Ça vient de sortir

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Interview: M. Night Shyamalan

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Il fallait s’appeler M. Night Shyamalan pour fourguer à la fabrique de super héros que sont devenus les studios Disney depuis le rachat de Marvel, un scénario aussi tordu et politiquement incorrect que celui de Glass, son nouveau film. On y retrouve les (super) héros d’Incassable (Samuel L. Jackson, Bruce Willis) et de Split  (James McAvoy),  enfermés dans un asile d’aliénés ! Les super héros (et partant, ceux qui se passionnent pour leurs exploits) ne seraient-ils donc que de grands malades ? On lui a posé la question à l’occasion de la sortie du film en vidéo…  

Aviez-vous l’idée d’une trilogie dès Incassable ?     
Pas vraiment,  mais  j’avais dans l’idée qu’Incassable et Split pouvaient être liés d’une certaine manière. Ce qui m’intéressait surtout c’est de pouvoir réutiliser ces personnages.  J’ai donc demandé l’autorisation à Universal pour Split  et j’ai été étonné qu’ils acceptent. J’ai quand même attendu de voir si le film aurait du succès pour commencer à écrire une suite, sinon ce n’était pas la peine. Il m’a fallu aussi obtenir l’accord de Disney pour Incassable,  car je voulais utiliser des scènes coupées. Notamment une entre un prêtre et Bruce Willis après l’accident de train, à laquelle je tenais beaucoup. Mais jai encore dû y renoncer car elle était trop dramatique et elle ralentissait l’action. Dans un thriller,  il faut avancer droit.

Justement, Glass est-il un thriller, un film fantastique ou un film de super-héros?  

J’ai essayé de faire un bon thriller qui puisse fonctionner séparément. Ce que j’aime, c’est raconter des histoires par le suspens, la tension du cadre. Je suis de l’école Hitchcock pour cela, c’est ça qui me parle dans le cinéma. Mon truc, c’est la narration à la Hitchcock. La scène de l’usine de briques , avec tous ces points de vues différents, c’est vraiment une scène de thriller. Pour moi,  Glass est un thriller.

Les super-héros sont- ils de grands malades qui s’ignorent ? 
Le film essaie de répondre à cette question. J’aime penser qu’il y a, en chacun de nous, un super-héros qui s’ignore.  Même si, au contraire des super-héros, on doit d’entraîner beaucoup pour réussir à accomplir certaines choses. C’est le cas des grands sportifs : ils font parfois des choses fantastiques,  mais c’est le résultat d’heures d’entrainement forcené.

La fin ouverte de Glass annonce-t-elle une suite ?
J’aime les films incomplets,  qui laissent le public remplir les trous de la narration quand il sort de la salle. Beaucoup de films que j’aime dans l’histoire du cinéma fonctionnent comme cela. C’était déjà le cas d’ Incassable et de  Split. Mais je pense que j’en ai fini avec ces personnages, cette fois. Il est temps que je passe à autre chose.

Vous arrive-t-il de connaître l’angoisse de la page blanche? 
Oui et ça me stimule énormément. Ma solution pour lutter contre le syndrome de la page blanche, c’est de jeter des idées sur le papier, quelles qu’elles soient, sans souci d’histoire. Hier, par exemple, j’ai noté que j’aimerais tourner un film avec des mouvements de caméras extrêmement précis comme dans Rachômon de Kurosawa. En rentrant chez moi après la sortie de Glass, je vais me mettre au travail pour réunir tous les éléments épars que j’ai consignés. J’ai plusieurs idées de scénarios. Mais les idées de films c’est comme les femmes : on est plus attiré par celles qui vous résistent. Une idée qui fonctionne toute seule m’intéresse moins qu’une à laquelle il faut que je m’attelle pour lui donner forme. J’ai deux idées de films: une presque aboutie et l’autre pas du tout. Mais je me sens plus attiré naturellement vers celle qui est la plus incertaine…

Vos apparitions dans vos films, c’est en hommage à Hitchcock ? 
J’adore faire ça,  mais je ne veux pas que ça gène la narration, qu’on dise : “Tiens voila le petit indien bouclé !”. La scène du mec dans la boutique qui reconnaît David (Bruce Willis) parce qu’il allait au stade quand l’autre était encore surveillant, ça fonctionnait bien,  alors je l’ai gardée.

 

Mac DeMarco : Here Comes The Cowboy

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Plus cool, tu meurs ! Pour son quatrième album  Mac DeMarco pousse la formule dans ses derniers retranchements avec des chansons dépouillées jusqu’à l’os qu’il a enregistrées seul dans son home studio d’Edmonton (Canada). Quelques accords de guitare down tempo, deux notes de piano et sa voix de crooner laid back mixée devant : il n’en faut pas plus pour constituer le disque qu’on va écouter en boucle tout l’été. Mac DeMarco serait-il le fils spirituel de JJ Cale?

 

Subutex : Duris dit tout

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S’il n’était pas mort à la fin du Péril Jeune, Tomasi aurait très bien pu devenir Vernon Subutex, le héros déchu de Virginie Despentes dont Canal + vient d’adapter les (mes) aventures en série. Même tignasse, même sourire carnassier, même charisme, même silhouette de danseur, même visage : celui de Romain Duris, qui renoue au passage avec un genre de personnage, plutôt rock’n’roll, qu’il n’avait plus tellement incarné, depuis. A l’occasion de la sortie de la série en dvd, Duris balance tout… 

Ça vous a frappé, vous aussi, la ressemblance entre Tomasi et Subutex ?

Pas à la lecture du scénario, en tout cas. Ce n’est qu’en voyant le premier épisode que j’y ai pensé. Effectivement, il y a quelque chose, mais je ne saurai pas trop dire quoi, exactement. Ce qui est drôle, c’est que le Péril Jeune, à la base, c’était aussi pour la télé.

Vous n’avez pas hésité à vous engager pour une série ?

Si, bien sûr. Mais pas parce que c’était pour la télévision. Je ne fais pas mes choix en fonction du support : je lis des scénarios avec des histoires, des personnages, un metteur en scène… Que ce soit un film, de cinéma, un téléfilm ou une série, finalement, je n’y accorde pas tellement d’importance. Ce qui me tracassait plus, c’était de savoir si on arriverait à être proche de l’authenticité du roman de Virginie Despentes et de son écriture très radicale, extrême et intègre. Les discussions que j’ai eues avec la réalisatrice m’ont rassuré.Le casting et la musique aussi. Il y avait une vraie envie d’être à la hauteur du bouquin.Même si, au bout du compte on en a fait autre chose…

Vous aviez lu le roman ?

Non. Ma sœur me l’avait pourtant donné en me disant que ça ferait un bon personnage pour moi. Mais je ne l’ai lu qu’après avoir reçu le scénario. Je me suis fait embarquer tout de suite. C’est effectivement très cinématographique…

Pourquoi une série plutôt qu’un film ?

L’avantage, c’est la durée. La saison entière dure 4 h 30. Il y a plein de moments qu’on aurait dû couper dans un film et qu’on a pu laisser ou même rajouter dans la série. Je ne me rendais pas compte à quel point c’est précieux pour le personnage. Ça permet de filmer de vrais moments de vie. Du coup, j’ai insisté pour qu’on rajoute des scènes d’errance qui font qu’on se rapproche de l’écriture du roman.

L’intrigue condense celle des deux premiers tomes.Y aura-t-il une deuxième saison ?

Pour l’instant, ce n’est pas prévu. Le 3e tome du roman est plus compliqué à mettre en images. Il faudrait vraiment trouver d’autres ressorts. Ce n’est pas l’envie qui manque, je le ferais volontiers. Mais il faudrait qu’il y ait quelque chose d’évident dans le scénario. Pas que ce soit juste pour faire une suite.

La chute du personnage est vertigineuse. Il devient SDF. Ça a été difficile à tourner ?

Non,  pas tant que ça. J’ai du pas mal maigrir,  mais ça n’a pas été très difficile.J’aurais plus de mal à beaucoup grossir,  je pense. En tout cas, j’hésiterai plus à le faire. Là, je me sentais plutôt bien dans la peau du personnage,  avec les cheveux longs et le même pull crasseux tous les jours (rires). En fait, j’ai même insisté pour qu’on fasse durer son chemin de croix. C’est là qu’on retrouve le plus l’esprit du bouquin, je pense.

Le tournage a été long ?

Quatre mois en tout.Trois en ce qui me concerne. Le temps d’un gros film confortable. Sauf que là le rythme était plus soutenu. Mais ça ne me dérange pas, au contraire. J’adore quand c’est speed. Quand le rythme est tenu, il faut faire des choix, prendre des risques. On ne s’endort pas. Finalement, le temps c’est une plaie au cinéma, notamment dans les films d’époque avec des décors des costumes, du maquillage… Il y a beaucoup de temps morts, c’est compliqué pour le jeu. Quand c’est plus speed, je préfère.

La B.O est très rock, vous y avez participé ?

Non,  mais c’était une de mes questions par rapport à l’adaptation : est-ce qu’on aurait les droits de toutes ces chansons ? C’était important parce que le personnage est disquaire et disc-jockey.La musique c’est toute sa vie.

Et pour vous ?

J’en écoute tout le temps, mais je suis beaucoup moins branché rock que lui.Plus jeune, j’étais batteur mais on faisait surtout du funk, c’est plus ma musique. Aujourd’hui, je suis abonné à une plateforme de streaming et j’écoute tout ce qui sort.

Le roman joue beaucoup sur la peur du déclassement. C’est quelque chose qui a pu vous tracasser à un moment ?

Je ne ramène pas tout à ma petite personne, mais effectivement l’exclusion, la précarité, ça fait peur, pour soi-même ou pour ses enfants. Vernon Subutex raconte une chute, mais avec une forme d’espoir au bout. Vernon ne se résigne pas à l’individualisme et à la perte de la solidarité.

Avez-vous pensé à ce que vous auriez fait si ça n’avait pas marché pour vous dans le cinéma ?

Je suis arrivé au cinéma par hasard. J’en ai d’ailleurs toujours gardé un sentiment d’imposture. Depuis le début, je me dis que ça peut s’arrêter demain. Je vis toujours avec cette notion-là. Avant de faire du cinéma,  je me préparais à faire carrière dans le dessin. J’ai toujours gardé le dessin comme plan B, en me disant que si demain ça ne marchait plus pour moi au cinéma, je ne serai pas sans rien faire. Aujourd’hui, c’est presque devenu un plan A puisque j’ai publié un bouquin et que j’en prépare un autre. J’aimerais bien faire une BD, mais c’est beaucoup de boulot.

 

 

Edmond

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Le Pitch

Décembre 1897, Paris. Edmond Rostand (Thomas Solivérès) n’a pas encore trente ans mais déjà deux enfants et beaucoup d’angoisses. Il n’a rien écrit depuis deux ans. En désespoir de cause, il propose au grand Constant Coquelin (Olivier Gourmet) une pièce nouvelle, une comédie héroïque, en vers, pour les fêtes. Seul souci: elle n’est pas encore écrite. Faisant fi des caprices des actrices, des exigences de ses producteurs corses, de la jalousie de sa femme, des histoires de cœur de son meilleur ami et du manque d’enthousiasme de l’ensemble de son entourage, Edmond se met à écrire cette pièce à laquelle personne ne croit. Pour l’instant, il n’a que le titre: «Cyrano de Bergerac».

Ce qu’on en pense

Qu’on se le dise: Edmond, le film n’est pas l’adaptation à l’écran d’Edmond, la pièce phénomène aux cinq Molières.C’est même le contraire, puisqu’Alexis Michalik ne s’est résolu à monter la pièce que parce qu’il ne trouvait pas de financement pour le film, dont il avait écrit le scénario. Il a fallu le succès que l’on sait au théâtre pour que le film existe enfin. Et c’est une nouvelle réussite! Rythmé, drôle, intelligent, remarquablement écrit, filmé et interprété, Edmond est une grande comédie populaire, comme on n’en voit plus que très rarement. De celles qui font date. La pièce continuant à se jouer, il a pourtant fallu reconstituer un casting complet. C’est comme ça que sont arrivés Olivier Gourmet (épatant Cyrano), Mathilde Seigner et Clémentine Célarié, qui campe une Sarah Bernhardt particulièrement flamboyante. Mais la révélation du film, c’est Thomas Solivérès, qui s’empare du rôle du jeune Edmond Rostand avec une énergie et un panache fous. Vibrant hommage au théâtre, Edmond est une des  meilleures comédies françaises de l’année. Curieusement, le film n’a pas connu lors de sa sortie en salles le succès espéré. On lui souhaite de se rattraper en vidéo. 

Spider Man : New Generation

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Le pitch

Miles Morales, un adolescent vivant à Brooklyn se découvre des pouvoirs d’araignée et s’aperçoit qu’il n’est pas le seul Spider-Man dans ce monde…Ni dans les autres d’ailleurs !

Ce qu’on en pense

On ne sait pas à quoi carburent les scénaristes et les dessinateurs de chez Sony Pictures, mais c’est efficace. Quel délire ! Ça change des franchises Marvel habituelles (Avengers et cie) qui finissent par toutes se ressembler.Dans ce bien nommé Spider-Man : New Generation, on a un Spider-Man hispano pré-pubère, un Peter Parker quadra complètement largué, une Spider-Woman blonde et même un Spider-Cochon (!) échappés d’univers parallèles, qui s’unissent pour combattre des vilains tout aussi délirants (le Caïd!) dans un New-York psychédélique, sur une B.O rap du tonnerre. On ne comprend pas tout à l’intrigue, mais on en sort avec le cerveau retourné… Et on en redemande ! C’est rythmé, rigolo, d’une richesse visuelle et d’une inventivité époustouflantes.On ne s’ennuie à aucun moment. Après Astérix – le secret de la potion magique, ce Spider-Man confirme que les adaptations de bandes dessinées ne sont jamais meilleures qu’en dessins animés. Nombreux bonus dans l’édition DVD.

 

 

Interview : Claire Denis

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 Claire Denis est venue présenter à Nice son nouveau long métrage High Life .Un film de SF envoûtant et déroutant, avec Robert Pattinson et Juliette Binoche,  qui sort enfin en DVD. La cinéaste, qui présidait le jury de la cinéfondation et des courts métrages  cette année  à Cannes,  nous en a raconté les coulisses…  

Comment se fait-il que le film ait été présenté à Toronto plutôt qu’à Cannes?
On n’avait pas fini le montage et les effets spéciaux n’étaient pas prêts. On a loupé Venise aussi à cause de ça. Du coup, c’est à Toronto qu’a eu lieu la première.
Le public a été choqué paraît-il?
La première de gala a été étrange.Certains ont semble-t-il été choqués par la scène de la sex-box et plus encore par celle où Juliette Binoche recueille la «sainte semence» de Pattinson. Ça m’a surprise. Je ne pensais pas qu’une chose aussi enfantine et ironique puisse être prise au premier degré…
On ne vous attendait pas dans la Science-fiction: qu’elle a été l’origine du projet?
Un producteur est venu me proposer de faire un film en anglais.J’ai dit oui, à condition que ça se justifie d’une manière ou d’une autre.L’anglais, c’est la langue de l’espace en quelque sorte et j’ai toujours aimé la SF. J’avais cette première image en tête d’une serre de plantations dans un vaisseau spatial. Je suis partie de là.
Comment Robert Pattinson a-t-il atterri chez Claire Denis?
Il est venu me voir, il y a cinq ans pour me proposer de travailler avec moi. Ça a totalement changé la perspective du film car j’avais imaginé un homme plus âgé pour le rôle principal. Au début, je le trouvais un peu trop iconique. J’avais aimé son travail dans Twilight et les films de Cronenberg, mais je n’aurais jamais pensé spontanément faire appel à lui pour un de mes films. On s’est vu assez souvent et un lien d’amitié s’est créé entre nous, Ça a évacué le problème. Avoir quelqu’un comme lui, tellement impliqué et désireux de faire le film, ça m’a donné beaucoup de force.

L’esthétique du film est radicalement différente de tous les films «spatiaux» récents. Avec qui avez-vous travaillé pour le design ?
Juste mon équipe habituelle.J’aurais voulu impliquer plus le plasticien danois Olafur Eliasson, dont une des œuvres a inspiré l’image finale.Mais je me suis rendue compte qu’il n’y a rien de mieux que les gens de cinéma pour faire du cinéma.Pour le vaisseau, on a imaginé une sorte de prison spatiale. Et pour les costumes, on s’est largement inspiré des combinaisons des astronautes Russes. J’en avais marre du blanc qui est la couleur obligatoire depuis Star Wars…
Quelles étaient vos références?
Avec Solaris (Tarkovski) et 2001(L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick N.D.L.R), on peut déjà voyager assez loin. J’ai vu tous les Alien aussi.Mais je me suis interdit de revoir aucun film avant le tournage car je voulais rester avec mes images et mes couleurs.M’en tenir à la modestie de mon histoire. Je n’avais ni les moyens ni l’envie de faire autre chose de toute façon.Et surtout pas d’imposer à mes acteurs de jouer devant un fond vert en permanence…
C’est la première fois que vous utilisez des effets spéciaux. C’était un souci?
Non. Il y en a très peu de toute façon et comme ils tardaient à arriver, j’en ai enlevé.La scène des corps qui flottent dans l’espace, par exemple, on l’a faite au ban de montage.
Le travail sur le son est très réussi. Comment avez-vous fait?
C’était compliqué parce qu’on avait un décor qui craquouillait de partout.L’ingénieur du son allemand était très malheureux.Mais on s’est débrouillés. C’est Stuart Staples des Tindersticks qui a fait tout le sound design du film…
La chanson du générique, «Willow», que chante Robert Pattinson est magnifique. Les Tindersticks et vous, c’est une vieille histoire…
Oui, c’est notre huitième film ensemble. J’étais allé les voir au Bataclan à l’époque de leur second album pour leur demander les droits de «My Sister» que je voulais pour Nenette et Boni.Ils m’ont dit qu’ils préféreraient faire toute la BO… Avec Stuart, qui est du Nord de l’Angleterre, on a du mal à communiquer en anglais.Mais on n’a pas besoin des mots pour se comprendre.
Comment doit-on comprendre le titre?
Il y a «high» pour l’espace là-haut et «life» pour la vie qu’on cherche à reproduire. Mais c’est surtout un mot qui renvoie à mon enfance en Afrique.«High Life», c’est comme ça que les Africains qualifiaient la vie des blancs..
Y-a-t-il d’autres genres que vous aimeriez aborder, après la SF?
Je ne me pose pas la question en ces termes.L’histoire passe avant le genre. Ce qui compte c’est ce qu’on veut raconter.La forme vient après. Comme je ne ressens pas le besoin de répondre à une demande et que je fais des films qui ne coûtent pas très cher, je me sens absolument libre d’aller où j’ai envie d’aller.

Une Affaire de famille

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Le Pitch

Au retour d’une nouvelle expédition de vol à l’étalage, Osamu et son fils recueillent dans la rue une petite fille qui semble livrée à elle-même. D’abord réticente à l’idée d’abriter l’enfant pour la nuit, la femme d’Osamu accepte de s’occuper d’elle lorsqu‘elle comprend que ses parents la maltraitent. En dépit de leur pauvreté, survivant de petites rapines qui complètent leurs maigres salaires, les membres de cette famille semblent vivre heureux – jusqu’à ce qu’un incident révèle brutalement une autre réalité…

Ce qu’on en pense

Après un détour surprise par le film de procès avec The Third Murder, Hirokazu Kore-eda revient à ce qu’il sait faire de mieux avec le bien nommé Une affaire de famille. L’histoire d’une famille recomposée au gré du hasard et des circonstances, qui survit en dehors de tout modèle économique, moral, religieux ou familial. Avec sa maestria habituelle, le cinéaste japonais préféré de Cannes donne vie à cette petite troupe d ‘ affreux, sales et gentils, auxquels on s’attache très vite. Le petit garçon et la petite fille (Kairi Jyo et Miyu Sasaki) sont à croquer, la mamie (Kiki Kirin) ressemble à Maître Yoda, la maman (Sakura Ando) est très sexy quand elle troque ses sweaters informes pour une nuisette, le papa (Lily Francky) est un peu le pendant japonais de Kad Merad dans Comme des rois, et la tante (Mayu Matsuoka) est le sosie nippon de Mireille Darc jeune… Comédie sociale, tour à tour enjouée et grave, le film est dans la veine de Tel père, tel fils (Prix du jury Cannes 2013). En plus sombre et avec une critique encore plus acerbe de la société japonaise et de ses modèles économiques et culturels en pleine décomposition. Moins puissant que les premiers Kore-eda (Nobody Knows, Hana, Still Walking), menacé par les redites et l’esprit de système, Une Affaire de famille est cependant le film le plus accessible du réalisateur japonais pour le grand public. La Palme d’or décrochée à Cannes lui a permis de toucher un plus large public.

 

High Life

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Le Pitch

Dans un vaisseau spatial, un homme seul (Robert Pattinson) élève un bébé. Il est le seul rescapé d’un groupe de condamnés à mort qui ont accepté de devenir les cobayes d’une mission spatiale en dehors du système solaire, à la recherche de nouvelles sources d’énergie. Une mission de très longue durée au cours de laquelle le médecin du bord (Juliette Binoche) dirigeait une expérience de reproduction dans l’espace

Ce qu’on en pense

Dans l’espace, personne n’entend crier les bébés… Sauf Robert Pattinson, qui pouponne comme s’il avait fait cela toute sa vie !   C’est le premier effet Kiss Cool du nouveau film de Claire Denis (Trouble Every Day, White Material, Un Beau soleil intérieur). Le second est d’ordre purement esthétique: depuis Tarkovski (Solaris), on ne filme plus la SF comme le fait Claire Denis. Et c’est bien dommage! Devant son objectif, l’espace interstellaire ressemble à une prison dont on ne s’évade pas.Une prison flottante, comme ce vaisseau aux airs de cargo spatial qui dérive dans l’espace infini avec son équipage de condamnés à mort dont la peine a été commuée en mission d’intérêt général: trouver de nouvelles sources d’énergie aux confins de la galaxie.Et, accessoirement, le moyen de perpétuer l’espèce. En «shamane du sperme» (sic), la toubib de l’équipage (Juliette Binoche, toute en extensions capillaires) s’y emploie, entre deux séances en solo dans la “fuckroom” du vaisseau. Vous avez dit bizarre? Le film l’est assurément, selon les standards de l’époque. La preuve: ni les vaisseaux, ni les combinaisons spatiales ne sont blancs. Et on y communie devant la retransmission (en grand différé) d’un match de rugby écossais… C’est 2018, L’Odyssée de l’espèce ! Mais Claire Denis préfère Tarkovski à Kubrick, ce qui se défend. «Avec Solaris et 2001, on peut voyager loin» reconnaît-elle (lire interview ici). Il faudra désormais ajouter High Life dans son paquetage. Il y avait longtemps qu’on n’avait pas plané aussi haut au cinéma. Pas certain d’être redescendu, on recommande le voyage aux âmes aventureuses. Beaucoup s’y ennuieront: 80 000 jours de voyage dans l’espace, sans combats au sabre laser, ni poursuites en vitesse lumière, ça peut paraître long. A moins de se laisser flotter. La chanson générique des Tindersticks (que chante Robert Pattinson) et la lumière jaune d’Olafur Eliasson dans le dernier plan, récompenseront les braves.

 

Mortal Kombat 11

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Au début des années 1990, « Mortal Kombat » s’imposait comme le principal concurrent de « Street Fighter II ». Moins technique mais nettement plus gore, la saga s’est surtout fait connaître par ses Fatalities, exécutions d’une violence extrême, déclenchées en appuyant sur une combinaison de touches plutôt complexes. Près de trente ans plus tard Liu Kang, Sub Zero, Scorpion & co reviennent dans un onzième  opus abouti, propre à ravir les adeptes du online, de la compet’ mais aussi le gamer solitaire, grâce à une pléthore de modes de jeu. Au fil du temps NetherRealm studio a su imposer son style dans le Versus-Fighting. En alternant les « Mortal Kombat » et les « Injustice » autour des héros DC, la boite a trouvé un bon équilibre en captant l’essence de ces univers. Les développeurs ont, par exemple, été parmi les premiers à intégrer un véritable mode histoire. On le retrouve donc logiquement ici. Plutôt classique dans son déroulé avec une cinquantaine de combats entrecoupés de longues cinématiques, il occupe une grosse après-midi et réussit sa mission divertissement. Le côté série Z sanglant, souvent granguignolesque est parfaitement assumé et le scénario totalement aware multiplie les face à face entre les nouvelles et les anciennes versions des warriors. Passer par le tutoriel reste cependant une étape importante pour découvrir toutes les nouveautés de cet opus. En plus des coups (avant / arrière), choppes et autres pouvoirs traditionnels, l’arrivée du Fatal Blow (qui remplace le X-Ray) est propice aux renversements de situations. Cet enchaînement puissant se déclenche en appuyant sur deux gâchettes (L2 et R2) lorsque votre barre de vie devient critique. Seule contrainte : il est utilisable une fois par combat. A user à bon escient donc.

Pour le reste, c’est classique mais spectaculaire, nerveux et fort joli avec des arrières plans soignés. On note aussi des interactions avec le décor ou des brutalities sauvages pour terminer le fight comme il se doit. Les fatalités suscitées sont toujours de la partie et font dans la démesure. Seule ombre au tableau dans le gameplay, on ne se protège pas en allant vers l’arrière mais en appuyant sur un bouton. Plutôt que de proposer un mode arcade lambda, « Mortal Kombat » reprend son système de tours, qui nous invite à enchaîner les adversaires en plus ou moins grand nombre, selon plusieurs niveaux de difficultés. Et comme certaines de ces tours sont temporaires et regorgent de défis (pluie d’acide, sang qui régénère l’ennemi, jet de feu…), on y revient souvent pour s’améliorer avant de tenter sa chance en ligne. Ce mode est un excellent moyen d’accumuler de la monnaie virtuelle pour débloquer certains éléments dans la fameuse Krypte aux 1001 trésors. Entre des aides temporaires (pour regagner son énergie par exemple), variantes de costumes ou ajout d’images dans la galerie, il y a largement de quoi trouver son bonheur. Le roster est riche de 25 personnages connus… ou pas encore ! Les petits nouveaux : Geras, la déesse Cetrio ou Kollector, un serviteur de Shao Kan s’insèrent parfaitement au casting, dont certains membres emblématiques tel Goro manquent à l’appel. Chacun de ces anti-héros possède aussi plusieurs variantes, avec des frappes distinctes et des éléments de customisations améliorent certains de leurs atouts. Agréable, efficace, plein de punch… « MK11 » sans renouveler la formule, l’améliore sensiblement et s’impose logiquement comme l’un des beat’em all de l’année. (Jeu testé sur PS4 Pro)

Nirvana : Live at the Paramount

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En octobre 1991, alors que l’album Nevermind vient de sortir et que MTV matraque “Smells Like Teen Spirit” environ mille fois par jour, Nirvana, encore en trio,  attaque la triomphale tournée qui conduira le groupe à la reconnaissance mondiale (et Kurt Cobain à s’enfoncer le nez dans la poudre). Mais pour l’heure, Nirvana est porté par la Grâce et livre à domicile (Seattle) une prestation phénoménale. Les titres sont tout neufs, aucune usure ne se fait sentir,  même sur “Teen Spirit” que Cobain finira par détester mais qu’il joue ici comme si sa vie en dépendait. Le concert, que l’on peut aujourd’hui regarder en version superbement  restaurée sur Youtube,  n’était sorti, à l’époque, qu’en vidéo. Universal a eu la bonne idée de l’éditer en double vinyle pour le Disquaire Day, avec un son nickel, un poster (pas terrible),  une reproduction du pass VIP du concert (sympa) et un code de téléchargement. Et pour ne rien gâter la pochette est superbe. Si vous n’achetez qu’un vinyle cette année…

PGM : Point Blank

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Annoncé en 2016 par un EP 3 titres (Vertigo) et en 2017 par le très sombre single “With Our Love“, sorti en réaction au massacre de la Promenade des Anglais, le deuxième album de  Press Gang Metropol  est disponible  en digital depuis le 12 avril et arrivera en physique le 26 avril. Vous pouvez déjà le commander : il est excellent. L’arrivée en 2015 d’un nouveau chanteur, Sébastien Bernard,  à la tessiture vocale proche de Dave Gahan , a définitivement cristallisé les obsessions du groupe pour la New Wave anglaise. De Depeche Mode à Joy Division/New Order en passant par Cure ou les Psychedelic Furs, les influences sont sensibles mais parfaitement digérées sur ce deuxième album, dont les 12 titres s’avalent d’une traite. Aucun temps mort,  le son est nickel, les compos claquent, le chant est au top. Franchement, si on ne connaissait pas les origines géographiques du groupe, on jurerait entendre un groupe anglais émule de Depeche Mode.  On a très hâte de voir PGM  jouer ce disque en live.  En attendant, on l’écoute en boucle sans se lasser.

 

Astérix- Le Secret de la potion magique

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Le pitch

Se sentant vieillir le druide Panoramix décide qu’il est temps d’assurer l’avenir du village. Accompagné d’Astérix et Obélix, il entreprend de parcourir le monde gaulois à la recherche d’un jeune druide talentueux à qui transmettre le Secret de la Potion Magique

Ce qu’on en pense

Pour leur deuxième adaptation animée des aventures d’Astérix (après le très réussi  Domaine des Dieux en 2014), et sur un scénario original cette fois, Alexandre Astiers (Kaamelott) et Louis Clichy ont pris le risque de moderniser l’univers bon enfant des créatures de Goscinny et Uderzo en leur faisant aborder, pour la première fois, des zones plus sombres et plus adultes (la vieillesse, la vengeance, la jalousie…). Le méchant (bien nommé Sulfurix), resurgi du passé de Panoramix, est digne d’un vilain Marvel et la bataille finale d’un épisode des Avengers. C’est bien essayé et plein de bonnes idées, mais la greffe a quand même un peu de mal à prendre. Et côté animation, nos petits héros finissent par ressembler un peu trop à leurs figurines de produits dérivés.

Robin Trower : Coming Closer To The Day

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Avec une régularité de métronome, Robin Trower tombe un album tous les deux ans , ce qui amène le compteur à 23 depuis le début de sa carrière solo. Les dernières productions de l’ex-guitariste de Procol Harum, qui vient de fêter ses 74 ans,  sont toutes d’excellente qualité: on ne sait donc pas pourquoi, au juste,  ce nouvel opus nous fait autant d’effet. Comme à son habitude, Robin l’a enregistré tout seul dans son home studio, jouant de tous les instruments et assurant le chant. La veine est purement blues et le son toujours aussi Hendrixien. Les 12 chansons sont excellentes, impossible d’en extraire une plutôt qu’une autre:  le disque s’écoute d’une traite. Difficile évidemment de ne pas penser, au détour d’une intro , d’un riff  ou d’un solo, à “Crosstown Traffic“,  “Red House” ou quelqu’ autre classique de Jimi Hendrix,  mais  Trower n’est jamais dans la copie servile,  ni dans la démonstration de virtuosité. Il perpétue simplement le son d’Hendrix,  avec ses propres chansons, un toucher magique et un très gros feeling. Espérons que la tournée qu’il vient d’entamer aux Etats-Unis pour défendre l’album le mènera jusqu’à nous, un de ces jours comme semble le promettre le titre (interprétation optimiste).   On garde un souvenir ému de son concert à Monaco,  au bon temps du Moods,  où on avait eu l’insigne honneur de pouvoir l’interviewer.

Les Confins du monde

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Le pitch

Indochine, 1945. Robert Tassen (Gaspard Ulliel), jeune militaire français, est le seul survivant d’un massacre dans lequel son frère a péri sous ses yeux. Décidé à venger sa mort, Robert s’engage dans une quête solitaire et secrète à la recherche de celui qu’il considère comme le responsable de l’exécution de son frère et de ses camarades. Son amour pour Maï (Lang-Khê Tran), une jeune Indochinoise, le fera-t-il renoncer à sa vengeance?

Ce qu’on en pense

Avec Valley of Love, présenté en compétition à Cannes en 2015, Guillaume Nicloux (Le Poulpe, Une Affaire privée, La Clé) a, semble-t-il, ouvert un nouveau cycle de films dans lesquels la mort, le deuil et la passion amoureuse se mêlent pour en devenir les principaux enjeux. La quête vengeresse du personnage incarné par Gaspard Ulliel se double ici d’une passion dévorante dans un film-trip qui parvient à évoquer, à la fois, la démesure d’Apocalypse Now et le dépouillement de la 317e section de Pierre Schoendoerffer. Les montagnes du Nord Vietnam, magnifiquement photographiées par David Ungaro, offrent un cadre idéal à la dérive du personnage, mise en scène de manière tour à tour violente et contemplative. Gaspard Ulliel et Guillaume Gouix sont parfaits en soldats perdus et Nicloux retrouve pour la troisième fois Gérard Depardieu (en écrivain, cette fois). Le jury de la Quinzaine des réalisateurs et les César sont inexplicablement passés à côté de ce très grand film. Une injustice à rattraper en vidéo.

David Goudreault : La Bête et sa cage

ça vient de sortir|

Par MAB

«J’ai encore tué quelqu’un. Je suis un tueur en série. D’accord, deux cadavres. C’est une petite série, mais c’est une série quand même. Et je suis jeune. Qui sait jusqu’où les opportunités me mèneront ? » En tout cas, depuis quelques jours, l’univers de celui qui s’exprime ainsi, est réduit à une cellule d’isolement. Son avocat vient de lui apporter papier et crayons, prétendant que l’écriture l’aiderait à tuer le temps et apporterait des pièces à son procès. Voila qui est fait dans les pages suivantes.  Ce sont les  réflexions à la première personne d’un détenu québécois que propose le canadien David Goudreault. Son roman s’intitule « La bête et sa cage ». C’est le second volet d’une trilogie commencée avec «La bête et sa mère » et qui s’achèvera avec « Abattre la bête ». Des œuvres sorties avec succès au Québec et qui viennent d’être éditées en France par Philippe Rey. Pourquoi en conseiller la lecture ? Parce qu’il s’agit de pages crues, âpres et dures sur la vérité des prisons. Un roman sans détours dont le héros, inapte à l’introspection et à la culpabilité, se drogue et subit des viols répétés. Mais aussi parce que l’écriture virtuose  sait se faire drôle lorsque ce même détenu privé de dents zozote comme un enfant ou fantasme sur Edith une gardienne. Voire tendre quand il attend désespérément une lettre de sa mère. Goudreault connait son sujet. Il est travailleur social et intervient dans les centres de détention pour animer des ateliers de créativité. Il ne juge pas. N’oppose pas bourreau et victime. Ne compatit pas plus que les détenus ne s’apitoient sur eux-mêmes. Il met le lecteur en immersion dans les cellules, soulignant que si la folie pousse l’homme au crime, l’incarcération le transforme en monstre.