Ça vient de sortir

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Bohemian Rhapsody

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Le pitch

A Londres, au début des années 60, le jeune Farrokh Bulsara (Rami Malek) rencontre Brian May (Gwilym Lee) et Roger Taylor (Ben Hardy), respectivement guitariste et batteur du groupe Smile. Ensemble, ils forment le groupe Queen. Pour le meilleur et pour le pire, Farrokh devient Freddie Mercury…

Ce qu’on en pense

On pouvait légitimement craindre le pire de ce biopic de Freddie Mercury, devenu celui de Queen après que les membres survivants du groupe aient pris le pouvoir sur la production et que le réalisateur Bryan Singer (Usual Suspects , X-Men) ait abandonné le tournage en cours. Groupe iconique des années 80 (pas une très bonne décennie pour le rock), Queen n’a pas une histoire très différente, ni plus édifiante que celle d’autres formations vedettes de l’époque.C’est celle d’un groupe formé autour de deux personnalités opposées mais complémentaires (le chanteur Freddie Mercury, icone gay en devenir et le guitariste Brian May, doué mais trop sage pour devenir une vraie rock star), qui a connu un succès planétaire dans une époque particulièrement faste pour le business de la musique (émergence des radios FM , lancement du CD audio, méga concerts en stades). Ascension contrariée (Queen avait des prétentions artistiques peu en phase avec les visées commerciales de sa maison de disques), succès surprise (avec le titre opératique «Bohemian Rhapsody»), frasques de diva du chanteur, jalousies, séparation, reformation et triomphe scénique (au concert Live Aid dont le groupe semble avoir assuré le succès à lui tout seul…), avant la mort annoncée de Freddie Mercury (diagnostiqué malade du Sida) et sa quasi déification posthume… Telle est, retracée par le film, la trajectoire du groupe. L’argent, les dissensions internes, les jalousies, la drogue et les frasques sexuelles du chanteur sont tout juste évoqués. Il s’agit bien d’un «biopic autorisé», comme il y a des «biographies autorisées».Pourtant, on avoue avoir pris un plaisir coupable à cette évocation, trés lisse et commerciale, de la saga de Queen. Le performance de Rami Malek (découvert dans la série Mr Robot), en Freddie Mercury tout en moustache et mâchoire prognathe, n’y est pas pour rien. Mais Gwylim Lee est tout aussi ressemblant et crédible en Brian May. La reconstitution du concert de Live Aid est assez incroyable. Et la B.O est forcément formidable, puisque c’est du Queen. Dans le genre, le film est une telle réussite qu’il ouvre grand la voie à d’autres biopics de groupes, autorisés ou non : Les Beatles et Elton John sont déjà en boite . Pour les autres  (Led Zeppelin, les Kinks, les Who, les Stones…),  il ne reste plus qu’à trouver les sosies.

Cold War

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Le pitch

Pendant la guerre froide, entre la Pologne stalinienne et le Paris bohème des années 1950, un musicien épris de liberté (Tomasz Kot) et une jeune chanteuse passionnée (Joanna Kulig) vivent un amour impossible dans une époque impossible…

Ce qu’on en pense

Oscarisé en 2015 pour Ida, film en noir et blanc sur une jeune orpheline élevée dans un couvent, Pawel Pawlikowski hausse encore le niveau avec Cold War, qui lui a valu un prix de la mise en scène à Cannes. En moins d’une heure et demie, dans un noir et blanc encore plus somptueux que celui d’Ida, le film nous entraîne dans l’Europe de l’immédiate après-guerre, sur les pas de Victor (Tomasz Kot) et Zula (Joanna Kulig) qui s’aiment, se déchirent, se recherchent et se fuient pendant une dizaine d’années. Faisant sien le mantra de Truffaut dans La Femme d’à côté («Ni avec toi, ni sans toi»), Pawlikowski filme cette cavale amoureuse et tragique à grands coups d’ellipses, de scènes de chants, de musique et de danse. Celle où Zula entame un rock endiablé avec les clients d’un cabaret parisien, passant de bras en bras devant Viktor défait, entrera au Panthéon des grandes scènes de danse au cinéma. Devant la caméra de Pawlikawski, Joanna Kulig a des airs de Jennifer Lawrence et Tomasz Kot de Daniel Day Lewis. C’est magnifique !  Notre Palme d’or de Cannes 2018.

Canine: Dune

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Après avoir enflammé la “Parisfère” depuis 2 ans à coups de concerts privés mystérieux et enfiévrés, Canine  publie enfin son premier album, Dune, et tombe le masque. Sous le nom de ce qu’on croyait être un collectif féminin d’une dizaine de musiciennes se cachait en fait Magali Cotta, une Niçoise de 37 ans passée par le conservatoire de Paris (ça s’entend),  fan de Nina Simone et de musiques de films (ça s’entend aussi),  convertie à l’electro.  Centrée sur le chant choral, enveloppé de boucles electro et de rideaux de cordes, la musique de Canine évoque par certains côtés Hyphen Hyphen (autres niçoises),  Sia, Mylène Farmer  ou encore Enya avec ses envolées de cathédrales. Conçu dans le home studio de la maison familiale de Libre dans la vallée de la Roya, avec des textes engagés sur l’environnement ou les migrants (“Ventimiglia“),  chantés en anglais et en français, Dune (hommage à Jodorowski ?) a séduit la critique qui voit en Canine  la nouvelle Christine and the Queens. On lui souhaite de connaître le même succès. En attendant,  Canine rejoint Hyphen Hyphen, Juniore  et Griefjoy au panthéon des nouveaux groupes azuréens qui pèsent dans le game.

 

 

Le Grand Bain

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Le pitch

A la piscine municipale, Bertrand, Marcus, Simon, Laurent, Thierry et les autres, tous plus ou moins à la dérive dans leur vie sentimentale et professionnelle, s’entraînent sous l’autorité toute relative de Delphine (Virgine Efira), ancienne gloire des bassins et celle plus rigoureuse d’Amanda (Leila Bekhti) coach handicapée mais à la main leste. Ils mettent toute leur énergie dans une discipline en principe réservée aux femmes : la natation synchronisée. Et envisagent même de participer aux championnats du monde. Une idée pas si folle puisqu’elle redonne sens à leur vie…

Ce qu’on en pense

C’est peu dire qu’on n’attendait pas un tel film de Gilles Lellouche. Abonné aux rôles virils, rien ne prédisposait, a priori, l’acteur des Petits mouchoirs et le réalisateur des Infidèles à accoucher d’une comédie surréaliste aussi poétique, surprenante, emballante, intelligente , émouvante et réussie que celle-là. Comme quoi, le cinéma français peut encore nous réserver de bonnes surprises…  A Cannes, où le film était présenté hors compétition, il a reçu un accueil incroyablement enthousiaste. S’agissant d’une comédie, c’est assez rare pour être souligné. Certes, on rit beaucoup aux mésaventures croquignolesques de cette bande de losers patentés (dont un Philippe Katerine impayable, un Jean Hugues Anglade chevelu et un Guillaume Canet énervé), coachés par deux «entraîneuses» aux tempéraments radicalement. L’une très cool, désabusée et laxiste (Virginie Efira, fragile et émouvante) , l’autre intransigeante et furibarde (Leila Bekhti, atomique, son arrivée dynamite le film). Mais on s’attendrit aussi devant la fragilité de ces hommes lessivés par la compétition sociale, qui trouvent, dans ce nouveau défi et la solidarité qu’il leur impose, des raisons de relever la tête et les bras. Une comédie hilarante en forme de fable sociale, pas très éloignée au fond de l’univers de Kervern et Delépine (Le Grand Soir, Saint-Amour, I Feel Good), mais en plus tenu et accessible au «grand public». Ce Grand Bain est si bienfaisant qu’il nous console à lui tout seul d’une année de comédies françaises particulièrement navrantes. On plonge dedans avec délice !

 

A Star is Born

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Le pitch

Chanteur de country-rock  sur le déclin, Jackson Maine (Bradley Cooper) découvre dans un cabaret Ally (Lady Gaga), une jeune serveuse- chanteuse très prometteuse. Tandis qu’ils tombent amoureux l’un de l’autre, Jack propulse Ally sur le devant de la scène et fait d’elle une artiste adulée par le public. Bientôt éclipsé par le succès de la jeune femme, il vit de plus en plus de mal son propre déclin…

Ce qu’on en pense

Quatrième relecture d’Une Etoile est né et première réalisation de l’acteur Bradley Cooper, révélé dans Very Bad Trip, A Star is Born est un pur produit commercial destiné, avant toute chose, à mettre en valeur  l’acteur-réalisateur (et ses dons musicaux supposés) et à lancer la carrière d’actrice de Lady Gaga. Le film remplit laborieusement son contrat.  Bradley Cooper a beau s’être fait la tête de Kris Kritofferson (ou de Beigbeder ?),  il est loin d’en avoir le charisme.  Et si Lady Gaga est convaincante quand elle chante , elle l’est beaucoup moins dans les scènes de comédie et d’amour. Leur duo ne fait vraiment d’étincelles que sur scène. Et comme ni le scénario, ni la réalisation ne brillent par leur originalité, les deux heures seize de projection paraissent longues,  malgré une B.O accrocheuse et de bonnes scènes de live.

Jeu : Resident Evil 2

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Par Cédric Coppola

Chez Capcom, les « Resident Evil » se suivent et… ne se ressemblent pas forcément ! Au cours de son histoire qui a débuté en 1996, la série est en effet passée de l’horrifique à l’action pure, avant de retourner à ses premiers amours, il y a deux ans, via un épisode 7 qui osait la vue subjective tout en s’imposant comme un incontournable pour les possesseurs de casque VR. Aujourd’hui, la nouveauté se nomme…. « Resident Evil 2 » ! Un remake d’un des épisodes les plus appréciés par les fans, marqué par l’entrée en lice d’un certain Léon Kennedy. Contrairement aux autres portages HD de la saga connue au Japon sous le nom de « Bio Hazard », le jeu a été entièrement refait à neuf, grâce à l’utilisation d’un moteur graphique dernier cri. Exit donc la 3D précalculée et ses plans fixes qui posaient problèmes à maintes reprises lors des affrontements avec les zombies. Exit aussi la jouabilité rigide. Dorénavant, on voit son héros de dos et les actions sont fluides.

Seul petit bémol, la gestion de l’inventaire est toujours aussi poussive, puisqu’il faut, par exemple passer obligatoirement par le menu pour utiliser une herbe de soin. Au niveau normal, le challenge est aussi plus faible que par le passé, grâce à l’apparition de checkpoints et la possibilité de sauvegarder sa progression auprès des fameuses machines à écrire sans utiliser les rubans. Les puristes iront donc directement en difficulté cauchemar. La structure reste sensiblement la même avec le fameux commissariat et le laboratoire. Des lieux modélisés avec grand soin. Les sursauts sont toujours présents grâce à une mise en scène brillante. En témoignent certaines phases avec le fameux Monsieur X, plus tendues que jamais. En toute logique, on devra comme par le passé, parcourir le jeu deux fois avec Léon et Claire, dans l’ordre de son choix. Sympathique même si on note des incohérences avec des actions effectuées au préalable qui n’ont pas d’impact sur la seconde partie. On reste toutefois en haleine le long de la vingtaine d’heures nécessaire grâce à un rythme qui varie intelligemment combats et puzzles, en étant séduit par les jeux d’ombres concoctés par les développeurs. En s’appuyant sur une base solide et en la modernisant techniquement, Capcom, qui a tendance à parfois abuser du recyclage, change son fusil d’épaule et donne à travers ce « Resident Evil 2 » la véritable définition du mot Remake. Une promesse tenue qui s’adresse aussi bien aux fans qu’à ceux qui n’avaient pas touché le hit sur PS2… Espérons donc, que le 3e opus « Nemesis » subisse le même traitement !

 

 

First Man

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Le Pitch

Pilote jugé «un peu distrait» par ses supérieurs en 1961, Neil Armstrong (Ryan Gosling) sera, le 21 juillet 1969, le premier homme à marcher sur la lune. Durant huit ans, il subit un entraînement de plus en plus difficile, assumant courageusement tous les risques d’un voyage vers l’inconnu total. Meurtri par des épreuves personnelles qui laissent des traces indélébiles, Armstrong tente d’être un mari aimant auprès d’une femme (Claire Foy) qui l’avait épousé en espérant une vie normale

Ce qu’on en pense 

Déjà titulaire, à 33, ans d’un Oscar du meilleur réalisateur (pour La La Land l’an dernier), Damien Chazelle fait à nouveau figure de favori dans la course aux nominations avec ce biopic de Neil Armstrong, premier homme à avoir posé son pied sur la Lune en 1969. Présenté en ouverture de la Mostra de Venise (d’où il est assez scandaleusement reparti bredouille), First Man se situe au niveau des plus grandes réussites des “films de conquête spatiale”, de 2001 Odyssée de l’Espace à Gravity, en passant par L’Étoffe des héros auquel il renvoie forcément. Mais, contrairement à Philip Kauffman, Chazelle se garde bien d’héroïser outre mesure les astronautes et de faire vibrer la fibre patriotique (il n’y a même pas la fameuse image du drapeau US flottant sur la Lune!).Le réalisateur franco-canadien fait, au contraire, de la mission Appolo 11 une épopée intime et universelle. Celle d’un homme presque ordinaire (Ryan Gosling dans un rôle taiseux qui lui convient parfaitement), embarqué dans une aventure qui le dépasse, alors qu’il vit un véritable drame familial (sa petite fille meurt d’une leucémie) et que sa femme (Claire Foy) lui reproche de délaisser sa famille.
Tout est vu à travers son regard et le film alterne séquences de vols et scènes familiales. Les premières, filmées de manière presque documentaire, sont formidablement immersives. On ressent physiquement ce que cela pouvait faire d’être enfermé dans une boîte de conserve propulsée hors de l’atmosphère par toute la puissance de la fusée Saturn V. Les secondes, qui évoquent parfois The Tree of Life (Terrence Malick), doivent beaucoup au talent et au charme de Claire Foy, formidable découverte de la série The Crown, qu’on verra bientôt en Lisbeth Salander dans la suite de Millenium. Leur équilibre est presque parfait. Avec ce film, projet piégeux s’il en était, Damien Chazelle confirme qu’il fait partie des grands cinéastes de la nouvelle génération. S’il continue sur sa lancée, on lui promet la lune.  Honteusement oublié des Oscars, le film bénéficie pour sa sortie dvd de nombreux bonus.

Capharnaüm

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Le pitch

À l’intérieur d’un tribunal, Zain (Zain Alrafeea), un garçon de 12 ans, est présenté devant le juge. À la question : « Pourquoi attaquez-vous vos parents en justice ? «, Zain répond : « Pour m’avoir donné la vie ! «. Capharnaüm retrace l’incroyable parcours de cet enfant en quête d’identité et qui se rebelle contre la vie qu’on cherche à lui imposer

Ce qu’on en pense

Choc émotionnel de Cannes 2018, Capharnaüm a divisé les festivaliers (certains dénonçant un trop plein de pathos), avant de décrocher le Prix du jury présidé par Cate Blanchett. On est de ceux qui applaudirent à cette décision. Le film de Nadine Labaki mérite d’être aimé, et pour de bonnes raisons. Tourné caméra à l’épaule, à hauteur d’enfant, avec des comédiens castés sur place, en arabe et en éthiopien (une des protagonnistes est une réfugiée africaine), dans un dédale de bidonvilles et de souks, censément situés à Beyrouth, mais pouvant aussi bien évoquer ceux du Pakistan, de l’Inde ou du Kenya… Tout y sonne juste et vrai. Aucun «mignonisme», mais pas de misérabilisme forcé non plus.L’environnement dans lequel vit Zain est infernal, mais la pulsion de vie du petit garçon emporte tout. Un peu comme dans une version naturaliste de Slumdog Millionaire ou un remake comtemporain du Kid de Chaplin, sans Charlot pour adoucir le propos.

Rival Sons : Feral Roots

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L’heure de la reconnaissance a enfin sonné pour les Rival Sons, groupe californien formé de Scott Holiday (guitare), Thomas Flowers (chant), Michael Miley (batterie), et Dave Beste (basse) qui officie depuis 2009 dans un rock à la limite du hard,  avec des variantes blues, country, boogie et americana. Leur sixième album, Feral Roots est une réussite totale,  quelque part  à la croisée de Bad Co et des Black Keys. On l’écoute en boucle depuis sa sortie sans parvenir à s’en lasser.

 

Girl

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Le pitch

Lara (Victor Polster), 15 ans, rêve de devenir danseuse étoile. Avec le soutien de son père, elle se lance à corps perdu dans cette quête d’absolu. Mais ce corps ne se plie pas si facilement à la discipline que lui impose Lara, car celle-ci est née garçon.

Ce qu’on en pense

S’il avait été présenté en compétition officielle, au lieu du Certain Regard (où il a décroché la Caméra d’or et le prix d’interprétation masculine), le premier film de Lukas Dhont aurait certainement obtenu un prix majeur cette année à Cannes. Qui sait même si le jury de Cate Blanchett ne lui aurait pas offert la Palme d’or ? Aucun film n’a autant fait l’unanimité des festivaliers.Tous ont salué sa maîtrise, son intelligence, sa sensibilité, la qualité du sujet et celle de l’interprétation. Le jeune Victor Polster est tout simplement formidable dans un rôle pourtant extraordinairement difficile. Le réalisateur Belge fait, quant-à lui, des débuts fracassants. Son film peut-être vu par tous et tout le monde devrait l’aimer.

Tahar Ben Jelloun : L’Insomnie

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Par MAB

C’est d’abord pour le titre –  L’insomnie  –  qui renvoie à un problème très personnel, que le roman a été extrait de la pile reçue des éditions Gallimard.  C’ est ensuite pour son auteur, Tahar Ben Jelloun, dont on se souvient de la terrible Punition sur les geôles militaires du régime d Hassan II. Bonne pioche car petit  coup de cœur du moment.  Ce nouveau récit, complètement différent des œuvres précédentes, est tout à la fois une farce tragi-comique et une réflexion pleine d’humour et de malice sur la société marocaine contemporaine. Le sujet : Grand insomniaque, un scénariste de Tanger, découvre que, pour enfin bien dormir, il lui faut tuer quelqu’un. Sa mère, en fin de vie, sera sa première victime. Elle agonisait dans la douleur, il lui met un oreiller sur la tête et les nuits suivantes s’endort comme un bébé . Mais cela ne dure pas . Il doit récidiver. Et le voilà qui se transforme en dormeur à gages. Plus sa victime est importante, plus la  vie de celle-ci est inutile , plus il dort… Pour la première fois de sa brillante carrière d’écrivain sérieux, Tahar Ben Jelloun fait rire. Le parcours de cet insomniaque tueur de cancéreux, de crapules et de profiteurs est complètement déjanté .Digne d’un scénario de thriller foutraque. Sauf que, à travers ce personnage et les bras cassés qui l’accompagnent, Ben Jelloun propose une courageuse  réflexion sur le droit à l’euthanasie, sur l’incurie du système de santé de son pays, sur l’écart entre les riches et les pauvres. Il va même plus loin : l amour, le sexe, le couple et la solitude… Tout est dit sur l’hypocrisie du royaume chérifien. Il en plaisante,  mais le constat est amer. Le ton sarcastique. Du coup son roman est tellement plaisant  qu’il occupe n’importe quelle insomnie  !

Stephen Eicher : Hüh !

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Après un septennat de silence discographique, contraint par une brouille juridique avec son ancien label (Barclay), Stephen Eicher publie enfin un nouvel album (chez Polydor). On le retrouve avec plaisir,  entouré de la fanfare balkanique Traktorkestar, qui l’accompagne sur scène ces derniers temps,  pour quatre nouveaux titres d’excellente facture et sept reprises de ses tubes passés (des “Filles de Limmatquai” à “Cendrillon après minuit” en passant par “Pas d’ ami comme toi”, “Combien de temps” et “La chanson bleue“) moulinés à la sauce balkanique. Au début,  ça surprend un peu  tous ces cuivres sur les chansons délicates du troubadour hélvétique. Hüh ! se dit-on en considérant la pochette hommage à Bashung (Fantaisie Militaire). Et puis le charme opère et on a hâte d’écouter ça en live. Pourvu qu’un festival d’été ait la bonne idée d’inviter Stephen et son Okestar !

 

 

DVD : Nos batailles

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Le pitch

Olivier (Romain Duris) se démène au sein de son entreprise pour combattre les injustices. Mais du jour au lendemain quand Laura (Lucie Debay), sa femme, quitte le domicile, il lui faut concilier éducation des enfants, vie de famille et activité professionnelle. Face à ses nouvelles responsabilités, il bataille pour trouver un nouvel équilibre, car Laura ne revient pas.

Ce qu’on en pense

Une femme disparaît.Des dizaines de thrillers commencent ainsi. Plus rarement un film social. C’est le cas de Nos Batailles, deuxième long-métrage de Guillaume Senez, révélé en 2016 avec Keeper. Ici, la soudaine disparition de sa femme, oblige un homme à assumer sa charge de père de famille. Ce qu’il avait largement oublié de faire jusque-là, trop pris par son job. Dans le rôle, Romain Duris, que l’on a plus l’habitude de voir dans des rôles de séducteurs «adulescents», prend une épaisseur qu’on ne lui connaissait pas. Ce n’est pas son premier rôle «mature», mais celui-là fera date. Guillaume Senez a l’art de faire oublier la vedette derrière le personnage. On le voit aussi avec Lætitia Dosch (en sœur baba cool) ou Laure Calamy (en collègue de syndicat  amoureuse) pourtant déjà de nombreuses fois vues dans le même  emploi.Tous sont cent pour cent crédibles devant la caméra du réalisateur Belge, que l’on affilierait à tort à l’univers Dardenne (il se réclame plutôt de Mike Leigh). Cela tient peut-être à la méthode originale que Guillaume Senez a développé depuis Keeper.  Il ne donne à ses acteurs qu’un scénario sans dialogues et les contraint à trouver eux-mêmes sur le plateau les répliques de chaque scène.«Ce n’est pas vraiment de l’improvisation, car les dialogues sont écrits au mot près et il sait exactement ce qu’il veut qu’on dise», raconte Romain Duris qui a «adoré» tourner ainsi pour la première fois.«Cela donne plus de vérité aux scènes et force l’empathie du spectateur pour les personnages», estime le réalisateur. De fait, l’histoire n’est pas très originale et comme le scénario ne force ni le suspens, ni la dramaturgie,  on pourrait vite se désintéresser du sort minuscule d’Olivier et de sa petite famille.Or, ce n’est pas le cas. On ne s’ennuie jamais et on est à fond avec eux… Dans la bataille!

Interview : Jacques Audiard

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C’est devenu une sorte de blague dans le métier. Lorsqu’on demande à un(e) acteur/trice étranger(e) avec quel réalisateur français il/elle aimerait tourner, la réponse est généralement: «À part Jacques Audiard?». C’est dire le prestige dont jouit, urbi et orbi, le plus «titré» de nos cinéastes, titulaire, à 66 ans, de neuf César et d’une Palme d’or. Est-ce parce qu’il ne lui restait plus rien à gagner en France qu’il a réalisé son premier film «américain»? Le réalisateur d’Un Prophète et de De Rouille et d’os s’en défendait à Deauville , où il a reçu le Prix du 42e anniversaire avant de se voir attribuer  le Lion d’Argent de la Mise en scène à Venise pour  Les Frères Sister. Faute de nomination aux Oscars, Jacques Audiard sera l’un des favoris des César… 

Est-ce un désir d’Amérique qui vous a poussé à réaliser un western, ou une envie de western qui vous a fait réaliser un film américain?
Vous auriez aussi pu entrer mon amour des chevaux dans les paramètres! (rires). Mais non: je n’avais envie ni de western, ni de faire un film aux États-Unis. Seulement de tourner avec des acteurs américains.

Et pourquoi cela?
Ils ont une culture du jeu au cinéma qui est différente de la nôtre. Acteur de cinéma, c’est quelque chose de spécial.Je pense qu’ils ont constitué un savoir particulier du jeu cinématographique, de ce que c’est de jouer devant une caméra.Ils ont une conscience plus aiguë d’eux-mêmes et des distances, qui fait que quand ils rentrent dans le cadre, il se passe quelque chose de différent.Ils offrent une sorte d’incarnation immédiate. On ne se pose pas de question, ils se dressent physiquement et occupent l’espace d’une façon différente.Les visages n’apparaissent pas de la même façon, les corps n’ont pas la même taille, les voix la même profondeur…Nous avons des voix de tête et une langue peu accentuée.La leur est plus rythmée, plus musicale… Ensuite, bien sûr, il y a le travail.Ils ne s’arrêtent jamais. Jake Gyllenhaal, par exemple, est allé, sans que je le lui demande, travailler avec un linguiste pour acquérir l’accent d’un jeune diplômé de la côte est des États-Unis au XIXe siècle. Il est revenu avec le script en phonétique pour ne pas faire de faute d’accent. Il ne lui manquait que le costume!

Et les deux autres?
John CReilly est venu me proposer le film avec l’idée de jouer Eli, l’un des frères Sister, ce qui me convenait parfaitement.Le nom de Joaquin Phœnix est arrivé très vite.Je ne sais plus qui, de lui ou de moi, l’a proposé en premier, mais il n’y a pas eu de discussion.

Est-ce réellement pour préserver ses chances aux Oscars que le film n’a pas été présenté à Cannes?
C’est vrai que c’est une décision de la société de production, Anapurna, qui est américaine.Mais je pense plutôt que cela tenait à la date choisie pour la sortie du film.Venise, Deauville et Toronto sont mieux placés dans le calendrier pour coller à une sortie à l’automne.

N’avez-vous pas, malgré tout, des envies de conquête de l’ouest?
Non, je vous l’ai dit: je n’ai pas de rêve américain.Je n’y pense pas, en fait.Si j’avais lu le livre sans que John me propose de l’adapter, je n’y aurai certainement jamais pensé.J’ai une culture du western très lacunaire. Dramatiquement, le western est très linéaire, sans suspense, épique. Dans mon travail, je pense avoir été attiré jusqu’à maintenant par des histoires plus tendues, des scénarios plus «efficaces».

Et surtout plus urbains!
Oui, mais là justement j’avais envie de campagne et de grand air, pour changer un peu! (rires)

Pourquoi ne pas être allé tourner aux États-Unis, dans ce cas?
J’y suis allé en repérage, mais partout où j’allais j’avais l’impression que c’était trop facile, trop évident. Pour Un Prophète j’avais eu la même impression dans les prisons que je visitais. Le réel ne m’aide pas à voir le cinéma.Il m’a semblé qu’il fallait être plus créatif.C’est pour cela que j’ai préféré tourner en Espagne et en Roumanie.

Vous avez gardé le «final cut»?
Je ne comprends même pas qu’on se pose la question!

Vous avez fait le buzz en dénonçant le machisme des festivals. Pourtant vos films sont très virils…
Il y a un malentendu autour de ça. C’est vrai que quand j’arrive dans un festival et que je vois que les dirigeants, les sélectionneurs et les sélectionnés sont tous des hommes, j’ai l’impression d’être encore dans l’ancien monde. Sur mes plateaux, il y a presque plus de femmes que d’hommes.On dit tout le temps que je fais un cinéma viril. Mais Sur mes lèvres ou De Rouille et d’os étaient des histoires de femmes et de femmes fortes. Je trouve que dans mes films les hommes sont plutôt… En dégoulinade! (rires)

 

DVD : L’Amour flou

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Le Pitch

Romane Bohringer et Philippe Rebbot se séparent. Après 10 ans de vie commune, deux enfants et un chien, ils ne s’aiment plus. Enfin… ils ne sont plus amoureux. Mais ils s’aiment quand même. Beaucoup. Trop pour se séparer vraiment ? Bref…C’est flou !  Alors, sous le regard circonspect de leur entourage, ils accouchent ensemble d’un «sépartement »: deux appartements séparés, communiquant par…la chambre de leurs enfants! Peut on se séparer ensemble? Peut-on refaire sa vie, sans la défaire?

Ce qu’on en pense

Entre documentaire sociétal, confessions intimes  et comédie de démariage, L’Amour flou était un projet à risques. D’autant que les protagonistes  en ont entamé le tournage en même temps qu’ils se séparaient et qu’ils ont conduit leur projet immobilier en même temps que leur film… On n’aurait pas donné cher de leur chances de réussite !  Pourtant, c’en est une sur toute la ligne. Le film est léger, drôle, étonnant et donne à réfléchir sur l’amour, le couple, la séparation, les liens familiaux. Romane Bohringer et Philippe Rebbot s’y mettent en scène avec humour et tendresse, sans hésiter à forcer le trait,  pour elle sur ses fantasmes sexuels  et pour lui sur sa relation fusionnelle avec sa chienne. Ce qui nous vaut, entre autres, un cameo épatant de Reda Kateb en conseiller d’éducation canine.  En lice pour le César du meilleur film, c’est ce qui s’appelle réussir son divorce !