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Little Joe

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 Le pitch

Alice (Emily Beecham), mère célibataire et phytogénéticienne chevronnée travaille pour une société spécialisée dans le développement de nouvelles espèces de plantes. Elle a conçu une fleur très particulière, rouge vermillon, remarquable tant pour sa beauté que pour son intérêt thérapeutique. En effet, si on la conserve à la bonne température, si on la nourrit correctement et si on lui parle régulièrement, la plante dégage des effluves qui rendent les gens heureux. Enfreignant  le règlement intérieur de sa société, Alice offre une de ces fleurs à son jeune fils, Joe. Mais, à mesure que la plante grandit, Alice est saisie de doutes: et si cette plante n’était finalement pas aussi inoffensive et bienfaisante qu’on l’avait cru?

Ce qu’on en pense

Emule de Michael Haneke, dont elle fut l’étudiante et la script, Jessica Hausner (Lovely Rita, Amour fou) a fait ses débuts en compétition officielle à Cannes, cette année, avec ce thriller d’anticipation original dans lequel les manipulations génétiques se font sur des plantes,  mais avec des conséquences tout de même assez néfastes sur les êtres humains. Mise en scène au cordeau, suspens hitchcockien, direction artistique rigoriste et musique stressante, c’est du bon cinéma autrichien.Il y manque juste un peu d’âme et d’humanité. Dans le rôle de la phytogénéticienne par qui le désastre arrive, Emily Beecham, vedette des séries britanniques, a décroché à Cannes un prix d’interprétation qui a surpris tout le monde. Elle y compris. 

 

 

 

Countdown

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Le pitch

Voulez-vous savoir combien de temps il vous reste à vivre ? Téléchargez l’appli Countdown ! Lorsque Quinn (Elisabeth Lail), une jeune infirmière, télécharge cette application à la mode, elle découvre qu’il ne lui reste que 3 jours à vivre. Elle doit trouver un moyen d’échapper à son sinistre destin avant la fin du compte à rebours…

Ce qu’on en pense

Un premier film d’horreur qui ne se prend pas trop au sérieux, mais fiche quand même bien les jetons, au rythme d’un « jump scare » toutes les deux scènes. Son charme tient autant à un scénario malin, qui surfe sur le goût des ados pour le morbide et les nouvelles technologies (la mort a son appli : oserez vous la télécharger ?), qu’à un casting de jeunes acteurs mignons tout plein.L’intrigue est rondement menée, les effets spéciaux sont peu nombreux mais réussis, les personnages sont sympas (mention spéciale au jeune curé fan de démons) et la fin ne déçoit pas, ce qui est rare dans ce type de productions. Une plutôt bonne surprise donc, à conseiller aux amateurs de teen movies un peu saignants.

J’accuse

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Jugé coupable de trahison, le capitaine Dreyfus (Louis Garrel) est dégradé en place publique et envoyé au bagne. Le colonel Picquart (Jean Dujardin), sous les ordres duquel il avait servi, est nommé à la tête du contre-espionnage après avoir été témoin du procès. Enquêtant sur un autre officier, également soupçonné d’entente avec l’ennemi, Picquart s’aperçoit que Dreyfus a été condamné à sa place et que l’armée a fabriqué des preuves pour couvrir son erreur. Dès lors, au mépris de sa carrière et de sa sécurité, il mettra tout en œuvre pour faire innocenter Dreyfus…

 

Ce qu’on en pense

Roman Polanski revisite l’affaire Dreyfus. Courage ou inconscience ? Ses détracteurs ont beau jeu de l’accuser d’avoir voulu faire un parallèle douteux avec son propre traitement médiatique et judiciaire. Lui,  se contente de répondre, pour expliquer son choix , que « Les grandes histoires font les grands films ». Celle de Dreyfus a tellement marqué la société française qu’elle est encore régulièrement citée, plus d’un siècle après les faits, chaque fois qu’il est question d’erreur judiciaire et d’antisémitisme.Le scénario, adapté du roman de Robert Harris, laisse au second plan la personnalité de Dreyfus (« Il était au bagne la plupart du temps et ne pouvait rien voir de ce qui se tramait à Paris » justifie Polanski), pour s’intéresser à celle du colonel Picquart. Pur produit de l’armée, antisémite bon teint, ayant peu de sympathie pour celui qui avait été un de ses élèves, c’est pourtant lui qui fournira la preuve de l’innocence de Dreyfus. Il se battra ensuite pour sa réhabilitation, non par humanisme ou conviction politique, comme Zola ou Clemenceau, mais par respect pour la justice. Pour Polanski,  Picquart, malgré son antisémistisme, est «un Juste». Jean Dujardin trouve dans cette incarnation son meilleur rôle dramatique , au milieu d’un casting composé d’acteurs chevronnés de la Comédie Française et d’un Louis Garrel méconnaissable en Dreyfus. La réalisation- à l’image d’une première scène impressionnante de la dégradation de Dreyfus dans la cour de l’Ecole militaire- est un pur chef-d’œuvre de classicisme. A 86 ans, Polanski retrouve  le souffle qui faisait défaut à ses dernières réalisations. J’accuse est, sans conteste, l’un de ses plus grands films. Proche du Pianiste, qui lui valu la palme d’or à Cannes, 7 César et trois Oscars. Vu le contexte de sa sortie, avec de nouvelles accusations de viol particulièrement étayées cette fois, il y a peu de chance qu’il connaisse les mêmes honneurs. 

Le Mans 66

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Dans les années 60 aux États-Unis, le constructeur automobile Ford perd des parts de marché et cherche un nouveau souffle. Sur les conseils de ses collaborateurs, Henry Ford III (Tracy Letts) décide d’investir dans la course automobile et embauche Carrol Shelby (Matt Damon), le seul pilote américain à avoir gagné les 24 heures du Mans pour diriger son écurie. Contre l’avis de tous, ce dernier se tourne vers Ken Miles (Christian Bale), tête brûlée incontrôlable mais redoutable préparateur, pour mettre au point la voiture et la piloter. Leur mission : en finir avec l’hégémonie de Ferrari sur l’épreuve reine du championnat des constructeurs.

Ce qu’on en pense

On doit certes à James Mangold quelques bons films (Copland, 3h10 pour Yuma) et un excellent biopic de Johnny Cash (Walk the Line), mais comme pour Todd Philips et son Joker, on n’attendait certes pas de lui une réalisation aussi magistrale que celle de Le Mans 66. S’emparant de la fameuse participation de Ford aux 24 heures du Mans 1966, Mangold signe le meilleur film de voitures qu’on ait vu depuis des lustres. L’Étoffe des héros de la course automobile ! Une fresque de plus de deux heures sans le moindre temps mort, avec des images de course réalisées sans trucages numériques, une reconstitution des sixties aux petits oignons, une BO géniale et des personnages « bigger than life ». Au premier rang desquels, Ken Miles (le Chuck Yeager de la course auto), incarné par un Christian Bale amaigri et génial. Allez-y pied au plancher, c’est très très Ford ! 

Koko-Di Koko-Da

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Le pitch

Pour surmonter les problèmes que traverse leur couple, Elin (Yilva Gallon) et Tobias (Leif Edlund) partent camper au cœur de la forêt suédoise. Mais des fantômes de leur passé resurgissent et, plus que jamais, les mettent à l’épreuve…

Ce qu’on en pense

Dans la lignée de Midsommar,  sorti cet été, une autre production suédoise à la limite du thriller psychologique et du film d’épouvante. Comme le laisse présager son titre, tiré d’une célèbre comptine,  Koko-di Koko-da  joue sur les terreurs enfantines et entraîne le spectateur dans le cauchemar récurrent d’un couple qui rejoue éternellement la même scène (l’attaque de leur tente de camping par un trio de tueurs psychopathes) pour en exorciser une autre (qu’on ne dévoilera pas  ici même si on la devine assez vite). A la forme classique du  film d’horreur, Johannes Nylhom (The Giant)  ajoute des éléments  d’animation et de drame psychologique, pour aboutir à une réalisation plus intrigante et profonde que prévu.  A voir.

L’âme du vin

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Les vins naissent de la rencontre de la terre, du ciel, et de l’homme. Chaque année en Bourgogne, la réussite de leur millésime est une véritable épopée. Historienne de l’art, Marie-Ange Gorbanevsky  filme au fil des saisons le travail de la vigne et de la cave  pour montrer que ces vins aux noms légendaires (Romanée-Conti, Gevrey-Chambertin, Chambolle-Musigny, Meursault, Volnay…)  portent en eux la parcelle de terre dont ils sont issus et l’âme des hommes qui leur ont donné vie. D’une belle ambition esthétique, le film n’évite hélas pas une certaine pesanteur. On s’y ennuie plus qu’autre chose.

J’aimerais qu’il reste quelque chose

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Chaque semaine, une équipe de bénévoles du Mémorial de la Shoah à Paris  recueille des témoignages et collecte les archives personnelles des  déportés et de leurs familles : “Tous les mardis de 14h à 17h30, des bénévoles accueillent des familles juives qui souhaitent faire don de leurs archives personnelles, raconte le réalisateur Ludovic Cantais. Elles font cette démarche soit parce qu’elles n’ont pas d’héritier, soit parce qu’elles ne font pas confiance à leurs héritiers (c’est plus rare, mais ça existe malheureusement), soit parce qu’elles souhaitent déposer un double au Mémorial, et garder l’original, ou vice versa. Ces personnes souhaitent “qu’il reste quelque chose”, comme il est dit à plusieurs reprises dans le film. Lorsque j’ai assisté pour la première fois à ces échanges, ces dons, et ces discussions, j’ai eu comme un déclic, un coup de foudre, “un truc” qui m’a donné l’énergie et l’enthousiasme de vouloir faire ce film à tout prix. Coûte que coûte. Une nécessité. Filmer ces moments fragiles et fugaces, quand l’intime entre dans l’institutionnel et le collectif.”  Le film alterne les témoignages poignants des donateurs avec des séquences sur l’incroyable travail de conservation du Mémorial de la Shoah.  Il devrait inciter les spectateurs à aller le visiter.

 

Interview : Costa-Gavras

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À 86 ans, Costa-Gavras signe un de ses meilleurs films avec Adults in the Room qui traite de la crise grecque et de sa gestion par la commission européenne, à travers la figure de Yanis Varoufakis, le ministre des finances Grec, qui a mené les négociations avec les instances européennes sur la restructuration de la dette de son pays. Toujours heureux de retrouver Nice, où il a fait ses débuts au cinéma aux côtés de Jacques Demy et de René Clément et où il a rencontré sa femme Michèle, le réalisateur y est venu présenter son film en avant-première et a répondu à nos questions…

On se doutait bien que la crise grecque ne vous laisserait pas indifférent. Mais pourquoi l’avoir abordée à travers la figure de Yanis Varoufakis ?

Je me suis effectivement intéressé à la crise depuis ses débuts en 2009-2010 et j’ai commencé à amasser de la documentation en vue d’en parler dans un film. Mais je ne trouvais pas d’angle d’attaque. Jusqu’à ce que je commence à m’intéresser au personnage de Varoufakis qui a été le seul à démissionner du gouvernement après le référendum. Je l’ai rencontré et il m’a tout raconté des négociations qu’il avait menées avec la commission européenne. Mieux : il m’a fait écouter les enregistrements qu’il avait faits de leurs discussions car il n’y avait pas de compte rendu de ces réunions et les déclarations des uns et des autres à la presse étaient souvent contradictoires. C’était passionnant. Il avait commencé à écrire son livre et il m’a envoyé les nouveaux chapitres au fur et à mesure. J’ai tout de suite vu que c’était par lui que je devais raconter cette tragédie, car il s’agit d’une tragédie

Pourtant, c’est plus un film sur l’Europe que sur la crise grecque…

Par pudeur, j’ai choisi de ne montrer les conséquences de la crise qu’à travers les images d’actualité et celles des manifestations. Les gouvernements successifs, de gauche comme de droite, sont responsables de la situation, mais l’Europe l’est aussi puisqu’elle a continué à faire crédit à la Grèce en sachant très bien qu’elle ne pourrait jamais rembourser. La difficulté c’était de montrer tout cela sans noyer le spectateur sous des tonnes de chiffres et de graphiques.M’attacher à la personnalité de Varoufakis m’y a bien aidé. Surtout avec un acteur de la classe de Christos Loulis pour l’incarner.J’avais l’impression de filmer le vrai Varoufakis.

D’ailleurs, tous les acteurs sont formidables…

Le fait de tourner dans la langue de chaque pays représenté a obligé à trouver des acteurs peu connus mais de grand talent.La plupart viennent du théâtre. Évidemment ça a rendu le financement plus compliqué que si on avait pris des stars mais c’était une exigence pour la crédibilité du film.

Le constat que vous tirez de tout cela est assez pessimiste. Comme si quels que soient les gouvernements ou les hommes rien ne pouvait changer réellement le cours des choses…

C’est vrai que Tsípras a fait trop de promesses pour se faire élire.Il était évident qu’il ne pourrait pas les tenir. Mais le peuple est aussi responsable d’avoir fait semblant d’y croire. Comme le dit le titre, inspiré d’une sortie de Christine Lagarde pendant les réunions : il faudrait un peu plus d’adultes dans la pièce !

Christine Lagarde est d’ailleurs la seule interlocutrice de Varoufakis à trouver un peu grâce à vos yeux…

Oui, c’est une femme, elle dirigeait le FMI et elle avait une vision un peu différente des autres.Elle a été la première à reconnaître que ce que l’on infligeait au peuple Grec n’était pas supportable.On peut espérer que ses nouvelles fonctions à la Banque centrale européenne aideront à résoudre la crise…

Car la crise n’est pas terminée ?

Oh non ! Si on continue sur la voie qui a été prise, le peuple Grec en a encore pour 15 ans à souffrir. Songez que 500000 personnes ont déjà quitté le pays : des cadres et des jeunes diplômés pour la plupart.C’est une perte de richesse considérable…

Cet exode fait-il écho à celui que vous avez connu dans votre propre jeunesse ?

Bien sûr.Sauf qu’à mon époque, c’étaient les pauvres sans qualification qui quittaient le pays, pas les cadres, ni les diplômés.

Vous souvenez-vous de votre première venue à Nice ?

Parfaitement.C’était pour les repérages du film de Jacques Demy, Nice Baie des Anges, sur lequel j’étais assistant.J’étais émerveillé.J’y suis revenu peu après pour Les Félins de René Clément et j’y ai rencontré ma femme Michèle.Ça ne s’oublie pas.La Victorine était une fourmilière.Je suis heureux que le maire veuille relancer les studios. Il faudrait les ouvrir au public, qu’il puisse les visiter.La Cinémathèque française possède des trésors qu’on pourrait facilement exposer ici. Il y a de quoi remplir deux musées ! 

 

Interview : Roman Polanski

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Entre Cannes et Nice, Roman Polanski semble jouir d’une forme d’extraterritorialité qui fait que ses opposant(e) s les plus farouches ne viennent pas lui chercher des noises. Du coup, alors qu’il évite désormais les déplacements qui pourraient créer de nouvelles polémiques ou qui présentent un risque d’extradition (comme le festival de Venise, où il a pourtant décroché le Lion d’Argent), le réalisateur franco-polonais de 86 ans est venu présenter son  film sur l’affaire Dreyfus, J’accuse, au premier  festival CinéRoman de Nice où il a été très bien accueilli. Nous l’avions rencontré, détendu et confiant sur la sortie du film… C’était avant que n’éclate une nouvelle affaire le mettant gravement en cause. Voici ce qu’il nous avait dit du film,  magnifique,  mais dont la sortie est désormais entachée par les nouvelles accusations de viol dont Polanski fait l’objet.

Pourquoi revenir aujourd’hui sur l’affaire Dreyfus ?

D’abord, parce que l’histoire est extraordinaire et que les grandes histoires font les grands films.Ensuite, parce qu’il ne vous a pas échappé qu’on vit aujourd’hui une résurgence de l’antisémitisme.Quand on lit ce qu’écrivait la presse à l’époque sur l’affaire, c’est absolument effrayant ! Et aussi parce que les grandes institutions, comme l’armée, la justice ou la presse, n’admettent jamais leurs erreurs.

On va vous reprocher de chercher à faire l’amalgame entre l’affaire Dreyfus et votre propre traitement judiciaire…

Comme si j’avais fait le film pour ça…Bien sûr que non !

J’accuse a-t-il été un film difficile à monter ?

J’ai mis sept ans à le faire.Mais pas parce que l’histoire n’intéressait pas, au contraire. Les premiers producteurs voulaient le faire en anglais avec une grande star américaine pour les ventes internationales.Mais ça me semblait ridicule de faire parler tous ces officiers français en anglais.Le projet a été mis en sommeil et j’ai eu le temps de faire deux autres films avant qu’un producteur français, Alain Goldman, ne me relance.Du coup, le film a coûté moitié moins cher (23 millions d’euros N.D.L.R.) et j’ai quand même eu une star oscarisée pour jouer le rôle principal : Jean Dujardin !

Pourquoi lui ?

J’ai toujours pensé que c’était un très grand acteur.Ça va peut-être vous surprendre, mais je suis fan depuis Brice de Nice.À l’époque je disais que c’était le meilleur film de l’année et on croyait que je plaisantais.Mais je le pensais vraiment ! C’était une super comédie et lui était vraiment génial.Je savais qu’il pouvait jouer toute sorte de rôles.Physiquement, il ressemble beaucoup à Picquart. Et il a le même âge que lui au moment de l’affaire.

Pourquoi avoir choisi le point de vue de Picquart ?

Quand j’ai commencé à travailler sur le scénario avec Robert Harris, avec qui j’avais fait Ghostwriter, il nous est apparu que pour bien raconter cette affaire, il fallait prendre le point de vue non pas de Dreyfus, qui était pour la plupart du temps sur l’île du Diable, mais de Picquart qui était au centre de toutes les intrigues et côtoyait tous les protagonistes. Dans la profusion des personnages célèbres liés à l’affaire, comme Clemenceau ou Zola, il était passé un peu au second plan. Jusqu’à ce que l’histoire lui rende justice à lui aussi. C’était un juste.

Un Juste ? Malgré son antisémitisme ?

Oui, c’est possible : la preuve.La vérité et la justice l’emportaient sur ses idées antisémites.Comme je le disais, tout le monde l’était plus ou moins, à l’époque. Mais lui avait de vraies valeurs.

Louis Garrel est méconnaissable en Dreyfus… 

Que vous dites ! Moi, je trouve qu’ils se ressemblent vraiment. Mais il faut sans doute être réalisateur pour le voir. Mes amis aussi sont étonnés… En tout cas, c’est un très bon acteur.

Accusé de viol avec violences par une photographe française âgée de 18 ans au moment des faits (1975 à Gstaad), Roman Polanski a nié les faits par le biais de son avocat. Mais c’est la sixième femme à l’accuser de violences sexuelles et cette fois les accusations sont étayées par des témoignages concordants. L’affaire risque fort d’avoir des répercussions sur l’exploitation commerciale du film et peut-être même au delà. 

L’Audition

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Le Pitch

Anna Bronsky (Nina Hoss) est professeure de violon au Conservatoire. Contre l’avis de ses collègues, elle impose l’admission d’un élève, en qui elle voit un grand talent. Avec beaucoup d’implication, elle prépare Alexander à l’examen de fin d’année et néglige de ce fait son jeune fils Jonas (Serafin Gilles Mishiev), lui aussi élève violoniste et passionné de hockey sur glace. Elle s’éloigne de plus en plus de son mari, si aimant à son égard, le luthier français Philippe Bronsky (Simon Abkarian). À l’approche de l’audition, Anna pousse Alexander vers des performances de plus en plus exceptionnelles. Le jour décisif, un accident se produit, lourd de conséquences…

Ce qu’on en pense 

La musique adoucit les mœurs… Mais pas celles des musiciens, apparemment ! Les rapports au sein de cette famille et dans l’entourage professionnel de l’héroïne sont juste glaçants. Sans qu’on comprenne vraiment d’où vient le malaise, alors que tous semblent partager la même passion… Entre non-dits, désamour, frustrations et colère rentrée, on s’achemine (avec lenteur) vers le drame. Après Der Architekt, la réalisatrice allemande Ina Weisse signe un portrait de femme d’un réalisme plutôt revêche. Il faut toute l’humanité de Simon Abkarian et toute la grâce de Nina Hoss (convaincant mélange de Romy Schneider et de Sandrine Bonnaire) pour adoucir un peu cette dramatique, crispante et répétitive comme une leçon de violon.

La Belle époque

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Le Pitch

Victor (Daniel Auteuil), un sexagénaire désabusé, voit sa vie bouleversée le jour où Antoine (Guillaume Canet), un brillant entrepreneur, lui propose une attraction d’un genre nouveau : mélangeant artifices théâtraux et reconstitution historique, cette entreprise propose à ses clients de replonger dans l’époque de leur choix. Victor choisit alors de revivre la semaine la plus marquante de sa vie : celle où, 40 ans plus tôt, il rencontra l’amour de sa vie (Fanny Ardant)…

Ce qu’on en pense 

En deux films (Monsieur et Madame Adelman et celui-ci), Nicolas Bedos s’est imposé comme un des nouveaux auteurs du cinéma français avec lesquels il va falloir compter. Ce qui lui a valu une invitation à Cannes pour présenter (hors compétition) La Belle époque : une comédie romantique si brillante qu’elle a pu paraître factice à certains. Défaut de jeunesse sans doute, Bedos en fait effectivement des tonnes au niveau de la mise en scène et a tendance à surcharger son scénario et ses dialogues. Mais vue l’indigence congénitale des comédies françaises, on ne va quand même pas se plaindre d’un trop-plein de talent ! Dès la première scène (déroutante), le spectateur est emporté dans le maelstrom d’une comédie menée tambour battant, où les bons mots fusent et où les situations originales s’enchaînent à un rythme soutenu. Brillant et drôle, le film n’oublie pas d’être aussi touchant, à travers les deux couples formés par Daniel Auteuil et Fanny Ardant d’un côté, Guillaume Canet et Doria Tillier de l’autre. Amour et nostalgie font ménage à quatre dans une reconstitution théâtrale des années 70, où l’on croise Pierre Arditi et un sous-Renaud hilarant. Car La Belle Époque, en plus d’être une double romance et une critique du monde connecté, est aussi un film méta sur le cinéma, le théâtre et le métier d’acteur ! Auteuil et Canet, dont les caractères sont à l’évidence inspirés des Bedos père et fils, s’en donnent à cœur joie dans les rôles du sexagénaire bougon mais toujours vert et du metteur en scène tyrannique, mais amoureux transi.Fanny Ardant est parfaite en épouse volage résolue à ne rien céder de ses désirs aux convenances (son meilleur rôle depuis longtemps) et Doria Tillier confirme le formidable talent d’actrice que Nicolas Bedos avait déjà su mettre en évidence dans Monsieur et Madame Adelman. Quelle belle équipe ! 

Adults in the room

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Le pitch

Élu à la tête du pays après sept années de crise économique dramatique, le président grec Alexis Tsipras, nomme Yanis Varoufakis ministre des finances. A charge pour lui de renégocier la dette de la Grèce avec les institutions européennes. Pendant des mois, les réunions vont se succéder au sein de l’Eurogroupe, où siègent les ministres des finances de l’Europe. Lié par les promesses électorales de son parti,Syriza, Varoufakis essaiera désespérément de desserrer l’étau d’austérité imposé à son pays et de faire comprendre la souffrance du peuple Grec à des interlocuteurs de plus en plus hostiles et méprisants

Ce qu’on en pense
La crise grecque ne pouvait laisser Costa-Gavras indifférent. Quasi-inventeur du thriller politique, le réalisateur franco grec signe, à 86 ans, son meilleur film depuis des lustres, avec cette plongée en apnée dans les arcanes des institutions européennes.S’attachant aux basques du ministre grec Yanis Varoufakis, dont il adapte les mémoires (Conversations entre adultes. Dans les coulisses très secrète de l’Europe), Costa déploie des trésors de talent et de savoir faire pour rendre compréhensibles les enjeux politiques et économiques sans perdre le spectateur en route. Il y parvient au-delà de toute espérance, dans un mélange de comédie politique et de thriller économique, avec une mise en scène virtuose et un casting international épatant, au sein duquel Christos Loulis campe un Varoufakis particulièrement séduisant. Le film est passionnant de bout en bout, à la hauteur des plus belles réussites du genre (In The Loop, Margin Call…) .Du grand Costa-Gavras

Une colonie

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Mylia (Emilie Bierre), une enfant timide et farouche, s’apprête à quitter sa campagne natale pour la grande école. À la recherche de repères dans ce milieu qui lui semble hostile, elle apprendra à mieux se connaître à travers la rencontre de Jimmy (Jacob Whiteduck-Lavoie), un jeune indien de la réserve voisine. Mylia avancera, parfois maladroitement, en se frottant à l’absurdité de l’adolescence, à ses malaises et à ses petites victoires.

Ce qu’on en pense

Un premier film canadien francophone, un peu languissant mais modeste et sensible sur l’adolescence, porté par un casting de jeunes acteurs excellemment dirigés. Emilie Bierre, qui incarne Mylia, paraît promise au plus bel avenir. Elle porte le film sur ses jeunes épaules et lui donne tout son charme. La localisation de l’histoire dans le Nord du Québec, en territoire Abenaki, ajoute une pointe d’exotisme supplémentaire à cette jolie chronique adolescente, très éloignée des clichés habituels du genre. Coup de cœur de la semaine. 

J’ai perdu mon corps

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A Paris, Naoufel tombe amoureux de Gabrielle. Un peu plus loin dans la ville, une main coupée s’échappe d’un labo, bien décidée à retrouver son corps. S’engage alors une cavale vertigineuse à travers la ville, semée d’embûches et des souvenirs de sa vie jusqu’au terrible accident. Naoufel, la main, Gabrielle, tous trois retrouveront, d’une façon poétique et inattendue, le fil de leur histoire…

Ce qu’on en pense

Reparti de Cannes avec un Grand Prix de la semaine de la critique, Grand Prix et Prix du public au festival d’Annecy ce premier long métrage d’animation signé Jeremy Clapin est, après La Tortue rouge, Ernestine et Celestin  et quelques autres ,  une nouvelle preuve de l’excellence de l’animation française. Ici,  le charme tient autant au dessin (réalisé en 2D sur de l’animation 3D) qu’au scénario, adapté par lui même du roman Happy Hand de Guillaume Laurant, collaborateur de longue date de Jean Pierre Jeunet. On retrouve l’étrangeté mélancolique de l’univers de Jeunet dans cette histoire d’une main coupée qui cherche son propriétaire dans Paris, montée en parallèle avec celle du jeune orphelin Naoufel qui se fait embaucher par un ébéniste pour conquérir sa nièce. Autant dire que le suspens sur le propriétaire de la main coupée dure moins longtemps que le charme  de ce petit film poétique sur la perte et la solitude urbaine…

Midway

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Le Pitch

Après la débâcle de Pearl Harbor qui a laissé la flotte américaine dévastée, la marine impériale japonaise prépare une nouvelle attaque qui devrait éliminer définitivement les forces aéronavales restantes de son adversaire. La campagne du Pacifique va se jouer dans un petit atoll isolé du Pacifique nord : Midway. L’amiral Nimitz (Woody Harrelson), à la tête de la flotte américaine, voit cette bataille comme l’ultime chance de renverser la supériorité japonaise. Une course contre la montre s’engage alors pour Edwin Layton (Patrick Wiklson) qui doit percer les codes secrets de la flotte japonaise et, grâce aux renseignements, permettre aux pilotes de l’aviation américaine de faire face à la plus grande offensive jamais menée pendant ce conflit…

Ce qu’on en pense 

Pour ceux qui n’auraient pas eu leur dose de combats aériens et d’explosion avec Pearl Harbor (Michael Bay, 2001), Roland Hemmerich   remet les gaz plein pot vers Midway, où se joua la bataille du Pacifique,  entre les flottes américaine et japonaise. Faute de soutien des studios US sur ce projet  à plus de 100 millions de dollars, le réalisateur d’ Independence Day et de  Godzilla est allé chercher l’argent chez les Chinois, trop heureux de financer un film où l’envahisseur nippon fait figure de méchant. Ils en auront eu pour leur argent, le spectateur amateur  d’explosions, d’effets spéciaux numériques et de rodomontades patriotiques aussi. Côté cinéma, par contre, la bataille est perdue. Le malheureux Woody Harrelson , promu amiral de la flotte US, semble le seul à y croire...