Monica Sabolo : La vie Clandestine

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Monica Sabolo : La vie Clandestine

Par MAB

Déclaré roman en couverture, La vie clandestine est le résultat d’une entreprise complexe. Complexe parce qu’elle mène deux trajets parallèles et qu’il faut attendre longtemps avant que ces deux parcours ne se rejoignent. Au début,  on suit avec application, les recherches de Monica Sabolo sur Action Directe, ce groupuscule terroriste d’extrême gauche qui dans la France des années 80 braqua des banques et assassina des personnalités au nom de son idéologie. On se souvient notamment de Georges Besse, le patron de la régie Renault tué en bas de chez lui le soir du 17 novembre 1986 par deux jeunes filles : Nathalie Menigon et Joëlle Aubron. A travers documents de presse, images d’archives, traces vidéo, Sabolo remonte jusqu’à elles et jusqu’à ces années de plomb qui endeuillèrent non seulement la France mais l’Italie (Les brigades rouges qui tuèrent Aldo Moro ) et l’Allemagne (la bande à Baader ) . « L’époque suinte une angoisse sourde à l’image d’un Roger Gicquel qui lance en 1976 en ouverture du journal de 20 heures à l’occasion de l’assassinat d’un enfant par Patrick Henry : La France a peur » rappelle l’auteure ajoutant «  A l’espoir exalté qu’a suscité Mai 68, succède une rage froide. Tout est fragile, instable, brutal. La mort rôde, elle peut tomber du ciel ou frapper au coin de la rue ». Cette approche brouillonne et trépidante d’une époque révolue où tous les coups politico -économiques étaient permis, où la contestation permanente pouvait mener au pire, où le masculin pouvait agir à sa guise, est passionnante. Elle offre l’occasion de méditer sur la notre et de relativiser. En revanche, le second trajet beaucoup plus personnel est un peu moins prenant. Quand, en cherchant dans le passé collectif, Sabolo se cogne au sien et à ce père aux activités occultes disparu sans un mot d’explication. Sans dévoiler le dénouement qui se fait un peu trop attendre, on comprend, alors, le lien qu’elle établit entre les deux cheminements. C’est celui du sort des filles. Celui de la violence et du secret. « J’en ai fini avec le caché et le silence » conclut la romancière. La force de La vie clandestine  propulse l’ouvrage dans la liste des prix littéraires.

By |septembre 16th, 2022|Categories: ça vient de sortir|0 Comments

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