Cinéma

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Le Tigre blanc

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Par Ph.D

Le Pitch

Mal né,  mais rusé et ambitieux, le jeune indien Balram Halwai (Adarsh Gourav) parvient à devenir le chauffeur d’une riche famille d’exploiteurs. La société l’ayant formé à une unique fonction – celle de servir – Balram se rend vite indispensable aux yeux de ses nouveaux maîtres. Mais alors qu’il croit être tiré d’affaire, un drame vient lui rappeler qu’ils n’hésiteront pas à le sacrifier si les choses tournent mal.  Balram se rebelle alors contre un système truqué et inégalitaire pour devenir un maître d’un nouveau genre…

Ce qu’on en pense

Mix de Parasite et de Slumdog Millionaire, Le Tigre Blanc nous entraîne dans l’Inde contemporaine,  où il faut une sacré dose d’ambition et de culot, mais surtout pas trop de scrupules,  pour réussir quand on vient des castes inférieures. C’est le cas de Balram (Adarsh Gourav)  qui manifestait à l’école primaire une intelligence supérieure à la moyenne,  mais que sa famille a préféré mettre au travail à casser du charbon plutôt que de l’encourager à poursuivre des études. Sans instruction, il devra gagner chèrement sa place au soleil, en écrasant les plus faibles et en s’attirant les bonnes grâces des puissants, sans éveiller leur méfiance. Découvert à Deauville avec l’excellent 99 Homes, Ramin Bahrani adapte le roman éponyme d’Aravin Adiga et dresse un panorama de l’Inde moderne qui fait froid dans le dos. Alourdi par un récit en voix off qui colle trop classiquement au texte du bouquin, le film vaut surtout pour l’immersion qu’il propose dans les différentes couches de la société indienne, avec une galerie de personnages dignes d’une version bollywoodienne  d’Affreux, sales et méchants.

Gérardmer Online

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Crise sanitaire oblige, le Festival du film fantastique de Gérardmer se tient lui aussi en ligne cette année. Dès le 27 janvier, pour un abonnement forfaitaire de 50 euros ou un ticket de 5 € par film, les amateurs de films d’horreur peuvent retrouver en ligne sur le site du festival  le meilleur de la sélection 2021: longs métrages, courts métrages, hors compétition et séances spéciales.  Parmi les longs métrages, trois films faisaent partie de la sélection Cannes 2020 : La Nuée de Just Philippot, Teddy des frères Boukherma et Aya et la sorcière de Goro Miyazaki. Mais l’un des plus attendus est sans nul doute Possessor, de Brandon Cronenberg, le fils du réalisateur de La Mouche, David Cronenberg. Au total Gérardmer Online promet à ses abonnés une vingtaine de longs métrages et une demi douzaine de courts en accès gratuit. Le réalisateur Niçois Bertrand Bonello préside le jury de cette 28e édition pas comme les autres.

 

Mort à 2020

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Par Ph.D

Pas besoin de beaucoup réfléchir pour décerner à 2020 le titre depire année du 21è siècle“. Entamée avec l’Australie en flammes, on n’avait pas fini le mois de janvier,  que Donald Trump faillit déclencher la troisième guerre mondiale en faisant éliminer un gardien de la révolution iranienne !  Pendant ce temps, un coronavirus particulièrement vicieux se repassait de chauve-souris à Pangolin et à homme dans la riante province chinoise de Wuhan,  avant de devenir “la franchise mondiale la plus célèbre depuis Marvel” (sic) … C’est ce que nous rappelle ce  “mockumentaire” (documentaire satirique),  dont le titre fera sans doute l’unanimité  : Mort à 2020 ! On le doit aux créateurs de Black Mirror qui ont eu la bonne idée de demander à Samuel L Jackson et (surtout) à Hugh Grant de jouer les vrais-faux experts de plateaux télés,  pour nous raconter, avec force images d’archives et faux témoins, cette année mémorable entre toutes qu’on voudrait pourtant très vite oublier. Perruque blonde et lunettes d’intello, Hugh Grant est impayable en historien qui confond les faits d’actualité et les épisodes de Games of Thrones ou de Star Wars. Lisa Kudrow n’est pas mal non plus en porte parole de la maison blanche adepte devérité alternative“. La recension des élections américaines vaut son pesant de fake news ! On rit beaucoup,  mais jaune en disant que,  si on était tombé dessus par hasard,  on aurait très bien pu croire à un vrai documentaire sur 2020, tellement on a entendu d’âneries durant cette “année de merde“.

Uncle Franck

Cinéma|

Par Ph.D

Le Pitch

En 1973, Beth (Sophia Lillis) , encore adolescente, quitte sa campagne natale pour aller étudier à l’Université de New York où enseigne son oncle Frank (Paul Bettany), un professeur de littérature réputé. Elle découvre rapidement qu’il est homosexuel et qu’il partage sa vie depuis longtemps avec son compagnon Wally (Peter MacDissy) ; une relation qu’il a toujours gardé secrète. Mais le jour où Mac (Stephen Root), le patriarche grincheux de la famille, décède subitement, Frank est contraint de retourner auprès des siens, accompagné de Beth et Wally, afin d’assister aux funérailles. Durant le trajet, il doit confronter les fantômes de son passé et regarder sa famille en face une fois arrivé sur place…

Ce qu’on en pense

Prix du public à Deauville, Uncle Franck est la première réalisation pour le cinéma  du scénariste d’American Beauty et de Six Feet Under, Alan Ball. Une histoire en partie autobiographique qui rappelle combien il était difficile d’être homosexeul dans les années 70 et, peut-être, aujourd’hui encore dans certains Etats particulièrement religieux et conservateurs. Elle est racontée par une jeune fille, Beth (Sophia Lillis, une découverte)  qui  quitte sa petite ville pour étudier à New York et découvre que le frère de son père, Franck (Paul Bettany), qu’elle admire et aime sincèrement depuis qu’elle est toute petite, est gay et mène une vie bien éloignée des préceptes dans lesquels elle a été éduquée. Intolérance, difficulté à s’accepter, non dits… Le scénario de ce drame familial est assez convenu mais le film  ne manque pas de charme et se regarde avec plaisir.

The Banker

Cinéma|

Par Ph.D

Le Pitch

Dans les années 50 aux Etats-Unis, décidé à faire fortune malgré sa couleur et son niveau social, le jeune Bernard Garrett (Anthony Mackie) s’associe à Joe Morris (Samuel L Jackson), un patron de bar aisé, pour racheter des appartements de blancs et les vendre à des noirs. Leurs affaires prospérant, ils rachètent une banque puis deux, défiant les lois raciales en vigueur, en se servant d’un prête-nom blanc Matt Steiner (Nicholas Hoult). Leurs ennuis commencent lorsqu’ils sont contraints de l’installer à la tête d’une de leurs banques…

Ce qu’on en pense

Produit par Samuel L Jackson et réalisé par George Nolfi (L’Agence, La Naissance du dragon) pour  Apple+, The Banker s’inspire de l’histoire véridique de deux entrepreneurs noirs américains qui avaient contourné les lois raciales pour faire fructifier leur business et en faire profiter la communauté noire, à laquelle il était quasiment impossible d’accéder à la propriété ou de lancer un commerce. Comme l’excellent  Green Book, qui était aussi inspiré d’une histoire vraie, le film reconstitue l’Amérique ségregationniste des années 50 sur le mode de la comédie dramatique en se servant de l’abattage des deux acteurs principaux pour enlever l’affaire. Bien écrit, bien dialogué, bien joué et bien réalisé, le film coche toutes les bonnes cases et constitue une des  pépites de la plateforme de streaming d’Apple.

Interview : Jean-Pierre Bacri

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On avait rencontré Jean-Pierre Bacri à la sortie de  Cherchez Hortense de Pascal Bonitzer. Une comédie grinçante, mais tendre dans laquelle la barbe de trois jours, la mine chiffonnée et la diction hésitante du râleur patenté du cinéma français faisait une nouvelle fois merveille. Plus causant et chaleureux à la ville qu’à l’écran, Bacri, qui a passé une partie de son enfance à Cannes et vient de nous quitter à l’âge de 69 ans, nous avait parlé de son métier d’acteur

Vous semblez cultiver la rareté. C’est un choix délibéré?

C’est vrai que je ne fais qu’un film par an et qu’en ce sens je suis plus rare que la plupart des acteurs qui en font deux ou trois. Disons que je ne suis pas super actif et que l’oisiveté me convient bien. Je préfère voir des films, sortir avec mes copains, me balader, vivre tout simplement que tourner des trucs auxquels je ne crois pas vraiment. Agnès dit toujours quand elle n’a pas trois rendez vous dans la journée elle panique, alors que moi c’est quand j’en ai plus d’un que je panique…

On dit que vous refusez presque toutes les propositions…

Je lis beaucoup de scénarios et je ne demanderais pas mieux que de trouver ça merveilleux à chaque fois et de décrocher mon téléphone pour dire que je vais faire le film. Hélas, ce n’est pas le cas. Il y a très peu de choses qui me plaisent dans ce que je reçois. Je ne crois pas aux situations, les dialogues sont mal écrits ou injouables, les personnages secondaires ne sont que des faire valoir… Comme je suis à l’abri de la nécessité et que n’ai plus besoin de ça pour manger, je peux me permettre de faire le difficile. C’est un luxe, j’en conviens volontiers.

Du coup, qu’est ce qui vous a fait accepter ce film là ?

La qualité de l’écriture justement. J’ai été épaté par la pertinence, l’intelligence, la subtilité des dialogues et la facilité avec lesquelles on pouvait les jouer. En tant que dialoguiste, je suis toujours tenté de mettre mon grain de sel et de proposer des alternatives aux réalisateurs. Là, il n’y avait rien à changer, c’était parfait.  C’est la première fois que ça m’arrive. J’avais envie de le jouer tout de suite et j’ai d’ailleurs dit oui en deux heures.

L’histoire et les dialogues comptent plus que tout le reste pour vous?

Avec les acteurs, oui. Du temps où je m’énervais encore, j’avais fait un petit esclandre aux César en disant ça. Godard, notre grand génie des Alpages, venait de déclarer: “Le cinéma, c’est une caméra et du montage”. Déjà, les phrases qui commencent par “Le cinéma c’est…” ou “Les femmes sont…” , tu sais que ça va être une grosse connerie. Mais là, je pouvais pas laisser passer alors qu’on recevait le prix du scénario. Je le pense toujours. Si j’ai une bonne histoire et de bons acteurs, je peux prendre le risque de tourner avec un mauvais réalisateur. Il en restera toujours quelque chose. Le contraire n’est pas souvent vrai, même si je reconnais que certains films de Godard m’ont mis sur le cul.

Vous ne vous énervez plus maintenant?

J’ai compris que j’étais un guignol comme les autres, un jour, sur le plateau d’une émission de Christine Bravo. Je venais de faire toute une tirade spontanée sur le public de ces émissions, qui applaudit sur ordres et il y a eu un problème technique qui a fait qu’on a dû interrompre l’enregistrement. Philippe Gildas, qui produisait l’émission, est venu sur le plateau dire à Christine Bravo où il fallait reprendre et il a ajouté sans me regarder “l’autre aura qu’à refaire sa tirade”. Ça m’a fait bondir. Je lui ai dit ce que je pensais de ses manières et, depuis, je refuse presque tous les plateaux de télévision.

Comment vous accommodez vous malgré tout de l’exercice obligé de la promotion ?

Ce n’est pas la promo qui me casse les pieds, car j’aime rencontrer des gens. Ce qui m’embête, c’est d’avoir l’air de répéter les mêmes choses à chaque fois. Au début, tu dis des choses spontanées, mais au bout de deux ou trois interviewes, tu commences à te répéter, parce que, forcément, on aborde toujours les mêmes sujets. Tu cherches des synonymes et puis tu finis par tracer comme ça. C’est la loi du genre, mais j’ai parfois l’impression de vendre ma salade au lieu de réfléchir un peu intelligemment. Je fais donc mon possible pour rester dans le présent et pas me mettre en pilotage automatique.

Au début du film votre personnage, Damien, donne l’impression d’y être, lui, en pilotage automatique…

Oui et ce qu’il doit faire, intervenir auprès de son père pour éviter l’expulsion d’une jeune immigrée, va l’obliger à sortir de sa routine . C’est quelqu’un qui met beaucoup de temps à devenir ce qu’il est. J’ai été touché par sa faiblesse, sa vulnérabilité. Je fais en sorte d’être fréquentable, mais il m’est arrivé de ne pas être à la hauteur d’une situation, comme lui. Et comme tout le monde d’ailleurs, sinon on serait tous des héros.

 

Songbird

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Par Ph.D

Le Pitch

2024 :  le monde vit en confinement. Désormais, les personnes infectées du Covid-23 sont envoyées de force en quarantaine dans des camps devenus peu à peu d’inquiétants ghettos. A Los Angeles, Nico (K.J Apa) , coursier immunisé au virus,   arpente la ville en vélo et en moto. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de Sara (Sofia Carson), une jeune femme confinée chez elle. Malgré les impératifs sanitaires qui les empêchent de s’approcher, Sara et Nico tombent amoureux. Mais lorsque Sara est suspectée d’être contaminée, elle est contrainte de rejoindre les camps de quarantaine. Nico tente alors l’impossible pour la sauver…

Ce qu’on en pense

Produit par Michael Bay (Transformers) et tourné l’été dernier pendant le confinement à Los Angeles, Songbird surfe lourdement sur la vague pandémique  en imaginant un futur dans lequel le Covid aurait gagné la partie et où,  à part quelques individus miraculeusement immunisés, la population vivrait confinée (pour les plus aisés) ou ghettoisée (pour les autres) et où le plus gros trafic serait celui de bracelet d’immunités, permettant de sortir des zones contaminées…  Un thriller bourrin et opportuniste,  mal dirigé et mal filmé,  au scénario bâclé et dont le seul intérêt réside dans les vues de Los Angeles désert qui n’ont nécessité aucun trucage numérique.

Monaco : Arnaud Desplechin

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(Photo Shanna Besson)

A l’invitation de la Fondation Prince Pierre et de l’Institut audiovisuel de Monaco, Arnaud Desplechin est venu donner  une Master Class en Principauté, le lundi 25 janvier. Sur la scène du Théâtre des Variétés, le réalisateur a parlé avec passion de son rapport au cinéma et de son travail,  en  illustrant ses propos avec des extraits de Rois et Reines, Esther Kahn et de son dernier film, Roubaix , une lumière. Il a ensuite répondu aux questions du public,  venu en nombre pour cette conférence que l’on pouvait également suivre en direct sur la page Facebook de la Fondation. Un échange rare et passionnant avec l’un des plus talentueux réalisateurs du cinéma français, plus habitué de Cannes que de Monaco (qu’il a trouvé, on s’en serait douté,  “trés différent de Roubaix” d’où il est originaire).  Répondant aux questions de Jacques Kermabon, Arnaud Desplechin a notamment expliqué qu’il ne regarde jamais ses propres films dont il a tendance à ne voir “que les défauts” : “Je monte généralement sans le son comme si c’était un film muet et c’est ma monteuse qui fait  l’étalonnage. A Cannes, je m’enfuie tout de suite après le générique et lorsque je dois en restaurer un, je le fais sans le son“. Le réalisateur s’est longuement étendu sur le pouvoir signifiant du cinéma qu’il compare à celui des rêves ( “L’entrée en gare de La Ciotat des frères Lumière, une fois projeté sur un écran de cinéma ça rend de multiples significations : on peut y voir un documentaire, un film Proustien ou une mythologie“) et sur celui des images révélatrices de l’âme : “Lorsqu’on projette un visage en grand écran on voit une âme. Ce qui est magique au cinéma,  c’est qu’on ne sait jamais si c’est celle de l’actrice ou celle du personnage“.

MK2 : ciné gratuit

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Par Phil Inout

Pendant la durée du confinement, le distributeur MK2 propose cinq films par semaine en accès gratuit sur sa plateforme vidéo MK2 Curiosity. Courts métrages, longs métrages, documentaires, films pour enfants, de réalisateur connus ou plus confidentiels, grand public ou cinéphiles, ces films sont disponibles gratuitement pendant 7 jours, du mercredi au mercredi, avec un accompagnement éditorial complet sous la forme d’une pastille vidéo d’introduction aux œuvres de la semaine par la comédienne et réalisatrice  Lubna Playoust, mais aussi des articles, d’analyses et d’entretiens. Une excellente manière de combler, sans bourse délier, son appétit de cinéma en attendant la réouverture des salles.  

 

Pieces of a Woman

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Par Philippe DUPUY

Le Pitch

A Boston, Martha (Vanessa Kirby) et Sean Carson (Shia LaBeouf) s’apprêtent à devenir parents. Mais la vie du couple est bouleversée lorsque la jeune femme accouche chez elle et perd son bébé, malgré l’assistance d’une sage-femme (Moly Parker),  bientôt poursuivie pour acte de négligence. Martha doit alors apprendre à faire son deuil, tout en subissant une mère intrusive (Ellen Burstyn) et un mari de plus en plus irritable. Mais il lui faut aussi assister au procès de la sage-femme, dont la réputation est désormais détruite.

Ce qu’on en pense

Comme on finit l’année, on la commence: avec un grand film Netflix. Après David Fincher et Mank (Numéro 1 de notre top films 2020), la plateforme enfonce le clou avec Pieces of a Woman du Hongrois préféré de Cannes, Kornel Mundruczo. Découvert en 2014 avec White Dog, Mundruczo avait divisé la critique en 2017 avec La Lune de Jupiter, polar mystique et fantastique qui faisait d’un jeune migrant un super héros christique. Il devrait à nouveau faire l’unanimité avec Pieces of a Woman, superbe portrait de femme en forme de mélodrame qui suit la reconstruction d’une jeune mère après la perte de son premier enfant à l’accouchement. Réalisation virtuose (le plan séquence d’accouchement  restera dans les annales) et intimiste à la fois, direction d’acteur au top, casting parfait  (Vanessa Kirby découverte en sœur de la reine dans The Crown a reçu le prix d’interprétation à Venise pour son rôle de mère éplorée, Shia LaBeouf est trés bien aussi dans celui du mari), scénario impeccable le film coche toutes les bonnes cases. Pour sa première réalisation hors de son pays, Kornel Mundruczo signe une oeuvre bouleversante, dont l’atmosphère enneigée et la localisation dans le Massachussets pourront rappeler à ceux qui l’ont vu le très beau Manchester By the Sea de Kenneth Lonergan, autre grand film sur le travail de deuil…

Je veux juste en finir

Cinéma|

Par Philippe DUPUY

Le Pitch

Jake (Jesse Plemmons) emmène sa petite amie (Jessie Buckley) pour lui présenter ses parents, qui vivent dans une ferme reculée. Elle a décidé de le quitter, mais ne le lui a pas encore dit. Le trajet et le séjour s’annoncent stressants…

Ce qu’on en pense

Bienvenue dans le film le plus barré de Netflix ! Il est l’oeuvre du scénariste Charlie Kaufman (Dans la peau de John Malkovich, Eternal Sunshine of the Spotless Mind) passé à la réalisation depuis 2008 avec Synecdoche New York et Anomalisa. Si Je veux juste en finir n’était pas une production Netflix, on aurait certainement vu le film en sélection à Cannes, en séance spéciale ou de minuit, où il aurait eu toute sa place. On y suit pendant plus de deux heures et  dans un format d’image rarement utilisé (le 1.33), le couple formé par Jesse Plemmons (vu dans Fargo 2, Barry SealThe Irishman ) et Jessie Buckley (Le Voyage du Dr Dolittle) dans leur trajet en voiture vers la ferme des parents  du jeune homme. Entamé comme un road movie auteuriste et bavard, dans lequel la jeune femme rumine des pensées de séparation pendant que son fiancée pérore et chantonne au volant avec une voix de psychopathe,  le film vire au délire Lynchéen à l’arrivée dans la ferme des parents (qui changent d’âge et de comportement à chaque plan) puis au survival  dans la dernière partie lorsque, sur le chemin du retour pendant une tempête de neige, le couple s’arrête dans un bâtiment désert à la Shining.  Comme si ce n’était pas suffisant pour dérouter le spectateur, la séquence finale est digne d’un musical. Les ombres de David Lynch, Hitchcock et Kubrick planent sur ce film halluciné et hallucinant qui nécessite une bonne dose de patience et d’ouverture d’esprit pour être vu jusqu’au bout, mais qui mérite de l’être car on s’en souviendra longtemps.

Billie

Cinéma|

Par Philippe DUPUY

Le pitch

Billie Holiday  est l’une des plus grandes voix de tous les temps. Elle fut la première icône de la protestation contre le racisme ce qui lui a valu de puissants ennemis. A la fin des années 1960, la journaliste Linda Lipnack Kuehl commence une biographie officielle de l’artiste. Elle recueille 200 heures de témoignages incroyables  : Charles Mingus  Tony Bennett, Sylvia Syms, Count Basie, ses amants, ses avocats, ses proxénètes et même les agents du FBI qui l’ont arrêtée….Mais le livre de Linda n’a jamais été terminé et les bandes sont restées inédites. BILLIE est l’histoire de la chanteuse qui a changé le visage de la musique américaine et de la journaliste qui est morte en essayant de raconter l’histoire de Lady telle qu’elle était. 

Ce qu’on en pense

Auteur de deux documentaires sportifs (sur Marco Pantani et les 24 heures du mans),  James Erskine s’est attaqué à une biographie filmée de Billie Holiday à la demande du producteur Barry Clark-Ewers.  Au cours de ses recherches préliminaires, le réalisateur est tombé sur l’histoire de la journaliste Linda Lipnack Kuehl, qui avait passé sa vie à recueillir  des témoignages et des interviews de la chanteuse,  en vue d’une biographie qu’elle n’a jamais écrite. Restés inédits,  les  enregistrements réalisés par la journaliste forment la matière sonore du film d’Erskine,  qui a utilisé toutes sortes d’images d’archives pour les illustrer , dans un superbe montage qui alterne interviews, témoignages et passages chantés. Les images colorisées des films de la chanteuse sur scène ou en studio donnent une patine de fiction au documentaire et rendent encore plus puissantes ses prestations. Parallèlement, Erskine raconte l’histoire de Linda Lipnack Kuehl, qui avait, semble-t-il,  fini par tellement s’identifier à son modèle qu’elle a fini par sombrer et ne plus pouvoir écrire une ligne. C’est que le destin de Billie Holiday est celui d’une star marquée par la souffrance et l’autodestruction. Première d’une longue lignée de chanteuses saisies par la dépression et la folie une fois arrivée au sommet, comme le remarque Tony Benett dans le film. De Whitney Houston à Britney Spears, on ne compte plus en effet le nombre de stars qui ont “disjoncté”, comme elle, sous la pression. Pourquoi ?  Le film de James Erskine donne quelques éléments de réponse…

Le Bonheur des uns…

Cinéma|

Le pitch

Léa, Marc, Karine et Francis sont deux couples d’amis de longue date. Le mari macho, la copine un peu grande-gueule, chacun occupe sa place dans le groupe… Mais, l’harmonie vole en éclat le jour où Léa, la plus discrète d’entre eux, leur apprend qu’elle écrit un roman, qui devient un best-seller. Loin de se réjouir, petites jalousies et grandes vacheries commencent à fuser. Humain, trop humain ! C’est face au succès que l’on reconnait ses vrais amis… Le bonheur des uns ferait-il donc le malheur des autres ?

Ce qu’on en pense

Ecrit pour le théâtre, Le bonheur des uns s’est finalement monté au cinéma, en partie grâce au succès du Prénom qui a inspiré le texte au réalisateur Daniel CohenUne Vie de princeLes Deux mondes et Comme un chef).  François Damiens et  Florence Foresti jouent les amis du couple formé par Vincent Cassel et Bérénice Béjo. Leur amitié de longue date et l’équilibre du couple sont remis en question par le soudain et phénoménal succès littéraire du personnage incarné par Bérénice Béjo, dont rien ne laissait soupçonner qu’elle possédait un tel talent.  Avec un tel casting, le film oscille entre comédie et drame contemporain. Il se regarde sans déplaisir, mais le jeu des acteurs et la mise en scène trahissent trop souvent l’origine théâtrale du texte. On se dit qu’il aurait eu une meilleure résonance sur scène.

La Daronne

Cinéma|

 

Le pitch

Patience Portefeux (Isabelle Huppert) est interprète judiciaire franco-arabe, spécialisée dans les écoutes téléphoniques pour la brigade des Stups. Lors d’une enquête, elle découvre que l’un des trafiquants n’est autre que le fils de l’infirmière dévouée qui s’occupe de sa mère. Elle décide alors de le couvrir et se retrouve à la tête d’un immense trafic ; cette nouvelle venue dans le milieu du deal est surnommée par ses collègues policiers “La Daronne”.

Ce qu’on en pense

Retour à la comédie pour Isabelle Huppert,  qui prend un plaisir évident à varier les genres et à alterner les déguisements d’interprète de police et de dealeuse de cités dans le nouveau film de Jean-Paul Salomé (Belphegor, Arsène Lupin, Je fais le mort…). Adapté sans relief  particulier du roman éponyme d’Hannelore Cayre, La Daronne tient en grande partie sur la performance de son actrice vedette. Mais les scènes de comédies les plus réussies sont quand même celles qui mettent en scène les pieds nickelés de banlieue que campent Rachid Guellaz (Scotch) et Mourad Boudaoud (Chocapic).

A Ghost Story

Cinéma|

Par Philippe DUPUY

Le Pitch

Apparaissant sous un drap blanc, le fantôme d’un homme (Casey Affleck) rend visite à sa femme (Rooney Mara) en deuil dans la maison de banlieue qu’ils partageaient encore récemment.Dans ce nouvel état spectral, le temps n’a plus d’emprise sur lui. Condamné à ne plus être que simple spectateur de la vie qui fut la sienne, le fantôme se laisse entraîner dans un voyage à travers le temps et la mémoire. En proie aux ineffables questionnements de l’existence et à son incommensurabilité…

Ce qu’on en pense

Les blockbusters et les disputes conjugales ont parfois du bon. La preuve avec A Ghost Story, que David Lowery raconte avoir tourné pour prouver à son épouse – qui lui reprochait d’avoir vendu son âme à Hollywood avec Peter et Elliott le dragon-, qu’il était encore capable de réaliser un film indépendant comme Les Amants du Texas. Il a donc rappelé Casey Affleck et Rooney Mara et les a enfermés dans une maison abandonnée de la banlieue d’Irving au Texas, où il a grandi, pour y tourner, avec des moyens réduits et dans un format 4/3, ce film de fantômes à l’ancienne, avec drap blanc troué et sans effets spéciaux. Résultat: un petit chef d’œuvre poétique, qui a raflé trois prix (Prix du jury ex æquo, prix de la révélation, prix de la critique) à Deauville. Entamé comme un nouveau Paranormal Activity, avec longs plans fixes et musique angoissante (signée Daniel Hart), A Ghost Story glisse insensiblement vers le surréalisme et, après un plan fixe (déjà culte) de 4 minutes sur Rooney Mara en train de manger une tarte pour tromper son chagrin, finit par former une vaste fresque temporelle qui va de l’Amérique des pionniers à nos jour. Le tout en 1h30 chrono et sans quitter la maison abandonnée, où le fantôme de Casey Affleck semble condamné à errer pour l’Éternité ! Une épopée intimiste et claustrophobique à (re)voir absolument sur Netflix.