Ça vient de sortir

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Rock’n’Roll Show

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En 1990, Dick Rivers, Francis Cabrel et un groupe de musiciens baptisé Les Parses donnent au Bataclan une série de concerts, suivie d’une discrète tournée dans de petites salles. Le répertoire est composé à 100% de classiques du rock que Cabrel et Dick Rivers interprètent à tour de rôle. Ca va de “Roll Over Beethoven” à “Mystery Train” en passant par “Summertime Blues“, “Good Golly Miss Molly” ou “Memphis Tennessee“. Tout est joué dans l’esprit des originaux, l’énergie et le plaisir de jouer ensemble sont palpables. Les spectacteurs n’en reviennent pas de voir Francis Cabrel jouer les rockers et savourent le plaisir d’écouter Dick Rivers chanter ses chansons favorites avec un backing band idéal. Et puis les deux hommes reprennent le cours de leurs carrières respectives et, à part ceux qui y ont assisté,  tout le monde oublie ces concerts joyeux. Il a fallu la mort de Dick pour que Denys Lable, le guitariste des Parses (et de Cabrel), se souvienne qu’il avait gardé les bandes enregistrées des concerts du Bataclan et une VHS du show. Rencontré à l’enterrement du rocker Niçois, Cabrel a donné son accord pour les sortir, en hommage à son camarade disparu. Et voilà le coffret dans les bacs : on y découvre un Cabrel chanteur de rock à la voix presque méconnaissable et au jeu de guitare affuté. Dick Rivers chante divinement, le groupe assure, les titres défilent comme à la parade du 4 juillet. C’est bon de retrouver Dick en si bonne forme et en si belle compagnie. Seul bémol, le son n’est pas terrible. Le disque aurait mérité une production plus fastueuse, mais on est déjà contents qu’il existe.

Sébastien Tellier: Domesticated

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Depuis “Biarritz en été” (2012),  le nouvel album estival de Sébastien Tellier est attendu comme l’ouverture des plages statiques. Avec son nouvel effort,  le Didier Raoult de la french touch ne déçoit pas : Domesticated sera bien un des disque de l’été 2020. Les nappes de synthés et la voix vocodée appellent irrésistiblement au farniente, aux apéros piscine et à sortir le bateau. Si on voulait aller un peu plus loin dans l’analyse (mais il fait déjà trop chaud pour ça), on pourrait trouver l’ensemble (8 titres) un peu répétitif et paresseux. Légèrement indigent aussi niveau textes qui, comme le titre de l’album l’indique,  vantent les joies de la vie domestique. Possible héritier de Christophe, Tellier est dans le Beau, mais il lui manque le Bizarre pour être au niveau du créateur d’Aline et des Mots Bleus.

The Outsider

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Le pitch

Le corps atrocement mutilé d’un garçon de onze ans est retrouvé dans une petite ville de l’Oklahoma. Les empreintes digitales et l’ADN présents sur les lieux du crime désignent aussitôt le coupable : Terry Maitland (Jason Bateman), l’un des habitants les plus respectés de la ville, entraîneur de l’équipe locale de baseball. L’affaire semble évidente à un détail près : Terry Maitland a un alibi en béton armé. Il était en effet à plusieurs centaines de kilomètres au moment où le meurtre a été commis. Le détective Ralph Anderson (Ben Mendelsohn) , proche de Maitland, est chargé de faire la lumière sur cette affaire pour le moins étrange. Et son explication pourrait bien dépasser l’entendement…

Ce qu’on en pense

Après un passage réussi au cinéma (Love Stinks, Juno, Hancock) , Jason Bateman qui a débuté sa carrière sur le petit écran  (La Petite maison dans la prairie, Arrested Development) fait un retour gagnant dans l’univers des séries en produisant deux des fictions phares du moment,  dans lesquelles il joue également: Ozark (l’histoire d’un comptable contraint de blanchir les centaines de millions de dollars d’un cartel mexicain)  et The Outsider qui vient de débarquer en France sur OCS. Adapté d’un roman de Stephen King par Richard Price (The Wire, The Deuce) et Dennis Lehane, The Outsider débute comme une classique série policière par une enquête à la True Detective dans un bled rural de l’Oklahoma. Un jeune garçon a été violé et assassiné dans des conditions atroces et tout accuse Terry Maitland (Jason Bateman), un  père de famille bien sous tous rapports,  coach bénévole de baseball pour les enfants du patelin. Plusieurs témoins l’ont vu revenir de la forêt couvert de sang le jour du crime, les vidéos de surveillance prouvent leurs dires, ses empreintes et son ADN sont partout sur les lieux. Le détective Ralph Anderson (Ben Mendelsohn, excellent) décide donc de l’interpeller sans même l’interroger,  pendant un match de l’équipe junior auquel assistent tous les parents. Mais l’avocat de Maitland aura tôt fait de prouver qu’à l’heure du meurtre son client assistait à une conférence publique à 100 kms de là.  Après une série de  réactions en chaîne dramatiques , qui vont endeuiller et traumatiser la communauté locale,  l’enquête prendra un tour surnaturel avec l’intervention d’un enquêtrice privée, férue d’esprits maléfiques et de doppelgangers, dans la pure tradition des romans de Stephen King. Une superbe adaptation qui réussit le tour de force de marier les univers du thriller et du fantastique, dans une ambiance poisseuse et angoissante à souhait. Bien qu’étirée sur dix épisodes d’une heure, l’histoire tient en haleine jusqu’à la révélation finale, en jouant avec les nerfs  du spectateur. Une des meilleures séries du moment. 

 

Hoshi : Soleil Levant

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Paru en sortie de confinement, le deuxième album d’Hoshi cartonne dans les bacs et en streaming. C’est justice, car il est excellent. Meilleur que son prédécesseur, Il suffit d’y croire , paru en 2017, parce que plus mature, plus personnel, plus engagé aussi. Et quasi visionnaire  si on s’en tient aux paroles d'”Enfants du danger” (“Il nous faudra des masques/Mais pas pour s’déguiser/Ca restera sur notre face/Pour pouvoir respirer“). Pas la meilleure chanson du disque, mais de circonstance. Dans le reste de l’album, Mathilde Gerner chronique sa vie, ses amours, ses emmerdes et ses engagements de jeune femme des années 2020. Le moindre n’étant pas celui contre l’homophobie. “Amour censure“,  avec lequel elle a réveillé  les Victoires de la musique,  est probablement sa meilleure chanson : un véritable hymne à l’amour qui transcende les genres. Musicalement comme au niveau des textes, Hoshi confirme avec cet album qu’elle est le pendant féminin d’Eddy de Pretto. Ces deux-là sont ce que la chanson française a produit de meilleur ces dernières années.

Les Misérables

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Le Pitch

Stéphane (Damien Bonnard), tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil, dans le 93. Il découvre ses nouveaux coéquipiers, Chris (Alexis Manenti) et Gwada (Djebril Didier Zonga), deux « Bacqueux » d’expérience qui se la jouent cowboys. Stéphane se rend vite compte que leur comportement ne fait qu’accentuer les tensions qui règnent entre les différents groupes du quartier. Alors qu’ils se trouvent débordés lors d’une interpellation et qu’un jeune est gravement blessé par un tir de flashball inconsidéré, ils s’aperçoivent qu’un drone filmait leurs moindres faits et gestes. Une course-poursuite s’engage dans la cité pour récupérer ces images compromettantes… 

Ce qu’on en pense

Enfant des cités de Montfermeil, où il vit toujours, membre du collectif Kourtrajmé avec ses copains Kim Shapiron et Romain Gavras, Ladj Ly ne pouvait rêver meilleure entrée en cinémaen compétition à Cannes pour son premier long-métrage, il y a  décroché le Prix du jury et son film représentera la France aux Oscars. Entamé sur un mode plutôt décontracté et souriant, sur le souvenir de la vague bleue-black-blanc-beur, avec l’étonnante Jeanne Balibar en patronne de la BAC dragueuse, bizutage du bleu et tchatche à tous les étages, le film monte progressivement en pression vers un final éprouvant, prémonitoire des récentes agressions de policiers et de pompiers dans les cités. De La Haine (dont il pourrait constituer le pendant policier), à Ma 6T va cracker en passant par Polisse et Do The Right Thing, Ladj Ly avançait en terrain balisé, voire miné, avec ce classique scénario de « film de cités ». Il s’en sort pourtant avec brio, grâce à une réalisation nerveuse, une excellente direction d’acteurs (Damien Bonnard et Alexis Manenti brigueront sans doute un César) et de très bons dialogues. Tous les personnages existent à l’écran malgré leur grand nombre (sacrée galerie de portraits !) et la montée en puissance vers le déchaînement de violence final est parfaitement gérée. Le spectateur reste scotché à son fauteuil. Certes, on pourrait se passer de la référence un peu scolaire à Victor Hugo (qui s’inspira de cet « endroit paisible sur la route de rien » qu’était à son époque Montfermeil pour y situer une partie des Misérables) dans le titre et dans la morale du film (« Il n’y a ni mauvaises herbes, ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais cultivateurs »). Mais l’élève Ladj Ly réussit haut la main son entrée dans la cour des grands avec ce drame policier, qui pourra choquer certains spectateurs par son réalisme brutal, mais résonne comme un cri d’alarme dans une actualité sociale particulièrement brûlante.

Gloria Mundi

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Le Pitch

Daniel (Gérard Meylan) sort de prison où il était incarcéré depuis de longues années et retourne à Marseille. Sylvie (Ariane Ascaride), son ex-femme, l’a prévenu qu’il était grand-père : leur fille Mathilda (Anaïs Demoustiers) vient de donner naissance à une petite Gloria. Le temps a passé, chacun a fait ou refait sa vie… En venant à la rencontre du bébé, Daniel découvre une famille recomposée qui lutte par tous les moyens pour rester debout…

Ce qu’on en pense

Le compagnonnage politique et cinématographique qu’entretiennent depuis des lustres l’anglais Ken Loach et le marseillais Robert Guédiguian n’a peut-être jamais été aussi évident que dans leurs derniers films.Sorry We Missed You et Gloria Mundi dénoncent tous les deux l’uberisation de la société, cette nouvelle incarnation du capitalisme, qui conduit les ouvriers à troquer leurs droits sociaux si chèrement acquis contre l’illusion d’un auto-entreprenariat triomphant. Mais là où Ken Loach fait de ses héros de pures victimes du système, Guédiguian, dans ce qui est sans doute son film le plus noir depuis La ville est tranquille, montre qu’ils en sont aussi les complices : « On sait que le système a gagné quand les opprimés adoptent le discours des opprimeurs » nous dit en substance Gloria Mundi. Et c’est effectivement ce que font presque tous les personnages du film. A commencer par Mathilda (Anaïs Demoustier), jeune maman qui n’arrive pas à garder un boulot et qui comprend parfaitement que sa patronne la licencie (« C’est ce que je ferais si j’avais une employée comme moi »). Aurore (Lola Naymark), sa demi-sœur, qui croit avoir réussi parce qu’elle tient une boutique de dépôt-vente avec son mari Bruno (Louis Leprince-Ringuet), n’en veut d’ailleurs pas comme vendeuse. Bruno, lui, monnaye sans vergogne une vague promesse d’embauche contre du sexe,  pendant que Nicolas (Robinson Stevenin), le mari de Mathilda chauffeur de VTC, se fait casser la gueule par des taxis… Bonjour l’image de la jeunesse ! Mais leurs parents ne valent pas beaucoup mieux. Le père d’Aurore (Jean-Pierre Darroussin) laisse faire sans rien dire et sa femme Sylvie (Ariane Ascaride, primée à Venise pour ce rôle) refuse désormais de faire grève avec ses collègues pour améliorer son sort de technicienne de surface. Tous ont de bonnes raisons et on ne leur en veut pas (à part pour Bruno, le méchant de l’histoire). Mais, alors que le film s’ouvre sur une promesse d’avenir (la naissance de Gloria), le constat d’échec est terrible pour le vieux militant qu’est Robert Guédiguian. Heureusement, il y a Daniel (Gérard Meylan, plus christique que jamais) qui, après de longues années d’emprisonnement, découvre ce nouveau monde avec effarement. Son sacrifice rachètera peut-être leurs fautes, à défaut de changer le cours des choses.  Ainsi passe la gloire du monde ouvrier… Et demeure celle de Robert Guédiguian, qui signe ici un de ses plus beaux films.

Interview : Robert Guédiguian

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 Après une parenthèse nostalgique (La Villa), Robert Guédiguian revient au combat avec Gloria Mundi  son film le plus noir depuis La Ville est tranquille (2000). Comme son vieux compagnon de route anglais  Ken Loach avec Sorry, We Missed You, le cinéaste marseillais  traite de l’ubérisation de la société,  mais sur un mode encore plus désespéré:  « On sait que le système a gagné quand les dominés adoptent le discours des dominants»  constate-t-il amer. C’est exactement ce que font les protagonistes du film, à commencer par les plus jeunes qui, pourtant, devraient représenter l’espoir en l’avenir…

Vous deviez réaliser une comédie et vous livrez votre film le plus désespéré. Qu’est-ce qui vous a fait changer votre fusil d’épaule?

Une série de revers électoraux,  de déceptions politiques,  de grèves qui échouent… J’ai commencé à écrire après les européennes et j’ai rapidement eu le sentiment que le moment était mal choisi pour faire une comédie. Il fallait plutôt essayer de voir pourquoi ça ne marche plus. Expliquer pourquoi, il n’y a plus d’unité possible. Parce que le discours dominant, l’individualisme, a submergé les dominés, ceux qui en sont le plus victimes. Dès lors, le registre du film noir s’imposait.

Le mouvement des gilets jaunes ne  contredit-il pas le pessimisme du film? 

Si j’étais vraiment pessimiste, je ne ferai plus de films. Intervenir comme je le fais, est bien la preuve que je pense encore que les choses peuvent changer . Il faut juste continuer à  dénoncer,  en espérant réveiller les consciences. Le mouvement des gilets jaunes était porteur d’espoir et il l’est encore, malgré les casseurs et les extrémistes. Mais je ne crois pas qu’on puisse aboutir à quelque chose de concret sans leaders, ni organisation. Sinon, c’est juste une révolte ponctuelle, une jacquerie. Pour qu’une action soit cohérente et permanente il faut une structure, c’est ce qui manque au mouvement. Mais je garde espoir : ce qui se passe à l’hôpital, où les mandarins descendent dans la rue avec les aides soignantes,  c’est une grande première. Et le peuple est avec eux. On va voir ce qui se passe le 5 décembre…

Les jeunes n’ont pas le beau rôle dans le film… 

Non, c’est sûr. Ils ont totalement absorbé le discours libéral. Ils  ne croient plus en rien, ne sont ni politisés, ni idéologisés, ni conscientisés et se bouffent le foie entre eux. Mais j’ai pris garde de montrer que leurs parents ne sont pas reluisants non plus. Elle a baissé les bras et ne croit plus dans la lutte et lui conduit son bus sans rien dire. Je ne voulais pas opposer les générations,  mais montrer au contraire qu’ils sont tous victimes du système.

Pour filmer cela, il fallait quitter l’Estaque ?

Oui. On a filmé dans les nouveaux quartiers de Marseille qu’on n’a pas encore beaucoup vu au cinéma : la Joliette Euroméditerranée…  Ils représentent le monde nouveau. L’ancien est resté au bout de la ligne du bus que conduit Jean-Pierre (Daroussin N.D.L.R), vers l’Estaque…

Le personnage de Gérard Meylan a une dimension christique. Le religieux est de plus en plus présent dans vos films, on dirait… 

J’avais besoin du regard de quelqu’un qui vient du monde ancien et qui n’a pas vécu ces changements. Il sort de prison, pour moi c’est plutôt Jean Valjean que le Christ. Mais c’est vrai qu’artistiquement la figure du Christ est omniprésente. Depuis toujours, je suis influencé par la religion,  mais qui ne l’est pas ? Cela fait partie de notre culture. On peut interpréter les évangiles sans croire en Dieu :   c’est mon cas. Mais on peut croire et penser en même temps, ce n’est pas antinomique. Il faut bien croire en quelque chose : qu’un autre monde est possible sur Terre,  en ce qui me concerne. La religion,  c’est juste une manière que l’humanité a de se raconter à elle-même.

Le film a été présenté à Venise et c’est Ariane qui a eu le prix : pas trop jaloux ? 

C’est profondément  injuste, c’est sûr  (rires).  Mais c’est elle qui représente le mieux l’oeuvre collective. Elle est notre porte drapeau. Le cinéma ce sont d’abord les acteurs. C’est pour cela que le prix d’interprétation est toujours le plus beau.

Anaïs Demoustier, Grégoire Leprince-Ringuet et Robinson Stevenin portent désormais votre cinéma aux cotés des anciens. Preuve qu’on peut quand même avoir foi en la jeunesse  ? 

Mais oui bien sûr ! Il y a des jeunes qui réfléchissent et qui se battent. C’est juste que ce n’était pas l’objet du film.  Quand je les regarde mes enfants de troupe, comme je les appelle,  je n’en reviens pas. Ils ont adopté la charte, les codes, la déontologie, tout. Ils sont super !

Prochain projet ? 

Je pars au Sénégal tourner un film qui est censé se dérouler au Mali dans les années 60. Je me suis inspiré des photos de Malick Sidibé pour essayer d’imaginer la vie d’un couple de jeunes danseurs qu’on voit sur l’une d’elles. Ça se passe dans une période d’effervescence politique, où on essayait d’inventer un socialisme pan africain le jour et où on faisait la fête la nuit. Je sors un peu du chemin, mais pas complètement, vous voyez (rires)

 

 

Star Wars: L’Ascension de Skywalker

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Le pitch

L’empereur Palpatine  menace à nouveau la galaxie. Il va convaincre Kylo Ren  de le rejoindre. Rey et ses amis vont tenter de faire barrage à leurs  plans machiavéliques

Ce qu’on en pense

La deuxième trilogie (dite prélogie), nous avait laissé entre indifférence et accablement. Le début de la troisième (Le Réveil de la Force et Le Dernier Jedi) réussissait tout juste à remuer quelques vieux souvenirs. On  n’attendait donc pas de miracle du final annoncé à l’épisode N°9 (L’Ascension de Skywalker). Au début, un effort est nécessaire pour se souvenir de l’intrigue et des différents personnages de la nouvelle trilogie. Pour Rey (Daisy Ridley, enfin héroïque) et Kilo Ren (Adam Driver, idem), c’est facile : ce sont les nouveaux Luke et Dark Vador. Mais Poe Dameron (Oscar Isaac) et Finn (John Boyega) n’impriment toujours pas la mémoire. La Princesse Leia, on la croyait morte en 2016 avec son interprète, la regrettée Carrie Fischer. Apparemment, elle vit encore. Miracles du numérique ! Tout comme l’Empereur Palpatine (Ian McDiarmid), qui, lui aussi, a ressuscité. Normal : c’est le méchant de l’histoire depuis le début. C’aurait été dommage  de s’en priver. Les vétérans Luke (Mark Hamill) et Han Solo (Harrison Ford) sont de la fête aussi, mais sous forme ectoplasmique. C3-PO et R2-D2 ne vieillissent pas (c’est normal, ce sont des robots) , Chewbacca a un nouvel interprète (mais ça ne se voit pas) et le Faucon Millenium vole toujours dans l’hyper espace. Tout est donc en place pour le grand final. On voit venir à des années lumières la bataille galactique géante et la révélation de nouveaux liens entre Rey, Kylo Ren et l’Empereur. Ça ne loupe pas, évidemment. L’ image et le son sont grandioses : en salle Dolby 3D  l’effet « Grand Huit » est maximal. Rien à redire : J. J. Abrams a fait du bon boulot côté réalisation. Plus étonnant, le scénario est excellent. Il retisse avec habileté tous les liens tendus par les 8 films précédents, suscite l’émotion et parvient à synthétiser le message philosophique de la saga. Car il y en a un, et même plusieurs.  On  résume : un Homme vaut tous les autres. Quel que soit son talent ou son pouvoir , il n’est rien s’il est seul. La famille -même recomposée- est à la base de tout et la femme est l’avenir de l’Homme...  A la fin, avouons-le, on a versé une petite larme. Pas parce que c’était le dernier épisode (d’autres Star Wars sont en préparation. Disney ne va pas tuer la poule aux œufs d’or), mais parce que le film est si bon qu’il revalorise, a posteriori, toute la saga et nous donne raison de l’avoir adorée.

Iggy Pop : The Bowie Years

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En 1976, alors que sa carrière fait eau de toutes parts après l’échec commercial de Raw Power, la séparation des Stooges et son addiction à l’héroïne, Iggy Pop est pris sous son aile par David Bowie qui l’amène à Paris et Berlin enregistrer un nouvel album. Pendant que les punks pillent son répertoire et plagient ses performances scéniques, Iggy invente le post-punk  sous l’influence de Bowie. A sa sortie en 1977,  The Idiot prend les fans des Stooges à rebousse-poil : c’est quoi ce son  robotique ? Ces chansons qui s’étirent salement ? Ce look de Noureev rhabillé par Kraftwerk  ?  L’année suivante Lust For Life enfonce le clou : Iggy a viré növö, selon l’expression inventée par Yves Adrien. Heureusement,  les concerts continuent d’être le sabbat punk originel. Même quand Bowie se cache derrière les claviers, Iggy déchire. L’album live TV Eye, au son brut de décoffrage, réconcilie tout le monde. On a remisé les boites à rythmes et les chansons des Stooges sont mises en avant. La querelle des anciens et des növös est noyée sous un déluge de décibels. Sacré “parrain du punk”, Iggy a réussi la relance de sa carrière. Aujourd’hui, The Idiot et Lust for Life sont considérés comme ses deux chefs d’oeuvre solo. Et Universal en profite pour sortir un copieux coffret de 7 CDs intitulé The Bowie Years. On y trouve les 3 albums précités, honnêtement remastérisés, 1 Cd de versions alternatives plus ou moins intéressantes des chansons de The Idiot et Lust for Life et 3 CDs des concerts de la tournée (Londres, Cleveland, Chicago) qui constituent, évidemment,  la cerise sur le gâteau pour les fans. Hélas, le son n’est pas meilleur que celui de TV Eye (même plutôt pire) et les setlists se répètent à l’identique d’un CD à l’autre (“Raw Power” en intro, “China Girl” en clôture),  sans que les versions diffèrent vraiment. Mais le package est joli. A vous de voir si cela justifie d’y investir 72 euros.

Mo Malo : Nuuk

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Par MAB

Au Groenland, les nuits sont longues, les jours sont gris, le chômage est endémique, l’alcool décime et le taux de suicide chez les jeunes est l’un des plus élevé au monde. Or l’inspecteur Adriensen, dont c’est ici la troisième enquête imaginée par Mo Malo, en vient à suspecter que la rudesse du climat et la misère sociale ne sont pas seuls responsables de toutes les morts de cette étrange épidémie. Surtout lorsqu’il retrouve chez deux jeunes gens récemment décédés les traces d’un lien avec un même et mystérieux chamane. En dépit des interdictions de sa hiérarchie et d’une fragilité psychologique qu’il ne peut plus se cacher, Adriensen va se lancer dans une nouvelle course poursuite meurtrière… Mo Malo est l’auteur de nombreux ouvrages sous d’autres identités. Il vit en France et  Nuuk troisième ouvrage de la série Qaanaaq , est un livre parfait pour se rafraîchir et frissonner dans les semaines de canicule à venir. Un thriller macabre certes mais qui parle aussi et surtout de géopolitique, de ce pays méconnu qu’est le Groenland mais également du peuple et de la culture Inuit. Bref une haletante promenade sous des climats glaçants et dans des lieux habités par des démons qui ne sont- en fin de compte – pas si éloignés de ce que l’on vit aujourd’hui chez nous.

Lady Gaga : Chromatica

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Entre ses exploits au cinéma (A Star is Born) et ses expériences jazzy avec Tony Benett, on avait un peu perdu Lady Gaga. Surprise : la scream queen  est de retour avec Chromatica,  qui pourrait être l’album du déconfinement si les boites de nuit réouvrent. Un pur disque de dance,  que la Lady a concocté avec Ariana Grande et qui renvoie à ses premiers tubes. Les Little Monsters orphelins de leur maman peuvent se réjouir : Gaga is back ! Côté look, elle n’a pas ressorti la robe en viande, mais le body en plastique rose lui va aussi bien au corps. Côté musique, les seize (16 !) titres s’enchaînement sans temps mort…  Mais sans gros tube non plus, à part peut-être “Rain on Me” avec Ariana Grande ?   Chromatica est un album plutôt fait pour la scène. Espérons que Lady Gaga pourra tourner avec rapidement, sinon ces chansons auront du mal à passer l’été…

Little Fires Everywhere

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Le Pitch

Durant l’été 1997Mia Warren (Kerry Washington) une mère célibataire et bohème, s’installe avec sa fille Pearl ( Lexi Underwood) à Shaker Heights, dans la banlieue riche de Cleveland, dans l’Ohio. Leur chemin croise très vite celui de Elena Richardson (Reese Witherspoon),  une mère de famille bourgeoise du coin. Deux mères de famille et deux visions de la vie s’opposent et s’entrelacent. Leurs relations vont peu à peu se tendre, jusqu’à mettre en péril leurs vies…

Ce qu’on en pense 

Entre Desperate Housewives et Big Little Lies, la nouvelle série produite par Reese Witherspoon pour Amazon Prime a pour cadre une banlieue chic de Cleveland (Ohio) et pour héroïnes deux mères de famille que tout oppose. Sur fond de racisme larvé et d’opposition des classes sociales,  Little Fires Everywhere dresse le portrait de l’Amérique de la fin des années 90, mais parle aussi très bien de la famille et des relations féminines.  Kerry Washington et Reese Witherspoon s’y donnent la réplique avec brio, bien secondées par un excellent casting d’enfants et d’ados. Si vous avez aimé Big Little Lies, vous vous enflammerez certainement pour  Little Fires Everywhere.

Space Force

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Le Pitch

Le 18 juin 2018, le gouvernement fédéral annonce la création d’une 6e Division au sein des forces armées américaines. L’objectif de cette nouvelle section : défendre les satellites contre des attaques et exécuter diverses missions liées aux opérations spatiales. Enfin, plus ou moins…

Ce qu’on en pense

Donald Trump et l’impérialisme américain en prennent pour leur grade dans cette série satyrique de Steve Carrel et Greg Daniels. Le duo, responsable de la version américaine de The Office, tire à boulets rouges sur les projets de conquête spatiale de Donald Trump, dans une veine pas trés éloignée de Dr Folamour. Sauf qu’ici les scientifiques sont plutôt raisonnables, à l’image du responsable du programme spatial, humaniste et zen,  incarné par John Malkovich, alors que les militaires enchainent les bourdes. Steve Carrel est , une fois de plus, parfait en général commandant la nouvelle Space Force et on découvre à chaque épisode des seconds rôles délirants.  Un renfort de choc pour le catalogue Netflix.

 

 

Snowpiercer

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Le pitch

Sept ans après que le monde soit devenu une vaste étendue glacée, les survivants ont trouvé refuge dans un train en perpétuel mouvement. Composé de 1001 wagons, l’engin fait le tour du globe à toute vitesse. A bord, la guerre des classes, l’injustice sociale et la politique interne sèment le trouble.

Ce qu’on en pense 

Après une gestation chaotique (changement de show runner et de réalisateur…), la série adaptée du  Transperceneige, la désormais célèbre BD de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette, débarque sur Netflix. L’histoire reprend celle de la BD et du film éponyme de Bong Joon-ho,  en y ajoutant une composante policière : un crime a été commis en première classe et un “sans classe” (David Diggs), qui était policier avant l’apocalypse, est chargé de l’enquête par la direction du train. Une bonne idée,  qui permet à la fois d’entretenir le suspense et de faire se mélanger les passagers du train. Le thème de la lutte des classes est ainsi toujours bien présent, mais il ne se réduit plus, comme dans le film de Bong Joon-ho  à une progression des parias de l’arrière vers l’avant,  à la manière d’un jeu vidéo. Visuellement, la série est évidemment un peu moins riche que le film,  mais  les responsables des effets spéciaux et des décors n’ont pas à rougir de la comparaison. La découverte des 1001 wagons, aux univers toujours différents,  est un réèl plaisir et incite à avaler les épisodes pour en découvrir toujours plus.  On s’attache aussi davantage aux personnages, dont les personnalités ont le temps de se densifier au fil des épisodes et qui bénéficient d’un très bon casting. Mentions spéciales  à l’agent Layton incarné par David Diggs et à la toujours parfaite Jennifer Connely (Alita, Blood Diamond, American Pastoral), dont on comprend assez vite que le rôle dans le train va bien au delà de celui de simple employée. Si Bong Joon-ho  n’avait pas un peu tué le game en dévoilant l’univers du Transperceneige, la série serait un vrai choc. On envie presque ceux qui n’ont pas vu le film à sa sortie, en 2013. 

 

 

I Know This Much Is True

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Le Pitch

Dominick Birdsey (Mark Ruffallo), peintre en batiment dans le Massachusetts, doit gérer en même temps le cancer en phase terminale de sa mère et la maladie mentale de son frère jumeau  Thomas. Pour égayer les derniers moments de sa mère,  il entreprend de faire traduire un manuscrit en italien laissé par son grand père. Une fausse bonne idée… 

Ce qu’on en pense

Noir c’est noir. Dans l’univers des séries US  I Know This Much Is True tranche par son atmosphère déprimante. On dirait plus un film d’auteur pour la section Un Certain Regard du Festival de Cannes qu’une mini série HBO. Derek Cianfrance, qui a réalisé les six épisodes, est d’ailleurs un habitué de Cannes où il a présenté deux de ses films :  Blue Valentine et The Place Beyond the Pine avec Ryan Gosling. L’atmosphère plombée de I Know This Much Is True rappelle d’ailleurs celle de The Place Beyond et aussi celle d’un autre mélo bien noir qui avait pour cadre le Massachusetts : Manchester By The Sea. Coté noirceur, I Know… pourrait aussi s’apparenter à Biutiful, l’un des films les plus tristes du monde (signé Alejandro Inarritu). Pourquoi s’infliger un drame de six heures aussi poisseux, direz-vous ? Pour Mark Ruffalo d’abord, qui joue les jumeaux Birdsey avec toute l’empathie accablée dont il est capable (voir aussi Dark Waters dans ce registre), pour la mise en scène de Derek Cianfrance, qui a tourné en 35 mm comme pour le cinéma  et pour l’intrigue, enfin, qui tient en haleine jusqu’au bout, grace à de constants va et vient entre l’enfance des jumeaux et leur présent. Vous ne regretterez pas de les avoir accompagnés sur leur chemin de croix.