Ça vient de sortir

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Rolling Stones : El Mocambo

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Par Ph.D 

Ce disque-là, cela faisait juste 45 ans que les fans des Stones l’attendaient. Depuis la parution, en 1977,  de l’album Love You Live. En grande partie enregistré aux abattoirs de Paris pendant la tournée Black and Blue de 1976, ce double album comportait une face  enregistrée dans un club de Toronto, le El Mocambo (El Mo en patois local). Pour beaucoup, la “El Moncambo Side” était la meilleure du disque, la plus roots en tout cas,  avec ses trois blues antediluviens (“Mannish Boy”, “Little Red Rooster” et “Around and Around“) et un reggae que les Stones ne jouaient  que très rarement. Comme un des deux “secret shows” que les Stones avaient donné là en mars 1977 avait été enregistré en intégralité, on pouvait penser que le reste du concert était de cet acabit. D’où l’attente, énorme. Mais, alors que les Stones publiaient des live à tout va, celui du El Mocambo restait introuvable. Jusqu’à aujourd’hui.   Et ça valait le coup de survivre jusque-là ! Le double CD du Live at the El Mocambo reprend la quasi intégralité du second show. Soit 23 titres, dont 12 ne figurent pas sur Love You LiveLe son est bien meilleur et le groupe (qui n’avait plus joué en club depuis 17 ans et n’y jouerait plus avant presqu’autant) joue beaucoup mieux. Ron Wood avait eu le temps d’apprendre les solos de Mick Taylor pendant la tournée 76 et Keith Richards, qui devait comparaitre devant un tribunal canadien pour détention d’héroïne, avait entamé une énième mais salvatrice cure de désintoxication. Résultat : les Stones n’avaient pas aussi bien joué depuis longtemps et la setlist est topissime   (All Down the Line”, “Dance Little Sister”, “Hands of Fate”,” Rip this Joint”, “Luxury”, “Route 66”, “Crazy Mama”, “Worried Life Blues”...)  Bref, c’est Noël en mai pour les fans. Seul bémol : la pochette est tellement moche qu’elle ne donne pas envie d’acheter le vinyle. Pour le coup, on préfère nettement celle de Love You Live. A l’époque les Stones avaient du goût : c’est Andy Warhol qui l’avait réalisée,  pas un robot graphiste !

Arcade Fire: WE

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Par Ph.D 

Les anciens le savent : les plus grands disques commencent généralement par vous résister. A la première écoute, ils séduisent rarement. Il y a pourtant des exceptions à la règle et le nouvel Arcade Fire en fait partie. Il est tellement facile d’accès qu’on a l’impression de l’avoir déjà écouté cent fois. C’en est presque décevant. Toutes les chansons paraissent familières. On serait presque tenté d’aller chercher la pochette de Funeral pour vérifier que ces titres n’y figuraient pas déjà. Le groupe canadien a mis deux ans pour l’enregistrer, pendant les differents confinements. Connaissant sa créativité,  on pouvait s’attendre à un double, voire un triple album. A l’arrivée pourtant, il n’y a que 6 titres. Quarante minutes de musique en tout et pour tout. A l’ère CD, c’est remarquablement peu. Ceci explique sans doute cela :  le groupe a tellement élagué qu’il n’a gardé que le meilleur du meilleur. WE est un album d’Arcade Fire parfait. Musical, engagé, fiévreux, sombre et stimulant à la fois. Peut-être bien leur chef d’oeuvre.

Renaud : Métèque

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Par Ph.D 

Après son chouette album pour enfants (Les Mômes et les enfants d’abord), Renaud revient avec un album de reprises. Son inspiration l’ayant abandonné depuis belle lurette, c’est une plutôt bonne idée. D’autant que la sélection de titres est trés personnelle et renvoie à l’histoire de la chanson française et à ses grands interprêtes : Moustaki, Montand, Reggiani, Françoise Hardy, Trenet, Ferrat, Bourvil, Hugues Aufray, Bobby Lapointe, Higelin… 13 titres pour la plupart peu connus ou oubliés,  avec lesquels Renaud, bientôt septuagénaire,  rend hommage à ceux qui ont guidé sa route. Certaines des chansons comme “Si tu me payes un verre” (Reggiani) auraient pû être signées de sa main. D’autres sont nettement plus éloignées de sa manière. Mais ils se les approprie toutes joliement et les chante d’une voix plus assurée que sur ses deux précédents albums. C’est la bonne nouvelle de celui-ci : Renaud peut chanter à nouveau. 

Sylvie Germain : La puissance des ombres 

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Par MAB

« Que chacun vienne déguisé en station de métro ». Telle avait été la consigne de Daphné et Hadrien pour fêter les vingt ans de leur rencontre au bas des marches de la station Saint-Paul. Violette était donc arrivée en patate pour Parmentier . Clémence enveloppée d’un drapeau de l’ Europe, Idriss en braies et fatras d’armes, façon Alésia , Alexis en éclopé pour  Invalides… Bref, tous avaient joué le jeu avec talent et inventivité. Les hôtes des lieux avaient installé à l’entrée un poinçonneur chantant du Gainsbourg et le serveur, lui-même avait endossé l’habit noir et blanc de l’affiche Dubo, Dubon Dubonnet ! Quelle fête loufoque ! Conversations malicieuses bourrées de références littéraires et de connaissances dans tous les domaines. Danses sur Stromae, chants, alcool à flot : les anciens amis de faculté, aujourd hui quarantenaires, se régalaient…Jusqu’au drame, lorsque Gaspard tomba mystérieusement du balcon. Raide mort sur le trottoir. Et que, quelques mois plus tard Cyril, autre convive, suivit en se rompant le cou dans une rue en escaliers… La prolifique romancière et philosophe, Sylvie Germain a toujours questionné la folie, les déviances et le tragique de l’existence. Voir le mémorable  Jours de Colère  qui lui valut le prix Femina en 1989. Par son style très visuel, sa nature mystique, son engagement humaniste, elle s’est attachée de fidèles lecteurs.  Magnus  a même remporté le prix Goncourt des lycéens en 2009. Cette  Puissance des Ombres, plus faible sans doute que ces œuvres antérieures (vite écrite?) continue dans la même veine. Scandée comme une mélopée, enveloppée d’étrange et de faux suspense, elle est construite en deux parties  : D’abord le groupe de fêtards baroques vus plus haut. Ensuite, un homme prisonnier de sa solitude, au cœur enténébré, hanté par son passé et sa culpabilité. Les premiers étaient juste païens. Lui porte jusqu’au désespoir l’absurde de la condition humaine. Poignant. 

MLB the Show 22 

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Par C.C

Petite originalité de MLB the Show 22 : Être un jeu Sony également disponible sur Xbox Series X, y compris avec l’abonnement du Game-pass ! Que l’on choisisse l’une ou l’autre des versions, le rendu est identique et cette simulation de Baseball est taillée pour ravir les amateurs de la discipline. Pour peu que l’on connaisse les subtilités de ce sport et que l’on maîtrise à minima la langue de Shakespeare (pas de traduction française), on prend du plaisir à enchaîner les home runs grâce à un gameplay très complet, où il est possible de lancer la balle de différentes manières mais aussi d’ajuster constamment sa tactique pour être certain d’empocher la victoire. Porté par une belle réalisation, avec une ambiance parfois survoltée, le titre développé par SIE San Diego Studio met à l’honneur une pléthore de modes de jeux, qui vont de la saison classique à la possibilité de faire gravir les échelons à son poulain. Une variante de Ultimate Team avec des cartes à collectionner mais aussi la Conquête, encore plus stratégique, sans compter des défis à compléter, font de ce cru 2022 un opus solide, auquel on pourra toutefois reprocher d’être un peu trop proche de son aîné, déjà fort complet. (Jeu testé sur PS5)

 

 

MotoGP 22

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Par C.C

Un an jour pour jour après la mise à jour Next-Gen de MotoGP21, les italiens de Milestone remettent le couvert pour une nouvelle saison de Grand Prix moto, et ajoutent, cela va de soi, quelques améliorations à leur simulation. En tête de liste on voit l’arrivée d’une histoire scénarisée articulée autour d’une des luttes les plus acharnées qui a vu la victoire de Valentino Rossi en 2009. Images d’archives, défis sur les 17 tracés à disposition et suspense sont au programme de ce mode rafraichissant. Autre bonne nouvelle, la possibilité réclamée par tant de gamers, de pouvoir jouer à deux, en écran splitté sur la même console. De quoi renforcer la convivialité. Pour le reste, Moto GP 22 reprend les bases de son prédécesseur, avec une jouabilité qui demande un certain temps d’adaptation pour maîtriser l’inertie des bolides, une carrière qui permet de commencer dans les divisions inférieures avant de pouvoir batailler pour le titre de champion du monde, en gérant au préalable ses contrats et l’aspect gestion & développement. Quant au rendu en piste, il est convaincant, avec un affichage en 60fps qui ne faiblit pas et une intelligence artificielle remaniée de façon à corriger les comportements étranges des adversaires constatés par le passé. Efficace. (Jeu testé sur Ps5)

 

 

Assouline: Le Paquebot

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Par MAB

26 février 1932. Le « Georges Philippar », paquebot « blanc et beau comme un cygne » quitte Marseille pour une croisière inaugurale de quarante -trois jours jusqu’au Japon. A son bord, 358 passagers, 347 membres d’équipage et l’énigmatique narrateur de cette aventure, Jacques-Marie Bauer, expert en livres anciens et féru de littérature. Lui est sans doute une invention du remarquable conteur qu’est Pierre Assouline. Son témoin fictif pour relater avec romanesque une poignante et passionnante vérité historique qui viendra en fin de roman, lorsque le paquebot entamera son voyage de retour.  A l’aller donc, tout va bien à bord malgré quelques soucis récurrents de court-circuits. Sous le regard perçant de Bauer, les passagers de première classe se la coulent douce, « au régime délicieusement enivrant de la lenteur ». Ils dénigrent ou savourent la nourriture, jouent aux échecs, débattent des mérites de tel ou tel écrivain ou artiste du moment… et lorsque entrent en scène des Allemands, des camps se forment au sein de cette petite société cosmopolite : l’ascension d’Hitler divise l’assemblée. L’angoisse monte sur le sort de l’Europe, ainsi que sur leur propre sort,surtout que les incidents techniques se multiplient. La suite donnera raison à tous les Cassandre : Lors de la traversée du retour, le navire prendra feu au large d’Aden dans la nuit du 15 au 16 mai 1932. On se serait cru au « Bazar de la charité » diront les survivants ! Parmi les disparus : le grand reporter Albert Londres, dont le même Pierre Assouline a écrit la biographie. Tombé à la mer alors qu’il ne savait pas nager ou brûlé vif dans l’incendie, on ne sait pas. Ce que l’on sait c’est qu’il emporta avec lui les derniers articles que tout Paris attendait sur la guerre sino- japonaise. De l’Europe, on sait bien ce qu’il advint quelques années plus tard ! Malgré le peu de cas que Pierre Assouline fait de Stefan Zweig, il y a du « Monde d’hier » dans « Le Paquebot ». Mais par le ton volontairement anachronique et les messages intemporels sur la montée des périls, il y a aussi, hélas, un peu de celui d’aujourd’hui. Bonne lecture.

 

 

Disquaire Day 2022

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Par Ph.D

Pour le Disquaire Day du 23 avril 2022, voici dix albums récents sur lesquels vous pouvez investir les yeux fermés, mais les oreilles bien ouvertes  (cliquez sur le titre pour lire la chronique) 

1) Strictly A One Eyge Jack de John Mellencamp 

2) Skinty Fia de Fontaines DC

3) Unlimited Love de RHCP 

4) The Fantasy Life of Poetry and Crime de Pete Doherty 

5) Lucifer on the Sofa de Spoon

6) The Boy Named If d’Elvis Costello 

7) Extreme Witchcraft de Eels

8) Child of the State d’Ayron Jones 

9) Day/Night de Parcels 

10) Imposter de Dave Gahan

 

John Mellencamp : Strictly A…

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Par Ph.D

John Mellencamp, dit “Cougar”, a eu son heure de gloire dans les années 80-90 avec quelques bons albums (Scarecrow, Big Daddy, Whenever We Wanted...);  un peu surproduits – l’époque voulait ça- qui ont laissé place,  au fil des ans,  à des opus de moins en moins mémorables,  jusqu’à ce que leur auteur finisse par disparaitre des têtes de gondoles. Mellencamp a néanmoins continué à travailler et à tourner,  finissant par acquérir une stature de semi-héros déchu de l’Americana, quelques étages au dessous de Springsteen, John Fogerty ou Tom Petty. Et soudain, sans prévenir, en 2022, le voilà qui publie un disque que personne n’attendait et qui est peut-être son chef d’oeuvre. Sa voix a changé (On croirait entendre Tom Waits chanter du Springsteen; le Boss vient d’ailleurs pousser la chansonnette en duo sur deux titres), mais son inspiration est intacte : de l’Americana haut de gamme,  entre folk, rock et country. La production est parfaite avec les plus beaux sons de guitare acoustique qu’on ait entendus depuis longtemps, des violons qui donnent envie de danser la gigue, des guitares électrique qui claquent. Les chansons sont toutes excellentes, formant un nouveau classique du genre. Du genre qu’on écoute encore  quarante ans après…

 

Fontaines DC : Skinty Fia

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Par Ph.D

Au rythme d’un album par an, Fontaines DC publie déjà son troisième opus et confirme qu’il est le meilleur groupe du moment. Le titre (Skinty Fia, La Damnation du cerf ) suggère un retour aux racines irlandaises,  mais le son est toujours celui du meilleur rock anglais, dans la lignée des Joy Division, Cure, Wire et consorts. L’ambiance n’est pas à la rigolade :  Gian Chatten déclame ses textes plus qu’il ne chante,  les guitares tabassent et la section rythmique pèse des tonnes. Trois des dix titres ayant déjà été publiés en ligne,  on a l’impression d’avoir déjà écouté le disque, qui complète idéalement les deux premiers. Car il a le même défaut que ses prédécesseur : trop court !

 

Matrix Resurrections

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Par J.V

Le pitch

Dans l’espoir de savoir avec certitude si sa réalité propre est une construction physique ou mentale, et pour véritablement se connaître lui-même, M. Anderson / Néo (Keanu Reeves) doit de nouveau suivre le lapin blanc. Et si’il a bien appris quelque chose, c’est qu’une telle décision, quoique illusoire, est la seule manière de s’extraire de la Matriceou d’y entrer. Or,  cette dernière est plus plus puissante, plus sécurisée et plus redoutable que jamais…

Ce qu’on en pense

Beaucoup de choses ont changé depuis le premier  Matrix  en 1999. La saga de Néo n’a pas seulement révolutionné le genre (Science-Fiction) , elle  a aussi changé le Genre de ses créateurs. Entre temps,  les frères Wachowski,  sont devenus des soeurs ! Autant dire que Résurrections était attendu… Et qu’il vaudra mieux avoir révisé la première trilogie si on veut savourer les références meta que Lana Wachowski, désormais seule aux manettes distille au fil de l’intrigue. Visuellement, ce nouvel opus n’est pas aussi révolutionnaire que le premier à son époque, mais il a quand même fière allure. Les scènes d’action sont toujours hyper spectaculaires et Keanu Reeves retrouve avec bonheur son personnage d’Elu… Devenu développeur d’un jeu vidéo baptisé Matrix ! Dommage que la réalisatrice ait cédé à la nouvelle habitude hollywoodienne qui consiste a étirer les films au delà de deux heures. Alors que la première partie est un pur plaisir, la dernière est pénible et confuse.  

 

 

Madeleine Collins

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Par Ph.D

Le pitch

Judith (Virginie Efira) mène une double vie entre la Suisse et la France. D’un côté Abdel (Quim Guttierez), avec qui elle élève une petite fille, de l’autre Melvil (Bruno Salomone), avec qui elle a deux garçons plus âgés. Peu à peu, cet équilibre fragile fait de mensonges, de secrets et d’allers-retours se fissure dangereusement. Prise au piège, Judith choisit la fuite en avant, l’escalade vertigineuse…

Ce qu’on  en pense

Virginie Efira est devenue, avec Lea Seydoux, l’actrice incontournable du cinéma français. Pour le meilleur et pour le pire, avec un risque évident de surexposition. Après Benedetta et avant Bojangles, la voici héroïne du nouveau film d’Antoine Barraud (Daniele Gould, Les Gouffres, Le Dos rouge). L’ histoire d’une femme qui mène une double vie, avec deux familles, dans deux villes et deux pays différents. Un sujet déjà beaucoup traité au cinéma (avec des héros masculins,  il est vrai)  qui n’incite pas, à priori,  à se précipiter en salles.  On aurait pourtant grand tort de bouder Madeleine Collins : un drame à la réalisation hitchcockienne,  surprenant de bout en bout et qui réserve un suspens parfaitement maitrisée.  Rien de vaudevillesque , en effet, dans cette intrigue étonnament crédible,  dont les ressorts dramatiques ne se révèlent qu’en toute fin du film. Une belle surprise et un trés beau rôle de femme pour Virginie Efira. 

Pleasure

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Par Ph.D

Le pitch

Bella (Sofia Kappel), une jeune suédoise de 20 ans arrive à Los Angeles dans le but de faire carrière dans l’industrie du porno. Sa détermination et son ambition la propulsent au sommet d’un monde où le plaisir cède vite la place au risque et à la toxicité…

Ce qu’on en pense

Labellisé Cannes 2020, Pleasure est si réaliste sur les coulisses de l’industrie du porno en Californie qu’on pourrait par moments croire à un documentaire ou à un reportage en immersion avec une aspirante pornstar. Dans le rôle , la débutante Sofia Kappel est incroyable de naturel. Pourtant,  le tournage n’a pas dû être simple. Car s’il n’y a aucune scène de sexe non simulé,  certaines y ressemblent énormément. Celle du tournage d’une scène brutale à trois est particulièrement éprouvante. L’intérêt du film réside dans le regard féminin que porte la réalisatrice suédoise Ninja Thyberg sur ce monde qu’elle avait déjà filmé pour son premier court métrage, également intitulé Pleasure. Son film n’est pas un pamphlet contre le porno, mais il montre cruement la réalité de ces tournages,  durant lesquels aucune actrice n’est forcée certes,  mais où la pression sur elles est permanente pour qu’elles aillent toujours plus loin…

Le Diable n’existe pas

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Par Ph.D

Le pitch

Iran, de nos jours. Heshmat (Ehsan Mirhosseini ) est un mari et un père exemplaire mais nul ne sait où il va tous les matins. Pouya (Kaveh Ahangar), jeune conscrit, ne peut se résoudre à tuer un homme comme on lui ordonne de le faire. Javad (Mohammad Valizadegan), venu demander sa bien-aimée en mariage, est soudain prisonnier d’un dilemme cornélien. Bharam (Mohammad Seddhigimehr) , médecin interdit d’exercer, a enfin décidé de révéler à sa nièce le secret de toute une vie. Ces quatre récits sont inexorablement liés. Dans un régime despotique où la peine de mort existe encore, des hommes et des femmes se battent pour affirmer leur liberté.

Ce qu’on en pense

Tourné dans des conditions difficiles pour échapper à la censure du régime iranien, le nouveau film de Mohammad Rasoulof (Un Homme intègre) est une nouvelle dénonciation du totalitarisme religieux qui étouffe le pays sous une chappe de plomb. Les malheureux héros des quatre histoires qui le constituent ont tous un lourd fardeau de peur et de culpabilité à porter car, à un moment de leur vie, ils ont dû pactiser avec la violence du régime, ce Diable qui, officiellement n’existe pas. Quatre histoires aux ambiances différentes : urbaine pour les deux premières, rurale pour les deux suivantes. Le rythme est lent et ça discute beaucoup (c’est un film iranien) ,  mais cela vaut la peine de s’accrocher car, malgré les difficultés de tournage , l’image est somptueuse, l’interprétation est formidable  et la chute de chaque histoire tombe comme un couperet. Le film a reçu l’Ours d’Or à Berlin, où l’on préfère le grand cinéma politique aux films de genre épate bourgeois.

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Madres Paralelas

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Par Philippe DUPUY

Le pitch

Deux femmes, Janis et Ana, se rencontrent dans une chambre d’hôpital sur le point d’accoucher. Elles sont toutes les deux célibataires et sont tombées enceintes par accident. Janis (Penelope Cruz), d’âge mûr, n’a aucun regret et durant les heures qui précèdent l’accouchement, elle est folle de joie. Ana (Milena Smit) en revanche, est une adolescente effrayée, pleine de remords et traumatisée. Janis essaie de lui remonter le moral alors qu’elles marchent telles des somnambules dans le couloir de l’hôpital. Les quelques mots qu’elles échangent pendant ces heures vont créer un lien très étroit entre elles, que le hasard se chargera de compliquer d’une manière qui changera leur vie ….

Ce qu’on en pense

De moins en moins flamboyant, mais toujours adepte du mélo,  Pedro Almodovar livre une nouvelle reflexion sur la mémoire, le mensonge, la famille et  la culpabilité,  avec cette histoire d’échange de bébés à la maternité doublée d’une recherche historique sur les crimes du franquisme. Son égerie de toujours, Penelope Cruz,  joue le rôle de Janis, une plus toute jeune femme,  engrossée “à l’insu de son plein gré” par un partenaire occasionnel,  sur lequel elle comptait plutôt pour faire réouvrir une fosse commune,  où nombre d’hommes de son village auraient été jetés durant la guerre civile, après avoir été exécutés par la milice franquiste.  Un “devoir de mémoire” qui s’accommode mal du secret qu’elle porte : son bébé a été échangé avec celui de la jeune femme qui partageait sa chambre à la maternité. Lorsque cette dernière vient lui apprendre qu’elle a perdu le bébé victime d’une mort subite, Janis se trouve devant un choix cornélien : dire la vérité et perdre sa dernière chance d’avoir un enfant, ou garder le silence et trahir ses propres idéaux.  D’une facture très (trop ?) sage, ce nouveau mélo Almodovarien n’atteint certes pas les sommets de sa filmographie. On le situera plutôt dans la lignée de  Julieta sorti en 2016, plusieurs crans en dessous de son vrai-faux autoportrait Douleur et Gloire (2019). On aime surtout le film pour le regard que le cinéaste porte sur ses deux actrices ( Milena Smit, révélation du film, aurait largement mérité de partager le prix d’interprétation de Penelope à Venise) et pour son scénario qui oblige le spectateur, homme ou femme, à se poser la question : qu’aurais-je fait à la place de Janis ?

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