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Cannes 2020 : Sélection Officielle

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Par Philippe Dupuy

Cannes peut-il exister en dehors de Cannes ? Le Festival sans la Croisette? La situation, inédite, oblige à poser la question. Annulée pour cause d’épidémie de coronavirus, la 73e édition du plus grand festival de cinéma du monde attendra mai 2021 pour se tenir. Dans l’intervalle, Cannes 2020 a choisi de n’exister que par sa sélection, devenue “Label Cannes“. Pas de festival en ligne, pas de projections en drive in, pas de partenariat avec les festivals d’automne (Angoulême, Deauville, Venise, Toronto)… Les films, rien que les films. 56 au total qui bénéficieront du “label Cannes” lors de leur sortie en salles ou de leur présentation dans d’autres festivals (Sundance notamment). Thierry Frémaux et Pierre Lescure en ont révélé la liste lors d’une présentation surréaliste dans un cinéma parisien totalement vide. 56 films dont 21 Français, beaucoup de premiers films et 16 films de femmes qui forment une sélection aventureuse. Dégagés des contraintes du tapis rouge, les sélectionneurs ont pu se faire plaisir et privilégier les réalisations originales, sans se préoccuper du niveau de glamour du casting. De belles découvertes en perspective pour les cinéphiles qui guetteront le label Cannes 2020 pour aller les voir en salles.  Même si quelques “grands auteurs” (comme Paul Verhoeven ou Leos Carax)  ont préféré attendre 2021 pour monter les marches, il y a dans la sélection 2020 des films qu’on attend avec impatience. Comme The French Dispatch le nouveau Wes Anderson, qui devait faire l’ouverture et qu’on attend logiquement à Angoulême puisqu’il y a été tourné. Ou Eté 85 de François Ozon et  ADN de Maïwenn, deux films trés autobiographiques apparemment. Ou encore Drunk de Thomas Winterberg, Mangrove de Steve McQueen, Peninsula de Yeon Sang-ho (la suite de Last Train to Busan) , Les Hommes de Lucas Belvaux avec Gérard Depardieu,   Soul le nouveau film d’animation musical des studios Pixar et les premiers films de Viggo Mortensen et Laurent Laffite.  Mais, alors que la sortie de tous ces films s’échelonnera sur toute la fin d’année et une partie de 2021,  le “Label Cannes” suffira-t-il à  faire exister le Festival dans la tête des spectateurs? Pas sûr. On aurait aimé qu’au moins un évènement Cannois rappelle l’appartenance du Festival à ce territoire. Sans Cannes la ville,  Cannes le festival nous paraît tout de même très abstrait. A la limite, on l’aurait préféré virtuel.

Le Colocataire

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Le pitch

Juan (Alfonso Baron) doit vite trouver un colocataire après le départ de son frère. C’est finalement Gabriel (Justo Calabria), son collègue charmant et taciturne, qui emménage. Ce qui débute comme un arrangement innocent se transforme rapidement en attraction naissante, puis en passion…

Ce qu’on en pense

Une idylle masculine argentine, filmée par un adepte de Bergman: c’est long (1h50) , c’est lent, tout passe par les regards et les silences. L’essentiel de l’action a pour cadre un appartement en colocation, avec un immonde canapé à fleurs où Juan et ses amis se retrouvent pour regarder des films à la télé. Heureusement, les acteurs sont plus sexys que le mobilier.  Juan est bisexuel et aspire à mener “une vie normale” (entendre  : avec femme et enfants). Même amoureux de Gabriel, il continue à coucher avec sa copine attitrée pour donner le change aux copains. Gabriel a déjà une petite fille : elle vit chez ses grands parents depuis la mort de sa femme. Juan pourrait se satisfaire d’une double vie, mais pas Gabriel. Tout le monde souffre. Le spectateur aussi. Un film sur la crise du logement et la difficulté de s’assumer homosexuel en Argentine. 

Un Fils

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Le pitch

Farès et Meriem (Sami Bouajila et Najla Ben Abdallah) forment avec Aziz, leur fils de 9 ans, une famille tunisienne moderne issue d’un milieu privilégié. Lors d’une virée dans le sud de la Tunisie, leur voiture est prise pour cible par un groupe terroriste et le jeune garçon est grièvement blessé..

Ce qu’on en pense

Sélectionné à la Mostra de Venise, ce premier film Tunisien, signé Mehdi M.Barsaoui (un nom à retenir) épate par l’habileté de son scénario, autant que par la modestie de sa mise en scène, dépouillée de tout artifice sans pour autant verser dans le naturalisme. A partir d’un point de départ qui rappelle celui de Babel (une famille dans une voiture, une balle perdue… ), le scénario réserve beaucoup de surprises. Difficile d’en dire plus sans divulgâcher l’intrigue. Sami Bouajila, qui a reçu un prix d’interprétation à Venise pour ce rôle de père prêt à tout pour sauver son fils, est comme d’habitude impeccable. Mais Najla Ben Abdallah qui joue sa femme est parfaite elle aussi. On vit intensément le drame qui frappe leur couple. 

 

 

Invisible Man

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Le pitch

Cecilia Kass (Elisabeth Moss) est en couple avec un brillant et riche scientifique. Ne supportant plus son comportement violent et tyrannique, elle prend la fuite une nuit et se réfugie auprès de sa sœur, leur ami d’enfance et sa fille adolescente. Mais quand l’homme se suicide en laissant à Cecilia une part importante de son immense fortune, celle-ci commence à se demander s’il est réellement mort. Tandis qu’une série de coïncidences inquiétantes menace la vie des êtres qu’elle aime, Cecilia cherche désespérément à prouver qu’elle est traquée par un homme que nul ne peut voir. Peu à peu, elle a le sentiment que sa raison vacille…

Notre avis

La figure de l’Homme Invisible (Créée par H.G Wells à la fin du 19e siècle) ne cesse d’inspirer les cinéastes,  malgré (ou à cause de) la difficulté consistant à  filmer… le vide !  Leigh Whannell (Insidious 3) s’y colle avec malice et brio, choisissant de prendre le point de vue, non de l’invisible comme la plupart de ses confrères,  mais de sa victime. Elisabeth Moss porte ainsi le film quasiment toute seule sur ses épaules, dans une performance, pour le coup,  éblouissante. La mise en scène hyper stylisée,  le travail sur le son  et la maîtrise du hors champ font le reste. On en tremble encore en écrivant ces lignes.

Filles de joie

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Le pitch

Axelle (Sara Forestier), Dominique (Noémie Lvovsky) et Conso (Annabelle Langronne) partagent un secret. Elles mènent une double vie. Elles se retrouvent tous les matins sur le parking de la cité pour prendre la route et aller travailler de l’autre côté de la frontière. Là, elles deviennent Athéna, Circé et Héra dans une maison close. Filles de joie, héroïnes du quotidien, chacune se bat pour sa famille, pour garder sa dignité. Mais quand la vie de l’une est en danger, elles s’unissent pour faire face à l’adversité…

Ce qu’on en pense

Sur un sujet casse-gueule, les réalisateurs belges Anne Paulicevich et Frédéric Fonteyne tissent une fiction sociale trés réaliste,  nourrie de l’immersion de l’équipe, durant plusieurs semaines, dans une maison close du plat pays.  Sara Forestier, Noémie Lvovsky et Annabelle Langronne (une découverte) jouent leur partition à la perfection et donnent beaucoup d’humanité et de vérité à ces femmes combattantes, qui refusent de se laisser réduire à ce qu’elle font pour (sur)vivre. Le film évite soigneusement les clichés et le voyeurisme,  pour se concentrer sur l’aspect social, sans forcer la dramaturgie. L’intrigue est sans surprise, mais tout sonne juste. Du bon cinéma social Belge (pléonasme?), comme on l’aime.

L’Ombre de Staline

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Le pitch

Après avoir décroché une interview d’Hitler, le journaliste anglais Gareth Jones débarque en 1933 à Moscou, afin d’interviewer Staline sur le fameux «miracle soviétique». A son arrivée, il déchante : anesthésiés par la propagande, ses contacts occidentaux se dérobent, il se retrouve surveillé jour et nuit, et son principal intermédiaire disparaît. Une source le convainc alors de s’intéresser à l’Ukraine. Parvenant à fuir, il saute dans un train, en route vers une vérité inimaginable…

Ce qu’on en pense

L’Ombre de Staline marque le grand retour au cinéma de la réalisatrice polonaise Agnieszka Holland, qui n’avait plus réalisé de films depuis Sous la ville en 2011. Et quel retour ! Consacré à l’Holodomor (le génocide ukrainien), L’Ombre de Staline est une fresque historique comme le cinéma n’en produit plus beaucoup. En plus de ses immenses qualités formelles (mise en scène, photo, direction d’acteurs, scénario, reconstitution… Tout est top), le film dénonce l’oubli historique des millions de morts provoqués par les purges staliniennes. Ni le titre original (Mr Jones), ni le titre français ne rendent, hélas, compte de cette volonté. Pourquoi ne pas l’avoir intitulé tout simplement Holodomor?  

De Gaulle

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Le pitch

Mai 1940. La guerre s’intensifie, l’armée française s’effondre, les Allemands seront bientôt à Paris. La panique gagne le gouvernement qui envisage d’accepter la défaite. Un homme, Charles de Gaulle (Lambert Wilson), fraîchement promu général, veut infléchir le cours de l’Histoire. Sa femme, Yvonne  (Isabelle Carré), est son premier soutien, mais très vite les évènements les séparent. Yvonne et ses enfants se lancent sur les routes de l’exode. Charles rejoint Londres. Il veut faire entendre une autre voix : celle de la Résistance…

Ce qu’on en pense

Aussi étonnant que cela puisse paraître, De Gaulle est le premier biopic de cinéma consacré au Général. Il faut croire que la figure du géant de Colombey effrayait. Gabriel Le Bomin choisit de la désacraliser en s’intéressant presque plus au mari et au père qu’au militaire ou à l’homme politique. Pour cela, il circonscrit l’action dans les semaines qui précèdent l’appel du 18 juin, montrant comment, seul contre presque tous, De Gaulle choisit d’incarner la résistance à l’envahisseur nazi, alors que Pétain engageait la France dans la voie de la collaboration. Lambert Wilson et Isabelle Carré incarnent Charles et Yvonne avec crédibilité, ce qui n’était pas gagné d’avance et le film remplit ses objectifs, même si on le trouve plus efficace dans les scènes «politiques» (les face à face avec Churchill,  notamment) que dans celles d’intimité. Comme ce plan d’ouverture audacieux,  entre les draps du lit conjugal. Après l’épisode du confinement, une ressortie à la date  l’anniversaire de l’appel du 18 juin, s’imposait. 

La Bonne épouse

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Le pitch

Tenir son foyer et se plier au devoir conjugal sans moufter : c’est ce qu’enseigne avec ardeur Paulette Van Der Beck (Juliette Binoche) dans son école ménagère. Ses certitudes vacillent quand elle se retrouve veuve et ruinée. Est-ce le retour de son premier amour (Edouard Baer) ou le vent de liberté de mai 68 ? Elle se sent soudain pousser des ailes !

Ce qu’on en pense

Cinéaste de la condition féminine (Séraphine, Violette, Sage Femme…), Martin Provost poursuit son travail avec cette comédie acidulée, située dans une école ménagère des années 60. On y apprend à devenir une « bonne épouse » grâce aux cours de couture et de maintien , dispensés par la directrice (Juliette Binoche en plein lâchage) et une religieuse tout terrain (Noémie Lvovsky, complètement déjantée).Pendant ce temps, la cuisinière (Yolande Moreau, fidèle à elle-même) rêve au prince charmant en écoutant Adamo sur son Teppaz. Mais voilà que le directeur (François Berléand) pique du nez dans sa purée et que Mai 68 pointe le sien (de nez). C’est la révolution dans la maisonnée ! Martin Provost signe une comédie populaire kitsch et colorée, qui vaut surtout par l’abattage de ses trois actrices principales, face auxquelles les bonshommes (Berléand, Edouard Baer) et  les futures « bonnes épouses » ont un peu de mal à exister. Le film s’achève en comédie musicale et on se demande pourquoi le réalisateur n’y a pas pensé avant ? La Bonne épouse aurait certainement  gagné à être entièrement  chanté et dansé. 

Trois étés

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Le pitch

Comme chaque année, Edgar et Marta (Otávio Müller et Gisele Fróes) organisent une grande fête de Noël dans leur luxueuse villa avec leurs riches amis et voisins. Mada (Regina Casé), la gouvernante, et les autres employés de la maison se mettent en quatre pour que la réception soit réussie. Mada voudrait lui parler de son projet de baraque à sandwich, mais son patron semble particulièrement préoccupé

Ce qu’on en pense

Au Brésil, l’été bat son plein en décembre. On fête Noël à la plage, même s’il ne fait pas forcément très beau. L’hiver va d’ailleurs s’inviter prématurément dans la vie des riches patrons de Mada (formidable Regine Casé). En trois étés, leur vie va basculer. Pris dans un scandale financier, le père est arrêté, sa femme et son fils fuient à l’étranger. Mada se retrouve seule en charge de l’immense propriété et du grand-père impotent. Comme d’habitude, elle fera contre mauvaise fortune bon cœur et réussira à tenir la maison à flot, en la louant à des touristes ou en y accueillant un tournage pour payer les salaires… Un Roma brésilien, signé Sandra Kogut, qui dresse un état des lieux décapant de la société brésilienne, avec une bourgeoisie corrompue servie par un petit peuple d’employés dévoués et pleins de ressources. A l’image de la magnifique Mada, dont le grand sourire et les facéties cachent des drames autrement plus terribles qu’un simple revers de fortune…

La Communion

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Le Pitch

Daniel (Bartosz Bielenia), 20 ans, se découvre une vocation spirituelle dans un centre de détention pour la jeunesse. Mais le crime qu’il a commis l’empêche d’accéder aux études de séminariste. Envoyé dans une petite ville pour travailler dans un atelier de menuiserie, il se fait passer pour un prêtre et prend la tête de la paroisse. L’arrivée du jeune et charismatique prédicateur va bousculer la vie de cette petite communauté conservatrice.

Ce qu’on en pense

S’inspirant d’un fait divers réel, le réalisateur polonais Jan Komasa, dont c’est le premier film à sortir en France, tisse un drame subtil et prenant, servi par l’interprétation de son acteur principal, Bartosz Bielenia. Composé presque uniquement de plans fixes (à part ceux de début et de fin, tournés au contraire caméra à l’épaule),  sans pourtant être contemplatif, le film suit l’itinéraire d’un jeune garçon touché par la Foi alors qu’il purge une peine de prison. Sachant qu’il ne pourra jamais faire de sa nouvelle vocation un métier, il saisit l’opportunité qui lui est offerte par un quiproquo, de remplacer le prêtre d’une paroisse isolée. Dans la réalité, le garçon, âgé de 19 ans, avait exercé pendant 3 mois en célébrant des mariages et des baptêmes, à la satisfaction générale. Dans le film, la situation se complique : le village est en proie à la division après la mort de plusieurs jeunes dans un accident de voiture et le faux prêtre tombe amoureux d’une jeune et jolie paroissienne… Un drame d’une belle maîtrise qui a valu à son auteur une nomination à l’Oscar du meilleur film étranger.

Jojo Rabbit

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Le pitch

En 1944, dans un village d’Allemagne, Jojo (Roman Griffin Davis) est un petit garçon d’une dizaine d’années, doux et timide, qui aime par-dessus tout Hitler et les croix gammées. Recalé aux Jeunesses Hitlériennes, il rend de menus services à la Kommandantur locale avec son ami aussi grotesque qu’imaginaire, Adolf Hitler (Taika Waititi). Ses idéaux national-socialistes sont mis à rude épreuve quand il découvre que sa mère adorée (Scarlett Johansson) cache une jeune fille juive (Thomasin McKenzie) dans leur grenier. S’il ne veut pas que sa mère soit arrêtée, Jojo va devoir sérieusement réviser sa vision du monde…

Ce qu’on en pense

Il fallait quand même être sacrément culotté (ou Néo-Zélandais ?) pour se lancer dans l’aventure d’un film dont le héros est un mini-nazi adorateur d’Hitler ! Taika Waititi, dont le travail sur Thor : Ragnarok ne préparait pas vraiment à pareille audace, est même allé jusqu’à se caster lui-même dans le rôle d’Adolf, l’ami imaginaire à petite moustache de Jojo. Un pantin grimaçant, gesticulant et burlesque, qui rappelle celui campé par Chaplin dans Le Dictateur. Malgré tout, il faut bien dire qu’au début du film, on se demande un peu ce qu’on est en train de regarder.Un film de propagande pour les jeunesses hitlériennes signé par un émule de Wes Anderson ? Heureusement, le côté farcesque de l’affaire l’emporte rapidement : le soi-disant affreux Jojo blondinet admirateur d’Hitler se révèle en fait être un bien gentil garçon, doux et naïf. Mais comment résister au lavage de cerveau quand on n’a que dix ans et qu’on a été biberonné depuis son plus jeune âge à la propagande nazie ? C’est avec l’aide d’une jeune juive, cachée dans son grenier par une mère résistante que Jojo révisera ses positions et finira par regarder le monde par un prisme plus humaniste, tandis qu’autour de lui le monde qu’il a connu s’effondrera avec l’arrivée des forces alliées dans le village… Drôle, émouvant, poétique et néanmoins engagé dans la dénonciation du nationalisme et de l’endoctrinement des masses, le film de Taika Waititi séduit par son originalité, son irrévérence et sa mise en scène hyperstylisée (à la Wes Anderson, on l’a dit). Mais aussi par la qualité de ses interprètes. Les deux jeunes héros, Roman Griffin Davis et Thomasin McKenzie, sont tout simplement formidables. Sam Rockwell est aussi excellent en officier allemand alcoolo, désabusé mais protecteur. Et on regrette que le personnage de la mère, jouée par Scarlett Johansson ne soit pas plus présent. Une reconstitution d’époque trés stylisée et une BO pop du meilleur goût (Tom Waits, Bowie, les Beatles en allemand… ) complètent la réussite du film. Ne lui posez pas de lapin !

Scandale

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Le Pitch

À Fox News, le puissant network de Rupert Murdoch (Malcolm McDowell), les présentatrices et les journalistes sont embauchées sur des critères esthétiques et cornaquées par le redoutable patron de la chaîne Roger Ailes (John Lithgow).Même les stars comme Megyn Kelly (Charlize Theron) ou Gretchen Carlson (Nicole Kidman), doivent subir ses avances.Pour les débutantes comme Kayla Pospisil (Margot Robbie), cela va même jusqu’au harcèlement et au chantage. Jusqu’à ce que le scandale éclate…

Ce qu’on en pense

Coproduit par Charlize Theron et curieusement confié à Jay Roach,  réalisateur de comédies potaches (Austin Powers , Mon Beau-père et moi ),  Scandale est un pur produit hollywoodien dans la mouvance #MeToo, avec casting de stars tellement siliconées, maquillées et perruquées qu’elles sont à peine reconnaissables. Entamé comme une dénonciation du pouvoir de Fox News et de ses connivences avec Donald Trump, le film évolue en portrait thuriféraire de la journaliste-vedette Megyn Kelly (Charlize Theron), pour finir en procès du patron emblématique de la chaîne Roger Ailes (l’excellent John Lithgow), accusé de harcèlement sexuel et limogé par Rupert Murdoch (avec 40 millions de dollars d’indemnités)…  Pas inintéressant,  mais brouillon et racoleur.

2040

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Après le succès de Sugarland, dans lequel il dénonçait la malbouffe et les excès de sucre dans l’alimentation, Damon Gameau s’attaque dans ce nouveau documentaire au réchauffement climatique et à l’épuisement des ressources. Comme Mélanie Laurent et Cyril Dion l’avaient fait dans Demain (2015), le documentariste Australien a choisi de mettre l’accent sur les solutions innovantes plutôt que sur l’étendue du problème. À quoi pourrait ressembler le monde dans vingt ans (2040) si nous adoptions les solutions déjà disponibles pour le traitement de la nourriture, de l’énergie et de l’éducation ? Pour répondre à la question, Gameau a parcouru le monde à la recherche des expériences les plus prometteuses ou originales : un réseau d’électricité solaire indépendant en Inde, des flottes de voitures autonomes en autopartage, des expériences de régénération des océans par les algues, des programmes pour scolariser plus de filles dans les pays du tiers-monde qui font chuter le taux de natalité et régresser la pauvreté… Se mettant toujours volontiers en scène (moins que dans Sugarland, cependant), le réalisateur propose un voyage initiatique et ludique, à l’intention des jeunes générations, pour leur permettre de prendre leur destin en main. Parce qu’ « on peut voir partout où on regarde des raisons d’espérer » (sic).  Un peu naïf et superficiel, sans doute, mais ça fait du bien de croire que tout n’est pas perdu… 

Champs-Elysées Film Festival

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Alors qu’on attend toujours de découvrir le dispositif imaginé par le Festival de Cannes pour exister malgré tout en 2020,  le Champs-Élysées Film Festival, qui devait se tenir du 9 au 16 juin, va proposer une neuvième édition entièrement numérique. Une aubaine pour les cinéphiles de la France entière qui n’auront qu’à s’inscrire sur le site du festival  pour visionner gratuitement  les films sélectionnés et assister en duplex au master classes  de Stephen Frears et Edgar  Wright ainsi qu’aux prestations musicales de Barbara Carlotti, Clara Ysé, P.r2b, TheColorGrey, Lucie Antunes, Barbara Butch (dj set) ,  Yuksek (playlist) et  Rebeka Warrior (playlist).  Le festival s’ouvrira le 9 juin à 19 heures sur un live de Barbara Carlotti suivi de la projection en avant-première du film Jumbo de Zoé Wittock, avec Noémie Merlant et Emmanuelle Bercot, à 20h30. Avec l’ambition de mettre davantage en lumière les liens qui unissent l’écriture cinématographique et la composition musicale, le festival propose cette année une nouvelle section, « Musique et Cinéma » avec une sélection de 4 courts métrages. L’ambassadrice de cette section, Barbara Carlotti, présentera sa comédie musicale 14 ans, une exploration des liens qui unissent ces deux arts. « Nous avons souhaité créer une nouvelle expérience de festivalier pour cette édition en ligne, une expérience la plus chaleureuse et humaine possible, explique la créatrice du festival Sophie Dulac. Notre site web sera une plateforme de diffusions de films mais également un espace d’échanges où le public pourra retrouver des contenus propres à un festival de cinéma comme des interviews et des masterclass. Cette 9e édition en ligne et gratuite est une alternative due au contexte sanitaire actuel et un moyen de garder le lien avec le public, en attendant que nos précieuses salles de cinéma puissent réouvrir » Au total, une quarantaine de films seront diffusés durant la semaine, pour un très grand nombre en exclusivité. Le jury de la compétition présidé par la réalisatrice Mounia Meddour (Papicha) devra départager 11 longs métrages (6 français et 5 américains) mais chacun pourra se faire son propre palmarès. On aurait presque envie de dire merci au Covid !

 

Dark Waters

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Le pitch

Robert Bilott (Mark Ruffalo) est avocat, spécialisé dans la défense des industries chimiques. Lorsqu’il découvre que la campagne de son enfance est empoisonnée par une usine du puissant groupe chimique DuPont, il va risquer sa carrière, sa famille, et même sa propre vie pour faire éclater la vérité… Une histoire vraie.

Ce qu’on en pense

Mark Ruffalo va finir par se faire des ennemis chez les DuPont de Nemours ! Après avoir combattu un des rejetons cinglés de la famille dans Foxcatcher, l’acteur s’attaque à la poule aux œufs d’or de la dynastie pétrochimique US : le Téflon. Un anti-adhésif potentiellement cancérigène, utilisé pour les poêles, les casseroles et les revêtements de sol, qui est au centre d’un des plus grands scandales sanitaires des dernières décennies. Dans le nouveau film de Todd Haynes (Carol, Le Musée des merveilles), Ruffalo incarne l’avocat qui a révélé au monde la dangerosité du Téflon.Un rôle à la Bruce Banner qui ne se transformerait pas en Hulk : celui du jeune associé un peu péquenot d’un gros cabinet d’affaires qui, jouant contre son camp, va mettre au jour, presque fortuitement, un énorme scandale. Au début des années 80, Billot, contacté par un paysan ami de sa grand-mère, Wilbur Tenant (Bill Camp), dont les vaches meurent mystérieusement, accepte de retourner à Parkersburg, un bourg rural, où il a passé son enfance. Tenant est persuadé que l’usine DuPont du patelin déverse des produits toxiques dans la rivière où s’abreuvent ses bêtes. Mais les analyses effectuées par DuPont – plus gros employeur de la région-, ne révèlent rien de toxique. Billot demande qu’on les lui communique. Après plusieurs relances, l’industriel s’exécute de mauvaise grâce et le noie littéralement sous les documents, espérant qu’il se décourage. Erreur : Billot est un besogneux aussi accrocheur que le Téflon est anti-adhésif. Il mettra des années à prouver que les rejets de l’usine, à base de PFOA, étaient effectivement mortels. Le problème, c’est que le PFOA n’ a pas contaminé que les vaches de Wilbur Tenant. Comme il entre dans la fabrication du Téflon, 98 % de la population occidentale est ou a été en contact avec le produit ! Avec Dark Waters, Todd Haynes qu’on n’attendait pas sur ce registre, signe un film dossier passionnant dans la lignée de Spotlight, d’Erin Brokovich ou de Promised Land. A voir absolument.