Figure incontournable de la scène artistique niçoise, connu dans le monde entier pour ses célèbres « inclusions« , exposé à Paris , St Tropez, Courchevel et dans nombre de capitales, Fred Allard n’avait pas encore de vitrine dans sa ville natale. Lacune comblée avec l’ouverture, en février 2024, d’une magnifique galerie au 10 de l’avenue de Verdun, à l’emplacement des anciens bureaux d’Air France, dans le carré chic du centre-ville. Sur deux niveaux et près de 200 M2 d’espaces clairs et lumineux, le plasticien Niçois de 55 ans expose ses oeuvres les plus emblématiques : les « Vide ton sac » (inclusions d’objets personnels dans de la résine translucide) de Neymar, Charles Leclerc ou Fabio Quartararo, les fameux « shopping bags » (inclusions de figurines pop en forme de sacs à main), une nouvelle série inspirée par Warhol et Basquiat (dont la superbe Joconde/Balenciaga qui illustre cet article), du mobilier de designers, des livres et des objets d’art. Plus qu’un espace d’exposition personnel, l’endroit se veut, en effet, un lieu de rencontre. Il propose un regard sur notre époque qui mêle l’art, la mode, le luxe et le sport. La marque de fabrique du néo pop-artiste Niçois.
Après Raoul Dufy, le musée de Hyères propose une retrospective consacrée à Gustave Courbet. Peintre visionnaire, représentant au premier chef le Réalisme en peinture, il est l’auteur de toiles devenues mythiques comme Un Enterrement à Ornans, L’Atelier du peintre, Le Désespéré ou encore L’Origine du monde. Mais derrière ces chefs-d’oeuvre, se dessine un artiste multiple, profondément enraciné dans sa terre natale et en même temps, ouvert aux horizons du monde. Né à Ornans, Courbet resta toute sa vie attaché à la Franche-Comté. Dans son oeuvre, le paysage occupe une place essentielle, près des deux tiers de sa production. Ses paysages, qu’il voulait universels, traduisent l’âme des sites qu’il aimait — la Source de la Loue, le Puits-Noir, les falaises du Jura. Mais son regard s’ouvre aussi sur d’autres horizons. La mer, qu’il découvre au Havre en 1841, devient une révélation : La mer, sans horizon, que c’est drôle pour un habitant du vallon. De la Loue au Léman, de la Manche à la Méditerranée, l’eau devient pour lui symbole de mouvement, de liberté et d’évasion. Peintre chasseur et pêcheur, Courbet s’attache aussi au monde animal, qu’il rend avec une acuité presque charnelle : biches tapies dans l’ombre, renards pris au piège, scènes de chasse saisies dans leur intensité dramatique. Son regard se tourne également vers l’humain. Ode à la femme dans des portraits d’une sensualité magnifiée, célébration des visages de paysans et d’ouvriers, il traduit la force, la dignité et parfois la souffrance des plus humbles. Artiste libre, souvent rebelle, Courbet paya chèrement ses convictions. Son rôle dans la Commune de Paris et sa participation au déboulonnement de la colonne Vendôme l’exilèrent en Suisse, où il termina sa vie dans la douleur et la solitude. Sa personnalité flamboyante, à la fois admirée et contestée, a inspiré d’innombrables portraits et caricatures. Cette exposition propose de parcourirtoutes les facettes de ce peintre inclassable : l’amoureux des paysages, le chantre des femmes, l’observateur du monde animal, mais aussi l’homme engagé qui fit de son art un combat.
Pour son nouvel accrochage, le musée Fernand Léger de Biot revisite l’oeuvre de Léger sous le titre « Léger, peintre de la couleur« . Depuis les origines de la peinture, la couleur est l’apanage des peintres. À la fois matière et lumière, elle est le point de départ de toute la démarche esthétique de Fernand Léger (1881-1955). Tout au long de son œuvre, le peintre manifeste une véritable passion pour la couleur pure, qu’il décline dans un jeu infini de combinaisons et de variations, sur des supports multiples : dessins, céramiques, vitraux, décors pour le monde du spectacle ou l’architecture. Après ses premières œuvres de jeunesse marquées par l’influence de l’impressionnisme, Léger participe au cubisme dans les années 1910 et se distingue des deux pionniers du mouvement, Georges Braque et Pablo Picasso, par sa volonté d’introduire la couleur pure dans les œuvres cubistes, jusque-là dominées par des nuances de gris, quasiment monochromes. Léger se rapproche alors de son ami Robert Delaunay, avec lequel il mène une bataille active pour libérer formes et couleurs de l’illusion du réel : «Avant nous le vert, c’était un arbre, le bleu c’était le ciel, etc. Après nous, la couleur est devenue un objet en soi ». Au-delà de la peinture, la couleur pure apparaît à Fernand Léger comme une nécessité vitale, presque thérapeutique, qu’il s’efforce toute sa vie de répandre dans les paysages urbains : « Mon besoin de couleurs s’est trouvé tout de suite appuyé par la rue, par la ville. C’était en moi, ce besoin de couleurs. Il n’y avait rien à faire : aussitôt que je pouvais placer une couleur, je la plaçais. J’ai séjourné dans la grisaille le moins possible. » En développant à partir des années 1930 un art mural et inscrit dans l’espace public, Léger espère ré-enchanter le monde moderne grâce à compositions monumentales aux couleurs libres et puissantes. Loin d’être conceptuelle, la couleur de Léger est avant tout une fête pour l’œil qui insuffle, joie, bonheur et optimisme dans la société tout entière.
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