Cinéma

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Borat 2

Cinéma|

Le pitch

Borat (Sacha Baron Cohen), le journaliste kazakh, exubérant et arriéré fan des États-Unis, est tiré du pénitencier où il croupit depuis ses derniers exploits pour une mission spéciale : convaincre les plus hautes personnalités politiques américaines de faire ami-ami avec le dictateur de son pays. S’il échoue, il sera démembré. Accompagné par sa plus jeune fille Tutar (Maria Bakalova), qu’il compte offrir en cadeau, Borat va infiltrer les cercles Trumpistes… 

Ce qu’on en pense

Retour du reporter antisémite, homophobe et sexiste, fan des Etats Unis et sosie de Groucho Marx et Franck Zappa,  inventé par l’humoriste anglais Sacha Baron Cohen, dont les précédentes aventures sous titrées “Leçons culturelles sur l’Amérique au profit glorieuse nation Kazakhstan” remontent à 2006. Il s’agira donc, cette fois, du “film d’après: l’incroyable subterfuge au régime américain pour mettre en lumière la nation du Kazakhstan jadis si glorieuse” (les sous-titres et les cartons de films de propagande soviétique participent au comique troupier). D’un bal des débutantes à un meeting Républicain,  en passant par un salon de chirurgie esthétique et celui d’une influenceuse d’Instagram, Borat  traverse l’Amérique Trumpiste et Covidée (le film a été tourné cet été),  avec un masque chirurgical en guise de mankini (string à bretelles), mélant caméras cachées et fictionpour dénoncer la bêtise et le racisme ambiants. Spécialité de Sacha Baron Cohen, le comique affligeant (on rit en se pinçant le nez) est une arme de dérision massive pointée sur l’Amérique à deux semaines de l’élection présidentielle. Si les électeur de ce pays ne veulent pas que Borat y retourne une troisième fois, il savent ce qui leur reste à faire…

On The Rocks

Cinéma|

Par Ph.D

Le pitch

Laura (Rashida Jones),  jeune mère de famille new-yorkaise, soupçonne son beau mari Dean (Marlon Wayans) de profiter de ses nombreux voyages d’affaires (il dirige une start-up à succès) pour la tromper. Félix, son playboy de père (Bill Murray),  qui est une sorte d’expert en la matière, la convainc de l’espionner pour en avoir le cœur net. Ensemble, ils se lancent dans une filature extravagante à travers tout New York.

Ce qu’on en pense

Quand on s’appelle Sofia Coppola, la figure du père est un peu incontournable. Elle traverse sa filmographie depuis Lost in Translation (avec déjà Bill Murray en père de remplacement)  jusqu’à ce film-ci, en passant par Somewhere et a inspiré, on le constate en écrivant les titres, ses meilleures réalisations. Seuls les abonnés Apple TV+ pourront hélas s’en persuader, puisque c’est la plateforme qui a décroché la diffusion d’On The Rocks. Une sorte de Toni Erdmann à la sauce new yorkaise,  mâtiné d’After Hours,  où l’on prend grand plaisir à suivre les deux héros père-fille dans leur drôle d’enquête, qui n’est, en fait, prétexte qu’à se retrouver et à passer du temps ensemble. Rashida Jones remplace Scarlett Johansson aux côtés d’un Bill Murray qu’on a rarement vu aussi sémillant. 1h40 de bonheur

Cannes 2020: Edition spéciale

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On aurait aimé qu’au moins un évènement Cannois rappelle l’appartenance du Festival à ce territoire” écrivait-on,  un peu dépités lors du dévoilement du dispositif censé remplacer la 73e édition annulée du Festival de Cannes (lire ici). Un “label Cannes 2020”, une présence symbolique à Angoulême et à Deauville et puis quoi: rien d’autre ? La décision est venue tardivement,  mais c’est décidé, le Festival sera présent à Cannes en cette année si particulière, avec une partie de la Sélection officielle Cannes 2020. Organisé en collaboration avec la Mairie de Cannes, l’événement se tiendra au Palais des Festivals et des Congrès du mardi 27 au jeudi 29 octobre. Pour  ce mini festival d’octobre,  Cannes 2020  propose au public de prendre place à l’auditorium Louis Lumière du Palais des Festivals, où seront projetées quatre avant-premières de films de la Sélection officielle 2020 ainsi que les courts métrages sélectionnés en compétition et les films d’école de la Cinéfondation. Un Jury (voir ici) décernera la Palme d’or du court métrage et les Prix de la Cinéfondation. L’événement s’ouvrira avec Un triomphe d’Emmanuel Courcol avec Kad Merad, en présence de l’équipe du film et se terminera par l’avant-première du film Les Deux Alfred de Bruno Podalydès, en présence du réalisateur et de l’actrice principale Sandrine KiberlainAsa Ga Kuru (True Mothers)  de la réalisatrice japonaise Naomi Kawase, fidèle du Festival de Cannes, ainsi que le premier film de la révélation géorgienne Déa Kulumbegashvili, Beginning (Au commencement) qui vient de remporter la Concha de oro du meilleur film et les prix de meilleure réalisatrice, meilleur scénario et meilleure actrice au Festival de San Sebastián, seront également projetés.

« Nous sommes aussi heureux de la perspective de voir le Festival accueilli par la Mairie de Cannes en octobre que nous avons été tristes de ne pas avoir été présents à ses côtés au mois de mai, déclare le président du Festival, Pierre Lescure. Grâce à cette collaboration, des films la Sélection officielle seront montrés sur la Croisette. C’est notre manière d’être à Cannes, aux côtés de sa population et de tous ses professionnels avec qui nous travaillons chaque année main dans la main. ». « Quatre films de la Sélection officielle, la compétition des courts métrages, le concours des films d’école, des diners et des rencontres… C’est un condensé du bonheur d’être à Cannes que nous allons vivre tous ensemble en octobre ! assure pour sa part Thierry Frémaux, délégué général du Festival. Le Maire de Cannes , David Lisnard ne cache pas sa satisfaction : « Nous voulions la présence du Festival de Cannes en 2020 pour marquer notre combativité en faveur de la filière événementielle qui fait vivre des centaines de familles et pour le rayonnement culturel de notre ville. Ce festival, se devait donc de poser ses valises à Cannes pour une édition hors normes avec tous les codes respectés : des projections de qualité devant un public assidu en smoking sur le plus célèbre des tapis rouges. Cannes 2020 au Palais des Festivals et des Congrès, c’est faire la démonstration sanitaire, culturelle et économique de notre capacité à accueillir les événements les plus réputés, dont le plus célèbre et rayonnant : le Festival de Cannes. ». Cette édition spéciale est une excellente nouvelle pour les cinéphiles.

Cyril contre Goliath

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Thomas Bornot et Cyril Montana seront présents jeudi 22 octobre au cinéma de Beaulieu pour présenter le film

Le pitch

Cyril Montana, écrivain parisien, n’aurait jamais imaginé que Lacoste, le village de son enfance, puisse un jour être privatisé par le milliardaire Pierre Cardin. Poussé par son fils et alors que rien ne le destinait à ça, il décide de s’engager contre cette OPA d’un genre nouveau et entame un véritable bras de fer avec le célèbre couturier.

Ce qu’on  en pense
On connaît les liens de Pierre Cardin avec le village de Lacoste dans le Luberon,  où il organise chaque année un festival de spectacles. Ce qu’on sait moins,  c’est que non content d’avoir acheté les ruines du château du Marquis de Sade pour y organiser son festival, le couturier a acquis au fil des années une dizaines d’échoppes dans le village, une  quarantaine de maisons et autant d’hectares de terrains. Bâtisses et terres qui restent inutilisées et inoccupées,  en dehors de quelques hébergements pendant le festival. Les élus locaux se sont un peu préoccupés de cette appropriation néfaste à la vie du village, mais Cardin a toujours refusé de louer ses boutiques, ses maisons ou ses terrains. Si bien qu’en dehors de l’été, Lacoste s’est totalement désertifié. C’est le constat qu’a fait Cyril Montana en y revenant, des années après y avoir passé une grande partie de son enfance. Ému de cette situation, il a essayé d’en comprendre les raisons et de contacter Cardin pour en parler, mais rien n’y a fait. Le couturier nonagénaire a continué d’acheter des propriétés qu’il laisse inoccupées et a opposé à toutes ses demandes “le silence odieux de ceux qui s’octroient tout“. D’où l’idée d’un film à la Michael Moore, dans lequel Montana se met en scène en  candide Don Quichotte , partant à l’assaut de la forteresse Cardin. Edifiant et amusant, le film montre les limites de l’action individuelle dans une société qui considère les combats sociaux comme faisant partie d’un passé dépassé et où ceux qui en ont les moyens peuvent accaparer sans vergogne espace et richesses. Il alerte aussi sur ce qui pourrait arriver ailleurs qu’à Lacoste : à Saint Tropez ou Saint Paul de Vence, par exemple… 

Peninsula

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Par Ph.D 

Le pitch

Quatre ans après Dernier train pour Busan, il ne reste que des zombies en Corée du Sud. Un groupe de soldats forcés d’y retourner pour récupérer un magot découvrent que des survivants non contaminés se sont regroupés dans une bande bien plus dangereuse que les zombies...

Ce qu’on en pense 

Plus qu’une suite au Dernier train pour Busan, Peninsula est une sorte de spin off: un film de zombies situé dans le même univers,  mais dont les personnages et les enjeux sont très différents.  Sang-Ho Yeon délaisse le huis clos du train pour l’univers étendu de la péninsule coréenne, mise en quarantaine du reste du monde et où les survivants non infectés se débrouillent comme ils peuvent pour survivre au milieu des zombies, en espérant pouvoir un jour rejoindre le monde “sain”. Toute ressemblance avec la crise sanitaire actuelle est sans doute fortuite. A l’écran, cela donne un ersatz de film de guerre où zombies, mercenaires et survivants bons et méchants s’entremassacrent allègrement,  avec force courses poursuites, explosions et jets d’hémoglobine. C’est jouissif au début,  mais vite lassant, comme de regarder une partie de jeu vidéo de survival sur Twitch. Le Label Cannes 2020 a sans doute été un peu vite accordé à ce follow-up dispensable  du Dernier Train pour Busan.  

 

 

Petit Vampire

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Le pitch

Petit Vampire vit dans une maison hantée avec une joyeuse bande de monstres, mais il s’ennuie terriblement... Cela fait maintenant 300 ans qu’il a 10 ans, alors les bateaux de pirates, et le cinéclub, ça fait bien longtemps que ça ne l’amuse plus. Son rêve ? Aller à l’école pour se faire des copains. Mais ses parents ne l’entendent pas de cette oreille, le monde extérieur est bien trop dangereux. Accompagné par Fantomate, son fidèle bouledogue, Petit Vampire s’échappe du manoir en cachette, déterminé à rencontrer d’autres enfants. Très vite, il se lie d’amitié avec Michel, un petit garçon aussi malin qu’attachant. Mais leur amitié naissante va attirer l’attention du terrifiant Gibbous, un vieil ennemi qui était sur les traces de Petit Vampire et sa famille depuis des années…

Ce qu’on en pense

Comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, Joann Sfar adapte sur grand écran sa célèbre BD pour enfants. Avec Le Chat du Rabbin, Petit Vampire est le héros le plus connu du dessinateur Niçois. Ses aventures sur grand écran ne devraient pas décevoir les jeunes fans de la BD,  qui apprécieront sans doute ses efforts d’intégration au monde des vivants et de le voir se lier d’amitié avec un jeune garçon prénommé Michel. L’univers visuel original est bien transposé, le scénario est intelligent, les dialogues sont rigolos,  mais l’animation manque un peu de rythme. On peut lui préférer Calamity, sorti la semaine dernière, mais Petit Vampire constitue tout de même un incontournable des vacances de la Toussaint.

Michel-Ange

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Le pitch

Tandis que deux familles nobles rivales se disputent sa loyauté et son travail, Michel Ange ( Alberto Testone) traverse des moments d’angoisse et d’extase. Son génie créatif le pousse à se lancer dans les projets les plus fous…

Ce qu’on en pense

50 ans après avoir écrit le scénario d’Andrei Roublev avec Tarkovski, Andrey Konchalovsky s’attaque à la figure d’un autre peintre célèbre : Michel Ange. Amateurs de biopics bien peignés, passez votre chemin ! Vous n’apprendrez rien sur la jeunesse du peintre,  que l’on découvre marchant vers Florence en marmonnant dans sa barbe après avoir terminé de peindre le plafond de la chapelle Sixtine. On ne le verra jamais peindre : Konchalovsky ne s’intéresse qu’à l’homme (exalté, lâche, sale et puant, mais génial),  à son obsession pour le marbre et aux luttes sans merci entre richissimes familles pour  s’offrir l’exclusivité de son travail. La richesse de la reconstitution d’époque n’a d’égale que la sécheresse du récit, porté par des acteurs non professionnels (celui qui incarne Michelangelo est dentiste et ressemble à Pasolini), mais à forte présence physique. Du cinéma russe, comme on n’en fait (presque) plus. 

 

 

 

Poly

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Le pitch

Cécile (Elisa de Lambert), 10 ans, déménage dans le sud de la France avec sa mère, Louise (Julie Gayet). L’intégration avec les autres enfants du village n’est pas facile. Lorsqu’un cirque de passage s’installe à côté, Cécile découvre que Poly le poney vedette est maltraité .Elle décide de le protéger et d’organiser son évasion ! Poursuivis par Brancalou (Patrick Timsit), l’inquiétant directeur du cirque, et le mystérieux Victor (François Cluzet), Cécile et Poly s’embarquent dans une cavale pleine de rebondissements, un véritable voyage initiatique et une incroyable histoire d’amitié…

Ce qu’on en pense

Après Belle et Sébastien, on devait s’attendre à ce que Nicolas Vanier s’attaque à Poly, autre héros des feuilletons télés de son enfance : “J‘aurais été jaloux que quelqu’un d’autre le fasse, confiait le réalisateur lors de son passage à Nice pour l’avant première du film. C’est un cadeau que la vie m’a fait de redonner vie à ces personnages“. Le film est aussi un cadeau aux jeunes spectateurs qui, comme avec Belle et Sébastien, en prendront plein les yeux. La production n’a pas lésiné sur les moyens pour redonner vie aux aventures imaginées par Cécile Aubry. François Cluzet s’y est investi comme il sait le faire et Julie Gayet y donne même une leçon de twist. La fibre écolo de Vanier trouve évidemment matière à s’exprimer dans cette histoire de maltraitance animale et de retour à la nature:  le film est parsemé de petits messages humanistes, écologiques et politiques qui pourront utilement faire leur chemin dans les jeunes esprits.  En plus d’être un bon spectacle pour enfants, Poly remplace les leçons de morale et d’instruction civique. Séance de vacances obligatoire pour les 6-12 ans.

Adieu les cons

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Par Philippe DUPUY

Le Pitch

Lorsque Suze Trappet (Virginie Efira) apprend à 43 ans qu’elle est sérieusement malade, elle décide de partir à la recherche de l’enfant qu’elle a été forcée d’abandonner quand elle avait 15 ans. Sa quête administrative va lui faire croiser JB (Albert Dupontel), quinquagénaire en plein burn out, et M. Blin (Nicolas Marié) , archiviste aveugle d’un enthousiasme impressionnant. À eux trois, ils se lancent dans une quête aussi spectaculaire qu’improbable.

Ce qu’on en pense

Après sa belle adaptation d’Au revoir là-haut, le prix Goncourt de Pierre Lemaitre, Albert Dupontel revient à la comédie burlesque noire dont il détient, semble-t-il, le secret de fabrique en France.  Avec Adieu les cons, l’humoriste paye son tribut aux Monty Python qui ont formé son goût pour le cinéma: le film est dédié à leur fondateur disparu, Terry Jones et Terry Gilliam y fait une réjouissante apparition en marchand d’armes. Le scénario s’inspire d’ailleurs franchement de Brazil, le chef d’oeuvre de Gilliam, dont il remet l’intrigue à l’heure des nouvelles technologies et des réseaux sociaux. Certains personnages portent aussi des noms “Braziliens” (Tuttle, Kurzman, Lint…). Celui incarné par Dupontel est un crack de l’informatique suicidaire mais maladroit. Virginie Efira campe une mère à la recherche de son enfant abandonné et prête à tout pour le retrouver  (On notera au passage que la filiation est une des thématiques centrales de l’oeuvre de Dupontel). Mais la révélation comique du film est certainement Nicolas Marié, hilarant dans le rôle d’un comparse aveugle priapique. Moins déjlirant, plus maîtrisé que ses prédécesseurs, Adieu les cons n’en est pas moins drôle, ni  féroce. Au contraire !  Si vous avez aimé Neuf mois ferme, vous goûterez certainement le Dupontel nouveau.  Par ces temps de sinistrose, il a comme un goût de banane.

Miss

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Le pitch

A neuf ans, Alex (Alexandre Wetter) rêve de devenir Miss France. 15 ans plus tard, il a perdu ses parents et sa confiance en lui et stagne dans une vie monotone. Une rencontre imprévue va réveiller ce rêve oublié. Alex décide alors de concourir à Miss France en cachant son identité de garçon. Beauté, excellence, camaraderie… Au gré des étapes d’un concours sans merci, aidé par une famille de cœur haute en couleurs, Alex va partir à la conquête du titre, de sa féminité et surtout, de lui-même…

Ce qu’on en pense

Dans Girl, de Lukas Dhont, le jeune héros transgenre voulait devenir danseuse étoile. Ici, il rêve de devenir Miss France. La comparaison entre les deux films s’impose, ne serait-ce que parce que les affiches se ressemblent beaucoup et que la performance transformiste des deux acteurs (Victor Polster dans Girl, Alexandre Wetter pour Miss) est bluffante. Mais la ressemblance s’arrête là. Girl était un superbe film d’auteur sur le phénomène transgenre, alors que  Miss  est une comédie populaire qui s’intéresse surtout aux coulisses des concours de miss. On y retrouve d’ailleurs Sylvie Tellier dans son propre rôle et l’arrière ban des comédies grand public : Pascale Arbillot en coach vacharde, Isabelle Nanty en marchande de sommeil au grand cœur, Thibault  de Montalambert en drag queen (fallait y penser !) et Stefi Celma, sa collègue de Dix pour cent,  en Miss Paca. La réalisation de Ruben Alves (La Cage dorée) est digne d’une production destinée à finir en “film du dimanche soir” à la télé, mais elle manque singulièrement de tonus. Le film pourra, par contre, briguer le César du maquillage et des costumes.

Cannes 2020 : Jury spécial

Cinéma|

L’événement Spécial Cannes 2020, organisé du 27 au 29 octobre, signe le retour du Festival dans sa ville pour une édition vraiment spéciale puisque seulement 4 films de la sélection officielle seront projetés (voir programme ici) et qu’il n’y aura évidemment pas de Palmarès. Enfin, presque pas, puisqu’une Palme d’or sera quand même décernée : celle des courts métrages. Cette “édition spéciale”  fait, en effet, la part belle au format court et à la jeune création. La composition du jury chargé de départager les 11 films sélectionnés en Compétition, et de décerner les trois prix de la Cinéfondation aux meilleurs des 17 films d’étudiants d’écoles de cinéma vient d’être dévoilée. Pour la première fois, ce Jury, composé de manière paritaire (trois femmes et trois hommes), se fera sans présidence. Tous les jurés auront donc le même pouvoir de décision et les débats promettent d’être particulièrement animés puisque le jury sera composé de Claire Burger, réalisatrice et scénariste française, dont le premier long-métrage, Party Girl, a fait l’ouverture du Certain Regard en 2014 et remporté la Caméra d’orDamien Bonnard , révélation des Misérables de Ladj Ly, Prix du Jury  Cannes 2019 et lauréat de 4 César; Rachid Bouchareb,  réalisateur, producteur et scénariste français ( Le Flic de Belleville); Charles Gillibert producteur de Mustang,  Personal Shopper ,  Un couteau dans le cœur et Un Grand Voyage vers la Nuit ; Dea Kulumbegashvili, dont le premier long métrage  Beginning,  a reçu  la Concha de Oro du meilleur film, les prix de meilleure réalisatrice, du meilleur scénario et de meilleure actrice au Festival de San Sebastián et le Prix Fipresci de la critique internationale lors du Festival de Toronto et l’actrice française Céline Sallette  que l’on ne présente plus (L’Apollonide, souvenirs de la maison closeGeronimo , Les Revenants,  Nos années follesUn peuple et son roi …).

Les 7 de Chicago

Cinéma|

Par Philippe DUPUY

Le pitch

En 1968,  la manifestation contre la  guerre du Vietnam en marge de la convention démocrate de Chicago tourne à l’affrontement entre manifestants et forces de police. Plusieurs de ses organisateurs sont accusés de conspiration et d’incitation à la révolte. Leur procès devient une affaire politique…

Ce qu’on en pense

Encore une aberration de l’ère Covid: prévu pour une sortie en salles le nouveau film d’Aaron Sorkin  produit par Steven Spielberg se retrouve sur Netflix. Une aubaine pour les abonnés,  mais un crève-coeur pour les admirateurs du scénariste surdoué de The Social NetworkSteve Jobs et The Newsroom (entre autres)  qui seront privés de cette merveille de film de procès  au casting maousse costaud (Yahya Abdul-Mateen IISacha Baron CohenJoseph Gordon-Levitt…) et à la mise en scène exemplaire. Les 7 de Chicago renvoie à l’époque des grandes manifs contre la guerre du Vietnam, qui fédéraient étudiants, hippies, militants d’extrême gauche, Black Panthers et personnalités du monde artistique, tous persuadés d’être à l’aube du Grand Soir face à un establishment violemment répressif.  Le procès des 7 de Chicago (Abbie Hoffman , Bobbie Seale, Tom Hayden, Jerry Rubin...) conduit avec une partialité odieuse par un juge profondément réactionnaire (incarné par l’excellent Frank Langella),  fut un de ces moments d’opposition farouche entre les “deux Amériques”- une progressiste et libertaire,  l’autre réactionnaire et raciste-,  qui renvoient  à la situation actuelle. Le message d’espoir que délivre le film est que la démocratie et la justice finissent toujours par l’emporter,  quelles que soient les divisions des forces en présence. Espérons qu’il soit encore d’actualité après l’élection du mois de novembre…    

A Dark Dark-Man

Cinéma|

Par Philippe DUPUY

Le pitch

Bekzat (Daiar Alshinov) est un jeune policier qui connait déjà toutes les ficelles de la corruption des steppes kazakhes. Chargé d’étouffer une nouvelle affaire d’agressions mortelles sur des petits garçons, il est gêné par l’intervention d’une journaliste pugnace et déterminée (Dinara Baktybaeva). Les certitudes du cow-boy des steppes vacillent…

Ce qu’on en pense

Découvert au Certain Regard à Cannes en 2018 avec la formidable Tendre indifférence du monde, le cinéaste kazakh  Adilkhan Yerzhanov continue de nous ravir avec ce western-polar des steppes qui dénonce avec une virulence burlesque la corruption policière dans son pays. Adepte du plan fixe, Yerzhanov convoque cette fois devant sa caméra (dont les rares mouvements de caméra se mesurent toujours en centimètres) une bande de policiers et de truands plus ripoux les uns que les autres. Leurs sinistres magouilles sont, temporairement, entravées par l’arrivée d’une journaliste de la capitale,  dont la détermination (et probablement aussi la beauté) vont conduire le plus jeune d’entre eux à s’interroger sur son acceptation muette de l’inacceptable. Osera-t-il braver  les ordres meurtriers pour épargner la vie d’un simple d’esprit désigné d’office coupable d’un meurtre d’enfant ? Tel est l’enjeu du film,  qui cite Montesquieu (L’esprit des Lois) et Jean-Pierre Melville (Le Samouraï) à très bon escient. Une pure merveille cinéphile. 

Drunk

Cinéma|

Par Philippe DUPUY

Le pitch

Quatre amis décident de mettre en pratique la théorie d’un psychologue norvégien selon laquelle l’homme aurait dès la naissance un déficit d’alcool dans le sang. Avec une rigueur scientifique, chacun relève le défi en espérant tous que leur vie n’en sera que meilleure.  Si,  dans un premier temps,  les résultats sont encourageants, la situation devient rapidement incontrôlable…

Ce qu’on en pense

Le cinéaste Danois Thomas Vinterberg (dont le premier film-manifeste, Festen, ressort en salles cette semaine),  avait déjà offert à son acteur fétiche, Mads Mikkelsen un prix d’interprétation à Cannes pour La Chasse. Cette fois, en plus d’une cuite carabinée, c’est peut-être à un prix de danse que l’ex-adversaire de poker de James Bond (dans l’inégalé Casino Royale) aura droit. Son solo final de Drunk, sur les quais du port de Copenhague, restera dans les annales des scènes de danse à l’écran. Jusque-là pourtant, son personnage avait du mal à se lâcher. Il a fallu qu’un de ses collègues et néanmoins amis suggère une expérience d’alcoolisation collective pour que le prof d’histoire dépressif qu’il incarne retrouve goût à la vie (et à la danse, donc). Qu’on se rassure : le nouveau film du provocateur Vinterberg ne fait pas l’apologie de l’alcoolisme. Mais, avec ses personnages,  il en explore les limites. Qui sont vite atteintes en matière d’acceptation sociale et familiale, mais pas de cinéma. Entre drame et comédie, Thomas Vinterberg signe là un de ses meilleurs films. Prosit !

Les Trolls 2

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Le pitch

Reine Barb, meneuse de revue hard-rock, aidée de son père Roi Thrash, veut détruire tous les autres genres de musique pour laisser le rock régner en maître. Le destin du monde en jeu, Poppy et Branch, accompagnés de leurs amis – Biggie, Chenille, Satin, Cooper  et Guy Diamond – partent visiter tous les autres territoires pour unifier les Trolls contre Barb, qui cherche à tous les reléguer au second-plan…

Ce qu’on en pense

Le premier opus faisait mal aux oreilles, le second pique les yeux. Le volume sonore de la néanmoins toujours tonitruante BO a été légèrement baissé (merci !), par contre les couleurs saturent l’écran. L’ambiance pop en devient carrément psychédélique. Pour le reste,  on est en terrain connu et les jeunes fans du premier épisode seront certainement ravis de retrouver leurs Trolls préférés, luttant en musique contre le racisme et pour l’acceptation des différences. Troll de drame !