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Festival : CinéRoman

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On a d’abord cru à un coup de pub, mais force est de constater, au vu du programme, que CinéRoman ressemble à un vrai nouveau festival de cinéma d’ampleur nationale. Celui qui manquait à Nice. Avec à sa tête le magicien d’Anthéa, Daniel Benoin,  la collaboration de la cinémathèque de Nice et celle du Pathé  Gare du Sud, et de nombreux partenariats locaux,  ce festival des adaptations littéraires à l’écran va faire l’événement du 23 au 26 octobre dans la capitale azuréenne,  et on l’espère au delà.  Au programme4 grandes avant premières au Pathé Gare du sud (Mon chien stupide, Chanson douce, Je voudrais que quelqu’un m’attende et J’accuse) en présence des réalisateurs et des acteurs (Yvan Attal, Charlotte Gainsbourg, Karin Viard, Jean Paul Rouve, Jean Dujardin et  Roman Polanski) , 8 films en compétition,  des lectures de Julie Gayet et François Marthouret, des films cultes à la Cinémathèque,  des master class (Michel Boujenah,  Zabou Breitman, Nicole Garcia , David Foenkinos) à l’Artistique (ex-musée de la photo) et un grand débat sur le cinéma et la littérature animé par Frédéric Beigbeder,  qui présidera par ailleurs le jury composé notamment de Daniel Thompson, François Berleand, Héléna Noguera, Aure Atika et Stephane de Groot. Mais l’événement de cette première édition sera incontestablement la présence de Roman Polanski,  qui viendra présenter son film sur l’affaire Dreyfus, J’accuse, avec Jean Dujardin. Ce sera la seule et unique participation du réalisateur franco-polonais à un festival et à la promotion du film,  qui a décroché, en son absence,  le Lion d’argent à la Mostra de Venise. En même temps, venant d’un festival qui s’appelle CinéRoman, il  pouvait difficilement refuser l’invitation !

 

La Vérité si je mens ! Les débuts

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Le Pitch

Début des années 80 à ParisPatrick Abitbol (Yohan Manca), fils à papa désinvolte, va, après son premier échec amoureux, se transformer en talentueux entrepreneur. Dov (Mickaël Lumière), dont la mère attend de brillantes études, quitte le lycée pour travailler dans le Sentier, tout en séduisant la femme de son patron (Audrey Dana). Yvan (Jérémy Lewin) prend de l’assurance au fil des épreuves professionnelles. Et Serge (Anton Csaszar) ne cesse d’inventer des bobards pour emballer la plus belle fille du lycée et faire croire à ses parents qu’il aura son bac…

Ce qu’on en pense 

Un prequel de La Vérité si je mens ?Drôle d’idée. Mais après le succès des trois premiers films (17 millions d’entrées cumulées), c’était sans doute plus simple (et moins onéreux) que de réunir à nouveau toute la bande pour une nouvelle aventure.Va donc pour la jeunesse de Serge, Dov, Patrick et Yvan, que l’on retrouve au lycée, à l’heure du bac, des premiers émois et de se lancer dans la vie active. Le casting des jeunes cousins n’a pas été une mince affaire, on s’en doute. Difficile de remplacer un José Garcia ! Mais les impétrants s’en sortent plutôt bien. Mention spéciale à Yohan Manca et au Niçois Mickaël Lumière, qui se sont glissés dans les rôles de Patrick et Dov avec le plus de naturel. Le premier a pu bénéficier des conseils de son modèle puisque Gilbert Melki joue son père. C’est une des nombreuses bonnes idées du scénario, écrit par les deux scénaristes de la saga, Michel Munz et Gérard Bitton, qui, cette fois, ont aussi réalisé le film (exit Thomas Gilou). Le résultat n’est pas tout à fait à la hauteur des attentes. La réussite des trois premiers épisodes tenait pour beaucoup à leur casting et on ne peut pas espérer de jeunes acteurs inconnus qu’ils aient l’abattage d’un José Garcia ou d’un Gilbert Melki. Le film est un peu trop long et manque de rythme. Mais il se voit tout de même avec plaisir,  pour la reconstitution des années 80, les clins d’œil aux précédents, les dialogues toujours fleuris et ce qu’on apprend sur les personnages devenus cultes. On ignorait, par exemple, comment  Patrick avait fait fortune. Comme on disait jadis dans les réclames: vous le saurez en allant voir La vérité si je mens, les débuts !  

Camille

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Le pitch

Jeune photojournaliste éprise d’idéal, Camille Lepage (Nina Meurisse) part en Centrafrique couvrir la guerre civile qui se prépare. Très vite, elle se passionne pour ce pays et sa jeunesse, emportée par la tourmente. Désormais, son destin se jouera là-bas.

Ce qu’on en pense

La figure du reporter de guerre a souvent inspiré les cinéastes pour des résultats pas toujours très convaincants. Dernier en date à s’y frotter, Joachim Trier (Back Home avec Isabelle Huppert) y a laissé quelques plumes. Avec des objectifs plus modestes, Boris Lojkine (Hope) dresse le portrait d’une jeune photographe pétrie d’humanité, Camille Lepage, que sa passion pour l’Afrique va conduire à couvrir un conflit en Centrafrique. Elle y sera, hélas, très vite tuée dans une embuscade et n’aura même pas le temps de voir son travail reconnu. Nina Meurisse prête son talent et son doux sourire à la jeune photographe, dans une reconstitution très réaliste des conditions de reportage en zone de guerre. Plus proche du documentaire que du biopic hagiographique, un portrait de photographe…  garanti sans clichés !

Mathias & Maxime

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Le pitch

Deux amis d’enfance s’embrassent pour les besoins d’un court-métrage amateur. Suite à ce baiser d’apparence anodine, un doute récurrent s’installe dans leur entourage, confrontant les deux garçons à leurs préférences, bouleversant l’équilibre de leur cercle social et, bientôt, leur existence…

Ce qu’on en pense

Après une tentative de film américain qui s’est transformée en catastrophe industrielle (Ma vie avec John F.Donovan), Xavier Dolan est retourné sur ses terres tourner un film à petit budget, dans la veine de ses premiers. C’était effectivement ce qu’il avait de mieux à faire et la sélection de Matthias & Maxime en compétition à Cannes laissait espérer un retour en grâce. Hélas, trois fois hélas ! Cette romance homosexuelle entre deux amis d’enfance trentenaires qui n’osent pas s’avouer leurs sentiments, laisse le spectateur agacé et épuisé. Suite ininterrompue de scènes de fêtes entre copains et de disputes entre Max et sa mère alcoolique sous tutelle (Anne Dorval), filmées dans un sabir anglo-québécois quasi incompréhensible (le film est sous titré en français,  mais on n’a pas le temps de tout lire), avec les effets de style (ralentis/accélérés) habituels au prodige Québécois, sur fond de chansons pop, le film ne fonctionne pas du tout : ni émotion, ni surprise. Jusqu’au plan final qu’on voit venir à dix kilomètres. Tabernacle! 

Fahim

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Le pitch

Forcés de fuir leur Bangladesh natal, le jeune Fahim et son père arrivent à Paris. Dès leur arrivée, ils entament un véritable parcours du combattant pour obtenir l’asile politique, avec la menace d’être expulsés à tout moment. Grâce à son don pour les échecs, Fahim (Assad Ahmed) rencontre Sylvain (Gérard Depardieu), l’un des meilleurs entraîneurs d’échecs de France. Entre méfiance et attirance, ils vont apprendre à se connaître et se lier d’amitié. Alors que le Championnat de France commence, la menace d’expulsion se fait pressante et Fahim n’a plus qu’une seule chance pour s’en sortir : gagner la compétition.

Ce qu’on en pense

Après Les Profs et Gaston Lagaffe, l’ex-Robin des Bois Pierre-François Martin -Laval (alias Pef), se frotte au biopic avec l’histoire de Fahim Mohammad. Un jeune sans papiers bangladais devenu champion de France d’échecs des moins de 12 ans,  après avoir vécu dans la rue avec son père. Pef avait découvert son existence à la télévision en regardant On n’est pas couché, l’émission de Laurent Ruquier, où le jeune garçon était venu raconter son aventure. Cela donne un petit film familial plein de bons sentiments, auquel l’ami Gérard Depardieu, toujours plus généreux que regardant, prête sa caution, en coach bourru au grand cœur. Un Slumdog Millionaire au petit pied.

L’Angle Mort

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Le pitch

Dominick Brassan (Jean-Christophe Folly)  a le pouvoir de se rendre invisible mais ne s’en sert pas beaucoup. Il a fait de ce don un secret honteux qu’il dissimule même à sa fiancée, Viveka (Isabelle Carré). Mais vient un jourle pouvoir se détraque et échappe à son contrôle, ce qui bouleversera sa vie, ses amitiés et ses amours…

Ce qu’on en pense

Remarqué via le documentaire Le cas Howard Phillips Lovecraft , le duo Patrick-Mario Bernard / Pierre Trividic inscrit son premier long métrage de fiction dans la veine  des films fantastiques auteuristes et minimalistes, ancrés dans le réel et le social,  du type  Zombi Child  (Bertrand Bonello) ou  Vif Argent  (Stéphane Batut).  En n’hésitant pas à fouiller profondément dans la psychée, L’Angle mort accouche  d’une œuvre complexe, profondément contemporaine, qui met en valeur le talent de  Jean-Christophe Folly, charismatique acteur d’origine Togolaise, d’Isabelle Carré, de Golshifteh Farahani et…  du Comte de Bouderbala,  dans un contre-emploi étonnant. Une curiosité.

Martin Eden

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Le pitch

Martin Eden (Luca Marinelli), qui gagne sa vie comme marin à Naples, défend un jeune bourgeois pris à partie sur le port. Accueilli dans la famille du garçon, il tombe amoureux de sa soeur Elena (Jessica Crecy) qui l’initie à la littérature et lui fait découvrir les grands auteurs. Il décide de devenir écrivain pour s’affranchir de sa condition prolétaire et pouvoir épouser Elena…  

Ce qu’on en pense

Le réalisateur italien Pietro Marcello (La Bocca del luppo, Bella e perduta) s’empare avec beaucoup d’audace du roman de Jack London,  qu’il transpose à Naples au début des années 60 et fait subrepticement voyager à travers  le 20e siècle,   sans qu’on sache toujours très bien à quelle époque le situer (on y aperçoit même des migrants africain sur une plage). Primé à Venise (à la place de Joaquin Phoenix dans Joker, c’est dire la performance !)  Luca Martinelli prête ses yeux bleus, sa blondeur diaphane et sa grande carcasse au héros de Jack London,  jeune prolétaire plein de fougue et de passion,  qui deviendra un écrivain célèbre pour l’amour d’une jeune et belle bourgeoise (Jessica Crecy),  mais s’en voudra toujours d’avoir trahi sa classe. Une superbe adaptation littéraire, qui souligne la modernité du récit de Jack London sans en perdre la verve romanesque, ni la portée politique, dans une forme qui croise London et Kerouac, nouvelle vague et néo-réalisme italien…  Le choc cinéphile de la semaine.        

 

Maléfique : Le pouvoir du mal

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Le pitch

Plusieurs années après avoir découvert pourquoi Maléfique avait un cœur si dur et ce qui l’avait conduit à lui jeter un terrible sort, la princesse Aurore est sur le point de se marier. Une union que Maléfique voit d’un mauvais œil…

Ce qu’on en pense

Alertez les bébés Disney : ce nouveau film librement adapté de La Belle au bois dormant, n’est pas pour eux. Il cherche plutôt son inspiration du côté du Seigneur des anneaux ou des  Avengers/X-Men : casting trois étoiles (Elle Fanning, Angelina Jolie, Michelle Pfeiffer), bataille géante, effets spéciaux à gogo et musique tonitruante. Le conte de fée vire au blockbuster d’action, avec des thématiques et un message assez sombre. Pitié , rendez nous nos gentils Disney d’antan !

Queens

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Le Pitch

Des stripteaseuses se lient d’amitié et décident de conjuguer leurs talents pour arnaquer et prendre leur revanche sur leurs riches clients de Wall Street. Leur plan fonctionne à merveille, mais argent et vie facile les poussent à prendre de plus en plus de risques…

Ce qu’on en pense

Belle surprise que ce film d’arnaque féminin et féministe signé Lorène Scafaria et produit par Adam McKay ( Big Short, Vice). La réalisatrice filme avec un tempérament affirmé la rébellion de ces stripteaseuses  rattrapées par l’âge et par la crise économique et bien décidée à ne pas se laisser avoir une fois de trop. Convenu dans sa partie arnaque,  le film surprend par son engagement politique et social.  Constance Wu, révélation de Crazy Rich Asians y tient le premier rôle,  aux cotés d’ une épatante Jennifer Lopez, qui,  à cinquante ans passés,  trouve  son meilleur emploi depuis U-Turn et Hors d’atteinteOn n’attendait  pas tant au vu de la bande annonce.

 

 

 

Rencontre : Mickaël Lumière

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S’appeler Lumière prédispose sans doute au cinéma. Mais de là à y faire de tels débuts !  Le Niçois Mickaël Lumière, 23 ans, s’était déjà signalé à l’attention des internautes en 2016-2017 par ses vidéos parodiques de Nekfeu qui avaient fait le buzz sur les réseaux sociaux. On l’a découvert ensuite à l’affiche du film de Lisa Azuelos, Mon Bébé où il jouait le rôle de l’amoureux de Jade, la fille du personnage interprêté par Sandrine Kiberlain. Plus qu’une figuration : un vrai rôle déjà, qui mettait en valeur sa personnalité solaire et son sourire ravageur. « J’ai décroché le rôle sur casting car ça matchait bien avec ma partenaire Thaïs Allessandrin qui est, en fait, la fille de Lisa Azuelos, raconte l’enfant de Nice Ouest. Je me suis très bien entendu avec Victor Belmondo, qui joue son grand frère et dont je suis censé être le meilleur pote. On est effectivement devenus très copains sur le tournage.L’ambiance était très familiale et bienveillante, je me suis senti à l’aise très vite. J’étais par contre très impressionné de devoir jouer face à Sandrine Kiberlain qui est une super actrice.Mais elle a été très sympa aussi et a tout fait pour que l’ambiance soit détendue ».  Si Mon Bébé restera dans les annales comme le premier film de Mickaël Lumière, ce n’est toutefois pas le premier qu’il a tourné. « Mon premier casting était celui de La Vérité si je mens ! Les débuts , confie-t-il. Je n’en revenais pas d’être pris pour jouer le rôle de Dov/Vincent Elbaz jeune ! » Très attendu, le film raconte, en effet, les débuts de la fameuse bande du Sentier, avec quatre jeunes comédiens débutants pour jouer Patrick, Serge, Dov et Yvan. Lorsque le film commence, Dov, dont la mère attend de brillantes études, quitte le lycée pour travailler dans le Sentier tout en séduisant la femme de son patron (Audrey Dana)…

Un rôle de composition pour Mickaël qui a toujours été bon élève et a décroché son Bac S avec mention au Lycée Estienne d’Orves : « J’ai attrapé le virus du théâtre à 14 ans au Cedac de Fabron. Quand j’ai dit à mes parents que je voulais m’inscrire au Cours Florent pour devenir comédien ils m’ont soutenu en me disant : « Donne tout pendant 5 ans et reprends tes études si ça ne marche pas ». Les résultats ne se sont pas fait attendre. “En fait, j ’auditionnais pour le rôle de Patrick Abitbol, mais ça ne collait pas. Ils m’ont quand même demandé de revenir le lendemain pour essayer d’autres rôles. Le soir, je vais en boîte et je m’embrouille avec un gars dont j’avais dragué la copine sans savoir qu’elle était accompagnée. Je me pointe au casting avec un chouette coquard et je suis obligé de leur dire pourquoi. Ils se sont marrés et m’ont dit : « Tu es Dov alors ! ». C’est comme ça que j’ai décroché le rôle”Et ça fait quelle impression de se retrouver au lit avec Audrey Dana ? “C’était évidemment une des scènes qui m’inquiétaient le plus dans le scénario.Mais elle a été super-bienveillante et protectrice. Elle a tout fait pour détendre l’atmosphère.J’avais juste à la suivre et à me laisser porter par son énergie.Idem pour François Berléand, qui m’impressionnait encore plus. Ce sont des acteurs tellement talentueux que c’est facile de leur donner la réplique. On apprend tous les jours à leur contact…Conscient de sa chance, Mickaël continue à travailler pour apprendre son métier de comédien et présenter le concours du Conservatoire de Paris : « J’espère pouvoir continuer sur ma lancée et décrocher aussi des rôles dramatiques.Même si, comme spectateur, j’avoue avoir un faible pour les comédies ». Il semblerait que ce soit réciproque !

 

 

 

Papicha

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Le pitch

Alger, années 90. Nedjma (Lyna Khoudri), 18 ans, étudiante habitant la cité universitaire, rêve de devenir styliste. A la nuit tombée, elle se faufile à travers les mailles du grillage de la Cité avec ses meilleures amies pour rejoindre la boîte de nuit où elle vend ses créations aux « papichas «, jolies jeunes filles algéroises. La situation politique et sociale du pays ne cesse de se dégrader. Refusant cette fatalité, Nedjma décide de se battre pour sa liberté en organisant un défilé de mode, bravant ainsi tous les interdits…

Ce qu’on en pense

Présenté au  Certain Regard à Cannes et couronné de trois prix à Angoulême,  le premier film de l’algérienne Mounia Meddour séduit par son rythme, ses dialogues et la vitalité de ses jeunes héroïnes. L’atmosphère pré-guerre civile de la capitale algérienne au début des années 90 est parfaitement restituée et on s’attache à ces jeunes algéroises qui ne veulent pas courber l’échine devant la menace intégriste. Un récit en partie autobiographique, puisque la réalisatrice était étudiante à Alger à l’époque et a dû quitter le pays à cause des menaces. Elle y est retourné pour tourner le film qui devait représenter l’Algérie aux Oscars, avant que sa sortie soit annulée sans explication.

Joker

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Le pitch

Souffrant de problèmes neurologiques suite à une enfance traumatique, Arthur Fleck (Joaquin Phœnix) vit avec sa vieille mère à Gotham City et travaille comme clown pour la publicité, les anniversaires et les hôpitaux. En regardant chaque soir le show de Murray Franklin (Robert de Niro) à la télé, il rêve de se produire sur scène comme humoriste et note ses meilleures blagues dans un grand carnet qui ne le quitte jamais. Sa vie bascule lorsqu’il est agressé dans la rue et perd son boulot… 

Ce qu’on en pense

On s’en doutait depuis le Lion d’or obtenu à la Mostra de Venise, le Joker de Todd Phillips, même sous licence DC Comics, n’a rien à voir avec un film de super-héros classique. Ni même avec le prequel de Batman annoncé (bien qu’on y croise la famille de Bruce Wayne). C’est un film noir et violent, qui aurait très bien pu être signé Martin Scorsese. Le scénario évoque d’ailleurs un mix de Taxi Driver et de King of Comedy (La Valse des pantins en VF). La présence de Robert de Niro en présentateur de télévision renforce évidemment cette impression. Idem pour la reconstitution de Gotham City, qui ressemble à s’y méprendre au New York, crade et dangereux de Taxi Driver. Dire qu’on n’attendait pas un tel chef-d’œuvre de Todd Phillips serait un doux euphémisme. Le réalisateur de Very Bad Trip et de Date Limite est totalement transfiguré. C’est Bruce Wayne lorsqu’il enfile le costume de Batman ! On rêve d’ailleurs de lui voir réaliser un film de la saga de l’homme chauve-souris. Christopher Nolan n’a qu’à bien se tenir ! Mais si Joker est un tel choc, c’est bien sûr grâce à (ou à cause de) la prestation hallucinée et hallucinante de Joaquin Phœnix. Spécialiste des rôles « habités » et borderline (Beautiful Day, Inherent Vice, The Immigrant, The Master, La Nuit nous appartient…), l’acteur a perdu 25 kg pour incarner Arthur Fleck. Sa maigreur est encore plus effrayante que son rire névrotique. Et pourtant, il réussit à rendre le personnage fragile, sensible et presque attendrissant. Un « freak » qui porte sur ses épaules décharnées toute la misère et toute la violence du monde et qui décide de la retourner à l’envoyeur dans une geste anti-establishment qui fait basculer le film en brulôt politique. De tous les plans, Phœnix fait oublier les incarnations précédentes, pourtant supposées indépassables, du Joker par Heath Ledger et Jack Nicholson. S’il n’obtient pas l’Oscar pour ce rôle-là, il faut dissoudre l’Académie. Dans de l’acide chlorhydrique !

 

 

Chambre 212

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Le pitch

Après 20 ans de mariage, Maria (Chiara Mastroianni) quitte le domicile conjugal. Elle part s’installer dans la chambre 212 de l’hôtel d’en face. De là, Maria a une vue plongeante sur son appartement, son mari Richard (Benjamin Biolay), son mariage. Elle se demande si elle a pris la bonne décision. Bien des personnages de sa vie ont une idée sur la question, et ils comptent bien le lui faire savoir…

Ce qu’on en pense

Depuis Les chansons d’amour (2007), Christophe Honoré n’avait peut-être jamais été aussi à son affaire que dans cette fable sentimentale, romanesque en diable, dans laquelle Chiara Mastroianni (épatante !) endosse un rôle d’ordinaire dévolu aux hommes : celui de la serial « trompeuse ». Bien que mariée (à un Benjamin Biolay en pyjama et chaussettes tuent l’amour), Maria consomme les hommes avec un bel appétit sexuel et une totale déculpabilisation. Démasquée à cause d’un SMS enflammé, elle se réfugie dans l’hôtel d’en face, situé au-dessus d’un cinéma et où sa chambre porte le chiffre de l’article du Code civil dans lequel les époux se jurent fidélité et assistance. La nuit portant conseil, elle y verra défiler les fantômes de son mari à vingt ans (Vincent Lacoste), du premier amour de Richard (Camille Cottin/Carole Bouquet), de sa mère (Marie-Christine Adam), de ses (trop) nombreux amants et de sa volonté défaillante (Stéphane Roger). Enlevé, drôle, intelligent et charmant : du Woody Allen made in France !

Donne-moi des ailes

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Christian (Jean-Paul Rouve), scientifique visionnaire, étudie les oies sauvages. Pour son fils Thomas (Louis Vazquez), adolescent obnubilé par les jeux vidéo, l’idée de passer des vacances avec son père en pleine nature est un cauchemar. Pourtant, père et fils vont se rapprocher autour d’un projet fou : sauver une espèce en voie de disparition, grâce à l’ULM de Christian ! Commence alors un incroyable et périlleux voyage

Notre avis

Adapté de son propre roman éponyme, le nouveau film du réalisateur de Belle et Sébastien et du Dernier Trappeur raconte, de manière romancée, l’expérience de Christian Moullec, ornithologue écolo et visionnaire, qui avait accompagné en ULM dans leur vol migratoire un groupe d’oies sauvages menacées d’extinction pour leur enseigner une route plus sûre. Sous des dehors de comédie familiale bon enfant, Donne moi des ailes est un beau film écolo, qui tire le signal d’alarme : « 420 millions d’oiseaux ont disparu du ciel européen en 20 ans, rappelle le réalisateur. Si on ne fait rien on se réveillera un jour sans plus pouvoir entendre le chant d’un oiseau ». Superbement filmé et réalisé sans trucages (les acteurs ont effectivement élevé les oies selon la méthode mise au point par Christian Moullec), un grand film d’aventures familiales à voir…En famille !

Pour Sama

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Le Pitch

Waad al-Kateab est une jeune femme syrienne qui vit à Alep lorsque la guerre éclate en 2011. Sous les bombardements, la vie continue. Elle filme au quotidien les pertes, les espoirs et la solidarité du peuple d’Alep. Waad et son mari médecin sont déchirés entre partir et protéger leur fille Sama ou résister pour la liberté de leur pays.

Ce qu’on en pense

Présenté en séance spéciale à Cannes, ce documentaire sur la guerre de Syrie est un choc. Par la dureté des images d’abord. Compagne d’un chirurgien, la réalisatrice filme le quotidien d’un hôpital clandestin où affluent chaque jours les victimes des bombardements, dont beaucoup d’enfants. Par le choix que fait le couple ensuite de revenir à Alep, alors que Waad vient d’accoucher d’un bébé (Sama) et qu’ils avaient eu la chance de pouvoir quitter cet enfer. Une décision difficile et périlleuse, dictée par la nécessité de porter assistance aux blessés et de dénoncer les horreurs de la guerre. Un formidable témoignage.