Ça vient de sortir

/Ça vient de sortir

Bruce Springsteen : Western Stars

ça vient de sortir|

Après Broadway, Hollywood ? En pleine phase de diversification (autobiographie, Seul en scène…),   Bruce Springsteen s’éloigne de son format de composition habituel avec ce nouvel album attendu (5 ans se sont écoulés depuis le précédent),   qui  va surprendre, voire déconcerter ses fans. Western Stars sonne plus comme une collection de chansons écrites pour la Bande Originale d’un film que comme un album classique du Boss. La voix est posée comme d’habitude et les thèmes springsteeniens sont là,  mais enrobés dans des nappes de cordes et de cuivres, parfois jusqu’à l’emphase. Comme si un arrangeur de musiques de films était passé derrière lui en studio pour terminer des chansons laissées inachevées (certaines sont très courtes). Le résultat est un peu déstabilisant au début,  mais c’est suffisamment beau pour qu’on s’accroche et qu’on y revienne.  A l’image du single “Hello Sunshine“,  qu’on a fini par adorer après de premières écoutes réticentes et de la chanson-titre, “Western Stars“, qu’on a immédiatement adoptée.

Nekfeu: Les Etoiles vagabondes

ça vient de sortir|

Annoncé par un documentaire de making of  diffusé au cinéma en séance unique, le nouvel album de Nekfeu a été mis en ligne dans la foulée sur les plateformes de streaming. 18 titres solides, ouverts sur les musiques et les problèmes du monde,  mais aussi très introspectifs, dans lesquels le rappeur niçois parle de son rapport conflictuel au succès et de ses problèmes de cœur. Deux thèmes omniprésents dans le documentaire, où l’on voit Nekfeu et son crew faire face aux pannes d’inspiration du rappeur et à ses doutes , en partant chercher des nouvelles idées à Tokyo, Los Angeles, La Nouvelle Orléans  et, pour finir, sur l’île grecque d’où est originaire sa famille. L’occasion de ramener des sons différents (chorale gospel, orchestre à cordes japonais , rébétiko) et de faire des rencontres inspirantes (les migrants de Mytilène).  Finalisé à Bruxelles, dans le studio de Damso, l’album ne marque finalement pas de  rupture avec les deux précédents et devrait finir d’imposer Nekfeu en patron du rap français. Son duo inattendu avec Vanessa Paradis (“Dans l’Univers“) pourrait aussi lui permettre de toucher un public plus  large.  On a hâte en tout cas  d’écouter les nouveaux titres en live au festival Crossover dont le rappeur de la Trinité sera l’une des têtes d’affiche au mois d’août.

Philippe Djian: Les Inéquitables

ça vient de sortir|

Par MAB

Philippe Djian publie un roman à chaque printemps. Amélie Nothomb elle, c’est à l’automne. Lui aussi fait dans l’intrigue rapide et l’œuvre vite lue. Lui aussi en dit peu, laissant le reste, en creux. Il a ses fans, toujours les-mêmes. Comme elle.  Les inéquitables  va de nouveau les rassembler. C’est son seizième roman aux éditions Gallimard (après «Incidences » « Vengeances » « Ho »…) . Il est dans la même veine. 160 pages rapides qui installent des personnages toujours aussi énigmatiques, dans une cité indéterminée, au bord de l océan. Diana, dentiste de cinquante ans, se remet progressivement de la mort de son mari, Patrick, survenue il y a un an. Comment est-il décédé ? Encore un non dit ! Marc, le jeune frère de Patrick vit chez elle pour veiller sur sa santé et sa sécurité. On devine qu’il en est secrètement amoureux. Mais lui non plus n’est pas bavard. Lorsqu’il découvre fortuitement trois paquets de drogue échoués sur la plage – allez savoir comment ils sont arrivés là ? – la série noire continue pour le petit groupe qu’il forme avec le frère de Diana et Serge, le fils du maire, par ailleurs amant occasionnel de la belle dentiste…  On retrouve le fonctionnement habituel de Philippe Djian et son écriture si singulière: Des phrases vite dites. Du style oral agréable. Surtout, des personnages inclassables dans un univers corrosif ou l’amour et la mort se frôlent dans un total dérèglement. Un petit roman parfait pour jours d’été.

Roger Daltrey : My Generation

ça vient de sortir|

A 75 ans passés, le chanteur des Who est toujours en pleine bourre. Après un excellent album solo sorti l’an dernier, il publie ses mémoires et on s’est régalé à les lire. Ex-metallo et petite frappe,  sauvé par le rock, Roger  Daltrey n’est pas un intello. Il parle cash et  écrit pareillement. On a l’impression de se faire raconter l’histoire des Who par leur chanteur,  au bar après un concert , avec une pinte de bière à la main. Le chanteur aux boucles aujourd’hui grisonnantes ne fait pas mystère de l’inimitié qui liait assez curieusement les quatre membres du groupe  et ne craint pas d’offenser la mémoire des deux disparus (Keith Moon et John Entwistle ) en révélant leurs plus mauvais penchants. En matière de frasques et de destructions,  les Who en tournée n’avaient rien à envier à Led Zeppelin,  et le récit de celle de Quadrophénia, en 1973 vaut son pesant de Guinness. Sur sa relation avec  le génie torturé qu’est Pete Townshend, Daltrey y va aussi franco,   mais le temps a fait son oeuvre et chacun désormais sait ce qu’il doit à l’autre : l’honneur d’avoir fait partie de l’un des plus grands groupes de l’histoire de la musique populaire et d’être encore là pour le raconter.

]

 

Minuscule 2

ça vient de sortir|

Le pitch

Lorsque tombent les premières neiges dans le Mercantour, il est urgent de préparer ses réserves pour l’hiver. Quitte à aller picorer chez les humains. Hélas, durant l’opération, une petite coccinelle se retrouve piégée dans un carton… à destination des Caraïbes ! Une seule solution : reformer l’équipe de choc.La coccinelle, la fourmi et l’araignée reprennent du service à l’autre bout du monde. Nouveau monde, nouvelles rencontres, nouveaux dangers… Les secours arriveront-ils à temps ?

Ce qu’on en pense

Sorti en 2013, Minuscule- La vallée des fourmis perdues avait mis en lumière le travail du couple Thomas Szabo, Hélène Giraud, jusqu’alors confinés au petit écran et aux épisodes courts de leur série d’animation à succès. Leur deuxième long-métrage fait mieux que confirmer leur talent. En six ans, beaucoup de progrès ont été accomplis côté technique et cela se voit à l’écran. L’image est magnifique, qu’elle soit réelle (Mercantour sous la neige, aéroport de Nice, plages de Guadeloupe…) ou de synthèse (insectes, décors…). Le mélange des deux est toujours aussi bluffant. Bien que stylisés, les petits héros à mandibules paraissent plus vivants que jamais et leurs aventures les mènent cette fois loin du Mercantour, dans des décors paradisiaques.  Les clins d’œil cinématographiques sont toujours aussi nombreux (une poursuite à la Star Wars, un bateau Playmobil tracté par des ballons comme la maison de Là-Haut, un abordage d’avion à la Mission Impossible…) et la B.O, signée Mathieu Lamboley, est splendide. Il y a cette fois, un peu plus de personnages humains. Cela tient autant au scénario (les insectes doivent prendre l’avion et circuler à bord de véhicules), qu’à l’envie avouée du couple de réalisateurs de réaliser un prochain film avec de vrais acteurs. Mais d’ici-là, il y aura un Minuscule 3, déjà en préproduction et dont l’action, coproduction internationale oblige, se situera en Chine. Nos coccinelles, fourmis et araignées préférées n’ont pas fini de voyager !

Interview : Viggo Mortensen

ça vient de sortir|

Dans Green Book de Peter Farelly,qui vient de sortir en dvd,   Viggo Mortensen  joue un chauffeur-garde du corps Italo New-Yorkais à la Robert de Niro, qu’on croirait droit sorti d’un film de Martin Scorsese. Un parfait rôle de composition pour cet acteur danois mince, élégant et cultivé, qui parle cinq langues couramment, dont la nôtre. C’est en français qu’il a répondu à nos questions…

Connaissiez-vous l’existence du Green Book?
Oui, j’avais un livre pour enfants, Ruth et le Greenbook, qui racontait le voyage d’une jeune noire avec ses parents dans le Sud de l’Amérique.Une humiliation quotidienne…

Voyez-vous des similitudes entre l’Amérique d’aujourd’hui et celle de 1962 que décrit le film?
Évidemment, c’est un moment parfait pour le film en raison de la situation politique aux États-Unis. Mais ça aurait été un bon moment il y a dix ans et ça le sera sans doute encore dans vingt ans. Le racisme et la discrimination sont toujours d’actualité partout, hélas. Cela fait partie de la nature humaine. C’est le travail de chaque génération de lutter contre.En soi-même et dans la société…

Avez-vous été surpris qu’on vous propose un rôle d’Italo-New Yorkais?
Un peu oui, j’avoue. Mais pas plus que quand on m’a demandé de jouer Sigmund Freud! Dans ces cas-là, je me dis toujours que le réalisateur sait ce qu’il fait.Et puis j’ai rencontré le fils du vrai Tony Lip, qui m’a beaucoup aidé à rentrer dans le rôle en m’ouvrant les albums de famille et en me faisant écouter des enregistrements de son père. Il était très présent sur le tournage et quand je le voyais avec les larmes aux yeux à la fin d’une prise, je pouvais me dire que j’avais dû être juste.

Votre transformation physique est étonnante…
Prendre du poids n’a pas été le plus difficile: tout le monde est capable de bouffer des pizzas et des hamburgers à la chaîne. Le plus dur a été de prendre l’accent, de retrouver le vocabulaire de l’époque et de comprendre le personnage de l’intérieur sans le juger.

Avez-vous pensé à votre propre père?
Il était de la même génération que Tony, il a grandi dans le même milieu social. Sa façon de penser était typique de cette génération d’hommes qui ont été presque naturellement racistes. Il était drôle et têtu comme Tony.C’était un peu sa version danoise!

N’aviez-vous pas peur que Peter Farelly ne soit pas le réalisateur idéal pour cette histoire?
C’est vrai que ça étonne tout le monde dans le métier de la part du réalisateur de Mary à Tout Prix. Mais j’avais lu un de ses livres, The Comedy Writer et d’autres nouvelles de lui, je savais qu’il avait un côté sérieux. Après, on ne sait jamais: même de très bons réalisateurs peuvent faire de mauvais films. En l’occurrence, je pense que Pete a fait un film digne de Franck Capra et de Preston Sturgess.

JJ Cale : Stay Around

ça vient de sortir|

Disparu en 2013 aussi discrètement qu’il avait vécu,   JJ Cale laisse un héritage musical qui va bien au delà de ses propres chansons (“After Midnight”, “Cocaine”,  pour ne citer que celles-là) : Eric Clapton et Mark Knopfler, entre autres, lui doivent une deuxième partie de carrière apaisée et digne. Six ans après sa mort, sort un nouvel album de chansons inédites  qui vont lui permettre de “rester dans le coin” (Stay Around) encore un peu de temps. Un disque d’une parfaite coolitude, qui ne dépare en rien son impeccable discographie et qu’on va écouter tout l’été en rêvant de siestes dans le hamac et de bière fraîche…      

Eric Clapton : Life In 12 Bars

ça vient de sortir|

Premier des grands guitaristes anglais (Jeff Beck, Jimmy Page, Rory Gallagher…) à émerger du blues boom britannique du début des années 60, Eric Clapton est aussi– et de loin- le plus célèbre. Sa participation à des groupes devenus mythiques (Yardbirds, Cream, Blind Faith, Derek and the Dominoes) et ses succès commerciaux en solo (461 Ocean Boulevard, Slowhand, Unplugged…) en ont fait, à 73 ans, une des icônes les plus vénérées du rock. Un véritable Dieu de la guitare, considéré comme tel depuis qu’une main anonyme avait graphé sur les murs de Londres « Clapton is God », alors qu’il venait à peine d’intégrer les Yardbirds. Très attendu, le documentaire que lui consacre l’américaine Lili Fini Zanuck raconte évidemment la geste artistique de ce virtuose autodidacte de la six cordes, au travers de témoignages de ses proches et de ses pairs, d’images d’archives et de performances rares, remontant sa fabuleuse carrière. Mais ce sont surtout les confidences de l’artiste lui-même qui font l’intérêt du film et lui donnent son caractère poignant et autobiographique.La vie, en effet, n’a pas épargné Clapton, abandonné par sa mère lors de son plus jeune âge, soumis à diverses addictions (drogue et alcool), malheureux en amour (parce qu’éperdument amoureux de la femme de son meilleur ami, le Beatle George Harrison) et père dévasté par la mort de son jeune fils Connor, défenestré d’une chambre d’hôtel. Face caméra, l’artiste évoque ces moments douloureux avec pudeur, mais sans chercher à cacher sa part d’ombre. Celle d’un homme dont la dévotion au blues aura constitué, toute sa vie, l’unique planche de salut.

Green Book

ça vient de sortir|

Le Pitch

En 1962, alors que règne encore la ségrégation, Tony Lip (Viggo Mortensen), un videur italo-américain du Bronx, est engagé pour conduire et protéger le Dr Don Shirley (Mahershala Ali),  pianiste noir de renommée mondiale, lors d’une tournée de concerts dans le sud des États-Unis. Durant leur périple, de Manhattan jusqu’au Sud profond, ils s’appuient sur un guide de voyages à l’usage des noirs américains (le fameux Green Book) pour dénicher les établissements pour personnes de couleur, où l’on ne refusera pas de servir Shirley et où il ne sera ni humilié, ni maltraité. Dans un pays où le mouvement des droits civiques commence à se faire entendre, les deux hommes vont être confrontés au pire de l’âme humaine, dont ils se guérissent grâce à leur générosité et leur humour. Ensemble, ils vont dépasser leurs préjugés, oublier ce qu’ils considéraient comme des différences insurmontables et découvrir leur humanité commune…

Ce qu’on en pense

C’est peu dire qu’on n’attendait pas du réalisateur de Dumb & Dumber et Mary à tout prix, Peter Farrelly, un film aussi profond et sensible que Green Book. Basé sur une histoire vraie, il raconte une tournée du pianiste de jazz Don Shirley dans le sud des États-Unis au début des années 60. Pour se déplacer, Shirley avait embauché un chauffeur- garde du corps du nom de Tony Lip, italo new-yorkais haut en couleur, brut de décoffrage et plutôt raciste, qui deviendra pourtant son ami pour la vie. Le film oscille plaisamment entre drame et comédie et reconstitue parfaitement l’Amérique ségrégationniste des années 60. Sorte d’Intouchables inversé (le patron est noir, l’employé blanc), où le handicap serait remplacé par le racisme, c’est LA bonne surprise de ce début d’année. Un « feelgood movie », dans lequel Mahershala Ali (découverte de Moonlight et vedette de la saison 3 de True Detective) et Viggo Mortensen (inoubliable Aragorn du Seigneur des anneaux) se donnent la réplique avec gourmandise, sur des dialogues particulièrement savoureux.  

Glass

ça vient de sortir|

Le pitch

16 ans après les événements rapportés dans Incassable, David Dunn (Bruce Willis) est devenu un justicier qui traque les malfrats. Elijah Price (Samuel L. Jackson), l’homme souffrant du syndrome des os de verre, assommé de sédatifs pour l’empêcher de nuire, croupit dans un asile d’aliénés. Pendant ce temps, La Bête (James McAvoy), surnom de l’homme aux 23 personnalités différentes de Split, s’apprête à commettre de nouveaux meurtres

Ce qu’on en pense

Il fallait s’appeler M. Night Shyamalan pour fourguer à la fabrique de super héros que sont devenus les studios Disney depuis le rachat de Marvel, un scénario aussi tordu et politiquement incorrect que celui de Glass. Il s’agit, en effet, d’une suite d’Incassable (film dans lequel, on s’en souvient, les soi disant super-pouvoirs des protagonistes étaient associés à la folie) et de Split, dont le héros était un schizophrène habité par 23 personnalités différentes…Night Shyamalan pousse le bouchon encore plus loin, en faisant d’un asile d’aliénés le décor principal de Glass. Les super-héros ne seraient-ils donc que des malades mentaux, persuadés de détenir des pouvoirs qui ne seraient, en fait, que l’expression de leur folie? C’est la thèse que défend au début du film la psychiatre (Sarah Paulson) qui va tenter de rééduquer les trois protagonistes.Une très mauvaise idée! Ce dernier volet d’une trilogie que personne n’avait vue venir  est une totale réussite. Non seulement le scénario recolle parfaitement les morceaux entre Incassable et Split, mais Night Shyamalan hausse encore le niveau côté mise en scène. Plus encore qu’à Hitchcock, son maître revendiqué, c’est à Kubrick que l’on pense dans certaines scènes de Glass (celle de l’usine de briques devrait rester dans les annales). Certes, il vaut mieux avoir vu les deux films précédents (ou au moins Incassable, dont deux scènes sont reprises en flash-back) pour tout comprendre à l’histoire. Mais le scénario est tellement bien ficelé et la réalisation tellement fluide qu’on doit pouvoir s’en passer. Côté casting, c’est un peu à qui en fera le plus entre les trois vedettes. Mais la performance de James McAvoy, passant d’une personnalité à l’autre dans un battement de cils comme dans Split, laisse une fois de plus pantois. C’est lui le super-héros !

Interview: M. Night Shyamalan

ça vient de sortir|

Il fallait s’appeler M. Night Shyamalan pour fourguer à la fabrique de super héros que sont devenus les studios Disney depuis le rachat de Marvel, un scénario aussi tordu et politiquement incorrect que celui de Glass, son nouveau film. On y retrouve les (super) héros d’Incassable (Samuel L. Jackson, Bruce Willis) et de Split  (James McAvoy),  enfermés dans un asile d’aliénés ! Les super héros (et partant, ceux qui se passionnent pour leurs exploits) ne seraient-ils donc que de grands malades ? On lui a posé la question à l’occasion de la sortie du film en vidéo…  

Aviez-vous l’idée d’une trilogie dès Incassable ?     
Pas vraiment,  mais  j’avais dans l’idée qu’Incassable et Split pouvaient être liés d’une certaine manière. Ce qui m’intéressait surtout c’est de pouvoir réutiliser ces personnages.  J’ai donc demandé l’autorisation à Universal pour Split  et j’ai été étonné qu’ils acceptent. J’ai quand même attendu de voir si le film aurait du succès pour commencer à écrire une suite, sinon ce n’était pas la peine. Il m’a fallu aussi obtenir l’accord de Disney pour Incassable,  car je voulais utiliser des scènes coupées. Notamment une entre un prêtre et Bruce Willis après l’accident de train, à laquelle je tenais beaucoup. Mais jai encore dû y renoncer car elle était trop dramatique et elle ralentissait l’action. Dans un thriller,  il faut avancer droit.

Justement, Glass est-il un thriller, un film fantastique ou un film de super-héros?  

J’ai essayé de faire un bon thriller qui puisse fonctionner séparément. Ce que j’aime, c’est raconter des histoires par le suspens, la tension du cadre. Je suis de l’école Hitchcock pour cela, c’est ça qui me parle dans le cinéma. Mon truc, c’est la narration à la Hitchcock. La scène de l’usine de briques , avec tous ces points de vues différents, c’est vraiment une scène de thriller. Pour moi,  Glass est un thriller.

Les super-héros sont- ils de grands malades qui s’ignorent ? 
Le film essaie de répondre à cette question. J’aime penser qu’il y a, en chacun de nous, un super-héros qui s’ignore.  Même si, au contraire des super-héros, on doit d’entraîner beaucoup pour réussir à accomplir certaines choses. C’est le cas des grands sportifs : ils font parfois des choses fantastiques,  mais c’est le résultat d’heures d’entrainement forcené.

La fin ouverte de Glass annonce-t-elle une suite ?
J’aime les films incomplets,  qui laissent le public remplir les trous de la narration quand il sort de la salle. Beaucoup de films que j’aime dans l’histoire du cinéma fonctionnent comme cela. C’était déjà le cas d’ Incassable et de  Split. Mais je pense que j’en ai fini avec ces personnages, cette fois. Il est temps que je passe à autre chose.

Vous arrive-t-il de connaître l’angoisse de la page blanche? 
Oui et ça me stimule énormément. Ma solution pour lutter contre le syndrome de la page blanche, c’est de jeter des idées sur le papier, quelles qu’elles soient, sans souci d’histoire. Hier, par exemple, j’ai noté que j’aimerais tourner un film avec des mouvements de caméras extrêmement précis comme dans Rachômon de Kurosawa. En rentrant chez moi après la sortie de Glass, je vais me mettre au travail pour réunir tous les éléments épars que j’ai consignés. J’ai plusieurs idées de scénarios. Mais les idées de films c’est comme les femmes : on est plus attiré par celles qui vous résistent. Une idée qui fonctionne toute seule m’intéresse moins qu’une à laquelle il faut que je m’attelle pour lui donner forme. J’ai deux idées de films: une presque aboutie et l’autre pas du tout. Mais je me sens plus attiré naturellement vers celle qui est la plus incertaine…

Vos apparitions dans vos films, c’est en hommage à Hitchcock ? 
J’adore faire ça,  mais je ne veux pas que ça gène la narration, qu’on dise : “Tiens voila le petit indien bouclé !”. La scène du mec dans la boutique qui reconnaît David (Bruce Willis) parce qu’il allait au stade quand l’autre était encore surveillant, ça fonctionnait bien,  alors je l’ai gardée.

 

Mac DeMarco : Here Comes The Cowboy

ça vient de sortir|

Plus cool, tu meurs ! Pour son quatrième album  Mac DeMarco pousse la formule dans ses derniers retranchements avec des chansons dépouillées jusqu’à l’os qu’il a enregistrées seul dans son home studio d’Edmonton (Canada). Quelques accords de guitare down tempo, deux notes de piano et sa voix de crooner laid back mixée devant : il n’en faut pas plus pour constituer le disque qu’on va écouter en boucle tout l’été. Mac DeMarco serait-il le fils spirituel de JJ Cale?

 

La Princesse de Clèves

ça vient de sortir|

Par MAB

 La princesse de Clèves,  tout le monde connait. Mais bien peu ont lu ce classique en entier. A peine quelques extraits pour traiter de « la Rencontre Amoureuse » en vue du bac français. On sait que le roman fut écrit anonymement par Madame de Lafayette en 1678, sous Louis XIV. Et que pour se protéger de toute censure, elle transposa son intrigue de cour – un marigot de médisances, ragots et coups tordus – un peu plus de cent ans plus tôt. Henri II étant alors le roi. Marié à Catherine de Médicis et amoureux de Diane de Poitiers, il mourut d’une blessure à l’oeil lors d’un tournoi.  Bien entendu, cette passion maudite entre une très jeune femme trop fidèle à son vieux mari et un séducteur terrassé par le coup de foudre donna lieu à des adaptations cinéma. Par exemple, celle de Jean Delannoy en 1961 avec Marina Vlady dans le rôle titre et très récemment,  La belle personne  une transposition ultra contemporaine de Christophe Honoré avec Léa Seydoux et Louis Garrel.  En revanche, on pensait l’oeuvre inadaptable en bande dessinée. Trop littéraire et implicite pour un format graphique. Or Claire Bouilhac et Catel Muller ont réussi un petit exploit inattendu. Le texte originel n’est pas trahi. Sa délicatesse, ses non dits, l’élégance du langage et la beauté des âmes… tout est là. Certaines citations sont même intégralement reprises. L’image reconstitue fidèlement les décors et costumes. Alors que le graphisme lui, notamment dans les postures et mimiques des personnages, restitue tout ce que ce texte peut avoir d’intemporel et donc d’actuel. Voire de féministe.

Subutex : Duris dit tout

ça vient de sortir|

 

S’il n’était pas mort à la fin du Péril Jeune, Tomasi aurait très bien pu devenir Vernon Subutex, le héros déchu de Virginie Despentes dont Canal + vient d’adapter les (mes) aventures en série. Même tignasse, même sourire carnassier, même charisme, même silhouette de danseur, même visage : celui de Romain Duris, qui renoue au passage avec un genre de personnage, plutôt rock’n’roll, qu’il n’avait plus tellement incarné, depuis. A l’occasion de la sortie de la série en dvd, Duris balance tout… 

Ça vous a frappé, vous aussi, la ressemblance entre Tomasi et Subutex ?

Pas à la lecture du scénario, en tout cas. Ce n’est qu’en voyant le premier épisode que j’y ai pensé. Effectivement, il y a quelque chose, mais je ne saurai pas trop dire quoi, exactement. Ce qui est drôle, c’est que le Péril Jeune, à la base, c’était aussi pour la télé.

Vous n’avez pas hésité à vous engager pour une série ?

Si, bien sûr. Mais pas parce que c’était pour la télévision. Je ne fais pas mes choix en fonction du support : je lis des scénarios avec des histoires, des personnages, un metteur en scène… Que ce soit un film, de cinéma, un téléfilm ou une série, finalement, je n’y accorde pas tellement d’importance. Ce qui me tracassait plus, c’était de savoir si on arriverait à être proche de l’authenticité du roman de Virginie Despentes et de son écriture très radicale, extrême et intègre. Les discussions que j’ai eues avec la réalisatrice m’ont rassuré.Le casting et la musique aussi. Il y avait une vraie envie d’être à la hauteur du bouquin.Même si, au bout du compte on en a fait autre chose…

Vous aviez lu le roman ?

Non. Ma sœur me l’avait pourtant donné en me disant que ça ferait un bon personnage pour moi. Mais je ne l’ai lu qu’après avoir reçu le scénario. Je me suis fait embarquer tout de suite. C’est effectivement très cinématographique…

Pourquoi une série plutôt qu’un film ?

L’avantage, c’est la durée. La saison entière dure 4 h 30. Il y a plein de moments qu’on aurait dû couper dans un film et qu’on a pu laisser ou même rajouter dans la série. Je ne me rendais pas compte à quel point c’est précieux pour le personnage. Ça permet de filmer de vrais moments de vie. Du coup, j’ai insisté pour qu’on rajoute des scènes d’errance qui font qu’on se rapproche de l’écriture du roman.

L’intrigue condense celle des deux premiers tomes.Y aura-t-il une deuxième saison ?

Pour l’instant, ce n’est pas prévu. Le 3e tome du roman est plus compliqué à mettre en images. Il faudrait vraiment trouver d’autres ressorts. Ce n’est pas l’envie qui manque, je le ferais volontiers. Mais il faudrait qu’il y ait quelque chose d’évident dans le scénario. Pas que ce soit juste pour faire une suite.

La chute du personnage est vertigineuse. Il devient SDF. Ça a été difficile à tourner ?

Non,  pas tant que ça. J’ai du pas mal maigrir,  mais ça n’a pas été très difficile.J’aurais plus de mal à beaucoup grossir,  je pense. En tout cas, j’hésiterai plus à le faire. Là, je me sentais plutôt bien dans la peau du personnage,  avec les cheveux longs et le même pull crasseux tous les jours (rires). En fait, j’ai même insisté pour qu’on fasse durer son chemin de croix. C’est là qu’on retrouve le plus l’esprit du bouquin, je pense.

Le tournage a été long ?

Quatre mois en tout.Trois en ce qui me concerne. Le temps d’un gros film confortable. Sauf que là le rythme était plus soutenu. Mais ça ne me dérange pas, au contraire. J’adore quand c’est speed. Quand le rythme est tenu, il faut faire des choix, prendre des risques. On ne s’endort pas. Finalement, le temps c’est une plaie au cinéma, notamment dans les films d’époque avec des décors des costumes, du maquillage… Il y a beaucoup de temps morts, c’est compliqué pour le jeu. Quand c’est plus speed, je préfère.

La B.O est très rock, vous y avez participé ?

Non,  mais c’était une de mes questions par rapport à l’adaptation : est-ce qu’on aurait les droits de toutes ces chansons ? C’était important parce que le personnage est disquaire et disc-jockey.La musique c’est toute sa vie.

Et pour vous ?

J’en écoute tout le temps, mais je suis beaucoup moins branché rock que lui.Plus jeune, j’étais batteur mais on faisait surtout du funk, c’est plus ma musique. Aujourd’hui, je suis abonné à une plateforme de streaming et j’écoute tout ce qui sort.

Le roman joue beaucoup sur la peur du déclassement. C’est quelque chose qui a pu vous tracasser à un moment ?

Je ne ramène pas tout à ma petite personne, mais effectivement l’exclusion, la précarité, ça fait peur, pour soi-même ou pour ses enfants. Vernon Subutex raconte une chute, mais avec une forme d’espoir au bout. Vernon ne se résigne pas à l’individualisme et à la perte de la solidarité.

Avez-vous pensé à ce que vous auriez fait si ça n’avait pas marché pour vous dans le cinéma ?

Je suis arrivé au cinéma par hasard. J’en ai d’ailleurs toujours gardé un sentiment d’imposture. Depuis le début, je me dis que ça peut s’arrêter demain. Je vis toujours avec cette notion-là. Avant de faire du cinéma,  je me préparais à faire carrière dans le dessin. J’ai toujours gardé le dessin comme plan B, en me disant que si demain ça ne marchait plus pour moi au cinéma, je ne serai pas sans rien faire. Aujourd’hui, c’est presque devenu un plan A puisque j’ai publié un bouquin et que j’en prépare un autre. J’aimerais bien faire une BD, mais c’est beaucoup de boulot.

 

 

Edmond

ça vient de sortir|

Le Pitch

Décembre 1897, Paris. Edmond Rostand (Thomas Solivérès) n’a pas encore trente ans mais déjà deux enfants et beaucoup d’angoisses. Il n’a rien écrit depuis deux ans. En désespoir de cause, il propose au grand Constant Coquelin (Olivier Gourmet) une pièce nouvelle, une comédie héroïque, en vers, pour les fêtes. Seul souci: elle n’est pas encore écrite. Faisant fi des caprices des actrices, des exigences de ses producteurs corses, de la jalousie de sa femme, des histoires de cœur de son meilleur ami et du manque d’enthousiasme de l’ensemble de son entourage, Edmond se met à écrire cette pièce à laquelle personne ne croit. Pour l’instant, il n’a que le titre: «Cyrano de Bergerac».

Ce qu’on en pense

Qu’on se le dise: Edmond, le film n’est pas l’adaptation à l’écran d’Edmond, la pièce phénomène aux cinq Molières.C’est même le contraire, puisqu’Alexis Michalik ne s’est résolu à monter la pièce que parce qu’il ne trouvait pas de financement pour le film, dont il avait écrit le scénario. Il a fallu le succès que l’on sait au théâtre pour que le film existe enfin. Et c’est une nouvelle réussite! Rythmé, drôle, intelligent, remarquablement écrit, filmé et interprété, Edmond est une grande comédie populaire, comme on n’en voit plus que très rarement. De celles qui font date. La pièce continuant à se jouer, il a pourtant fallu reconstituer un casting complet. C’est comme ça que sont arrivés Olivier Gourmet (épatant Cyrano), Mathilde Seigner et Clémentine Célarié, qui campe une Sarah Bernhardt particulièrement flamboyante. Mais la révélation du film, c’est Thomas Solivérès, qui s’empare du rôle du jeune Edmond Rostand avec une énergie et un panache fous. Vibrant hommage au théâtre, Edmond est une des  meilleures comédies françaises de l’année. Curieusement, le film n’a pas connu lors de sa sortie en salles le succès espéré. On lui souhaite de se rattraper en vidéo.