Par MAB
Pas de trace du mot « roman » dans les pages d’ouverture d’« Aqua », la nouvelle œuvre composite de Gaspard Koenig après « Humus ». Tout a l’air tellement vrai. Tellement dans l’humidité et la morosité des temps. Il n’y est question que de pluie diluvienne et de peur de la sécheresse ; de campagnes municipales et de coups bas; de tracasseries administratives et de sigles incompréhensibles ! Tellement vrai qu’il faut fouiller dans la biographie de l’écrivain, sociologue et philosophe, pour réaliser qu’il y parle de ses convictions, de son expérience et qu’au passage il y règle subtilement ses comptes. Pour autant, « Aqua » n’est pas un essai. Ni un traité politique. Même si les personnages, très incarnés, sont autant d’exemples à suivre ou pas. Nous sommes, à nouveau, dans le petit village normand de Saint-Firmin. Vit là une communauté rurale — déjà rencontrée dans « Humus » — qui voit d’un mauvais œil la candidature d’un énarque parisien à la mairie. D’autant que cet ex-enfant du pays se pique de moderniser le réseau d’eau potable. Or, lui qui pensait avoir science, diplômes et pouvoir, ne s’attendait pas à rencontrer Maria, la généreuse et idéaliste tenancière de l’épicerie, farouche protectrice de la source des Anciens. Alors, dans ce « Clochemerle » lancé dans la bataille de l’eau, se croiseront, dans une sarcastique sarabande, un ministre désinvolte ; une naturopathe bouddhiste, ersatz de soignante dans ce désert médical ; un éleveur mélancolique (pléonasme ?) ; une préfète coincée qui défend Cristaline « l’eau préférée des français »; un survivaliste flegmatique et surtout un hydrogéologue anticapitaliste. Bref, entre mythologies normandes, peurs écologiques et bureaucratie sociale, « Aqua » est une lecture qui vient a point. On la conseille à tous et, en particulier, malgré sa longueur et ses quelques exagérations, a tout candidat aux municipales ! Les pages sont ultra-documentées et très instructives. Elles vulgarisent des concepts abscons (il faut s’accrocher parfois) tout en étant romanesques, voire picaresques. Koenig, le touche-à-tout, y poursuit donc, avec talent et humour, l’exploration de notre sociėtė à travers les éléments. On attend les deux suivants.







Leave A Comment