Les enfants de Cadillac 

//Les enfants de Cadillac 

Les enfants de Cadillac 

Par MAB

Longtemps, François Noudelmann, philosophe et essayiste, a tenu sa généalogie à distance. Ses origines juives ? « Universaliste, j’avais appris à l’école républicaine, qu’il n’y avait pas de races que les différences culturelles comptaient moins que ce qui nous réunissait tous: l’humanité. » D’ailleurs, il ne comprenait pas ceux que l’histoire de leurs aïeux obsédait. Il s’en était même éloigné géographiquement en devenant professeur d’université à New-York. « L’existence lointaine allège le poids de la nationalité à laquelle on appartient ». écrit-il. Et puis, voilà que durant la pandémie, alors même qu’il était installé dans l’oubli, voire le déni, « la mémoire familiale » se rappela à lui. Il était invité à une cérémonie au cimetière des fous, à Cadillac en Gironde, là où on avait retrouvé les traces de son grand-père Chaïm. Alors commença pour lui, une enquête généalogique. Des fouilles au fond de sa mémoire. Des recherches d’archives… Jusqu’à faire revivre deux êtres étonnants ballotés dans les tempêtes d’un XX e siècle en proie aux conflits et à l’antisémitisme. Le premier est donc Chaïm, son grand-père, qui, pour fuir les pogroms, traverse l’Europe à pied en 1911 et s’engage dans l’armée française pour en avoir la nationalité. Il reviendra de la grande guerre , « l’encéphale endommagé par le gaz moutarde » et, en guise de reconnaissance, sera interné à l’asile de Cadillac, où il mourra en 1941 après vingt ans d’errance mentale et de malnutrition. Le second est son père, Albert, qui un jour, dix heures durant, racontera « sa guerre de quarante » à son fils. Un récit incroyable d’horreurs et de maltraitances, de chances et malchances. François Noudelmann, a comme beaucoup d’autres en ce moment, intitulé cette sorte d’autobiographie, « roman ». Alors que rien dans ses lignes ne sont du domaine de la fiction. L’écriture est à la première personne. Il interpelle par le tu, ses chers disparus et émaille son récit d’un discours sur les dangers du temps présent. Mais cette appellation lui permet tout à fait légitimement de donner à son œuvre ( qui, de temps à autres, rappelle le Primo Levi de « Si c’est un homme » et de « La Trêve » ) la visibilité qu’elle mérite et de figurer en bonne place dans la course aux prix littéraires.

By |octobre 21st, 2021|Categories: ça vient de sortir|0 Comments

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