Ça vient de sortir

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Régis Jauffret : Le dernier bain…

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Par MAB

Régis Jauffret connait tellement son Gustave – la vaste bibliographie en fin d’ouvrage l’atteste- qu’il ose tout. Commencer la biographie de l’auteur de « L’éducation sentimentale » par sa mort en 1880. Revenir à sa naissance en 1821. Hanter avec lui, Croisset, Rouen, Paris. La chambre maternelle, l’amphithéâtre où son père chirurgien disséquait les cadavres, l’alcôve de son grand ami et amant, Alfred Le Poittevin, les salons bourgeois et les bordels. Avant de revenir à sa mort dans la deuxième partie…Tout-ou presque- est écrit à la première personne. Car c’est Flaubert, lui-même qui revisite sa vie et son œuvre. Jauffret lui prêtant même des hallucinations pendant lesquelles, alors qu’il agonise dans son bain, tous ses personnages, Emma Bovary en tête, viennent l’accabler de reproches. Pourquoi les a t-il autant écrasés et méprisés? Pourquoi a t-il aussi mal supporté « l’imbécillité du monde »? Ce Dernier bain n’est donc pas une biographie officielle. Rien à voir avec les pages pudiques et respectueuses d’un manuel scolaire. Mais plutôt le récit libre, fasciné et halluciné d’un romancier sur un autre romancier. Bourré de révélations torrides, de faits vrais et de délires de l’imagination. 300 pages (auxquelles s’ajoutent 30 pages d’un « chutier » composé de tous les paragraphes écrits et non utilisés ) qui se lisent avec autant d’étonnement, de dégoût et d’éclats de rire que de plaisir. Y défilent, bien entendu, toutes les personnes qui ont traversé la vie de Flaubert. Et tous les personnages que ces êtres ont inspiré à cet homme aussi cérébral que lubrique. Mais à travers eux, émergent des réflexions passionnantes sur les temps et les mœurs, sur l’artiste et la mort, l’écriture et la vie, la médiocrité de ceux qui sont passés à la postérité et en écho avec notre époque, tous les regrettables malentendus entre les hommes et les femmes ! Une pépite.

Allen V. Farrow

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Par Phil Inout

Un jour de cérémonie, Mick Jagger avait publiquement remercié Woody Allen d’avoir démontré que la vie privée des rock stars n’était, au fond, “pas si scandaleuse”. On trouve la saillie moins comique après avoir vu Allen V. Farrow. En quatre parties d’une heure chacune, la mini-série documentaire réalisée pour HBO par Kirby Dick et Amy Ziering dresse un réquisitoire qui laisse peu de doutes sur la véracité des accusations d’abus sexuels dont le réalisateur fait l’objet. Surtout, elle démonte la défense de Woody Allen,  qui a toujours plaidé qu’il faisait l’objet d’une vengeance hystérique de son ex-compagne, qui n’aurait pas supporté d’être quittée pour sa fille adoptive Soon Yi et aurait manipulé son autre fille, Dylan, pour quelle l’accuse.  Les deux femmes s’expriment longuement face caméra et leur témoignage est accablant car il a tous les accents de la vérité. En 1991, alors que Soon Yi est en première année de fac, Mia Farrow trouve dans l’appartement de Woody Allen des polaroids érotiques de sa fille adoptive. Questionné sur leur provenance,  le réalisateur avoue qu’il a pris les photos et qu’il entretient une relation avec la jeune fille depuis ses 18 ans (mais probablement avant). Au téléphone (Mia Farrow a enregistré leurs conversations),  il plaide le coup de folie et promet de s’amender. L’été suivant, alors qu’il vient rendre visite à sa famille dans leur maison du Connecticut, Allen échappe à l’attention des nounous et disparaît plusieurs dizaines de minutes avec sa fille Dylan, pour laquelle il a développé une véritable obsession depuis qu’elle est toute petite. Au point qu’ils sont tous les deux suivis par un psy à ce sujet et que les nounous ont pour consigne de ne pas les laisser seuls. La petite fille, alors âgée de 7 ans, racontera dans les jours qui suivent avoir été entraînée au grenier par son père et y avoir subi des attouchements. Ce n’était pas la première fois, assure-t-elle aujourd’hui. Mia Farrow,  qui filme la vie quotidienne de ses enfants avec son camescope, a enregistré les déclarations de la petite fille. En les diffusant pour la première fois et en racontant toute l’histoire dans les détails les plus intimes, photos et films de famille à l’appui,  la mini série place le spectateur dans une position de voyeur, parfois malaisante.  D’autant que, le clan Allen ayant refusé de participer au documentaire, sa défense n’est audible que par le biais d’extraits audio de la biographie du réalisateur sortie l’an dernier.  Mais le respect dû à la parole des victimes est sans doute à ce prix,  alors qu’elle a été mise en doute pendant des années et que Woody Allen a bénéficié durant tout ce temps de la sollicitude des médias et de la justice. On comprend mieux après avoir vu Allen V. Farrow l’ostracisme dont il fait aujourd’hui l’objet,  malgré son immense talent et sa géniale filmographie.

Mon Amie Adèle

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Par Phil Inout

Le pitch

A Londres, Louise (Simona Brown) jeune mère célibataire commence une liaison adultérine avec David (Tom Bateman), un homme marié qui se révélera être son nouveau patron. Dans le même temps, elle  se prend d’amitié pour l’épouse de David,  Adèle (Eve Hawson), rencontrée par hasard. Plus elle fréquente l’un et l’autre, plus Louise se demande quels terribles secrets ces deux-là peuvent cacher derrière l’apparence d’un mariage heureux et d’un train de vie fortuné ?

Ce qu’on en pense

Surfant sur la vague Little Big Lies/Little Fires Everywhere, voici la nouvelle série à suspense girlie de Netflix. Un scénario d’adultère classique qui flirte avec le fantastique avec une des deux héroïnes sortant d’un asile, une autre victime de crises de terreur nocturne,  un mari/patron/amant psychiatre qui ne lésine pas sur la prescription de pilules, un petit ami disparu, possiblement psychopathe et de drôles de hasards. Entamée comme une banale comédie romantique, dans le Londres ensoleillé des beaux quartiers, la série vire au thriller psychologique au fil des épisodes , pour finir dans le grand n’importe quoi. Si on ne regrette pas (trop) le temps passé à la regarder,  c’est surtout grâce aux deux jeunes actrices: la délicieuse Simona Brown (une découverte) et Eve Hawson,  que l’on avait découverte au cinéma dans This Must Be The Place de Paolo Sorrentino et qui n’est autre que la fille de Bono, le chanteur de U2. Elle donne à son personnage le mystère et l’ épaisseur qui manquent singulièrement au scénario. 

Whitney K : Two Years

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Par Phil Inout

En écoutant à l’aveugle le nouvel album de Whitney K, on nous aurait dit qu’il s’agissait d’inédits du Velvet Underground,  on l’aurait cru volontiers. La voix et le phrasé du chanteur Canadien évoquent irrésistiblement Lou Reed, le violon pourrait être celui de Cale , les chœurs féminins font penser à la petite voix de Maureen Tucker et les chansons sonnent comme celles du Velvet d’après les expérimentations warholiennes, quand Lou Reed laissait libre cours à son goût pour les ballades country et le doo wap. Pourtant Two Years n’est ni un pastiche, ni un hommage : juste l’album que le Velvet aurait pu faire si John Cale n’avait pas quitté le groupe après White Light /White Heat. Une anomalie comme seul le rock peut en produire.

Hervé: Hyper

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Par Phil Inout

Révélation masculine des dernières Victoires de la Musique, où il a fait le show, Hervé sort ce mois ci une version augmentée de son premier album, baptisée Hyper Prolongations, sur laquelle on trouve plusieurs nouvelles chansons dans la lignée “Daniel Darc chante Bashung période Gaby qui a fait le succès du jeune chanteur parisien. Difficile de dire si on ne se lassera pas rapidement du chant maniéré d’Hervé Le Sourd et de ses chansons reminiscentes des succès  de Bashung. Mais en ces temps de disette, l’album s’écoute  plutôt gentiment et ses prestations télé laissent augurer de bons lives quand ce sera enfin possible. Logiquement, Hervé devrait être l’attraction des festivals d’été en jauges réduites qui se préparent.

Calligarich: Le dernier été en ville

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Par Denis Allard

Dès sa parution en 1973 en Italie ce premier roman trouva son public. Réédité à trois reprises, il était pourtant resté curieusement inédit en France. Oubli aujourd’hui fort heureusement réparé. Dans ce récit aux accents autobiographiques, Gianfranco Calligarich nous invite à marcher sur les pas de Léo Gazzarra dans la Rome de la fin des années 60. On découvre alors ce jeune trentenaire, « petite main » au Corriere Dello Sport, dans une quête sans but précis où les journées monotones succèdent aux nuits alcoolisées. Sa rencontre avec Arianna, jeune femme solaire et séductrice, vient bouleverser son quotidien. Cependant, cet amour naissant jamais vraiment revendiqué et assumé, ne saura le sauver de sa mélancolie existentielle. On suit alors Léo, anti-héros du quotidien cherchant un sens à sa vie, à travers ses déambulations dans Rome, ville magnétique et envoûtante que Gianfranco Calligarich nous dépeint à merveille : « La ville était si vide que le vieillissement de ses palais était palpable ». En effet, l’autre personnage majeur et sans doute premier de ce roman, est Rome. Elle occupe une place centrale dans les incessants allers et venues de Léo parcourant dans sa vieille Alfa les divers quartiers de la ville ou le long du Tibre. Elle séduit et irrigue les protagonistes de cette histoire,  mais engloutit Léo qui s’y noie. Véritable déclaration d’amour à « la ville éternelle », Le dernier été en ville nous rappelle que certains peuvent parfois s’y perdre. Un petit bijou littéraire à découvrir sans tarder.

 

YS : Monstrum Nox

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Par Cédric Coppola

Moins populaire que Final Fantasy ou Dragon Quest, la série YS est une valeur sûre de l’action RPG, qui ravit les gamers depuis plus de trente ans. Suite à un 8e opus dépaysant qui prenait place sur une île paradisiaque, ce nouveau volet se déroule dans la grande cité pénitentiaire de Balduq. Un changement de décor notable… Contrairement au gameplay, quasiment identique et toujours bigrement efficace. L’introduction musclée, au cours de laquelle ce cher Adol Christin est transformé en « Monstrum » et obtient des pouvoirs annonce le ton. Seul hic, il ne peut plus désormais quitter cet endroit étrange et doit affronter des créatures maléfiques dans une autre dimension. Pour s’échapper, il va falloir user de ruse… et de force ! Mais attention, la progression se fait étape par étape, quartier après quartier, en nettoyant des donjons peuplés d’ennemis. Jeu assez dirigisteMonstrum Nox assume à ce niveau un certain classicisme. Heureusement l’histoire tient en haleine et les compagnons d’Adol ne sont pas de simples faire-valoir. Le script s’attarde d’ailleurs longuement sur chacun d’eux. Et comme ils ont tous différentes capacités (téléportation, défier les lois de la gravité…) et que toutes les actions s’effectuent en temps réel, le jeu est pêchu. Avec ses nombreux mystères, Balduq est une forteresse que l’on prend plaisir à parcourir de fond en comble. Les combats, eux, misent sur les contres, les esquives et les pouvoirs. Rien d’innovant certes, mais Falcom maitrise la formule et l’applique avec brio. Intelligent, le game-design oblige à jongler entre les héros en misant sur leur complémentarité. Seule fausse note, les graphismes, assez sommaires. Mais pas de quoi bouder son plaisir, tant YS IX tient en haleine reste fidèle à l’esprit de cette saga, décidemment indémodable. (Jeu PS4 testé en émulation sur PS5)

Enlightened

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Par Phil Inout

Le pitch

Auto-destructrice et colérique de nature, Amy (Laura Dern) fait un burn out au bureau et part à Hawaii suivre une thérapie de groupe. Elle en revient totalement illuminée (“enlighted”),  décidée à faire le bien autour d’elle et à trouver la paix dans une vie meilleure. Hélas, ses belles résolutions vont se heurter aux ambitions contraires de ses collègues de travail, à la défiance de sa mère (Diane Ladd) et à la force d’inertie débonnaire de son ex mari toxico (Luke Wilson)… 

Ce qu’on en pense

Annulée au bout de deux saisons, cette série HBO datée de 2011 trouve une seconde chance sur OCS grâce à la pandémie de Covid qui booste la demande de fictions sur les plateformes de streaming. Une aubaine pour les fans de Laura Dern (Big Little Lies, Jurassic Park...) puisque l’actrice a coécrit et produit la série et la porte totalement sur ses osseuses épaules. Elle y joue une grande bringue un peu fofolle, employée dans un grand groupe industriel,  qui part en quenouille sous la pression après son divorce, suit une thérapie de groupe qui la rend encore plus dingo aux yeux de ses collègues, dégringole de plusieurs échelons dans sa boite et finit par partir en guerre contre la société capitaliste,  à la manière d’une moderne Don Quichotte en jupons. Portrait tragicomique d’une serial loseuse, Enlighted est souvent plus dérangeant que drôle.  Mais la série mérite d’être vue en entier, pas seulement pour la performance de Laura Dern, qui est de tous les plans,  mais pour ce qu’elle dit du monde du travail et de la société d’aujourd’hui. Elle n’a pas pris une ride depuis 2011.

Rectify

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Par Philippe DUPUY

Le pitch

Après 19 années passées en prison pour viol et meurtre, Daniel Holden (Aden Young) est finalement disculpé grâce à des analyses ADN. De retour dans sa ville natale, cet homme, qui n’avait que 18 ans lorsqu’il avait été emprisonné et condamné à mort, tente de se reconstruire… 

Ce qu’on en pense

La fermeture des cinémas et le couvre feu à 18h00 (mini confinement qui ne dit pas son nom) laissent du temps pour découvrir des séries qui étaient passées sous notre radar en première diffusion. C’est le cas de Rectify, qui date de 2013 et dont MyCanal a la bonne idée de rediffuser actuellement les 4 saisons.  Une aubaine car,  non seulement la série n’a pas du tout vieilli,  mais elle est on ne peut plus d’actualité. Un personnage qui a passé 19 années dans une cellule de 6 M2 sans fenêtre, dans le couloir de la mort,  a forcément des choses à nous apprendre sur la notion de  confinement !La série explore en profondeur  les traumas liés à l’enfermement, à la honte et à la culpabilité. Jugé coupable du viol et du meurtre de sa petite amie alors qu’il avait 18 ans, Daniel Holden (Aden Young, idéalement lunaire) est libéré au bout de 19 ans ( et 5 sursis d’exécution ! ) grâce à de nouvelles expertises ADN. Il  retrouve sa famille dans la petite ville de Georgie d’où il est originaire, mais doit tout réapprendre de la vie en société et de la vie tout court. Il erre comme un fantôme dans un monde qu’il ne reconnaît pas. Celui d’une adolescence brisée net. En attente d’un nouveau procès,  échappera-t-il à une nouvelle condamnation alors que la police et la justice refusent d’envisager l’idée d’une erreur judiciaire ? Réussira-t-il à se réintégrer dans une société qui le considère encore comme un violeur meurtrier potentiel ? D’ailleurs, est-il réellement innocent et que s’est-il passé exactement il y a 19 ans ? La série prend tout son temps pour répondre à ces questions existentielles,  en s’intéressant plus aux traumas de Daniel et à ses rapports avec sa famille et avec le reste du monde,  qu’à l’intrigue judiciaire. Et c’est passionnant !  Grande série,  au propre comme au figuré (30 épisodes de 40 minutes) , Rectify méritait bien, comme son héros,  une nouvelle chance.  

Persona 5 Strikers

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Par Cédric Coppola

Joker et ses amis sont de retour ! Fort de leur succès dans Persona 5 Royal, les voleurs fantômes reviennent. Et ils sont toujours en grande forme. A la fois suite et spin-offStrikers bouscule les habitudes et ravira également les amateurs de jeux d’action et de la saga Warriors. Après Fire Emblem et Zelda, c’est donc une autre série phare du jeu de rôle qui s’essaie au beat’em all, mettant en scène le combat d’un petit groupe contre une horde d’ennemis qui lui fonce dessus simultanément. Et comme dans les deux autres cas, le résultat est probant. Cependant le jeu développé par Omega force ne se limite pas à ces phases bastons où l’on utilise ses pouvoirs et switche entre les différents protagonistes. Non, il reprend les bases de son illustre aîné en plongeant le joueur dans différents endroits de Tokyo, développe les relations et soigne son scénario qui ne lésine ni sur les coups de théâtre ni sur l’aspect fantastique, avec les fameuses dimensions parallèles.

Une fois dans les donjons – que l’on peut désormais visiter à son rythme, sans être limité par une date fatidique – il s’agit de se frayer un chemin, de résoudre différentes énigmes et d’étaler ses compétences. Les fameuses Persona, toutes spécialisées dans une magie distincte,  sont logiquement de la fête et leurs apparitions promettent des moments hautement spectaculaires. Certes, les fans du tour par tour seront surpris de la tournure provisoire prise par la franchise, mais ce changement s’oublie vite et colle finalement à l’évolution de ces étudiants pas comme les autres. Même si l’histoire peut se suivre sans avoir parcouru le précédent opus, on conseillera toutefois de le terminer pour comprendre tous les tenants et les aboutissants et s’attacher davantage aux membres de la joyeuse bande. Quant à l’aspect technique, il est une nouvelle fois au top et l’ensemble dégage toujours une classe folle. On note aussi la présence de textes en français ce qui le rend accessible à tous. Une très bonne pioche ! (Jeu PS4 testé en émulation sur PS5)

 

Yves Revert : Beau drôle

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Par MAB

Sans doute son nom est-il tombé dans les oubliettes de l’histoire. Qui, en effet, connaît aujourd’hui Madame des Ursins ? Qui sait – à part sans doute quelques spécialistes du siècle d’Or Espagnol – qu’elle fut envoyée par Louis XIV et Madame de Maintenon, à la cour de Madrid, pour – sous couvert d’un emploi de camériste – surveiller Philippe d’Anjou fraîchement monté sur le trône ? Or ce fut une véritable aventurière, princesse forte et libre, qui un temps gouverna la moitié de l’univers ! Yves Revert, journaliste au quotidien régional « La Nouvelle République du Centre Ouest » a découvert cette diplomate lors de ses lectures sur une période de l’histoire qui le passionne. Il a alors décidé de faire de ce personnage hors du commun, l’héroïne de « Beau Drôle », son second ouvrage après « Carlos et Budd » paru en 2017 aux éditions Verdier. Précisons d’abord que pour entrer dans cette biographie très documentée, il faut en accepter une construction complexe oscillant entre présent et passé, double « je », lettres et propos rapportés. Un ensemble très travaillé. Très habile. Tout autant que l’écriture flamboyante à la langue riche et belle qui n’est pas sans rappeler celle du XVIIIe siècle. Mais disons également que, si l’on se perd un peu au début, l’assiduité est vite récompensée quand tout se met en place : on découvre alors les aventures romanesques de l’intrigante Madame des Ursins,  racontée treize ans après sa mort par le chevalier d’Aubigny, à un jeune homme venu le rencontrer dans sa demeure des bords de Loire. Lequel chevalier, affublé du sobriquet de “beau drôle” par M de Saint Simon, fut dans sa jeunesse l’amant et l’ami d’une Madame des Ursins plus âgée. Au bout du compte, on aura compris qu’ en des pages riches de précisions, Yves Revert offre au lecteur à la fois une histoire d’amour et les intrigues et péripéties du Grand Siècle finissant.

 

Gaelle Josse : Ce matin-là

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Par MAB

Première phrase du roman de Gaelle Josse « Ce matin-là, à sept heures trente, au jour montant, la voiture de Clara n’a pas démarré ».Quoi ? Juste une panne de moteur pour début d’intrigue? En principe, il suffit d’un appel au garagiste et un autre au bureau pour prévenir de son retard et la journée repart, non ? Sauf que pour Clara, c’est la goutte d’eau qui, dans la minute qui suit, provoque un torrent de larmes. Corps et âme laminés. Roulée en boule au fond de son lit. La vaillante commerciale dans une société de crédit, promue depuis peu à « des responsabilités élargies, à condition de ne pas décevoir » … L’employée modèle qui supportait sans broncher, le harcèlement de sa supérieure hiérarchique et se donnait au boulot, jours, soirs, week-end et vacances…Celle qui disait à son amoureux d’attendre un peu qu’elle ait fait carrière, pour une vie à deux… s’effondre d’un coup sans pourvoir se relever. « Brûlée, cramée, carbonisée ». Il y a désormais un mot pour décrire cet état  très grave qui arrive sans prévenir: le burn out. Au fond c’est un récit minuscule – parce qu’universel- que nous propose Gaelle Josse avec «Ce matin-là ». On croit tous savoir ce qu’est une dépression et quels sont les facteurs qui la provoquent. On sait, désormais toutes les souffrances d’une vie professionnelle en entreprise. On le vit, on le voit, on en parle. Mais jamais une écriture nous avait mis en immersion dans la tête, le corps et le cœur d’une victime ordinaire. Jamais semble t-il, on n’avait frôlé de l’intérieur, par les sensations et les émotions, un tel vertige et une telle solitude! Pourtant que ces lignes ne vous découragent pas. Bien au contraire. Car si Gaelle Josse interroge chacun de nous sur nos choix et nos désirs dans cette injonctive société de consommation, elle nous prouve aussi qu’il suffit parfois de revenir à soi et de réinventer sa vie pour pouvoir continuer. Lumineux.

Le Fantôme du cinéma français

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Par Ph.D

Il devrait être le Louis B. Mayer ou le Samuel Goldwyn français. Né du mauvais de l’Atlantique, Bernard Natan n’est que le grand oublié du cinéma français : un véritable fantôme !  Arrêté et jugé en 1939 par la police et la justice de Vichy sur de fausses accusations de malversations financières,  mort à Auschwitz et aujourd’hui totalement oublié, Bernard Natan n’a jamais été vraiment réhabilité. On lui doit pourtant d’avoir repris et sauvé de la faillite le groupe Pathé, d’avoir créé à Paris des studios de cinéma dignes de ceux d’Hollywood, d’y avoir produit et fait tourner quelques-uns des plus grands films français des années 20-30, d’avoir développé le plus grand réseau de salles de cinéma du pays, d’avoir fait découvrir aux français les premiers dessins animés de Walt Disney, d’avoir cru le premier au cinéma parlant,  à la couleur et à l’ancêtre du cinémascope…  Son seul tort aura été d’être né  juif (en Roumanie, sous le nom de Tanezapf), à la mauvaise époque et au mauvais endroit. Cela lui sera fatal, après que la crise de 1929 ait mis à mal les finances du groupe Pathé et que la montée de l’antisémitisme ait ouvert la voie à l’occupation nazie et à la collaboration. Dans un style toujours très imagé, l’historien du cinéma et biographe Philippe Durant, retrace le destin de ce grand patron visionnaire et réhabilite enfin sa mémoire. Court récit solidement documenté,  Le Fantôme du cinéma français (sous titré “Gloire et chute de Bernard Natan“) se lit comme un roman.  

 

PlutoTV : c’est pas dingo

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Par Phil Inout

Par ces temps plus ou moins confinés, on ne va pas se plaindre de voir l’offre de télévision s’enrichir dans notre beau pays. Ainsi après Salto, la plateforme de streaming de France Télévisions voici venir PlutoTV  qui se présente comme une plateforme de chaines thématiques accessible gratuitement depuis le Net ainsi que sur les smartphones et tablettes via l’application dédiée ou ses les télés connectées avec Android TV. Mise en ligne le 8 février 2021, PlutoTV propose une quarantaine de chaines de divertissement (séries, films, documentaires, téléréalité…) émettant en continu et une centaine de programmes à la demande. La double originalité de la plateforme est d’être immédiatement accessible, sans inscription ni abonnement, et de diffuser à la fois du direct et de la VoD. On peut ainsi regarder des films et des programmes télé au kilomètre comme sur sa bonne vieille téloche ou piocher dans le catalogue pour voir un vieux film américain en VF, des dessins animés japonais ou des feuilletons français datant de l’an pèbre. Bref, PlutoTV c’est pas dingo, mais c’est gratuit. Les vrais téléphages apprécieront.

Paris Police 1900

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Par Phil Inout

Le pitch

Paris 1899, la République est au bord de l’explosion, prise en étau entre les ligues nationalistes et antisémites et la menace anarchiste. Le cadavre d’une inconnue retrouvé dans la Seine va propulser un jeune inspecteur ambitieux (Jérémie Laheurte) au cœur d’une enquête criminelle qui révélera un lourd secret d’État. Il va croiser la route de Lépine (Marc Barbé), de retour à la tête d’une Préfecture vérolée par les luttes de pouvoir, de la première femme avocate et d’une courtisane reconvertie en espionne… Ces personnages que tout oppose vont s’unir pour affronter un coup d’état. La Belle Époque n’a de belle que le nom…

Ce qu’on en pense

Nouvelle fiction de prestige de Canal +, Paris Police 1900 marche sur les traces du Bazar de la charité et de Peaky Blinders , même si,  côté réalisation et reconstitution d’époque, on est plus près des Brigades du Tigre. La série de Fabien Nury, auquel on doit déjà l’oubliable Guyane, ambitionne d’explorer de manière assez crue les méandres d’une époque violente et profondément antisémite, par le biais d’un thriller mêlant crime et politique. Côté sexe et hémoglobine, on est gâté ! L’intrigue et les personnages, par contre, laissent à désirer. Et le portrait que dresse la série de la France de la “Belle époque” est si peu ragoûtant qu’on n’a pas forcément très envie d’y revenir. Ce qui peut s’avérer gênant pour une fiction en 8 épisodes…