Ça vient de sortir

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Sophie Avon: Une Femme remarquable

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Par MAB

On ne sait pas toujours avec Sophie Avon où finit l’autobiographie et où commence la fiction. Elle a beau préciser « roman » à l’entame de ses œuvres – « Une femme remarquable » est la douzième – elle avoue ensuite,  parfois d’emblée, parfois à mi-parcours, parfois en postface, qu’il s’agit du récit de sa vie ou de la vie des siens. Voilà, cette fois, ce qu’elle écrit de son héroïne éponyme: « Ma grand-mère a beau se transformer en personnage de roman, elle a néanmoins traversé les aventures que je lui prête. Les faits sont là. Le reste est en mon pouvoir, je me glisse dans le cœur de Mime qui se soigne avec les mots. » et un peu plus loin d’elle-même en tant qu’auteure et narratrice «  Le travail de fouilles auquel je me livre tient autant de l’exhumation que de la rêverie ». Pour cette nouvelle « recherche », un terme cher à Proust, Sophie, la bordelaise, s’est transportée dans l’Algérie des années trente, quarante et cinquante, du siècle dernier. S’inspirant pour écrire ces solaires et mélancoliques mémoires , de conversations avec son père, avant qu’il ne disparaisse; d’entretiens avec ce qui lui reste de famille aujourd’hui, de documents topographique, s notamment sur Oran et ses environs. Comme également de témoignages historiques retraçant les traumatismes collectifs de sa terre natale. L’œuvre achevée, c’est ainsi tout un passé qui s’est recomposé à travers la vie de Germaine, surnommée Mime, mariée à Marius en 1925, fâchée, on ne sait pourquoi, avec sa sœur jumelle Suzanne, et qui ne se remettra jamais de la mort de sa petite Simone, agée de 5 ans. Au fil des pages chronologiques, revivent intensément des êtres et des lieux. Des chagrins et des joies. Des colères et des combats. Sophie Avon est en empathie avec chacun des personnages. Par son sens du détail et du petit fait vrai, elle donne à voir, à entendre et à ressentir : le sort d’une femme à la nature éruptive, porteuse au fond de toutes les frustrations et émancipations féminines. Mais aussi celui d’un enfant discret, endeuillé, lui aussi, à jamais de cette petite sœur (Henri qui deviendra le père de Sophie). D’une ville de soleil et de mer. Enfin, d’un pays qui allait encore de Dunkerque à Tamanrasset jusqu’à ce qu’après les terribles souffrances de Mers El Kebir, adviennent les premiers coups de fusil précurseurs du terrible conflit à venir. Un beau roman familial tendre et puissant comme on aimerait pouvoir et savoir l’écrire, voire le faire lire, à nos disparus.

 

Chivalry 2

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Par Cédric Coppola

Depuis Iron Lord et Defender of the Crown, publiés à la fin des années 1980 sur Atari ST et Amiga 500, le moyen âge a démontré qu’il était un univers propice aux jeux vidéo. Plus récemment For HonorMordhau ou encore Kingdom Come Deliverance ont su se démarquer par leur capacité à immerger les gamers dans des joutes techniques et souvent violentes. Sorti en 2012, Chivalry s’était illustré par la qualité de ses combats multi-joueurs et tranchait avec les habituelles fusillades chères à Call Of Duty. Neuf ans plus tard, Torn Banner Studios revient avec une suite, qui améliore la formule originale sur bien des niveaux. Sur PS5, le gap graphique est notable. Le jeu est beaucoup plus beau, très fluide et on se plait à partir en guerre pour en découdre avec 63 autres joueurs. Mais attention, s’il est possible de former des équipes ou de partir en solitaire, tout se déroule contre des adversaires humains. Pas de mode histoire, de campagne ou de possibilité de s’amuser déconnecté du web. Une donnée à prendre en compte lors de l’achat. Les modes de jeux sont aussi, pour l’heure, réduits au strict minimum et on ne note que huit cartes. Heureusement ces dernières sont suffisamment vastes et bien pensées, avec de nombreux secrets à la clé. Dualsense en main, on donne des coups horizontaux, verticaux, puissants (mais lents) ou faibles (mais rapides). Un petit dash apporte du dynamisme et les contres sont de la partie. Chaque guerrier – qui appartient à l’une des quatre classes comme l’archer ou le traditionnel chevalier – peut aussi lancer des armes sur ses ennemis afin de prendre l’ascendant. Un petit temps de prise en main est toutefois nécessaire pour comprendre les subtilités du gameplay, à commencer par l’inertie et la rotation du corps de son lancelot virtuel. Pas de panique, le titre demeure accessible et dispose d’une grosse marge de progression. (Jeu testé sur PS5)

 

 

Don DeLillo : Le Silence

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Par Philippe DUPUY

Roman du siècle ou fumisterie totale ? On est obligé de se poser la question en refermant le dernier Don DeLillo. Le Silence évoque plus qu’il ne décrit le “grand shutdown. Un dimanche soir,  alors qu’ils attendent des amis pour regarder la finale du Super Bowl , quelques jeunes gens réunis dans un appartement  New Yorkais constatent l’évidence : plus rien ne fonctionne. Plus de télé, plus de téléphone, plus d’internet, plus d’électricité… Silence sur les ondes et  noir total sur les écrans.  Sidérés, ils attendent le retour à la normale en échangeant  des banalités, font l’amour, dorment, mangent et boivent.  Rien ne se passe. Les écrans restent noirs comme la couverture de ce petit bouquin de la taille et de l’épaisseur d’un smartphone grand format identique à celui qui illustre la couverture.  Que s’est-il passé ? On ne sait pas puisqu’aucun système de communication ne fonctionne. Que se passe-t-il à l’extérieur ? On ne sait pas trop, non plus (vu des fenêtres de l’appart : des rues remplies de monde, puis désertes). Que va-t-il se passer ? Le pire probablement (l’exergue du roman cite Einstein : “J’ignore de quelles armes usera la 3e guerre mondiale mais la 4e se fera à coups de batons et de pierres“). Déjà,  il commence à faire très froid dans l’appart et la nourriture ne va pas tarder à manquer.  Mais rien n’est clairement exprimé, ni décrit.  Peut-être parce que, comme pour l’actuelle pandémie,  tout le monde s’y attendait sans y croire et que devant l’évidence du désastre, les mots sont inutiles  ?  “La situation actuelle nous apprend qu’il n’y a rien d’autre à dire à part ce qui nous traverse l’esprit et dont de toutes façons aucun d’entre nous ne se souviendra” dit l’un des protagonistes. Cela explique la pauvreté du discours (mais pas de l’écriture) et la brièveté du texte,  qui tient sur à peine 106 petites pages.  Le lecteur peut en concevoir une légitime frustration: après un pitch génial, l’auteur le laisse en plan. A lui d’imaginer le film qui pourrait être tiré de ce non-roman ou d’en écrire la suite. S’il manque d’imagination,  il pourra toujours relire Cormack McCarthy (La Route) ou Barjavel (Ravage) et revoir tous les films post-apocalytiques des trois dernières décennies. Mais tout bien considéré,  il ne manque vraiment qu’un mot à ce texte aussi lapidaire que génial. Et il résume tout,  mieux encore que le titre : Fin. 

 

Halo’s Eve

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L’aventure Press Gang Metropol prématurément terminée, le Niçois Sébastien Bernard qui y officiait comme chanteur revient avec un projet solo conçu pendant le premier confinement : “Quand notre bassiste s’est tiré pour reformer son ancien groupe et qu’on est passé en confinement1, ma copine m’a convaincu que c’était une opportunité. Je me suis enfermé avec mon matos et j’ai tout fait tout seul de A à Z. J’ai bossé comme un fou,  mais ça valait la peine“. Effectivement. Les 6 titres du EP sonnent le feu, ambiance  “Dark Synth Wave”. Les influences DM (Depeche Mode pour les non intimes) sont toujours présentes dans le chant,  mais les compos sont plus torturées,  avec des accents à la Nine Inch Nail/Dead Can Dance.Quand tu te retrouves sur un projet solo, c’est forcément plus introspectif, voire thérapeutique” plaisante (à moitié) Sébastien,  qui espère pouvoir porter le projet en live rapidement avec un trio de musiciens. C’est tout le mal qu’on se souhaite. En attendant le clip de “Pharos“, le premier single , fait l’affaire. Longue vie à Halo’s Eve ! 

Felixita : sur un “Nunuage”

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(Photo Andrea Montano)                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                      Par Phil Inout

Son premier clip nous avait mis sur un “Nunuage” : Felixita signait avec cette vidéo gorgée de soleil, de cascades et d’humour ce qui a été  un des tubes de l’été 2020. Repérée  en première partie d’Izia, la jeune Niçoise à la voix enrouée mais haut perchée et au tempérament affirmé a profité des  confinements  pour peaufiner son projet solo, mettre en images sa reprise de J’aime les filles de Jacques Dutronc transformée en J’aime les gars et sortir son premier EP. On a voulu savoir qui se cachait sous ce pseudo prometteur

Felixita, c’est un hommage à la chanson d’Al Bano et Romina Power ?

Un peu, pour le côté San Remo et Dolce Vita…  Mais c’est surtout l’idée du bonheur et du plaisir que j’essaie de communiquer avec mes chansons. Surtout le plaisir. Parce que le plaisir, moi j’aime ça  ! (rires).

Qu’est ce qui vous a décidée à chanter ? 

Au départ, je voulais être actrice. Après le lycée (Massena/Calmettes), je me suis inscrite dans un cours de théâtre à Paris,  mais j’étais hyper nulle. Pour mémoriser mes textes,  j’étais obligée de me les chanter. Un jour que j’allais en répète en vélo, en chantant mes textes dans ma tête, je me suis pris un abribus et je me suis fait hyper mal. Je ne sais pas si ça s’est mélangé ou quoi, mais pendant ma convalescence j’ai décidé de laisser tomber les cours de comédie et de me lancer dans la chanson. Je suis rentrée à Nice et j’ai commencé à écrire…

D’où vous vient ce goût pour la chanson vintage?

Dans l’atelier de ma mère à Nice, il y a avait Radio Nostalgie en fond sonore. J’ai été baignée de chansons françaises : Dalida, Claude François, Charles Aznavour, Françoise Hardy… J’ai toujours aimé ça, même si après, au collège, pour brancher les garçons,  j’apprenais par cœur les textes des rappeurs du moment et les chants des supporters de l’OGC Nice… Quand j’ai commencé à écrire mes chansons sur le piano de la maison,  à Nice, c’est sorti comme ça. Je revendique aussi mes racines sudistes : un côté contemplatif, jouir de la vie, faire la sieste… Ne rien faire, mais avec force ! (rires) 

Le tournage du clip de “Nunuages” a dû être épique ?

C’est rien de le dire ! J’ai réalisé moi-même toutes les cascades, sans doublure  (rires). Le pire c’est qu’on a tourné au mois de janvier : l’eau était hyper froide. Le saut de la Rascasse, j’ai cru mourir… Je voulais que le clip ait un côté “vieux film français”…  En fait, je voudrais écrire des chansons de films de Belmondo !  (rires)

Rolling Stones Unzipped

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Par Ph.D

Tout le monde ne pourra pas aller visiter l’expo Rolling Stones Unzipped à Marseille et c’est bien dommage car elle est superbe. Par contre,  tout le monde pourra se procurer chez son libraire, à un prix d’ami,  le volumineux catalogue de l’expo qu’a eu la bonne idée de publier la maison Flammarion avec une distribution à l’échelle nationale. Plus un beau livre qu’un catalogue d’ailleurs, l’ouvrage viendra compléter la collection déjà fournie des fans en la matière. Les 400 artefacts présentés dans l’exposition (costumes, carnets, instruments, maquettes, pochettes, affiches…) y sont photographiés et commentés dans une présentation luxueuse, sous une jaquette rigide noir et rouge du meilleur effet. Sa lecture offre une plongée immersive au coeur de l’univers Stones,  en même temps qu’un souvenir-hommage à la ville rebelle qui les a si souvent accueillis. Indispensable.

 

Philippe Grimbert: Les morts ne nous aiment plus

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Par Denis Allard

Paul est un écrivain, psychanalyste et conférencier renommé. Son sujet de prédilection lors de ses colloques est le deuil, qu’il connaît bien, ayant lui-même perdu autrefois un enfant. Un jour, il frôle la mort suite à un arrêt cardiaque. Sauvé in extremis par sa femme, il devra à son tour subir le décès soudain et dramatique de son épouse dans un accident de voiture. Rongé par la culpabilité, Paul plonge alors dans un état dépressif sans espoir de sortie. Sa rencontre avec Jacob Shade, créateur de la société Ternity, lui offre la solution : utiliser l’intelligence artificielle et les datas pour continuer à dialoguer avec l’avatar de son épouse dans « l’au-delà ». Mais la déception arrive vite. Dans ce roman plein de suspense, Philippe Grimbert revisite le mythe d’Orphée en version 2.0. Le thème du temps constitue le fil rouge de l’histoire ou comment faire perdurer le lien à l’autre en le dépassant. Il nous invite également à réfléchir sur les promesses des nouvelles technologies qui repoussent sans cesse les limites jusqu’à prétendument dépasser la mort. Un récit fort, émouvant et surtout lucide sur notre époque.

 

François Rousseaux : Pour tout l’or du monde

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Par MAB

Quelle malédiction a frappé la région nantaise en 2011 et 2017 ? Il y eut d’abord la trop fameuse affaire Dupont de Ligonnès. Celle que la revue Society  a minutieusement revisitée récemment, raflant au passage des records de tirage en kiosque avant la publication d’un livre et bientôt d’une adaptation en série. Puis six ans plus tard, celle de la famille Troadec. Tout aussi hallucinante. Tout aussi sanglante. C’est donc la seconde qui nous intéresse aujourd’hui. Pour la bonne raison que le journaliste François Rousseaux, vient de lui consacrer un livre enquête publié chez Fayard. Rappel des faits : Dans la nuit du 16 au 17 février 2017, à Orvault dans la banlieue Nantaise, un couple et ses deux enfants disparaissent. Pascal, Brigitte, Sébastien et Charlotte Troadec ne répondent plus aux appels. Pascal ne se présente pas à son travail. Brigitte, non plus. La voiture de Sébastien s’est volatilisée et quand la police parvient à entrer au domicile familial, elle constate l’absence de corpsFrançois Rousseaux a – comme Florence Aubenas pour  L’inconnu de la poste  – mis plusieurs années à compiler les éléments. Ce qui l’intriguait dans cette tragédie, c’est d’abord cette histoire de pièces d’or. Une caisse entière disparue à l’aube de la seconde guerre mondiale lorsque l’on évacuait à la hâte la réserve de la banque de France vers le Canada. Le père de Pascal l’aurait trouvée sur un chantier de Brest. Il se serait confié à son fils, avant de mourir. En l’absence de magot, Renée Troadec, la mère, Hubert Caouissin, le gendre et Lydie Caouissin Troadec la sœur, sont persuadés que Pascal l’a détournée… Le livre de François Rousseaux dresse un portrait sensible et circonstancié de chacun des protagonistes : les victimes, les accusés mais aussi les acteurs judiciaires. L’ensemble avance comme une série, ménageant même un bon suspense pour qui ne connaît pas l’épilogue. Le procès va se tenir aux Assises de Loire Atlantique à partir du 21 juin prochain et deux positions vont s’affronter : un meurtre calculé selon la partie civile, même si l’accusation n’a pas retenu la préméditation ou alors l’accident absurde, une bagarre qui aurait très mal tourné,  selon la défense ? A vous de juger après lecture.

Billy Gibbons : Hardware

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Par Ph.D

Il faudrait plus qu’une misérable épidémie de coronavirus pour arrêter Billy F . Gibbons. Décidément infatigable,  le guitariste de ZZ Top revient avec un nouvel album solo alors que le précédent, The Big Bad Blues paru en 2018 tourne encore régulièrement sur nos platines. Différence notable, alors que le précité était un éloge de la lenteur bluesy, Billy a remis la gomme pour ces 11 titres de rock’n’roll pied au plancher qui dépotent sévèrement. Le titre ne ment pas:  c’est du costaud ! Contrairement à son pote Angus, radin du solo sur le dernier AC/DC, Billy envoie la cavalerie sur quasiment tous les titres, doublant même la mise sur le bien nommé “She’s on fire“,  un des sommets de l’album. C’est si vrai qu’on se demande ce qui a empêché notre barbu préféré de reformer son “vieux petit groupe du Texas” pour cet album,  qui aurait largement pu figurer dans le Top (10) du (ZZ) Top.

Kajillionaire

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Par Philippe DUPUY

Le Pitch

Theresa et Robert (Richard Jenkins, Debra Winger) n’ont appris à leur fille unique, Old Dolio (Evan Rachel Wood), qu’à escroquer, arnaquer et voler à toute occasion. Pour leur prochain coup, ils recrutent une jolie inconnue, Mélanie (Gina Rodriguez), rencontrée par hasard. Son arrivée va dangereusement bouleverser la routine d’Old Dolio…

Ce qu’on en pense

Découverte en 2005 avec l’étonnant  Moi, toi et tous les autresMiranda July appartient à une lignée de cinéastes indépendants bien barrés, qui va de Wes Anderson à Gregg Araki en passant par Michel Gondry ou Quentin Dupieux. Kajillionaire est son troisième long métrage et son meilleur à ce jour. Il met en scène une famille qui pourrait rappeler par certains cotés celle de Parasite, la Palme d’or de Bong Joon-ho : un couple de quasi SDF qui vit d’expédients et de vols à l’étalage,  dont ils entassent le butin dans un hangar de zone industrielle régulièrement inondé par les débordements de l’usine à bulles d’à côté. Leur fille de 26 ans,  baptisée Old Dolio en mémoire d’un SDF qui avait touché le loto, est quasi autiste. Mais elle va s’ouvrir à la vie au contact de Mélanie,  une fille de son âge que sa curiosité (et peut-être déjà un petit cruch pour Old Dolio) pousse à suivre ce curieux trio. Le film se déploie en petites vignettes drolatiques où le burlesque côtoie l’absurde et le tragique. Il est porté par la performance d’Evan Rachel Woods (méconnaissable avec ses longs cheveux filasses , son jogging informe et sa voix d’outre tombe) et celle de Gina Rodriguez,  qui lui donne la réplique dans le rôle de la pétulante Mélanie. C’est drôle et émouvant et toujours surprenant : on ne sait jamais sur quoi va déboucher la scène en cours, jusqu’au final qui vous cueille par surprise et pourrait bien vous arracher des larmes de bonheur.

Les Heureux du monde

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Par Ph.D

“Tant de fêtes”…  La dédicace de Tendre est la nuit à Gerald et Sara Murphy, qui ont inspiré le couple du roman, Nicole et Dick Diver, dit en trois mots ce que Stéphanie Des Horts  distille en 350 pages dans son nouveau roman : la douce folie des années 20 sur la Côte d’Azur,  quand ce couple d’américains fortunés et leurs amis écrivains et artistes (Fitzgerald, Dos Passos, Picasso, Hemingway, Cole Porter, Fernand Leger…) inventaient la saison estivale à Juan Les Pins, Antibes et Cannes. Persuadant le directeur de l’Hôtel du Cap de laisser l’hôtel ouvert pour l’été, avant de poser leurs valises à la Villa America. Campant à la Garoupe et y organisant des fêtes costumées  dignes de Gatsby le Magnifique.  Scott Fitzgerald y écrira son chef d’oeuvre, dans lequel le couple ami se confond avec le sien, les visages de la (pas si) sage Sara Murphy et de Zelda la folle se superposant dans un final dramatique….  Stéphanie Des Horts fait revivre les riches heures de la french riviera dans un style alerte qui épouse le mode de vie débridé de ces beautiful peoples, jet setters avant l’heure. On les suit entre New York, Paris,  Pampelune et Antibes, emportés sur un air de Cole Porter, dans un tourbillon de bulles de champagne, de création et de discussions enflammées. Sara Murphy est l’héroïne du roman,  l’être que chacun désire, moteur sexuel de toutes ces fêtes et de tous ces voyages transatlantiques. Tout est vrai ou a pu l’être, suggère l’auteure. Comme cette idylle d’un soir avec Picasso… 350 pages, c’est peut-être beaucoup pour un roman qui aurait été formidable en 120. Mais il sera parfait pour la plage cet été.   A La Garoupe, ou ailleurs…

Javier Cercas : Terra Alta

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Par MAB

Terra Alta est la première incursion dans le polar populaire de Javier Cercas, l’un des grands écrivains contemporains de langue espagnole. Un épais et profond roman noir qui non seulement se réfère habilement aux Misérables  de Victor Hugo, mais s’apparente aussi par la technique narrative au grand Simenon. Voire  aux films âpres et engagés comme l’était La Isla Minima. Bonne nouvelle ! C’est aussi le premier tome d’une trilogie dont le second volume est déjà sorti en Espagne.  D’abord le titre: Terra Alta. Il s’agit d’un coin isolé dans l’extrême Sud de la Catalogne. Un lieu de mémoire ou se déroula en 1938, la sanglante bataille de l’Ebre. Un« détail » historique qui aura son importance dans cette intrigue contemporaine dont bien des secrets plongent leurs racines dans la guerre. Car, les lecteurs de Cercas le savent: depuis  Les soldats de Salamine , l’écrivain reste obsédé par la volonté de disséquer couche après couche le conflit espagnol. Même si, pour l’heure, il nous fait suivre uniquement l’ombrageux Melchor: sa vie au présent comme flic enquêteur dans une horrible affaire de tortures et assassinat d’un couple de vieux notables. Mais aussi par longs flash-back son passé de malfrat, et ses années de prison, à la fois éclairées par la lecture et relecture des Misérables et endeuillées par l’annonce de la mort de sa mère. Elle était prostituée dans les bas fonds de Barcelone. Elle fut massacrée dans un terrain vague. Ainsi, on aura compris que Terra Alta joue sur la dualité. Le héros est à la fois un Jean Valjean et un Javert, les deux personnages antinomiques de Hugo. Le lecteur, lui, suit de front l’enquête officielle sur le mystérieux double meurtre et les investigations officieuses que Melchor mène depuis des années pour confondre le ou les assassins de sa mère. Le balancier entre passé et présent est parfaitement équilibré. L’action et l’introspection, de même. Et si la société espagnole d’aujourd hui (il y est question aussi des attentats de Barcelone de Août 2017) est analysée, les souffrances de celle d’hier, tout autant. Une lecture passionnante, couronnée du Prix Planeta, l’équivalent de notre Goncourt.  

Nevché : The Real Story

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On avait laissé Fred Nevché du côté de  Valdequeros,  album voyageur qui l’a conduit à se produire plusieurs fois sur la Côte avant la pandémie. On le retrouve avec The Unreal Story of Lou Reed, album-hommage au prince noir du rock new yorkais,  dont le poète electro Marseillais nous raconte ici la véritable histoire

Comment as-tu vécu le confinement ? 

Pas bien. C’est une disposition qui appartient à d’autres régimes. Tout s’est arrêté, il a fallu adapter notre stratégie pour survivre. Du coup, le spectacle sur Lou Reed est devenu un disque

D’où est venue l’idée de cette “histoire irréelle” de Lou Reed ?

Au départ, c’est une proposition du festival Le goût des autres au Havre. Ils avaient aimé mon travail sur Marilyn Monroe et Kurt Cobain et voulaient que je fasse un peu la même chose sur Lou Reed

Qu’est-ce qui t’intéressait particulièrement dans le personnage ? 

Sa dimension poétique bien sûr. C’est presqu’un idéal pour quelqu’un comme moi qui a le cul entre deux chaises :  la poésie et la chanson. Lui a réussi à mélanger de la poésie dérangeante avec de la musique populaire et à en faire des tubes. Il avait une vraie volonté de s’affirmer comme écrivain, de donner au rock son âge adulte. Cela permet d’éclairer le mythe sous un jour nouveau. Le but n’était pas de faire des reprises… 

Il y en a deux pourtant sur l’album : “Perfect Day” et “Vicious”…  

Une et demi en fait. Vicious est plus une interpolation. J’adore l’album Transformer, dont elles sont tirées même si le Lou Reed du Velvet avec Nico est plus arty. Dans les musiques de French79  qui se sont imposées il y avait ces deux-là…

Comment avez-vous travaillé avec French79 ?

C’est simple : il a fait toutes les musiques, moi les textes avec d’autres que j’ai commandés. On avait travaillé ensemble sur Valdevaqueiros qu’il avait réalisé. Quand la proposition est venue du Havre, j’ai tout de suite pensé à lui parce que je voulais faire un truc sans guitares. Simon (Henner alias French79 NDLR) était tout indiqué pour ça.

Pourquoi avoir intitulé l’album “The Unreal Story” alors que les textes sont, au contraire, trés biographiques ? 

Mais pas que. Je voulais raconter l’histoire vraie avec la liberté de la subjectivité. Une sorte de journal imaginaire,  appuyé sur des détails biographiques réels. Un peu comme de la réalité augmentée… 

On pourra voir le show bientôt ?

J’espère bien ! Mais pour le moment,  on n’a qu’une date de certaine : le 16 juillet au festival Oh les beaux jours à Marseille. On sera tous les deux sur scène avec des écrans et des machines. On projette une interview de Lou Reed en gros plan avec ma voix qui se substitue à la sienne, c’est assez étonnant…

Et après ? 

Je travaille sur une transposition de Valdevaqueiros avec un orchestre baroque qu’on devrait enregistrer en live l’année prochaine.

R-Type Final 2

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Par Cédric Coppola

Pour beaucoup de gamers, le simple nom R-Type provoque des frissons. Véritable monument du shoot’em up à défilement horizontal, qui a vu le jour en 1987 dans les salles d’arcade, le jeu a participé à démocratiser un genre – trop – souvent délaissé aujourd’hui. Depuis, la licence, a connu de nombreuses suites, qui à quelques exceptions près sont oubliables, car pas au niveau de l’opus original. Aujourd’hui c’est au tour de Granzella de s’essayer à l’exercice, pour un résultat honnête, qui s’adresse avant tout aux fans, tels ceux qui ont permis au projet de voir le jour, via le financement participatif. Porté par des décors en 3D, Final 2 se parcourt de façon classique. Le décor défile pendant que les ennemis débarquent aussi bien de la droite que de la gauche pour tenter de pulvériser notre vaisseau. Heureusement, pour se défaire de ces ennemis, plusieurs types de munitions peuvent être récupérés en cours de route et le fameux module – marque de fabrique de la saga – se détache du véhicule pour aller occire quelques extraterrestres supplémentaires. De quoi pimenter cette bataille intergalactique… qui manque un peu de peps, n’arrivant pas à procurer l’adrénaline des meilleurs shooters. De la même façon la direction artistique ne dégage pas une personnalité suffisamment forte pour nous immerger pleinement dans l’espace et on passe de niveau en niveau sans jamais s’émerveiller devant l’un d’eux. Le level-design est lui aussi trop générique. Bon point toutefois, il est possible de personnaliser son pilote et son vaisseau. Dispensable certes, mais toujours bon à prendre… (Jeu testé sur Nintendo Switch)

 

 

Black Keys : Delta Kream

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Par Ph.D

Il paraît que l’été sera caniculaire : on veut bien le croire. L’écoute du nouveau Black Keys en donne un avant-goût. Dan Auerbach et son comparse Patrick Carney sont retournés à la source de leur inspiration première, le hill country blues incarné par R. L. Burnside (1926-2005) et Junior Kimbrough (1930-1998) , dont ils avaient déjà fait des reprises sur leur premier album (le bien nommé The Big Come Up en 2002). Deux bluesmen ruraux qui ont vendu leur âme au diable au fameux Crossroad et doivent bruler dans les flammes de l’Enfer vue la température que dégage leur musique aujourd’hui encore.  Delta Kream est un disque de reprises qui s’écoute avec une bière à la main et une guitare sur les genoux, l’ampli allumé et la disto à 9. Les parties de slide d’Auerbach sont les plus sales qu’on ait entendues depuis le premier George Thorogood et Billy Gibbons de ZZ Top ne renierait aucun de ses chorus. La formule est simpliste : guitare-voix/batterie/ basse. On n’a jamais fait mieux pour jouer le blues électrique. Ca sent le bayou, la sueur,  le stupre, le thermomètre à 120° Fahrenheit et le ventilateur qui brasse l’air humide. Le disque de l’été 2021, à coup sûr.