Assouline: Le Paquebot

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Assouline: Le Paquebot

Par MAB

26 février 1932. Le « Georges Philippar », paquebot « blanc et beau comme un cygne » quitte Marseille pour une croisière inaugurale de quarante -trois jours jusqu’au Japon. A son bord, 358 passagers, 347 membres d’équipage et l’énigmatique narrateur de cette aventure, Jacques-Marie Bauer, expert en livres anciens et féru de littérature. Lui est sans doute une invention du remarquable conteur qu’est Pierre Assouline. Son témoin fictif pour relater avec romanesque une poignante et passionnante vérité historique qui viendra en fin de roman, lorsque le paquebot entamera son voyage de retour.  A l’aller donc, tout va bien à bord malgré quelques soucis récurrents de court-circuits. Sous le regard perçant de Bauer, les passagers de première classe se la coulent douce, « au régime délicieusement enivrant de la lenteur ». Ils dénigrent ou savourent la nourriture, jouent aux échecs, débattent des mérites de tel ou tel écrivain ou artiste du moment… et lorsque entrent en scène des Allemands, des camps se forment au sein de cette petite société cosmopolite : l’ascension d’Hitler divise l’assemblée. L’angoisse monte sur le sort de l’Europe, ainsi que sur leur propre sort,surtout que les incidents techniques se multiplient. La suite donnera raison à tous les Cassandre : Lors de la traversée du retour, le navire prendra feu au large d’Aden dans la nuit du 15 au 16 mai 1932. On se serait cru au « Bazar de la charité » diront les survivants ! Parmi les disparus : le grand reporter Albert Londres, dont le même Pierre Assouline a écrit la biographie. Tombé à la mer alors qu’il ne savait pas nager ou brûlé vif dans l’incendie, on ne sait pas. Ce que l’on sait c’est qu’il emporta avec lui les derniers articles que tout Paris attendait sur la guerre sino- japonaise. De l’Europe, on sait bien ce qu’il advint quelques années plus tard ! Malgré le peu de cas que Pierre Assouline fait de Stefan Zweig, il y a du « Monde d’hier » dans « Le Paquebot ». Mais par le ton volontairement anachronique et les messages intemporels sur la montée des périls, il y a aussi, hélas, un peu de celui d’aujourd’hui. Bonne lecture.

 

 

By |avril 25th, 2022|Categories: ça vient de sortir|0 Comments

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