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César 2020 : Polanski sonne le glas

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C’était bien la peine que Florence Foresti le traite de nain en le surnommant “Atchoum” et que tout le monde y aille de son couplet féministe :  en décernant le César du meilleur réalisateur à Roman Polanski l’Académie des César finit de se saborder. C’était justement le prix qu’il ne fallait pas lui remettre !  Même celui du meilleur film aurait été mieux accueilli, car J’accuse est un grand film. Mais “Meilleur réalisateur”… Avec toutes les accusations qui pèsent sur lui.  A quoi ont pensé les votants? On se le demande. A l’annonce du prix, les sifflets ont fusé  et Adèle Haenel a quitté la salle furieuse.  Du coup, c’est tout le palmarès de cette 45e édition qui est  bancal : même les 4 César des Misérables (sur 11 possibles) ne consoleront personne. Celui du meilleur premier film est redondant avec celui du meilleur film. Et celui du public n’a de public que le nom,  puisque c’est en fait l’Académie qui le décerne parmi les 5 plus grands succès de l’année. Sans cet artifice, le film de Ladj Ly aurait fini ex-aequo avec celui de Polanski. Un seul César pour Le Portrait de la Jeune fille en feu de Celine Sciamma qui les méritait presque tous. Encore un prix pour Parasite et toujours rien pour Almodovar…  On se réjouit, quand même, pour Roschdy Zem et Anaïs Demoustier (César d’interprétation) , pour Papicha (2 César) et pour La Belle époque de Nicolas Bedos (3 César),  dont le bonheur faisait plaisir à voir. Son sourire fut l’un des rares à ne pas être forcé durant une cérémonie encore plus longue  et sentencieuse que les autres années. Pour la nouvelle ère annoncée en ouverture par Sandrine Kiberlain, la présidente de la cérémonie,  le chantier numéro 1  de l’Académie sera de revoir son système de vote et l’organisation de la cérémonie. A moins que ne soit effectivement “la dernière” comme l’a dit Florence Foresti,  dans un trait d’humour pour le coup visionnaire ? 

L’Etat sauvage

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Le pitch

Etats-Unis, 1861, la guerre de Sécession fait rage. Une famille de colons français décide de fuir le Missouri où ils vivent depuis 20 ans. Edmond (Bruno Todeschini) , Madeleine (Constance Dollé) et leurs trois filles doivent traverser tout le pays pour prendre le premier bateau qui les ramènera en France. Victor (Kevin Janssens), ancien mercenaire au comportement mystérieux, est chargé de veiller à la sécurité du voyage…

Ce qu’on en pense

Pour un réalisateur français s’attaquer au western, c’est un peu l’Anapurna. Même Jacques Audiard a eu du mal avec les Frères Sister. Que dire de David Perrault ? Ni son ambition , ni ses bonnes intentions (mettre les femmes en avant), ne suffisent pas à sauver le film de l’ennui. Alice Isaaz, perdue dans les grands espaces,  ne parvient pas à faire oublier les longueurs du voyage, les effets de styles gênants, ni les dérapages du scénario. A l’ouest, rien de nouveau. 

Lara Jenkins

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Le pitch

Comme tous les autres matins, Lara (Corinna Harfouch) débute sa journée par une cigarette et une tasse de thé. Aujourd’hui est un jour important : elle a 60 ans et c’est le premier concert de piano donné par son fils Viktor (Tom Schilling). Elle le soutient depuis ses débuts et se considère comme déterminante dans son succès. Mais Viktor est injoignable depuis des semaines et Lara n’a pas été conviée à l’événement…

Ce qu’on en pense

Sur une thématique assez proche de celle de L’Audition de Ina Weisse, sorti en novembre, Jan-Ole Gerster signe un portrait de femme blessée, entre drame familial et comédie noire.Le film commence par une tentative de suicide comiquement avortée et se poursuit avec les errements de l’héroïne (Corinna Harfouch, croisement de Nathalie Baye et Charlotte Rampling) dans un Berlin aussi froid et vide que son cœur. On ne sait jamais ce qu’elle mijote,  ni pourquoi elle est si mauvaise avec ceux qui lui tendent la main et si faible avec ceux qui la morde. Mais on comprend bien qu’elle est seule responsable de ses misères. Du bon cinéma allemand, quelque part entre Haneke, Bergman et Maren Ade.

Dark Waters

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Le pitch

Robert Bilott (Mark Ruffalo) est avocat, spécialisé dans la défense des industries chimiques. Lorsqu’il découvre que la campagne de son enfance est empoisonnée par une usine du puissant groupe chimique DuPont, il va risquer sa carrière, sa famille, et même sa propre vie pour faire éclater la vérité… Une histoire vraie.

Ce qu’on en pense

Mark Ruffalo va finir par se faire des ennemis chez les DuPont de Nemours ! Après avoir combattu un des rejetons cinglés de la famille dans Foxcatcher, l’acteur s’attaque à la poule aux œufs d’or de la dynastie pétrochimique US : le Téflon. Un anti-adhésif potentiellement cancérigène, utilisé pour les poêles, les casseroles et les revêtements de sol, qui est au centre d’un des plus grands scandales sanitaires des dernières décennies. Dans le nouveau film de Todd Haynes (Carol, Le Musée des merveilles), Ruffalo incarne l’avocat qui a révélé au monde la dangerosité du Téflon.Un rôle à la Bruce Banner qui ne se transformerait pas en Hulk : celui du jeune associé un peu péquenot d’un gros cabinet d’affaires qui, jouant contre son camp, va mettre au jour, presque fortuitement, un énorme scandale. Au début des années 80, Billot, contacté par un paysan ami de sa grand-mère, Wilbur Tenant (Bill Camp), dont les vaches meurent mystérieusement, accepte de retourner à Parkersburg, un bourg rural, où il a passé son enfance. Tenant est persuadé que l’usine DuPont du patelin déverse des produits toxiques dans la rivière où s’abreuvent ses bêtes. Mais les analyses effectuées par DuPont – plus gros employeur de la région-, ne révèlent rien de toxique. Billot demande qu’on les lui communique. Après plusieurs relances, l’industriel s’exécute de mauvaise grâce et le noie littéralement sous les documents, espérant qu’il se décourage. Erreur : Billot est un besogneux aussi accrocheur que le Téflon est anti-adhésif. Il mettra des années à prouver que les rejets de l’usine, à base de PFOA, étaient effectivement mortels. Le problème, c’est que le PFOA n’ a pas contaminé que les vaches de Wilbur Tenant. Comme il entre dans la fabrication du Téflon, 98 % de la population occidentale est ou a été en contact avec le produit ! Avec Dark Waters, Todd Haynes qu’on n’attendait pas sur ce registre, signe un film dossier passionnant dans la lignée de Spotlight, d’Erin Brokovich ou de Promised Land. A voir absolument.

Mine de rien

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Le pitch

Dans une région qui fut le fleuron de l’industrie minière, deux chômeurs de longue durée Arnault et Di Lello (Arnaud Ducret, Philippe Rebbot) , ont l’idée de construire un parc d’attraction «artisanal» sur une ancienne mine de charbon désaffectée. La maire du village (Rebecca Finet) est contre le projet,  mais ils vont persévérer et fédérer autour d’eux tous les laissés pour compte des délocalisations. En sauvant la mine et sa mémoire, Arnault , Di Lello et leurs amis retrouveront force et dignité...

Ce qu’on en pense

Les films sociaux ont le vent en poupe.Après Les Invisibles, Au nom de la Terre et Hors Normes, voici Mine de rien, une gentille «dramédie» ayant pour cadre les corons, avec Arnaud Ducret et Philippe Rebbot  en chômeurs de longue durée à l’esprit d’entreprise chevillé au corps (surtout Ducret). Un premier film signé Mathias Mlekuz, acteur de séries TV (Boulevard du Palais, Missions, Nicolas Le Floch) originaire du Nord, qui portait le projet depuis une dizaine d’années,  en mémoire d’un grand père mineur de fond. Naïf mais sympathique, porté par une bande d’acteurs motivés (dont Rufus et Hélène Vincent, toujours impeccables et la Grassoise Mélanie Bernier), le film a décroché le prix du public au festival de l’Alpe d’Huez. Comme quoi, du fond du trou aux plus hauts sommets, il n’y a parfois qu’un pas. Il suffit d’oser (comme les héros du film), de persévérer (comme Mathias Mlekuz)…  Et de ne pas se miner !

2040

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Après le succès de Sugarland, dans lequel il dénonçait la malbouffe et les excès de sucre dans l’alimentation, Damon Gameau s’attaque dans ce nouveau documentaire au réchauffement climatique et à l’épuisement des ressources. Comme Mélanie Laurent et Cyril Dion l’avaient fait dans Demain (2015), le documentariste Australien a choisi de mettre l’accent sur les solutions innovantes plutôt que sur l’étendue du problème. À quoi pourrait ressembler le monde dans vingt ans (2040) si nous adoptions les solutions déjà disponibles pour le traitement de la nourriture, de l’énergie et de l’éducation ? Pour répondre à la question, Gameau a parcouru le monde à la recherche des expériences les plus prometteuses ou originales : un réseau d’électricité solaire indépendant en Inde, des flottes de voitures autonomes en autopartage, des expériences de régénération des océans par les algues, des programmes pour scolariser plus de filles dans les pays du tiers-monde qui font chuter le taux de natalité et régresser la pauvreté… Se mettant toujours volontiers en scène (moins que dans Sugarland, cependant), le réalisateur propose un voyage initiatique et ludique, à l’intention des jeunes générations, pour leur permettre de prendre leur destin en main. Parce qu’ « on peut voir partout où on regarde des raisons d’espérer » (sic).  Un peu naïf et superficiel, sans doute, mais ça fait du bien de croire que tout n’est pas perdu… 

Judy

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Le Pitch

Hiver 1968. La légendaire Judy Garland débarque à Londres pour se produire à guichets fermés au Talk of the Town. Cela fait trente ans déjà qu’elle est devenue une star planétaire grâce au Magicien d’Oz. Judy a débuté son travail d’artiste à l’âge de deux ans, cela fait maintenant plus de quatre décennies qu’elle chante pour gagner sa vie. Elle est épuisée. Alors qu’elle se prépare pour le spectacle, qu’elle se bat avec son agent, charme les musiciens et évoque ses souvenirs entre amis ; sa vivacité et sa générosité séduisent son entourage. Hantée par une enfance sacrifiée pour Hollywood, elle aspire à rentrer chez elle et à consacrer du temps à ses enfants. Aura-t-elle seulement la force d’aller de l’avant ?

Ce qu’on en pense 

Reine de l’année, Renée Zellweger a tout raflé, des golden globes aux Oscars,  avec son interprétation inspirée de Judy Garland. Tout le film reposait, il est vrai, sur les épaules amincies de l’ex- Bridget Jones. Elle s’en sort mieux que bien. Pour le reste,  Judy est un biopic, on ne peut plus conventionnel, proprement filmé mais sans éclat particulier. Ce qui est un comble vu le tempérament et la carrière de la chanteuse… Le choix de n’évoquer qu’un bref moment de sa carrière permet néanmoins de laisser planer quelques zones d’ombres et d’éviter la totale hagiographie.

Invisible Man

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Le pitch

Cecilia Kass (Elisabeth Moss) est en couple avec un brillant et riche scientifique. Ne supportant plus son comportement violent et tyrannique, elle prend la fuite une nuit et se réfugie auprès de sa sœur, leur ami d’enfance et sa fille adolescente. Mais quand l’homme se suicide en laissant à Cecilia une part importante de son immense fortune, celle-ci commence à se demander s’il est réellement mort. Tandis qu’une série de coïncidences inquiétantes menace la vie des êtres qu’elle aime, Cecilia cherche désespérément à prouver qu’elle est traquée par un homme que nul ne peut voir. Peu à peu, elle a le sentiment que sa raison vacille…

Notre avis

La figure de l’Homme Invisible (Créée par H.G Wells à la fin du 19e siècle) ne cesse d’inspirer les cinéastes,  malgré (ou à cause de) la difficulté consistant à  filmer… le vide !  Leigh Whannell (Insidious 3) s’y colle avec malice et brio, choisissant de prendre le point de vue, non de l’invisible comme la plupart de ses confrères,  mais de sa victime. Elisabeth Moss porte ainsi le film quasiment toute seule sur ses épaules, dans une performance, pour le coup,  éblouissante. La mise en scène hyper stylisée,  le travail sur le son  et la maîtrise du hors champ font le reste. On en tremble encore en écrivant ces lignes.

Mes jours de gloire

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Le pitch

Adrien (Vincent Lacoste) est un Peter Pan des temps modernes. Il a beau approcher la trentaine, il vit encore comme un enfant. Petit, il a connu le succès en tant qu’acteur,  mais c’était il y a plus de dix ans et aujourd’hui Adrien n’a plus un sou. Il retourne chez ses parents et tente de redonner un coup de fouet à son quotidien

Ce qu’on en pense

Incroyable : Vincent Lacoste a déjà l’âge de jouer les has been ! Dans  L’Enfance d’un chef (court-métrage) , Antoine de Bary lui faisait jouer  un jeune comédien casté pour un biopic sur la jeunesse de Charles de Gaulle. Quelques années plus tard , il lui fait reprendre le personnage d’Adrien. Après le succès sans lendemain du film, le voila revenu à la case départ, chez ses parents  (Emmanuelle Devos et Christophe Lambert),  en quête d’un hypothétique rebond. La relation familiale fournit les meilleures scènes du film.  Celles sur sa libido en berne sont nettement moins inspirées. La comédie acide du début bascule dans une psychanalyse de bas étage qui laisse le spectateur sur le bord du chemin. Un “Vincent Lacoste movie” sans gloire.

Lucky

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Le pitch

Pour s’en sortir financièrement, Willy (Alban Ivanov) et son pote Tony (Michaël Youn) ont une idée de génie : voler Lucky, un chien de la brigade des stups et lui faire flairer la drogue alentours. Mais, les choses ne se passent pas tout à fait comme ils l’avaient prévu. La seule solution : s’associer avec Caro (Florence Foresti) , une flic totalement corrompue…

Ce qu’on en pense 

Quand on aura dit que Lucky est la nouvelle comédie déjantée de l’auteur de  Dikkenek,  Olivier Van Hoofstadt et qu’elle met en scène  le trio Florence Foresti / Michaël Youn / Alban Ivanov, on aura fait l’essentiel du boulot. Dikkenek est devenu si culte qu’aucun de ceux qui l’ont vu et adoré ne voudrait rater ça.  Comme il l’avait si bien réussi avec Dikkenek, le  cinéaste belge inscrit son scénario picaresque dans un cadre social réaliste faussement foutraque, avec des personnages allumés, tirant vers la BD. Les seconds rôles sont également soignés (François Berléand en commissaire ripoux, Estéban en dealer, Corinne Masiero en nympho et Daniel Prevost en patron mesquin…) et le rythme est soutenu. Pourtant, l’effet de surprise ne jouant plus, on ne peut s’empêcher d’être quand même un peu déçu. Difficile de faire plus barré que Dikkenek avec les mêmes ingrédients.

 

 

 

Lettre à Franco

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Le pitch

Espagne, été 1936. Le célèbre écrivain Miguel de Unamuno (Karra Elejalde) décide de soutenir publiquement la rébellion militaire avec la conviction qu’elle va rétablir l’ordre. Pendant ce temps, fort de ses succès militaires, le général Francisco Franco (Santi Prego) prend les rênes de l’insurrection. Alors que les incarcérations d’opposants se multiplient, Miguel de Unamuno se rend compte qu’un pouvoir fasciste se met en place.

Ce qu’on en pense

De forme trés classique ce biopic historique, signé Alejandro Amenabar,  retrace l’arrivée au pouvoir de Franco en Espagne. A travers le personnage de l’écrivain Miguel de Unamuno, recteur de l’Université de Salamanque, le film montre comment certains intellectuels ont d’abord cautionné le coup d’état militaire,   au nom d’un certain «retour à l’ordre», de la défense de la civilisation occidentale et de la supposée trahison des idéaux républicains par la gauche communiste… Avant de se rendre compte, hélas trop tard, qu’il mettait en péril la démocratie. Un sujet particulièrement d’actualité,  alors que l’Europe connait une résurgence du populisme, berceau de toutes les dictatures. Franco, magistralement interprêté par Santi Prego, est dépeint comme un arriviste qui cache son jeu sous des dehors vélleitaires et sert les interêts d’Hitler, auquel il ressemble beaucoup. Tous les acteurs sont excellents et la reconstitution historique est particulièrement soignée.

10 jours sans maman

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Le pitch

Antoine (Franck Dubosc), DRH d’une grande enseigne de bricolage, est en passe de devenir le numéro 1 de sa boîte. C’est le moment que choisit sa femme, Isabelle (Aure Atika), pour faire une pause et prendre l’air quelques jours pour s’occuper d’elle. Antoine se retrouve alors seul à devoir gérer la maison et leurs quatre enfants. Il est vite dépassé par les événements

Ce qu’on en pense

Pour son quatrième long-métrage, Ludovic Bernard (Mission Pays Basque, L’Ascension, Au bout des doigts) a choisi le remake d’un film argentin d’Ariel Winograd Mama se fue de viaje. Une grosse comédie familiale taillée sur mesure pour Franck Dubosc. Le scénario manque de subtilité, mais les scènes familiales sont assez réussies,  avec des enfants plutôt bien dirigés. La partie “vie professionnelle” est plus caricaturale, voire grotesque… 

Le Cas Richard Jewell

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Le pitch

En 1996, Richard Jewell (Paul Walter Hauser) fait partie de l’équipe de sécurité des Jeux d’Atlanta lors de l’attentat du Parc du Centenaire. Il est l’un des premiers à alerter de la présence d’une bombe et à sauver des vies. Mais il se retrouve bientôt suspecté d’avoir lui même posé la bombe, passant du statut de héros à celui d’homme le plus détesté des Etats-Unis…

Ce qu’on en pense

Clint Eastwood  fait décidément une fixette sur les “héros ordinaires”. Après le tireur d’élite d’American Sniper (2015), le pilote d’avion émérite de Sully (2016) et les deux  sauveteurs du train de 15h17 pour Paris (2018) , voici donc Le Cas Richard Jewell :  un vigile un peu trop zélé qui, après avoir été présenté comme le héros de l’attentat du parc du centenaire pendant les JO d’Atlanta  en 1996 (2 morts 110 blessés), sera soupçonné par le FBI d’avoir lui-même posé la bombe pour se faire mousser et obtenir un poste dans la police. Le film montre comment Jewell (superbement incarné par Paul Walter Hauser), passionné d’armes à feu à la vocation de policier contrariée,  avait effectivement le profil du parfait “pompier pyromane”. Il était donc logique que le FBI enquête sur lui. Mais les méthodes d’investigation des enquêteurs et surtout la fuite de son nom dans la presse ont transformé la vie du malheureux Jewell et de sa mère (jouée par Kathy Bates) en un véritable enfer. Ce n’est que grâce à l’intervention d’un avocat dur à cuire (Sam Rockwell, excellent) que Jewell parviendra à échapper à la prison,  avant d’être totalement innocenté, quelques années plus tard, par les aveux du vrai poseur de bombe. Avec ce film-dossier bien ficelé, bien dirigé et remarquablement interprêté, Clint Eastwood fait oublier le médiocre 15h17 pour Paris et revient à son meilleur niveau (à 89 ans !),  en fustigeant les abus de pouvoir du FBI et de la presse et en dressant le portrait sensible d’un brave type, victime de sa propre passion pour la loi et l’ordre.  Une métaphore de l’Amérique de Donald Trump ?   

Sortilège

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Le pitch

Dans une caserne en Tunisie, un jeune soldat informé du décès de sa mère se voit accorder une permission. Il en profite pour déserter. Recherché par l’armée, il s’enfonce dans une mystérieuse forêt. Devenu ermite, il y rencontrera une femme enceinte délaissée par son mari

Ce qu’on en pense

Après The Last Of UsAla Eddine Slim étonne à nouveau avec cette fable poetico-mystico-surnaturelle que l’on pourra trouver  hypnothique si on est bien disposé,  ou ennuyeuse à mourir si on l’est moins. En tout cas, le réalisateur tunisien fait preuve d’originalité et d’un sens de l’image hérité de Kubrick,  auquel il voue  un culte particulier. D’où la présence dans le film d’un monolithe inspiré de celui de 2001, L’odyssée de l’espace et d’une scène de suicide de soldat, copiée de Full Metal Jacket… Mais les citations et les influences, aussi prestigieuses soient-elles,  ne font pas tout.

 

Amare Amaro

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Le pitch

Gaetano (Syrus Shahidi) , jeune homme taciturne, vit au chevet de son père dont il gère seul la boulangerie. Malgré le succès de ses baguettes, le jeune français né de mère sicilienne n’a jamais été intégré par la communauté du petit village sicilien. Lorsque son frère aîné, truand notoire, décède au cours d’un crime vengeur qu’il provoque en causant la mort de deux personnes, Gaetano choisit d’assumer ses responsabilités familiales et de l’enterrer près de sa mère. Mais sur l’île, le poids de la tradition est omniprésent. La maire, Enza (Celeste Casciaro) , fait régner la loi comme une baronne de la pègre. D’après la tradition les gens de mauvaise nature ne peuvent être enterrés près des honnêtes gens. Elle refuse l’accès au corps à Gaetano. Un différend envenimé par l’amour fou qu’éprouve Anna (Virginia Peroni), la fille d’Enza, pour Gaetano. Embrassant sa cause, elle encourage son petit-ami à aller au bout de sa mission, quitte à se mettre en danger lui et les siens…

Ce qu’on en pense

Le réalisateur Franco-Italien Julien Paolini signe avec ce premier long métrage un drame ambitieux, en forme de tragédie grecque, empruntant une partie de son intrigue à Sophocle (Antigone). C’est ambitieux, peut-être un peu trop. On peine à croire à cette histoire de vengeances à tiroir et de passions exacerbées par le soleil méditerranéen. La musique envahissante,  l’esthétique clipesque  et l‘étirement des scènes n’aident pas à s’y intéresser. Le film a pourtant obtenu le Grand Prix du polar à Cognac.