Par Ph.D
Joe Cocker, Gil Scott Heron, The Crusaders, Magma, Shakti, Airco Moreira, Eddie Palmieri… En 1976, l’affiche avait de quoi faire saliver les amateurs de musique et de rassemblements de plein air. Cet été là, un festival a réuni ces artistes, du 24 au 26 juillet, sur le circuit du Castellet. Organisé par Michael Lang, le promoteur du festival de Woodstock, ce « Woodstock provençal » était censé accueillir 200 000 spectateurs pour « 36 heures de jazz rock dans 350 hectares d’herbe « . Il en vint dix fois moins, mais le festival eut bien lieu. Ce fut même un des derniers du genre. Curieusement, à part ceux qui y étaient, personne ne s’en souvenait. Jusqu’à ce qu’un demi siècle plus tard, le réalisateur Christophe Duchiron déniche, par hasard, un trésor : des dizaines de bobines de films sur lesquelles tout le festival a été enregistré. Comme à Woodstock, Michael Lang avait prévu d’en tirer un film et de le diffuser au cinéma dans le monde entier. Une équipe de film complète était sur place avec 6 caméras et elle a tout filmé: l’arrivée des festivaliers, le campement, les baigneurs à poil dans le bassin de rétention du circuit, la foule avachie dans des sacs de couchage devant la scène, les concerts qui s’étiraient jusqu’au bout de la nuit…

La prestation incroyable de Betty Davis est ce qui a poussé Christophe Duchiron à rechercher ces images : il n’en existe pas d’autres de la chanteuse en live. Le set de Magma, à 4 heures du matin, est extraordinaire. Celui de Joe Cocker, par contre, est un naufrage : ivre mort, le chanteur anglais massacre une poignée de chansons avant de jeter l’éponge et de retourner se finir au bar… Le film, hélas, ne verra jamais le jour: Martine Fabre, qui avait commencé le montage a vite dû renoncer, faute d’être payée. C’est elle qui a gardé les bobines dans sa cave pendant un demi siècle, espérant pouvoir d’y remettre un jour.S’il n’y avait plus un sou pour la payer à l’époque, c’est que le festival a été un naufrage financier. Magma n’a jamais été payé pour sa prestation, la plupart des autres musiciens non plus. En plus du déficit de billetterie, la recette du premier jour avait été volée par la mafia locale ! C’est cette étonnante histoire que raconte Riviera 76 (disponible en streaming gratuit sur le site de France.tv) avec beaucoup d’images du festival et quelques interviews de participants, mais trop peu de musique. On espère que les images des concerts feront l’objet d’un deuxième film ! Ainsi le « Woodstock Provençal » pourrait-il enfin rentrer dans l’Histoire aux cotés de son grand frère américain.











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