Ça vient de sortir

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ZZ Top

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Légendes vivantes du Texas, les ZZ Top fêtent cette année leurs 50 années d’existence. C’est le seul des grands groupes de rock des années 70 à n’avoir jamais changé de formation, ni de formule. Les trois membres originels sont toujours là et racontent leur histoire dans ce film, qui a été diffusé au cinéma avant d’être édité en dvd. Les interviews sont entrecoupées d’images d’archives inédites et d’un mini-set intimiste filmé pour l’occasion dans la plus ancienne salle de danse du Texas. Le trio y est à son meilleur, ce qui laisse bien augurer des concerts de la tournée anniversaire. Pour les fans, Billy Gibbons livre une nouvelle version (définitive ?) de l’origine du nom du groupe qu’on se gardera de révéler ici pour leur laisser la surprise…

Portrait de la jeune fille en feu

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Le pitch 

Au 18e siècle, en Bretagne, Héloïse (Adèle Haenel), fraîchement sortie du couvent, doit être mariée. Afin de décider le futur époux, qui ne l’a jamais vue, sa mère (Valeria Golino) a imaginé de faire peindre son portrait par Marianne (Noémie Merlant), une jeune artiste parisienne. Celle ci arrive dans l’île où la famille a élu résidence pour apprendre qu’Héloïse refuse de poser et qu’elle devra la peindre à son insu, en se faisant passer pour une dame de compagnie. Un stratagème vite éventé : troublée de l’attention que lui porte Marianne, Héloïse en tombe peu à peu amoureuse

Ce qu’on en pense

Pas facile d’être une femme au 18e siècle ! Mère et veuve (Valeria Golino) il vous faut trouver un bon parti à votre fille pour assurer vos vieux jours. Jeune et jolie bourgeoise (Adèle Haenel), vous êtes juste bonne à marier. Servante et enceinte de votre premier amant (Luana Bajrami), il vous faudra cacher votre condition à la patronne et recourir aux services d’une faiseuse d’ange pendant son absence. Artiste de talent (Noémie Merlant), les grands motifs vous seront interdits, car aucun homme ne voudra poser pour vous. Vous serez condamnée à enseigner (à d’autres femmes) et à effectuer des portraits de commande… Peintre de la condition féminine (La Naissance des pieuvres, Tomboy Bande de filles), Céline Sciamma brosse ce double portrait de femmes en une série de croquis flamboyants. Elle filme le trouble féminin, les regards et les soupirs comme personne. Son film à la beauté formelle d’une toile de maître, la sûreté d’une esquisse au fusain et le charme excitant d’un nu érotique. Adèle Haenel, que la réalisatrice avait révélée dans La Naissance des pieuvres, est une fois de plus prodigieuse. Après Curiosa de Lou Jeunet et Les Drapeaux rouges de Nathan Ambrosioni, Noémie Merlant confirme qu’elle est une des valeurs montantes du cinéma français. Toutes les deux méritaient un prix d’interprétation féminine ex-aequo à Cannes, où le film était en compétition.Le jury a préféré décerner au film un prix du scénario qui consacre, certes, sa portée militante, mais minore sa beauté formelle et sa richesse émotionnelle. Un des plus beaux films de 2019. 

 

 

Interview : Céline Sciamma

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Venue présenter son Portrait de la jeune fille en feu en avant première à Nice, la réalisatrice  Céline Sciamma (Naissance des pieuvres, Tomboy, Bande de fillesa répondu à nos questions sur le film, récompensé du Prix du scénario à Cannes et promis aux César

Comment avez vous reçu ce Prix du scénario à Cannes? Il a déçu beaucoup de festivaliers  qui s’attendaient à mieux pour votre film…   

J’étais déjà bien heureuse d’avoir été dans la course et d’être primée pour ma première participation à la compétition. Après, c’est vrai qu’on rêvait plus d’un prix d’ensemble et il a fallu gérer la déception de l’équipe. Mais c’est un film très écrit, qui  m’a pris le plus de temps que les autres à scénariser. Je suis ravie qu’on identifie mon travail dans ce domaine et que le film soit au palmarès.

Quel est votre rapport à l’art pictural dans lequel baigne le film?

Je n’ai  pas de rapport particulier à la peinture, même si je vais en voir depuis toujours. J’ai choisi cet art avant tout pour filmer une artiste au travail. Je voulais montrer la peinture comme geste plutôt que comme oeuvre.  On a beaucoup travaillé sur la gestuelle avec la peintre du film, Hélène Delmaire,  qui est une artiste contemporaine de 30 ans. La seule référence picturale que j’avais au départ c’est Corot,  qui a fait quelques portraits de femmes particulièrement lumineux.

Vous affirmez dans le film que les femmes-peintres étaient, à cette époque, empêchées de réussir. Pourquoi?  

Elles n’avaient pas les mêmes opportunités d’exposition et de sujets. Les  cours d’anatomie étaient  réservés aux hommes. Pourtant,  c’est  un moment de l’histoire de l’art où la scène artistique féminine est particulièrement florissante. Il y a eu une sorte de parenthèse enchantée, puis le couvercle s’est refermé. Ce fut  une volonté politique de réduire le champ d’action des femmes dans la société et de les effacer de l’histoire de l’art. Ce ne sont pas des peintres oubliées mais des peintres effacées de l’histoire.

Le film est une véritable symphonie de regards échangés entre les deux femmes. Comment filme-t-on cela ? 

C’est une chorégraphie qui s’est créée en live, à la voix,  en donnant les indications aux comédiennes. Au montage j’avais comme un herbier de regards dans lequel j’ai pu puiser. Mais travailler les yeux,  c’est aussi travailler les paupières la bouche, le menton , le nez…  Tout le visage en fait.

Pourquoi avoir choisi de vous attarder, en ouverture, sur l’accostage laborieux de Marianne sur l’île? 

Je voulais qu’on soit tout de suite dans la physicalité car il y a un parti pris de cinéma très physique pour ce film. Marianne est un personnage qui se jette à l’eau, littéralement, qui ne lâche rien et pour laquelle son art est la chose la plus précieuse.  C’est ce qu’est censé montrer cette première scène.

Pourquoi lui faire peindre aussi l’avortement de la jeune servante? 

Un film de femme,  c’est l’audace de regarder des choses qui nous sont intimes. Les scènes d’avortement sont rares au cinéma : je voulais représenter le fait que ça ne l’est pas dans la réalité. Pourtant, aucun musée du monde ne contient une toile qui s’appelle “La faiseuse d’anges”. Cela montre qu’en se privant des artistes femmes, on se prive de la représentation de la vie intime des femmes. Ce sont des images qui  manquent.

Quelle est la fonction du personnage de la servante ?

Elle représente la sororité,  par laquelle il est possible d’abolir la hiérarchie de classe

Pourquoi l’amour de Marianne et Héloïse est-il  impossible ? 

Parce qu’ elles mêmes n’y croient pas. Pour raconter la condition vraie des femmes de cette époque, il ne fallait pas leur donner un destin trop héroïque.

Le choix de Vivaldi pour la dernière scène  ? 

Je voulais un tube facilement identifiable pour  reconvoquer le pouvoir de la musique au cinéma dans un film qui n’en a pas. C’est une interprétation particulière, avec un violon spécial qui donne au morceau une puissance rare.

 

 

Blandine de Caunes : La Mère morte

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Par MAB

Blandine de Caunes est bien la fille de la romancière et essayiste Benoîte Groult : Même écriture simple et directe. Même franchise. Même vivacité pour raconter la vie dans ce qu’elle a de meilleur et de pire. Le meilleur, ce fut, pour Blandine, une enfance choyée avec sa sœur Lison, auprès d’une mère aimante et énergique. Cette talentueuse Benoîte Groult, heureuse et célèbre avec son second mari Paul Guimard, l’auteur des « Choses de la vie ». Une guerrière à la pointe des combats féministes pour l’avortement et le droit de mourir dans la dignité. Et le pire, justement, c’est la dignité perdue de Benoîte. Atteinte d’Alzheimer à 94 ans et s’accrochant malgré tout dans un farouche déni. Blandine dans « La mère morte », décrit, sans tabou, la fuite de ce cerveau jusque-là si puissant. Les rendez vous oubliés. La disparition des noms. La méconnaissance des visages. Les caprices et les fugues incessantes. Les draps souillés. L’obligation de l’attacher… Mais il y eut pire encore que voir ainsi partir sa mère. L’insupportable est écrit en trois phrases sur une page noire au milieu d’un livre aux allures de journal. Alors que sa grand-mère très âgée, perd la tête, Violette, la fille unique de Blandine, perd la vie à l’âge de 36 ans dans un accident de voiture.  Alors l’auteure de « La mère morte », consacre les pages suivantes, à ce deuil injuste. Elle se souvient de ses relations à sa fille comme elle se souvenait de celles à sa mère. Cette mère, que, avec Lison et l’aide d’un médecin belge, elle décide d’aider à mourir. Elle le fait en secret, un mois et demi après le décès brutal de Violette. Et livre cet acte à la connaissance de tous. Désormais, il lui reste à se battre pour rester debout et transmettre à Zélie, sa petite fille, l’appétit de vivre de toute la famille. Son témoignage peut aider.

 

David Bowie : Is It Any Wonder?

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Quatre ans après son décès, Parlophone publie un EP 6 titres de David Bowiecomposé d’inédits et de raretés enregistrés  en 1996-97 dans sa période “Drum’nBass” (Outside/Earthling) : pas la plus facile,  mais elle donna lieu à deux tournées magnifiques (dont on espère un album live).  L’EP s’ouvre sur Baby Universal 97, une chanson qui figurait sur le deuxième album de Tin Machine.  Cette version devait figurer sur Earthling, entre ‘I’m Afraid Of Americans’ et ‘Law (Earthlings On Fire)’. “Fun” est une  remise à jour de ‘Fame’, repris sous le titre ‘Is It Any Wonder?’ lors des sets en club de la tournée Earthling. Les parties rythmiques et les programmations ont été réalisées à Dublin, lors des répétitions de la tournée, début 1997.  “Stay 97” est, comme son nom l’indique, une relecture de la chanson parue en 1976 sur  l’album Station To Station.  La version a également  été enregistrée à Dublin avec Mark Plati et Reeves Gabrels lors des répétitions de la tournée Earthling. “I Can’t Read” figurait sur  le premier album éponyme de Tin Machine paru en 1989.  Lors du mixage d’Earthling, David Bowie l’a ré-enregistré et le titre a temporairement fait partie de la version finale de l’album, avant d’être écartée au profit de  ‘The Last Thing You Should Do’. Le semi-instrumental ’Nuts’ a été co-écrit par David Bowie, Reeves Gabrels et Mark Plati. Il a aussi  été enregistré lors de la dernière séance d’enregistrement d’Earthling, en novembre 1996. Retiré du tracklisting au dernier moment, le titre est resté inédit jusqu’à ce jour. La version physique de l’EP s’ouvre et se referme sur deux versions  de The Man Who Sold The World : la première est extraite d’une séance d’enregistrement pour la BBC, le 8 janvier 1997 , à l’occasion du 50 ème anniversaire de Bowie, l’autre est un live remixé par Eno. Disponible en streaming le 13 février, Is It Any Wonder ? sera dans les bacs des disquaires le 20 mars. Les fans voudront l’avoir dans tous les formats disponibles.

Joker

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Le pitch

Souffrant de problèmes neurologiques suite à une enfance traumatique, Arthur Fleck (Joaquin Phœnix) vit avec sa vieille mère à Gotham City et travaille comme clown pour la publicité, les anniversaires et les hôpitaux. En regardant chaque soir le show de Murray Franklin (Robert de Niro) à la télé, il rêve de se produire sur scène comme humoriste et note ses meilleures blagues dans un grand carnet qui ne le quitte jamais. Sa vie bascule lorsqu’il est agressé dans la rue et perd son boulot… 

Ce qu’on en pense

On s’en doutait depuis le Lion d’or obtenu à la Mostra de Venise, le Joker de Todd Phillips, même sous licence DC Comics, n’a rien à voir avec un film de super-héros classique. Ni même avec le prequel de Batman annoncé (bien qu’on y croise la famille de Bruce Wayne). C’est un film noir et violent, qui aurait très bien pu être signé Martin Scorsese. Le scénario évoque d’ailleurs un mix de Taxi Driver et de King of Comedy (La Valse des pantins en VF). La présence de Robert de Niro en présentateur de télévision renforce évidemment cette impression. Idem pour la reconstitution de Gotham City, qui ressemble à s’y méprendre au New York, crade et dangereux de Taxi Driver. Dire qu’on n’attendait pas un tel chef-d’œuvre de Todd Phillips serait un doux euphémisme. Le réalisateur de Very Bad Trip et de Date Limite est totalement transfiguré. C’est Bruce Wayne lorsqu’il enfile le costume de Batman ! On rêve d’ailleurs de lui voir réaliser un film de la saga de l’homme chauve-souris. Christopher Nolan n’a qu’à bien se tenir ! Mais si Joker est un tel choc, c’est bien sûr grâce à (ou à cause de) la prestation hallucinée et hallucinante de Joaquin Phœnix. Spécialiste des rôles « habités » et borderline (Beautiful Day, Inherent Vice, The Immigrant, The Master, La Nuit nous appartient…), l’acteur a perdu 25 kg pour incarner Arthur Fleck. Sa maigreur est encore plus effrayante que son rire névrotique. Et pourtant, il réussit à rendre le personnage fragile, sensible et presque attendrissant. Un « freak » qui porte sur ses épaules décharnées toute la misère et toute la violence du monde et qui décide de la retourner à l’envoyeur dans une geste anti-establishment qui fait basculer le film en brulôt politique. De tous les plans, Phœnix fait oublier les incarnations précédentes, pourtant supposées indépassables, du Joker par Heath Ledger et Jack Nicholson

 

 

J’irai où tu iras

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Le pitch

Vali (Géraldine Nakache) et Mina (Leila Bekhti) sont deux sœurs que tout oppose. L’une est chanteuse, rêveuse et émotive. L’autre est thérapeute, distante et rationnelle. Leur père (Patrick Timsit) finit par trouver l’occasion rêvée pour les rassembler le temps d’un week-end et tenter de les réconcilier : Vali a décroché une audition à Paris et c’est Mina qui va devoir l’y emmener malgré son mépris pour la passion de sa sœur…

Ce qu’on en pense

Depuis le numéro transformiste de Lambert Wilson dans le Marsupilami d’Alain Chabat, Céline Dion inspire les comédies françaises. En attendant le film que doit lui consacrer Valérie Lemercier, Géraldine Nakache en donne une imitation très convaincante dans sa première réalisation en solo. Elle y retrouve sa sœur de cinéma, Leila Bekhti, pour une suite de la trilogie ouverte en 2010 avec Tout ce qui brille et poursuivie deux ans plus tard avec Nous York. Le ton est ici nettement plus mélancolique (crise de la 35aine, galères professionnelles, maladie du père…),  mais la complicité des deux actrices fait toujours plaisir à voir. Leïla Bekhti, même dans le rôle du Schtroumpf grognon, est toujours aussi lumineuse, à l’aise dans le drame comme dans la comédie. Dommage que Patrick Timsit en fasse des caisses dans celui du père blagueur (probablement inspiré de Toni Erdmann). Ses minauderies gâchent un peu le tableau, mais l’ensemble reste sympathique

Un Jour de pluie à New-York

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Le pitch

Deux étudiants, Gatsby (Timothée Chalamet) et Ashleigh (Elle Fanning), envisagent de passer un week-end en amoureux à New York. Mais leur projet tourne court, aussi vite que la pluie succède au beau temps.Bientôt séparés, chacun des deux tourtereaux enchaîne les rencontres fortuites et les situations insolites…

Ce qu’on en pense

Mis au ban d’Hollywood suite aux accusations d’abus sexuel sur sa fille, Woody Allen n’est pas venu à Cannes présenter son nouveau film,  comme il en avait pris l’habitude.Et Un jour de pluie à New York ne sortira pas aux États-Unis. C’est bien dommage pour le public américain, car c’est l’un de ses meilleurs films récents. L’un des plus drôles et enlevés, avec un couple de comédiens à la jeunesse rafraîchissante, des dialogues brillants et une mise en scène soignée. Comme toujours,  New York inspire le cinéaste, qui filme la ville comme personne. Une intrigue purement vaudevillesque permet au vieux maître de rendre un bel hommage aux comédies sentimentales hollywoodiennes qu’il affectionne presque autant que la musique d’Erroll Garner. En uniforme de jeune Woody (pantalon velours et pull marronnasse), Timothée Chalamet est charmant et Elle Fanning s’en donne à cœur joie  en ravissante idiote et s’offre une scène d’ivresse hilarante. Sacrifiées sur l’autel de  #MeToo, leurs performances ne leur vaudront, hélas, aucun laurier, pas plus qu’au réalisateur qu’ils ont peut-être été un peu prompts à désavouer… 

Au nom de la terre

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Le pitch

Pierre (Guillaume Canet) a 25 ans quand il rentre des États-Unis pour retrouver Claire sa fiancée (Veerle Baetens) et reprendre la ferme familiale. Vingt ans plus tard, l’exploitation s’est agrandie, la famille aussi. Mais les dettes s’accumulent et Pierre s’épuise au travail. Malgré l’amour de sa femme et ses enfants, il sombre peu à peu dans la dépression…

Ce qu’on en pense

Edouard Bergeon, dont c’est le premier film, raconte l’histoire de son père, éleveur surendetté et frappé par la crise agricole, dans ce beau drame paysan à la réalisation très classique. Guillaume Canet, qui avait été touché par un documentaire du réalisateur (Les Fils de la Terre) et avait même envisagé d’en tirer un scénario, s’est beaucoup investi dans le tournage et la promotion du film. Affublé d’une moustache et d’une calvitie précoce, il campe un Pierre Bergeon très ressemblant aux photos de famille que l’on peut voir défiler au générique. De l’enthousiasme des débuts au drame final, en passant par toutes les étapes qui conduisent son personnage à l’échec et à la dépression, sa performance est admirable et devrait lui valoir les honneurs des César. Le reste du casting est au diapason, avec trois jolis rôles pour Veerle Baetens qui joue sa femme, Anthony Bajon qui joue leur fils et Rufus dans le rôle du père, opposé aux idées progressistes de son fils et peu enclin à l’aider financièrement, alors qu’il pourrait très bien le faire (Pierre s’est lourdement endetté pour racheter ses parts de la ferme familiale). Très réaliste et émouvant (voire éprouvant à certains moments), le film navigue entre chronique familiale et drame paysan, sur fond d’évolution du monde agricole. C’est dans la description des rapports entre Pierre, son père, sa femme, et leur fils qu’il réussit le mieux à convaincre. La crise agricole est évacuée au second plan, derrière les effets dévastateurs de l’échec professionnel et de la dépression. Au point qu’on se dit, à la fin, qu’avec des choix plus avisés et moins d’égoïsme paternel, Pierre aurait très bien pu s’en sortir et réussir…  

Atlantique

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Le pitch

Dans une banlieue populaire de Dakar, les ouvriers d’un chantier, sans salaire depuis des mois, décident de quitter le pays par l’océan pour un avenir meilleur. Parmi eux se trouve Souleiman (Ibrahima Traore), qui laisse derrière lui celle qu’il aime, Ada (Mama Sané), promise à un autre homme. Quelques jours après le naufrage des garçons, un incendie dévaste la fête de mariage d’Ada et de mystérieuses fièvres s’emparent des filles du quartier. Issa (Amadou Mbow), jeune policier, commence à enquêter, sans se douter que les esprits des noyés sont revenus….

Ce qu’on en pense

Présenté en compétition à Cannes, le film de la franco sénégalaise Mati Diop s’est attiré une solide volée de bois vert critique… Avant de recevoir le Grand Prix ! L’irruption du fantastique dans ce drame social et sentimental n’a pas été du goût de tout le monde. Les zombies (en l’occurence des djinns) étaient pourtant à la mode cette année sur la Croisette…  Nous avions, pour notre part, trouvé le film naïf, mais charmant. A l’image de ses jeunes et jolies héroïnes (Mama Sane, Nicole Sougou, Aminata Kane), toutes très  justes et bien dirigées. Le jury Cannois a visiblement été, comme nous, sensible à cette première œuvre, imparfaite certes, mais originale, féminine et féministe. Un prix du jury aurait toutefois été préférable au Grand Prix, généralement réservé à des œuvres plus matures. 

Rencontre : Fred Nevché

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Après un passage remarqué aux Nuits Carrées d’Antibes, cet été, le Marseillais Fred Nevché était de retour sur la Côte d’azur le 1er février pour un nouveau concert à la Scène 55 de Mougins. L’occasion de parler avec lui de  Valdequeros, quatrième album voyageur qui ne nous a pas quittés depuis sa sortie l’an dernier.

Dans «Décibel», le long poème musical et visuel qu’il avait lâché sur Internet, comme on jette une bouteille à la mer, Fred Nevché racontait déjà ce rêve «étrange et récurrent» dans lequel il traverse la France en voiture avec Johnny comme passager… C’est devenu une chanson («Moi je rêve de Johnny souvent») de son quatrième album, Valdevaqueros, sorti sur le label de la coopérative InternExterne qu’il a fondée à Marseille : «Une forme d’hommage à celui qui a introduit la musique moderne, et pas seulement le rock’n’roll, dans notre vieux pays, explique le poète électro marseillais. Je l’ai écrite deux ans avant sa mort parce qu’il embrasse une certaine idée de la France et traverse les générations.Il était là quand je suis né, il est encore bien là et il y sera encore longtemps à mon avis.C’était un interprète hors du commun et une personnalité attachante, malgré ses travers un peu beauf, ses envies d’évasion fiscale et ses idées politiques gentiment réac…Je ne l’ai jamais côtoyé, mais j’ai effectivement rêvé que je le prenais en voiture à la sortie d’un concert et qu’on partait ensemble sur les routes. La chanson est assez représentative de ce que j’avais envie de dire et de faire dans ce nouvel album».

Après dix années de tournées incessantes, Nevché avoue avoir eu besoin d’une pause «J’étais complètement rincé et je me demandais si ça valait le coup de continuer». C’est par l’écriture poétique que le Marseillais s’est remis en selle.«Il y a d’abord eu le poème «Décibel», puis des bribes de chansons et l’envie de faire un film. Tout ça a fini par s’assembler, comme les pièces d’un puzzle, et par prendre la forme d’un projet plus large dont je savais qu’il prendrait du temps à mettre en place et à promouvoir». Après la vidéo de «Décibel», déposée sur Youtube en janvier plusieurs clips ont suivi: «Moi je rêve de Johnny souvent», «Le Besoin de la nuit» et «L’Océan»… «On a tourné un clip pour chacune des chansons de l’album, raconte Nevché. Ils  forment une histoire, avec des personnages communs». C’est Vittorio Bettini qui a réalisé le film, en 15 jours de tournage à Marseille, avec des acteurs locaux et des moyens de cinéma. Le résultat est superbe et colle parfaitement avec les chansons. Musicalement, Valdevaqueros reprend les choses où les avait laissées son prédécesseur (Rétroviseur). Le titre, Valdevaqueros, fait référence à une plage d’Andalousie où Nevché raconte avoir eu la vision de la direction à donner à sa vie, alors qu’il avait 16 ans : «C’est une plage de véliplanchiste, très ventée.Et le vent n’arrête pas de tourner. Un coup à droite, un coup à gauche… C’était assez symbolique de l’indécision dans laquelle j’étais quant-à ce que je voulais faire de ma vie». Le texte de la chanson, comme la plupart des autres sur l’album, est à tiroirs.«Au premier degré, ce sont les tourments d’un jeune homme.Mais on peut y voir aussi une connotation politique: refuser le choix imposé entre la droite et la gauche et tracer droit devant». Il y a aussi la question du genre qui traverse tout l’album .Et ce clin d’œil ironique à Jacques BrelJe ne te quitte pas»…

Suzane : Toï Toï

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On l’avait prise pour la nouvelle Angèle, en fait, musicalement et textuellement,  ce serait plutôt  la petite soeur de Stromae.  Découverte en première partie de Matthieu Chedid,   l’avignonnaise Suzane est, à 29 ans,  la sensation pop de ce début d’année. Son  premier album, Toï Toï , est une telle réussite qu’on se demande déjà comment elle va pouvoir  rebondir pour le deuxième. Les 14 chansons qu’il contient abordent tous les thèmes dans l’air du temps (homophobie, grossophobie, dictature des réseaux sociaux, changement climatique , harcèlement sexuel, commérage sur internet,  insatisfaction générationnelle, coming out, question du genre, attentats, rapports amoureux….),  avec une précision d’écriture et un sens mélodique assez épatants pour une quasi débutante. Elle sera,  n’en doutons pas, la découverte des Victoire de la musique,  où elle est nommée dans la catégorie révélation scène. D’ici là, on a tout le temps d’écouter son album en boucle. A commencer par le tube SAV et son refrain imparable : “‘On a cassé la planète, il est où le SAV?“.

 

Ad Astra

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Le pitch

Dans un futur proche, où l’homme a colonisé la Lune et la planète Mars, l’astronaute Roy McBride (Brad Pitt) est envoyé aux confins du système solaire, à la recherche de son père (Tommy Lee Jones) , héros de la conquête spatiale dont le vaisseau a disparu il y a des années. Mystérieusement réapparu à proximité de Jupiter, il représente une menace pour l’espèce humaine toute entière

Ce qu’on en pense

De Little Odessa, avec lequel on l’a découvert en 1994 au déjà très Conradien The Lost City of Z (2016), en passant par The Yards, La Nuit nous appartient,  The Immigrant et Two Lovers, la quête de soi et la filiation sont au cœur du cinéma de James Gray,  quels que soient les genres qu’il aborde (polar, aventure, thriller, romance…). Pas de surprise donc avec Ad Astra, son premier film de Science Fiction: il s’agit toujours pour le héros incarné par Brad Pitt, d’y trouver le père (pour éventuellement le tuer) et de se trouver lui -même. Sur une trame narrative qui ressemble étonnament à celle d’Apocalypse Now (voix off  du narrateur comprise) et dans une mise en scène digne de 2001, l’Odyssée de l’espace, Ad Astra est une manière pour James Gray de rendre hommage à ses pères en cinéma (FF Coppola et Stanley Kubrick, entre autres). Noir, tourmenté  et claustrophobique, le film n’est peut être pas le chef d’oeuvre annoncé, mais il impressionne tout de même par la puissance de sa mise en scène et par sa représentation immersive de l’espace intersidéral. Brad Pitt, impeccable,  n’a pas grand chose à faire pour  donner de l’intériorité à son personnage: il est enfermé pendant deux heures dans des capsules ou des scaphandres et le plus souvent seul, engagé dans une odyssée intérieure,  à 4000 milliards de kilomètres de la Terre. Là où personne ne l’entendra crier sa douleur d’avoir été un fils sans père.  Mais la solitude est le fardeau commun à l’humanité, nous dit James Gray en manière de consolation.

Eminem: Music to be…

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Une année qui commence par un grand disque d’Eminem ne peut pas être tout à fait catastrophique. Balancé par surprise sur les plateformes de streaming le 17 janvier,  avant sa parution en physique le 31 (dont on se dépêchera de faire l’acquisition vu la beauté du visuel), Music to be murdered by n’est pas un album de plus  d’Eminem. Cette fois,  on sent qu’il y a vraiment mis ses tripes. Avec même un coté militant bienvenu,  contre la vente libre des armes à feu  (voir  le clip de Darkness).  Le titre et le visuel de l’album font référence  à un album qu’Alfred Hitchcock avait enregistré en 1958 et on peut entendre la voix du maître du suspense sur deux interludes (Alfred).  Comme d’habitude , la liste des featurings, d’Ed Sheeran à Q-Tip,  est longue comme le bras. Mais ce qu’on retiendra surtout c’est que Dr Dre a produit tout l’album, et ça s’entend. Ce qui s’entend aussi, outre sa technique insurpassable, c’est la rage et le désespoir qui n’ont  pas quitté le rappeur blanc depuis ses débuts, malgré le succès et l’embourgeoisement qui va forcément avec.  Elles trouvent ici un parfait exhutoire.

Beigbeder : Smiley

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Par MAB

Un emoji Smiley en couverture. Rien d’autre. Voila ce que propose Frédéric Beigbeder en titre et couverture de son nouvel ouvrage autocentré. C’est original et intrigant comme toujours. Du coup, le néo dandy est une fois encore en tête des ventes. D’autant que l’on sait qu’à travers un nouvel épisode de sa vie, et toujours sous le pseudo d’Octave Parango, il va beaucoup balancer sur lui et les autres et que le jeu consistera à identifier tout le monde. Notre tendance voyeuse est au départ satisfaite. Au départ seulement. On dira pourquoi, un peu plus loin. Cette fois, c’est donc de son éviction de France Inter qu’il s’agit. Alors que depuis deux ans, l’homme à tout faire était chaque jeudi, le chroniqueur pitre de la matinale, il s’est un sale matin après nuit de défonce, autodétruit en direct (voir la vidéo). Page blanche, bredouillement et désorientation totale. Une chute libre pathétique. Quelques heures après, le clown triste était viré. Il l’a forcement mal pris. D’où ce règlement de compte par le biais de l’écriture. Une vengeance par laquelle il démolit tous les animateurs de la station trop serviles et complaisants avec les puissants et méprisants avec les faibles. Un pamphlet qui lui permet aussi de s’attaquer à la dictature du rire; aux effets pervers des réseaux sociaux; à l’arrogance et à la dureté tapies derrière la bonne conscience. Ces pages-là sont claires et convaincantes. On adhère complètement. Mais ensuite, cela se gâte un peu. Quand Beigbeder revient sur la nuit qui a précédé sa chute, il se perd en lui-même et ses contradictions. Mélange souvenirs et réflexions livresques. Éloge de son passé de fêtard parisien et peur de la vieillesse. Pages porno sur les femmes et le sexe et déclaration d’amour à son épouse et son enfant… Bref, haine et passion de lui-même, comme destruction et tentative de reconstruction… Au final, comme chaque fois, il séduit et agace et c’est comme cela qu’il nous plait.