Ça vient de sortir

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DVD : Zama

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Le pitch

Fin du XVIIIème siècle, dans une colonie d’Amérique latine, le juge don Diego de Zama (Daniel Gimenez Cacho) espère une lettre du vice roi du Río de la Plata signifant sa mutation pour Buenos Aires. Souffrant de l’éloignement et du manque de reconnaissance, il perd patience et, pour se libérer de son attente, se lance à la poursuite d’un mystérieux bandit

Ce qu’on en pense

Dix ans après La Femme sans tête, présenté en compétition à Cannes,  Lucrecia Martel revient avec un film très différent de ceux qui lui ont valu ses sélections cannoises (La Cineaga, La Nina Santa). Adaptant très librement le roman d’Antonio di Benedetto, la réalisatrice argentine délaisse la chronique sociale contemporaine éthérée pour un film d’aventures psychédélique, qui pourra faire songer à Aguirre,  la colère de Dieu (Werner Herzog 1972) ou à The Lost City of Z  (James Gray 2016), voire à Apocalypse Now (Francis Ford Coppola 1979),  mais qui ne ressemble en fait qu’à lui-même. Exigeant pour le spectateur (qui pourra se perdre dans le film comme le personnage principal dans sa quête), mais d’une beauté formelle à couper le souffle et non dénué d’humourZama est un trip de cinéma comme on n’en vit plus beaucoup de nos jours. Ses images vous accompagneront longtemps après la projectionDans le  Top 5  des meilleurs films de l’année 2018.

Michel Polnareff : Enfin !

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Plusieurs fois annoncé, toujours repoussé le nouvel album de Michel Polnareff est (Enfin !) sorti .Et – surprise! – on y retrouve Polnareff au sommet de sa flamboyance et de son inspiration la plus échevelée. Composé de 11 plages, l’album s’ouvre et se referme sur des instrumentaux épiquesPhantom» et «Agua Caliente»), comme à l’époque de Polnareff’s (1971). Ils donnent la couleur musicale: résolument baroque !  Trois titres sont déjà connus des fans: «Ophélie Flagrant des lits», «L’Homme en rouge» et «Sumi». Les deux premiers ont été entièrement ré-orchestrés et sonnent beaucoup mieux qu’en version originale.«Sumi»,   avec son récitatif à la Gainsbourg,  est un des sommets de l’albumGrandis pas», l’une des deux chansons que Polna consacre à son jeune fils, Louka, est un piano-voix classique sur lequel on retrouve avec bonheur la voix du chanteur, sans filtres, ni effets. Elle n’a jamais mieux sonné !  Dans «Longtime» (peut-être la meilleure chanson du disque), Polna se moque de ses pannes d’inspiration. Dans «Terre Happy», il  fait parler la Terre pour délivrer un message écologique simpliste. Côté musique, c’est plus Le Roi des fourmis, c’est Le Roi lion!  «Dans ta playlist» est une des 3 ou 4 chansons au format classique de l’album. Polna y taquine gentiment ObispoSi j’existe, c’est d’être dans ta playlist»).  À l’arrivée, Enfin! est l’album qu’on n’espérait plus de Michel Polnareff: original, inspiré, décomplexé, musical, d’un culot monstre.  Il fournirait la matière d’un super spectacle et peut-être est-ce pour cela qu’il a été conçu.  Pour le coup, on espère une tournée !

DVD : Une Pluie sans fin

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Le pitch

1997:  à quelques mois de la rétrocession de Hong-Kong, la Chine va vivre de grands changements… Yu Guowei, (Duan Yihong) le chef de la sécurité d’une vieille usine, dans le Sud du pays, enquête sur une série de meurtres commis sur des jeunes femmes. Alors que la police piétine, cette enquête va très vite devenir une véritable obsession pour Yu, puis sa raison de vivre…

Ce qu’on en pense

Difficile de ne pas penser à Memories of Murders ni à Seven : des références pourtant parfaitement digérées par le chinois Dong Yue, qui  signe ce surprenant thriller, remarquablement mis en scène. En plus de s’appuyer sur un contexte socio-politique rude et d’évoquer les mutations survenues dans son pays, Une Pluie sans fin  propose une enquête haletante et  une histoire d’amour atypique,  avec un héros formidable d’obstination têtue.  Yihong Duan  rend avec une intensité rare  les fêlures de cet agent, obsédé par son enquête. Riche en rebondissements ,  lourd de sens et impeccablement mis en images, le film percute et reste en mémoire.  Un des meilleurs thrillers de l’année, justement récompensé par le Grand Prix du Jury au festival du film policier de Beaune.

Bashung : En amont

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Neuf ans après sa disparition, sort enfin un album posthume d’Alain Bashung. Contrairement à d’autres (suivez notre regard…),  on ne pourra pas reprocher à ses ayant droits d’avoir cherché à exploiter son décès pour faire tourner leur Petite entreprise. Chloe Mons, la dernière compagne du chanteur et Edith Fambuena, qui avait travaillé sur Fantaisie Militaire (son chef d’oeuvre),  ont attendu le temps qu’il fallait pour être certaines de ne pas trahir la postérité de BashungFambuena s’est immergée dans les enregistrements  inutilisés du dernier album de Bashung,  Bleu Pétrole, pour en extraire ces 11 chansons,  dont le chanteur avait enregistré les maquettes en guitare-voix. Elle s’est contentée de refaire les parties de guitare et d’y ajouter un habillement sonore assez léger. Un choix parfaitement honnête et, surtout,  payant : l’album est magnifique !  On songe aux American Recordings de Johnny Cash, au  Nebraska de Bruce Springsteen,  aux premiers Leonard Cohen, à certains enregistrement d’Alan Vega… C’est de ce calibre. Signées Daniel Darc, Dominique A, Joseph D’Anvers, Arman Méliès, Raphaël ou Mickael Furnon, auxquels il les avait commandées par peur de manquer, ces chansons sonnent comme du pur Bashung. Est-ce le bonheur de réentendre sa voix, qui nous fait penser qu’on tient -là un de ses meilleurs disques ?  On n’a pas fini, en tout cas, de l’écouter en boucle.

Nicolas Mathieu : Leurs enfants après eux

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Par MAB

Pas de roman de guerre, cette année, pour le Goncourt. Ni de récit historique rapide comme c’était le cas de l’oubliable Ordre du jour  d’Eric Vuillard, l’an dernier. Mais un roman sociologique d’une grande ampleur avec lequel – soyons triviale puisque les prix se vendent très bien – le lecteur en a vraiment pour son argent. Car Leurs enfants après eux, deuxième œuvre de Nicolas Mathieu après  Aux animaux, la guerre, compte plus de 400 pages d’une écriture remarquable.  Nous sommes en Août 1992, dans la France périphérique d’une vallée perdue de l’Est. Les hauts fourneaux sont éteints depuis longtemps. Il fait chaud. Les adultes au chômage enchaînent les  Picon bières. Dans les pavillons, les couples se déchirent et s’ apaisent devant  Intervilles et les adolescents s’ennuient. Anthony est l’un d’entre eux. Il a quatorze ans, des boutons d’acné, des baskets trouées et un œil foutu. On va le suivre quatre étés,  jusqu’à la coupe du monde de 98, vivant  d’espoir et de faux départs, le cœur balloté par son amour pour Steph, l’énergie noyée par la poisse et la résignation…  Rien n’échappe à l’écriture acérée de Nicolas Mathieu de cette France des lisières oubliée des métropoles, de la mondialisation et des profits économiques.  Ces territoires ignorés qui, aujourd’hui, alimentent les gilets jaunes. Son roman réaliste est âpre. Il se nourrit de descriptions, de situations vraies et de détails précis. Il  parle surtout des désillusions d’une jeunesse condamnée d’avance, en adoptant son propre langage. «  C’est un acte politique » dit son brillant auteur. « Pour savoir comment marchent nos vies ». 

 

Interview : Sanseverino

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Pour son huitième album, intitulé Montreuil/Memphis, Sanseverino change encore de registre et opte pour un blues rock puissant, qui colle bien avec les textes de ses chansons humoristiques et poétiquesProgrammé au Festival de Jazz de Monte-Carlo, il nous a parlé de son amour pour toute la musique qui vient de là… Et d’ailleurs!

Dites-donc, c’est du brutal ce nouvel album: les guitares et l’harmonica sonnent de ouf !
Ah ouais, c’est pas de la guitare de fayot. On a enregistré dans les conditions du live avec le groupe.Je joue sur ma vieille James Trussard Jazz Master, branchée sur deux amplis à lampe. Ça dépote. À l’harmonica, c’est Marco Balland, un Marseillais vraiment balèze. Je voulais que ça sonne brut de décoffrage.

On ne vous savait pas guitariste de blues…
J’ai toujours aimé le blues électrique. Comme tous les guitaristes, j’ai commencé par là. En tournée ou en répètes, j’en faisais toujours quelques-uns, mais c’est la première fois que je me lance dans un album. Je change de style tous les deux albums. Là j’avais envie d’explorer des trucs que je n’avais pas utilisés jusqu’à maintenant. J’ai fouillé dans les musiques que j’aime pour voir si ça collait à mes textes. Le Chicago Blues, le Mississipi blues et le cajun collaient assez bien. Les rythmiques à la John Lee Hooker, c’est parfait pour raconter des histoires. Après, il faut jouer beaucoup pour se remettre ça dans les doigts, mais le blues, c’est comme le vélo: ça ne s’oublie pas. Sauf que le vélo, quand on a laissé tomber on a du mal à rouler alors que les solos de blues ça descend tout seul.

Quels sont vos bluesmen préférés?
Hound Dog Taylor, Scott Walker, les Allman Brothers… A la base, je voulais être Rory Gallagher!

Le titre est un clin d’œil à «Nashville ou Belleville» d’Eddy Mitchell ?
Oui, je venais d’enregistrer la chanson avec lui pour son disque de duos (La même tribu), Montreuil/Memphis, c’était logique. J’ai toujours été très fan de ses textes.

Les vôtres ne sont pas mal non plus. Comment écrivez-vous?
Quand je commence un album, j’ouvre un cahier, je regarde des vidéos sur internet, je lis, je réfléchis.Après, je fais un peu d’écriture automatique et je bosse dessus. Quand c’est fini, je referme le cahier et je vais jouer. Je n’écris jamais en tournée. Je commence toujours l’album avec une page blanche.

Quelle est la première chanson qui est venue ?
“Mon enterrement”. Sans blague ! J’ai trouvé que ça partait bien (rires)

Pourquoi cette reprise du «Mitard» de Trust, avec le fameux texte de Mesrine?
Après mon disque sur Papillon, c’était logique aussi. Un clin d’œil aux taulards. J’ai toujours aimé Trust, c’est un salut à leur reformation. La chanson leur dit: bon retour!

On retrouve André, votre personnage récurrent qui apparaît sur presque tous vos disques. Un peu comme la coccinelle de Gotlib?
Oui, je n’arrive pas toujours à le placer, mais là ça marchait bien. J’ai signé pour mon premier album avec sa première chanson, c’est un peu mon porte-bonheur. Il n’est pas très glorieux comme personnage, mais je l’aime bien..

Vous écoutez quoi à la maison ? 
Du tango, François Beranger, Gérard Watkins, pas mal de techno parce qu’il y a plein d’ados à la maison. Il y a des trucs super créatifs. J’aime toutes les musiques pourvu qu’elles soient sincères.

Si ça n’avait pas marché pour vous dans la musique, vous auriez fait quoi? 
Je me serais bien vu préposé aux guitares dans un groupe de world africain.

 

 

DVD : Au Poste !

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Le pitch

Dans un commissariat sans âge, l’inspecteur Buron (Benoît Poelvoorde) conduit l’interrogatoire de Fugain (Grégoire Ludig), qui a signalé avoir trouvé, en bas de chez lui, le cadavre d’un homme baignant dans son sang. Il est tard, mais Buron est bien décidé à y passer la nuit, s’il le faut. Les déclarations du témoin en font, en effet, un suspect tout désigné…

Ce qu’on en pense

Cinéaste de l’absurde à l’humour surréaliste et noir, Quentin Dupieux (aussi connu dans le monde de la musique électronique sous le pseudonyme de Mr Oizo) continue à creuser la veine ouverte avec Rubber (l’histoire d’un pneu serial killer !) et déclinée depuis avec (notamment) Wrong Cops (déjà une histoire de flics) et Réalité, dans lequel il mettait en scène Alain Chabat dans le rôle d’un réalisateur débutant à la recherche du cri d’horreur le plus effrayant de l’histoire du cinéma. Alors qu’il tournait jusque-là ses films aux États-Unis avec un casting essentiellement anglophone, Dupieux explique qu’avoir dirigé Alain Chabat, Jonathan Lambert et Élodie Bouchez dans Réalité lui a donné envie de revenir travailler en France. Pour un film reposant essentiellement sur les dialogues, comme Au Poste ! c’était assurément une bonne idée. L’autre coup de génie étant d’avoir pensé à mettre face à face Benoît Poelvoorde dans le rôle du flic pinailleur (mi-Belmondo, mi-Colombo) et l’épatant Grégoire Ludig dans celui du témoin-suspect à moustache, pour cette parodie mash-up de Garde à Vue et Buffet Froid. Leur duo est aussi hilarant que les situations de plus en plus burlesques et surréalistes dans lesquelles, le scénario les entraîne. Certes, il faut aimer le non-sens, mais si c’est le cas laissez vous embarquer… Au Poste !

DVD : Les Indestructibles 2

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Le pitch

Quand Hélène prend la tête d’une dangereuse mission, Bob doit gérer seul les problèmes de la vie quotidienne. Un changement de rythme difficile d’autant que personne ne mesure réellement le potentiel du petit dernier Jack-Jack… Mais lorsqu’une nouvelle menace fait surface, Les Indestructibles et leur ami Frozone vont devoir s’allier comme jamais pour faire échouer le plan machiavélique d’un mystérieux ennemi

Ce qu’on en pense

Mais comment font-ils ? Chez Pixar, contrairement à la concurrence, les suites ne déçoivent presque jamais. Quatorze ans après  leur première aventure (une éternité dans le monde des franchises),   on retrouve Les Indestructibles avec le même bonheur. Cette fois, effet #Meetoo, c’est madame qui tient la vedette,  bien secondée par son dernier rejeton, le fabuleux Jack-Jack, qui n’a pas vieilli non plus mais dont les supers superpouvoirs éclatent enfin au grand jour. Monsieur est prié de rester au foyer s’occuper des devoirs de Flash et des peines de cœur de Violette. Si le scénario ne réserve guère de surprises (le seul défaut des dernières productions Pixar), les scènes d’action sont trés réussies, on rit beaucoup et les clins d’oeil aux films de super héros et d’espionnage des années 60 raviront les parents cinéphiles. Aux manettes de cette suite, Brad Bird s’en tire comme un chef. On espère ne pas attendre quinze ans Les Indestructibles 3.

François Vallejo : Hôtel Waldheim

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Par MAB

« Personne n’arriverait à croire qu’une survivance des moyens de communication les plus archaïques comme une carte postale puisse bouleverser un homme, moi… » . C’est ainsi que commence « Hôtel Waldheim» de François Vallejo. Le « moi » dont il s’agit se nomme Jeff Valdera. Au moment de l’écriture au présent, c’est un parisien d’âge mur. La carte postale ancienne qu’il reçoit est une vue de Davos. Elle est postée de Zurich. Au dos, le français maladroit « Ça vous rappel queqchose » le plonge dans une angoissante introspection. D’autant qu’il n’y a pas de signataire… Valdera recevra une deuxième puis une troisième carte postale, plus intrusive, plus menaçante et signée celle-là d’un F Stiegl. Jeff pense que le F est l’initiale d’un homme or c’est celle de Frieda. Cette dernière l’oblige à replonger dans les années soixante- dix. Quand, adolescent, il séjournait en compagnie de sa tante, à l’hôtel Waldheim de Davos, en Suisse.  Ils se rencontrent. Elle l’interroge sur les résidents d’alors, dont son père Friedrich Stiegl, universitaire ayant fui la RDA et mystérieusement disparu. Et quand Frieda apprend à Jeff qu’il figure sur des rapports de la Stasi, il comprend que malgré lui, il fut à cette époque de guerre froide au cœur d’une affaire d’espionnage et de jeux de pouvoir sur le terrain neutre de la Suisse…  François Vallejo mène cette intrigue palpitante d’un style impeccable. D’un côté le bras de fer, parfois drôle, entre les deux protagonistes. De l’autre les vagues, puis de plus en plus précis, souvenirs d’un jeune adolescent, sarcastique et imbu de lui-même. Entre les deux, une galerie de personnages hauts en couleur et en toile de fond les violences sournoises d’une époque révolue. Cet ouvrage sur la mémoire – le 13 ème de Vallejo, professeur de littérature au Havre – a nécessité un long travail de documentation. Il est en lice pour le Goncourt.

John Butler Trio : Home

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Depuis le temps qu’on écoute ses disques sympathoches mais jamais transcendants,  notre patience est enfin récompensée : John Butler vient de publier son grand-oeuvre. Ou, du moins, son meilleur album à ce jour. Dans la genre americana-folk-blues-rock, on trouvera difficilement mieux pour l’hiver que ce recueil de douze grandes chansons amoureusement mitonnées, jouées avec le coeur et les doigts qui vont avec (le gars Butler n’est pas manchot à la guitare). Parmi les sommets de l’album,  on citera les impressionnants “Coffee Methadone and Cigarettes” (notre préférée), “Faith” et “We Want More“,  mais le disque s’écoute et se réécoute d’une traite sans la moindre chute. On pense à Nebraska (Springsteen), à Bring the Family (John Hyatt) à  Hotel Foxtrot (Wilco)… C’est de ce niveau !  Reste plus qu’à venir nous jouer tout ça par ici, les gars. L’Australie ça fait un peu loin pour aller voir un concert…

DVD : Sicilian Ghost Story

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Le pitch

Dans un village sicilien aux confins d’une forêt, Giuseppe (Gaetano Fernandez), 13 ans, est enlevé par la mafia. Luna (Julia Jedlikowska), une camarade de classe, refuse la disparition du garçon, dont elle est amoureuse et tente de rompre la loi du silence. Pour le retrouver elle tente de rejoindre le monde obscur où son ami est emprisonné et auquel le lac offre une mystérieuse voie d’accès…

Ce qu’on en pense

Découverts à la Semaine de la critique de Cannes 2013 avec Salvo, premier film de mafia qui leur valut le Grand Prix et le Prix révélation, Fabio Grassadonia et Antonio Piazza récidivent avec ce nouveau drame, inspiré du calvaire subi par le fils d’un repenti enlevé par la mafia. Détenu plus de deux ans dans des conditions épouvantables, le jeune garçon avait finalement été étranglé et son corps dissous dans l’acide. Plutôt que de raconter cette histoire atroce de manière frontale, les réalisateurs ont préféré (et on les en remercie) la filmer du point de vue de l’amoureuse du garçon, pour en faire une sorte de Roméo et Juliette transposé dans l’univers sordide de la mafia sicilienne. Entamé comme une romance adolescente joliment stylisée, le film vire au noir avec une composante fantastique, se poursuit dans un réalisme macabre qui prend le spectateur à la gorge, pour finir à nouveau sur une note onirique. L’empreinte de la mafia sur la société sicilienne a rarement été filmée de manière aussi originale.La dénonciation de ses méthodes inhumaines n’en est que plus forte. Les deux jeunes acteurs, pourtant débutants et très vite séparés à l’écran, forment un couple de cinéma qu’on n’est pas prêt d’oublier: ils ont le visage de l’innocence foudroyée. Une très bonne B.O parachève la réussite artistique d’un film qui figurera très certainement dans notre Top 10 de l’année.

DVD : Un Couteau dans le coeur

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Le Pitch

Paris, été 1979. Anne (Vanessa Paradis) est productrice de pornos gays au rabais. Lorsque Loïs (Kate Moran), sa monteuse et compagne, la quitte, elle tente de la reconquérir en tournant un film plus ambitieux avec son complice de toujours, le flamboyant Archibald (Nicolas Maury). Mais un de leurs acteurs est retrouvé sauvagement assassiné et Anne est entraînée dans une enquête étrange qui va bouleverser sa vie…

Ce qu’on en pense 

Genre qu’on croyait en voie de disparition, le nanar fait un grand retour sur les écrans. À ne pas confondre avec un mauvais film ou un film raté, le nanar est une œuvre pensée avec une volonté de friser le ridicule, voire de s’y complaire, en forçant sur le kitsch. Un Couteau dans le cœur de l’Antibois Yann Gonzalez répond assez parfaitement à la définition. C’est La Cité de la peur en version porno gay ! Hélas, sans la Carioca, ni l’humour des Nuls, mais avec une touche de giallo. Les acteurs jouent faux, la pseudo-enquête policière est menée par une Vanessa Paradis bourrée comme un coing et maquillée comme une voiture volée, la romance avec sa «monteuse» (humour !) est risible et la BO (signée du frère du réalisateur, M83) est digne d’un film porno des années 70 … A Cannes, le film n’a pas du tout fait rire le jury de Cate Blanchett. Ni la critique, qui s’est demandée par quelle aberration il se retrouvait en lice pour la Palme d’or ? La réponse est pourtant assez évidente: parce que c’est un nanar de compétition ! Idéal pour une soirée dvd entre potes.

Joni Mitchell : île de Wight

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La légende dorée du plus grand festival hippie, celui de l’île de Wight en 1970, en prend un coup avec ce film, signé Murray Lerner, dans lequel Joni Mitchell commente, avec le recul d’aujourd’hui,  les images de sa prestation agitée. Jetée la première dans la fosse aux lions, seule avec sa guitare, alors que la révolte du public devant le prix des tickets faisait rage aux portes du festival (que les plus virulents finirent par enfoncer) , la chanteuse raconte avoir eu l’impression de “chevaucher un dragon en furie. Pourtant si l’on n’écoute que les chansons (ce qui est possible dans le menu du dvd), elle n’a jamais mieux chanté que ce jour-là. Visiblement morte de peur, on la voit retourner cette foule incroyable de 600 000 personnes et la mettre dans sa poche en quelques minutes par le seul pouvoir de ses chansons et de sa voix divine. Un des grands moments de l’histoire des festivals pop. 

Red Dead Redemption 2

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Par Cédric Coppola

Fuir les effets de mode et la convention. Fidèle à sa réputation, Rockstar se montre radical, fait des choix forts et s’y tient jusqu’au bout, quitte à bousculer les habitudes des joueurs. Une démarche rare, mais précieuse car purement artistique que l’on retrouve dans « Red Dead Rédemption 2 », blockbuster aux huit ans de développement et aux quelques 3000 collaborateurs. L’attente était palpable, le succès couru d’avance vu le buzz mais encore fallait-il que la qualité soit au rendez-vous. C’est le cas. Et même plus… puisqu’on se retrouve devant le meilleur jeu de la décennie, pour ne pas dire de tous les temps. Tout simplement. Inutile dans « RDR2 » de chercher l’option du doublage en français. L’action se déroule dans le Far West en 1899. Tout le monde parle donc ricain et il faut saluer la qualité de cette VOST. Elle participe à l’immersion. Les voix sont usées par une vie dure menée en marge d’une société en mutation… Notre anti-héros, Arthur Morgan est de la vieille école. Il n’est ni un bleu, ni un leader. Juste le bras droit de Dutch, chef de bande que vous avez probablement abattu dans le premier « Red Dead ». La barbe naissante, le pas lourd, la gâchette facile, Arthur arpente un vaste open world aux décors changeants. Peu à peu il va devoir questionner la moralité de son mode de vie et la fidélité à avoir envers son père de substitution. L’exemple type des relations complexes que notre anti-héros entretient avec les membres de sa communauté. Un modèle d’écritureUn vol qui tourne mal et voilà le groupe qui fuit Blackwater dans des conditions dantesques, dans un blizzard digne des « Huit salopards », référence parmi d’autres citées pendant une aventure immense étalée sur plus d’une centaine de missions.

Techniquement,  le jeu est une vraie claque, respire l’authenticité, renvoie aux westerns de John Ford, soigne ses contrastes et sa météo dynamique, qui évolue sans cesse. Les montagnes, forêts, étendues d’eaux, plaines, villes et villages sont travaillés dans le moindre détail. Loin de s’arrêter en si bon chemin, Rockstar a donné une véritable identité à tous les PNJ. Chacun mène sa propre vie, vient à la rencontre d’Arthur pour le féliciter d’une précédente mission ou au contraire lui reprocher une décision qu’il a prise. Conséquence, on a réellement l’impression de n’être qu’un grain de poussière dans un monde immense. On éprouve même des remords lorsqu’on fait les poches à un fermier. Un sentiment encore inédit dans le jeu vidéo. En plus de soigner la flore et la faune, avec des centaines d’animaux à étudier, le blockbuster tire sa force de sa structure. On évolue librement, fait des rencontres au gré du hasard, part à la chasse en créant des appâts. On doit aussi se nourrir, penser à dormir, nettoyer ses flingues brosser son cheval, le féliciter…

Tout ceci a une incidence sur ses noyaux de santé et d’énergie ou la jauge de sang-froid, qui permet de ralentir momentanément le temps lors des gun-fights. Toujours dans cette logique, les déplacements à pieds et sur sa monture sont privilégiés aux voyages rapides et toutes les actions sont décomposées. « RDR2 » prend le temps de vous plonger dans son atmosphère. Le lancement d’une mission change la donne : on se retrouve alors dans un niveau classique, avec un objectif à atteindre sans pouvoir sortir du chemin balisé. Une initiative payante tant le rythme de ces scènes est quasi-parfait et met en lumière l’écriture et la mise en scène aux petits oignons. Attaques de trains, de diligences, pêches, beuverie, poker, domino, jeu du couteau, recherche d’os de dinosaures, de trésors, chasse au sérial killer, fusillades dans les canyons, sauvetage d’un allié, course poursuite… Les situations sont extrêmement variées. Connaître le moindre recoin de la map tout en remplissant tous les défis demande des centaines d’heures de jeu, que l’on ne voit pas passer. D’où une véritable simulation de Cow-boy, dense et profonde… qui sera prochainement enrichie d’une partie online. Et si cette dernière se révèle aussi réussie que celle de « GTA V », autant dire que vous y jouerez encore dans cinq ans. (Jeu testé sur PS4 Pro)

DVD : A genoux les gars

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Le pitch

En l’absence de sa sœur Rim (Inas Chanti), que faisait Yasmina (Souad Arsane) dans un parking avec Salim (Sidi Mejai) et Majid (Mehdi Dahmane) ? Si Rim ne sait rien, c’est parce que Yasmina fait tout pour qu’elle ne l’apprenne pas. Quoi donc ? L’inavouable, le pire, la honte XXL… Le tout, immortalisé par Salim dans une sex tape potentiellement très volatile ! 

Ce qu’on en pense

Plutôt que «Sextape», A genoux les gars aurait dû être sous-titré «Sexe in the Cité». Car c’est bien de cela qu’il s’agit: l’initiation sexuelle de quatre gamins de banlieue de la génération Youporn, dans une forme proche de celle des séries TV à la Sex and the City. Soit une suite de séquences plus ou moins longues et drôles, au cours desquelles les deux héroïnes, Yasmina et Rim (Souad Arsane et Inas Chanti, toutes les deux formidables) sont confrontées au chantage de leurs petits copains (Sidi Mejaj, Mehdi Dahmane) pour qu’elles leur fassent une fellation. Tout est prétexte à négociation pour obtenir ce qu’ils considèrent comme le Graal de toute relation. Et comme les quatre sont experts en tchatche, ça fuse dans tous les sens, avec des punchlines dignes de rappeurs (absents de la BO au profit de chansons romantiques yéyés, par goût du contraste). «Bite» et «Sucer» étant prononcés encore plus souvent que «fuck» dans un film de Tarantino, les dialogues feront saigner les oreilles chastes. Le résultat est néanmoins très drôle.«Mais pas que(ue)», serait-on tenté d’écrire! Car en plus de bousculer le langage, le film met les pieds dans le plat sociétal du moment. Harcèlement, religion, pornographie, réseaux sociaux… Tout passe à la moulinette de la tchatche infernale des jeunes héros de cette tragi-comédie contemporaine. Dommage qu’une fin complètement ratée oblige à nuancer l’avis très positif qu’on avait du film jusque-là.