poussé le professionnalisme jusqu’à en regarder quelques épisodes: c’est idiot et le film en livre une transposition assez fidèle. Lacheau s’y met en scène en simili James Bond crétin bodybuildé et obsédé sexuel, avec coupe de douilles et costard flashy estampillés 80’s. Il est affublé d’une assistante plus fufutte que lui  (Elodie Fontan) qu’il persiste à croire lesbienne parce qu’elle a les cheveux courts. L’intrigue est débile, les gags pèsent des tonnes (quand un personnage percute un panneau, c’est forcément celui d’une pub Synthol) et visent systématiquement en dessous de la ceinture. Mais la réalisation cartoonesque invite à ne pas trop prendre l’affaire au sérieux. Question pastiche,  on est quand même assez loin d’OSS 117 version Hazanavicius, voire de Johnny English. Mais le film devrait plaire aux nostalgiques du Club Dorothée et aux enfants qui pourraient regarder l’émission aujourd’hui, si elle existait encore. Pour les autres, un défilé de guests (Pamela Anderson, Didier Bourdon, Gérard Jugnot, Audrey Lamy, Chantal Ladesou, Medi Sadoun, Raphael Personnaz et… Dorothée herself !) permet de faire passer le temps en attendant la fin. 

La Favorite

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Le Pitch

Début du XVIIIème siècle. L’Angleterre et la France sont en guerre. Toutefois, à la cour, la mode est aux courses de canards et à la dégustation d’ananas. La reine Anne (Olivia Colman), à la santé fragile et au caractère instable, occupe le trône tandis que son amie d’enfance Lady Sarah (Rachel Weitz) gouverne le pays à sa place. Lorsqu’une nouvelle venue, Abigail Hill (Emma Stone) arrive à la cour, Lady Sarah la prend sous son aile, pensant qu’elle pourrait être une alliée. Abigail va y voir l’opportunité de renouer avec ses racines aristocratiques. Alors que les enjeux politiques de la guerre absorbent Sarah, Abigail parvient à gagner la confiance de la reine et devient sa nouvelle confidente. Cette position donne à la jeune femme l’occasion de satisfaire ses ambitions, et elle ne laissera ni homme, ni femme, ni politique, ni même un lapin, se mettre en travers de son chemin…

Ce qu’on en pense

Découvert à Cannes avec Canine (Prix Un Certain Regard 2009), confirmé avec The Lobster (Prix du jury 2015) Yórgos Lánthimos avait déçu en 2017 avec le grandiloquent Mise à mort du cerf sacré, qui reçut tout de même le Prix du scénario. Dommage qu’il ait préféré présenter La Favorite à Venise : peut-être aurait-il décroché la Palme cette fois ? C’est son meilleur film à ce jour. On y retrouve tout ce qui fait l’essence de son cinéma,  porté au pinacle : un véritable chef-d’œuvreSorte de Barry Lyndon au féminin, sa Favorite a le doux visage d’Emma Stone (décidément parfaite dans tous les registres) lorsqu’elle vient mendier un emploi à la cour auprès de sa cousine, la toute-puissante Lady Sarah (Rachel Weitz, également formidable).Elle ne tardera pas à dévoiler une âme plus noire que ses tenues, et à mettre la reine (Olivia Colman, favorite à l’Oscar) dans sa poche. Ou plutôt dans son lit ! Car entre ces trois femmes puissantes, qui éclipsent toute la gent (plus ou moins) masculine de la cour, les jeux sexuels ne sont jamais éloigné du  jeu de massacre. A coups de focales déformantes, de plans surréalistes et de dialogues assassins (« Allons tuer quelque chose ! » lance Lady Sarah lorsqu’elle s’ennuie),  Lánthimos dynamite le film en costumes et décrit les jeux de pouvoirs, avec une cruauté et une maestria qui laissent pantois. Politique et féministe, premier grand film de 2019, La Favorite est en tête des nominations pour les Oscars. Et Yórgos Lánthimos est Le Favori pour celui du meilleur réalisateur ! 

 

Arctic

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Le Pitch

En Arctique, la température peut descendre jusqu’à moins –70°C. Dans ce désert hostile, glacial et loin de tout, un homme (Madds Mikkelsen) lutte pour sa survie. Autour de lui, l’immensité blanche, et une carcasse d’avion dans laquelle il s’est réfugié, signe d’un accident déjà lointain. Avec le temps, l’homme a appris à combattre le froid et les tempêtes, à se méfier des ours polaires, à chasser pour se nourrir… Un événement inattendu va l’obliger à partir pour une longue et périlleuse expédition pour sa survie. Mais sur ces terres gelées, aucune erreur n’est permise…

Ce qu’on en pense

Sélectionné à Cannes en Séance de minuit, ce survival glacial est le premier long métrage d’un réalisateur d’origine brésilienne, Joe Penna. Par la puissance de sa mise en scène et sa radicalité (aucune explication, aucun flash back, zéro psychologie, quasiment pas de dialogues),  Arctic peut se comparer a All Is Lost de JC Chandor, qui mettait en scène Robert Redford en plaisancier perdu en pleine mer. Une expérience de cinéma assez éprouvante, portée par un Madds Mikkelsen impressionnant.