Les figures tutélaires de David Bowie et de Lou Reed hantent le nouvel album (on n’ose pas écrire le dernier) d’Iggy Pop, intitulé Free , probablement en référence aux éclairs jazz qui le traversent de part en part. Le trompettiste texan Leron Thomas et la guitariste Sarah Lipstate (alias Noveller) sont les invités vedettes de ce disque, qui tranche avec la production passée ou récente de l’Iguane, notamment l’antepénultième album, Post Pop Depression , produit et joué par Josh Homme des Queen of the Stone Age. La trompette jazz remplace la guitare fuzz sur la plupart des titres qui sonnent plus trip hop que rock. Les compos de la première partie de l’album (plages 1 à 6) sont superbes et la voix d’Iggy y fait merveille. Ça se gâte un peu par la suite, avec un final qui alterne instrumentaux jazz et spoken word à la manière des derniers Bowie (Dark Star) et Lou Reed. Iggy récite d’ailleurs un poème oublié du Lou (« We Are The People« ) pendant que Leron Thomas agonise à la trompette en fond sonore. La noirceur sépulcrale du dernier titre (ironiquement intitulé « The Dawn », l’aube) donne à l’ensemble un côté testamentaire de mauvais augure. Mais tout dans tout, Free est, sans conteste, l’un des meilleurs albums de la carrière d’Iggy en solo.
Iggy Pop
Free
Sortie 6 septembre 2019
(Caroline Records)
Joyce Maynard: L’Influenceuse
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Par MAB
Avec « L’influenceuse », l’américaine Joyce Maynard, ne règle pas seulement ses comptes avec les réseaux sociaux : elle démonte, avec une froide ironie, une société où quelques « likes » semblent valoir davantage qu’une vie. Son bref roman, inspiré de plusieurs affaires criminelles – dont celle d’un couple d’influenceurs, Gabrielle Petito et Brian Laundrie- met en scène, en chapitres incisifs, Tammy et Kevin, un jeune couple convaincu que la célébrité se conquiert à coups de selfies, de vidéos léchées et de paysages soigneusement choisis. Leur road trip à travers les États d’Amérique, n’est pas un voyage, c’est une opération de communication. L’amour lui-même – sans le faire car Tammy se déclare PAM (Pas Avant le Mariage ), semble calibré pour les abonnés. Cela ne marche pas fort. Les Followers se font attendre. Assez vite, incompréhension, reproches et frustrations s’installent à bord du camping-car où chacun dort sur sa couchette. Puis Tammy est retrouvée morte dans le désert de l’Utah, Kevin disparaît et Internet s’emballe. En quelques heures, chacun devient détective, juge ou procureur. Les réseaux sociaux, si efficaces pour fabriquer des vedettes d’un jour, excellant à transformer un drame en divertissement collectif. Dans ce court thriller á plusieurs voix– il y a aussi la mère intrusive de Kevin- le personnage le plus troublant est sans doute Roxanne, admiratrice obsessionnelle de Tammy. À travers son regard, Joyce Maynard montre combien la frontière entre intérèt et voyeurisme est tenue. À l’heure des influenceurs, suivre quelqu’un quotidiennement suffit à créer l’illusion d’une intimité. Sous une intrigue apparemment tres simple, nourrie de petites croyances et manies ultra contemporaines, Joyce Maynard livre une satire féroce d’une époque nombriliste où l’on préfère collectionner des abonnés plutôt que des expériences, où l’émotion est mise en scène et où même la mort devient un contenu viral. Le miroir est peu flatteur : les influenceurs ne prospèrent que parce que des millions de spectateurs réclament sans cesse de nouvelles histoires à consommer et transforment chaque tragédie en spectacle. A lire et faire lire á vos ados.
Golden Boy
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Par Ph.D
C’est l’histoire d’un Rastignac des affaires qui débarque dans une ville du sud et s’empare du club de foot, L’Olympique, dont il se sert comme tremplin politique. Autour de lui, le marigot local s’agite : vieux briscards de la politique, truands, journalistes en quête de reconnaissance, policiers à l’affut, procureurs ambitieux, femmes de pouvoir… Comme il est joliment écrit en postface : « Si tous les personnages sont fictifs, il n’est pas toujours possible ni nécessaire d’éviter toute ressemblance« . On croit, effectivement, reconnaitre la plupart des protagonistes. D’autant que l’auteur, ancien journaliste sportif, a longtemps fréquenté les milieux qu’il décrit. Sa plume est restée alerte et ancrée dans la réalité. Avec une matière similaire, certains ont échafaudé des séries, dont les titres reviennent en mémoire (Marseille, La Fièvre…). André Baudin a l’élégance de faire court: 150 pages et tout est dit. Du coup, le bouquin se dévore comme une (bonne) nouvelle.

Pauline Clavière : Spécimen
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Par MAB
Voilà un livre étrange dont on se demande sans cesse s’il est formellement brillant ou fabriqué à coups de procédés alambiqués, si son propos est sincère ou opportuniste, à l’heure où une loi tente de protéger les très jeunes enfants de prédateurs sexuels de plus en plus jeunes. A la lecture, on ne peut que recommander ce Spécimen, roman tout à fait hors norme qui devrait parler, sans violence ni excès, aux parents, enseignants et éducateurs tant il interroge avec finesse les zones grises et démons de notre société. Tout se passe dans un Marseille à la fois banal et inquiétant . Une écrivaine, la narratrice, reçoit de Mina, la nourrice à qui elle confie son enfant, un mystérieux cahier. Celui-ci a été écrit par Rafael. 16 ans, le fils de Mina, parti sans raison du domicile. Sa lecture est tellement bouleversante que, chez la narratrice, les souvenirs refont surface : qu’est devenue son amie d’enfance, disparue vingt-cinq ans auparavant ? Pauline Clavière tresse ainsi trois fils : la narration et les interrogations de celle qui s’exprime à la première personne, les extraits du cahier et les auditions de Mina puis de Rafael. C’est, comme on l’a dit plus haut, un peu déroutant pour le lecteur, jusqu’à ce que se dessine peu à peu le parcours de l’adolescent, le « spécimen » du titre, que sa mère s’efforce de protéger, à tort ou à raison, dans une tension morale constante. Est-ce un roman sur un sujet sensible, une enquête sociologique, documents annexes à l appui; une exploration psychologique des relations humaines complexes ou un thriller que propose, ainsi, la journaliste Pauline Clavière ? Sans doute tout cela à la fois. Ajoutez-y un récit captivant, dont la chute laisse durablement troublé et vous comprendrez pourquoi ce « Spécimen » terriblement d’actualité est en cours d’adaptation pour l écran.
Laurine Roux en colère
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Par MAB
La première page de « Trois fois la colère » ouverte, plus d’échappatoire! Nous voilà engagés, par secousses parfois horrifiantes, au cœur d’un Moyen-Âge de chair, de feu et de sang. Attachés à poursuivre, sur les sentiers forestiers des Hautes-Alpes, trois générations de vengeresses. Mère, fille et petite fille, aussi belles, fortes et sensuelles que cette nature mystérieuse et généreuse qui les nourrit et les protège. C’est sûr, Laurine Roux a su trouver les mots pour que l’on y soit et que l’on y croit ! Mêlant au vieux français, des expressions contemporaines. Sachant entourer l’extrême dureté de ces temps obscurs, d’une poésie au lyrisme flamboyant. Traquant l’ invincible humanité sous l’extrême barbarie, elle offre, ainsi, une fable gothique à nulle autre pareille. D’un réalisme, d’une intensité et au fond d’une intemporalité qui hantent longtemps la mémoire. On songe, par moment, à l’inoubliable « Jours de colère » de Sylvie Germain ou, plus récemment, à « Madeleine avant l’Aube » de Sandrine Collette. Pour autant, difficile de dévoiler ce récit singulier qui rebondit d’horreurs en belles surprises. Disons juste que tout commence par la fin quand une petite fille tranche la tête du seigneur Hugon le terrible, son grand père, revenu des croisades, rassasié de sang. Ensuite, retour en arrière, à la naissance de triplés issus d’un viol et séparés à la naissance. La suite ne sera que trahisons, meurtres, viols, tortures, bûchers expéditifs, et autres terribles exactions maléfiques et obscurantistes alors qu’au loin s’opère le sac de Constantinople. Trop noir? oui. Certaines pages sont d’une violence inouïe de précisions – hélas – historiques. Mais la langue est magnifique. Elle dit beaucoup de l’humanité. Elle honore surtout la force vitale des femmes et de certains justes en lutte contre le pouvoir mortifère des puissants. Elle donne aussi à espérer par les respirations venues d’un lieu d’amour et de fraternité sur lequel plane l’esprit de François d’Assise. Juste de quoi entrevoir, pour un temps, une paix possible en ce fief de douleur et de misère… Très gros coup de coeur!







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