Ça vient de sortir

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Ma vie avec John F. Donovan

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Le Pitch

Dix ans après la mort de John F.Donovan (Kit Harington), acteur vedette de séries télé pour ados, un jeune comédien à succès, Rupert Turner (Ben Schnetzer) raconte dans une interview la correspondance qu’il a jadis entretenue avec cet homme et l’impact que ces lettres ont eu sur leurs vies respectives

Ce qu’on en pense

Massacré par la critique US, entièrement remonté et écourté d’une heure,  le premier film “américain” de Xavier Dolan (Mommy, Juste la fin du monde…) méritait mieux qu’une sortie en salles en quasi catimini. Casting étoilé (Natalie Portman, Susan Sarandon, Kit Harington, Kathy Bates…), critique d’Hollywood, fascination pour le cinéma,réflexion sur la célébrité, éloge de la différence, réalisation et  montage virtuoses… Il avait pourtant toutes les qualités d’un “bon Xavier Dolan”.  A réévaluer en vidéo. 

Lana Del Rey : NFR

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Teasé depuis des mois sur internet et les réseaux sociaux, le nouvel album de Lana Del Rey, Norman Fucking Rosswell, est enfin disponible. Pas de surprise à la première écoute:  l’ensemble est conforme à ce que donnaient à entendre les 6 titres que la chanteuse a distillé en ligne au fil des mois : un album languide, pour ne pas dire molasson, dans lequel Lana chante le plus souvent en piano-voix, creusant  un peu plus la veine laid back/Laurel Canyon ouverte avec les albums  précédents. Il y a de bonnes chansons (presque toutes en fait),  mais l’ensemble est beaucoup trop monocorde pour soutenir l’intérêt jusqu’au quatorzième titre. Cet album-là, il faudra faire des efforts pour l’aimer. Et le visuel moche de la pochette ne va pas nous y aider !

 

Avengers : Endgame

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Le pitch

Thanos (Josh Brolin)  ayant anéanti la moitié de l’univers, les Avengers survivants resserrent les rangs pour le combattre…   

Ce qu’on en pense

On était sorti épuisé (mais heureux) du dernier volet de la saga Avengers, Infinity War qui ne durait pourtant «que» 2h35 et était probablement le meilleur épisode de la saga.  Les Frères Russo, toujours aux commandes de la franchise, ont rajouté une demi-heure pour ce nouvel épisode, supposé être le dernier  (Endgame : fin de partie). Autant dire qu’il faut s’armer de courage pour affronter la séance. Et réviser sa physique  ! C’est dans le monde quantique que se battent les super héros survivants, car seul un saut de dimension pourrait leur permettre de rétablir l’ordre de l’univers, à moitié détruit dans l’épisode précédent, et faire revivre leurs amis disparus. Heureusement , on a déjà eu un avant goût des voyages quantiques dans le dernier Ant-Man... Tout cela ravira les afficionados de l’univers Marvel (dont c’est le 22e film) qui se sont rués sur la bande annonce (289 millions de vues en 24h record absolu pour un film). Ils sont entre de bonnes mains avec les frères Russo : Endgame tient ses promesses et offre une bonne conclusion (provisoire) aux aventures des Avengers.  

James Lee Burke : Robicheaux

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You know my name” dit la jacquette américaine du bouquin. Effectivement : depuis qu’on a fait connaissance avec Dave Robicheaux au mitan des années 80 dans  The Neon Rain (Légitime Defense en VF) , on suit avec délice les aventures du flic poissard de New Iberia  (Louisiane). Robicheaux est sa vingt et unième et le titre laisse penser qu’elle pourrait résumer toutes les autres.  En attrapant le bouquin,  on a d’ailleurs cru, vue l’épaisseur, qu’il pourrait s’agir d’une sorte de best of ou d’un recueil de nouvelles inédites. Mais non. On retrouve Dave meurtri par la mort de sa femme Molly, victime d’un chauffard, tout près de replonger dans ses vieux démons : l’alcool et la violence.  Sa fille Alafair (qui porte le même nom que celle de l’auteur et exerce le même métier : écrivain) accourt pour le soutenir. Trop tard:  le responsable de l’accident de Molly est retrouvé battu à mort et tout accuse Robicheaux  qui,  le soir du crime,  s’est justement payé  une cuite royale et a fait un black-out. Comme si cela ne suffisait pas, son vieux pote Clete (un tas d’emmerdes sur pattes, mais aussi un cœur généreux) est menacé de mort par les types auxquels il a emprunté de l’argent qu’il ne peut (et ne veut) évidemment pas rembourser… On fait aussi la connaissance de deux femmes flics dures à cuire, d’un futur sénateur au passé trouble, d’un riche héritier qui veut devenir producteur de cinéma, d’un écrivain célèbre et de sa femme à moitié folle et d’un tueur psychopathe qui sourit aux enfants et se fait appeler Smiley,  mais s’avère être l’exécuteur des basses œuvres d’on ne sait quel commanditaire… Le tout sur fond de bayou hanté par des fantômes de soldats confédérés en butternut. Ah, la Louisiane !  Un Etat qui , sous la plume volontiers lyrique de Burke, ressemble  à  “un asile psychiatrique en plein air dans lequel des millions de gens sont bourrés la plupart du temps” et où “La cirrhose est un héritage familial.”…  Disons-le tout net : Robicheaux est le meilleur JL Burke ( donc le meilleur polar) qu’on ait lu  depuis des lustres.  Le chef d’oeuvre testamentaire d’un écrivain de 82 ans, dont la saga a déjà inspiré un de ses meilleurs films à Bertrand Tavernier (Dans la brume électrique) et qui n’attend plus que la consécration d’Hollywood.

Interview : Little Steven

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Au téléphone, il a la voix caverneuse des personnages de gangsters qu’il a joué dans les Sopranos ou dans la série norvégienne Lillyhammer. Mais c’est bien avec le patron des Disciples of Soul qu’on parle. Steve Van Zandt, alias Little Steven, alias Miami Steve,  est en Europe pour la tournée du formidable nouvel album des Disciples, le bien nommé Summer of Sorcery. Un disque qui célèbre comme jamais le “Jersey Shore sound” dont il est l’un des pères fondateurs avec Southside Johnny et Bruce Springsteen. Avant de de donner un formidable concert à l’opéra Garnier de Monaco le 31 août, pour la dernière date du Sporting Summer Festival, le guitariste  historique et bras droit du Boss nous a parlé du disque, de la tournée et de la reformation annoncée du E Street Band en 2020…

C’est la première fois que vous jouez à Monaco ?

Oui, mais j’y suis déjà venu. Lillyhammer a été plusieurs fois nommé au festival de télévision. Et on avait lancé la série au MIPTV à Cannes. J’adore la Côte d’Azur, je me réjouis d’y venir jouer. Dites à tout le monde qu’on va casser la baraque !

Pourquoi avoir attendu si longtemps pour former ce groupe ?

C’est vrai que cela fait plus de 20 ans que je n’avais pas tourné avec un autre groupe que celui de Bruce Springsteen. Cela s’est fait par hasard. Un ami voulait que je vienne jouer dans un festival à Londres. Le E Street Band était en sommeil pour permettre à Bruce de faire son show en solo à Broadway. J’ai donc formé ce groupe pour le concert de Londres et ça a été magique. Dans la foulée, on a enregistré Soulfire, un album de chansons que j’avais écrites pour d’autres. Puis, on a fait une première tournée,  qui s’est super bien passée. J’ai écrit de nouvelles chansons (mes premières en 20 ans !), on les a enregistrées et on est repartis sur la route. C’est tellement l’éclate que je me demande encore pourquoi je ne me suis pas décidé plus tôt…  

Vous regrettez parfois d’avoir sacrifié votre carrière solo au E Street Band ?

Je n’ai jamais réfléchi en termes de carrière. Pour moi,  tout ça était avant tout une aventure artistique et humaine. J’avais besoin d’apprendre des choses sur moi et sur le monde et j’étais obsédé par la politique. J’ai fait ce que je pensais être bien pour moi. Mais avec le recul, bien sûr que j’aurais dû me préoccuper plus de ma carrière de musicien … 

C’est très différent de tourner avec votre propre groupe qu’avec le E Street Band ?

Et comment ! Et pas seulement à cause de la taille des salles dans lesquelles on joue (rires)… Avec Bruce, à côté, ce sont des vacances. Là, il faut décider de tout. C’est moi le boss ! Un boulot à plein temps… 

Sur les vidéos, le show ressemble à une grande revue de rock’n’roll…

C’est un peu ça. Mais le son est plus soul que rock. On a tous ces cuivres, c’est super puissant. On tourne sans interruption depuis plus de deux ans maintenant, je peux vous dire qu’on est au point et que ça déménage ! 

Le nouvel album semble uniquement fait pour la fête.Vous avez mis de côté votre engagement politique ?

Dans les années 80, tout était plus caché. Les gens ne savaient pas forcement ce qui se passait en Afrique du sud, par exemple. En tant qu’artistes, on pouvait être utiles en dénonçant l’apartheid. Maintenant c’est l’inverse:  avec Internet et les chaines d’info en continu, on baigne dans la politique et les affaires,  24 heures sur 24. Les nationalismes, le fascisme, l’individualisme, le racisme dominent la planète… J’ai l’impression que notre mission n’est plus tellement de dénoncer, comme je l’ai fait à l’époque de l’apartheid avec la chanson « Sun City », mais d’inciter les gens à s’unir plutôt qu’à se diviser. Je vois nos concerts comme un sanctuaire, où les spectacteurs peuvent se réunir pour oublier les misères du monde et leurs propres problèmes pendant deux heures. En ces temps sombres, c’est important d’offrir un peu de gaieté, de lumière et d’optimisme au public.  C’est pour ça que l’album est exempt de discours. J’ai écrit les chansons comme des mini films de trois minutes. De la pure fiction,  pour danser et s’éclater. 

Vous ne croyez plus au pouvoir du rock pour changer le monde? 

“Sun City” , ça ne marcherait plus aujourd’hui.  On est trop enfoncés dans la dépression. Le système ne fonctionne plus, les gens se sentent lésés et cherchent à qui faire payer leur déception. C’est comme ça que les extrémismes triomphent.  C’est difficile de se mobiliser sur des causes humanitaires quand on crève la dalle. Aujourd’hui,  il y a des gens qui ont du travail,  mais qui ne peuvent même pas se payer un loyer avec et qui sont SDF. C’est de la folie ! Je pense qu’un mouvement mondial va se déclencher pour la protection de l’environnement. C’est la seule cause qui peut rassembler tout le monde, le seul combat qu’on ait tous en commun, quelle que soit notre condition. Je ne sais pas quand, ni comment ça partira,  mais ça viendra. Peut-être qu’une bonne chanson sonnera le signal ? Le rock n’est pas mort, si vous voulez mon avis. Il bouge encore !

Dans son spectacle de Broadway, Bruce dit qu’il a inventé le son du « Jersey Shore ». Vous êtes d’accord ?

Cela existait sans doute avant, mais personne ne le savait ! (rires). Il a lancé le mouvement et aujourd’hui on est quelques-uns, avec Southside Johnny, à entretenir la flamme. Bruce est le Boss du Jersey shore… Et moi j’en suis le sous-Boss ! (rires)

Au fait, la réunion du E Steet Band est confirmée pour 2020?

Pas tout à fait. Je dois voir Bruce en rentrant pour en parler. Ma tournée s’arrête le 6 novembre et j’ai prévu d’être totalement disponible pour Bruce après ça, car je voudrais qu’on prenne le temps d’enregistrer un nouvel album  avant de repartir en tournée mondiale.

On vous reverra au cinéma ou dans une série ?

J’aimerais bien. J’ai adoré jouer dans les Sopranos et  Lillyhammer. On a  raflé plein de prix avec cette série, j’étais triste qu’elle s’arrête. On l’a oublié,  mais c’était la première qu’ait produit Netflix. Je referai bien l’acteur, mais ça va être difficile de trouver le temps si on relance le E Street Band. Peut-être en 2023 ou 2024 ?

Question fashion pour finir: pourquoi cet éternel bandana sur la tête ? 

(Rires)  J’ai eu un accident de voiture dans les années 70. Je suis passé à travers le pare-brise et mes cheveux n’ont jamais repoussé correctement. A l’époque,  ça m’arrivait de temps en temps de mettre un bandana sur la tête pour me faire le look de biker.  Après l’accident, comme je ne me voyais pas porter une perruque, ni un chapeau , j’ai opté pour le bandana. Ça a fini par faire partie intégrante de mon image. Mais je ne cherchais pas à lancer une mode, je vous l’assure ! (rires)

 

Dernier amour

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Le Pitch

Casanova (Vincent Lindon), connu pour son goût du plaisir et du jeu, arrive à Londres après avoir dû s’exiler. Dans cette ville dont il ignore tout, il rencontre à plusieurs reprises une jeune courtisane, la Charpillon (Stacy Martin), qui l’attire au point d’en oublier les autres femmes. Casanova est prêt à tout pour arriver à ses fins, mais La Charpillon se dérobe toujours sous les prétextes les plus divers. Elle lui lance un défi : elle veut qu’il l’aime autant qu’il la désire…

Ce qu’on en pense

Avec une solidité et une assurance qui ont sans doute fait défaut à la plupart des auteurs de sa génération, Benoît Jacquot, 72 ans, a fini par s’imposer comme le plus régulier de nos grands cinéastes. Et c’est peut-être dans l’exercice délicat du film en costumes qu’il démontre son savoir-faire avec le plus d’évidence. Des Adieux à la Reine (2011) à ce Dernier amour de Casanova, en passant par sa relecture du Journal d’une femme de chambre (2015), ses films « historiques » évitent le piège de la reconstitution patrimoniale académique (ou pire : téléfilmique) et font souvent preuve de plus de modernité que les films branchés du moment. Rien de moins évident pourtant, a priori, que de filmer Vincent Lindon en perruque et hauts de chausse, après qu’on l’ait vu s’investir corps et âme dans des films sociaux plus naturalistes les uns que les autres. Le cœur se serre de le voir défait par une donzelle,  mais quelle ! Sous ses airs de nouvelle Sylvia Kristel, Stacy Martin réveillerait un mort…), Casanova vieillissant, éperdu, les yeux embués sous le rimmel. Ce Dernier amour (le seul véritable peut-être, les autres n’étant qu’amitiés sexuelles ?) le tue. Lui à qui aucune ne se refuse, sauf justement celle qui se donne à tous. « Ô fureur des cœurs murs par l’amour ulcérés » (Beaudelaire) ! « Il faut souffrir pour savoir qu’on a aimé » lui dit celle qui, à la fin, recueille ses confidences, comme une intervieweuse (Julia Roy, parfaite.Comme le reste du casting d’ailleurs, avec une Valeria Golino très touchante en ex-amante et amie fidèle). La leçon est amère, mais le film est magnifique. Lecteur assidu des mémoires de Casanova (Histoire de ma vie), Jacquot en livre une des plus belles restitutions. Après Fellini et Comencini (entre autres), il fallait pourtant oser s’y atteler.

Les Oiseaux de passage

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Le Pitch

Dans les années 1970, en Colombie, une famille d’indigènes Wayuu met en place un vaste trafic de majijuana. C’est la naissance du premier cartel… 

Ce qu’on en pense

Découvert en 2015, à la Quinzaine des réalisateurs,  avec L’Etreinte du serpent, le réalisateur colombien Ciro Guerra   remonte aux origines des cartels avec ce film qui mélange allègrement les genres (documentaire, biopic, drame, thriller…) pour un résultat assez formidable. Découpé en 5 «chants» (La Horde sauvage, Les Tombes, Bonanza, La Guerre, Les Limbes), le film suit le parcours d’un jeune indien Wayuu tenté par le modernisme et la fréquentation des «étrangers» (mexicains et américains),  qui va créer le premier cartel de la drogue, en se heurtant aux traditions séculaires et aux principes religieux de son peuple. Très éloigné des films de mafia et de cartels habituels, Les Oiseaux de passage fascine par son dispositif,  qui immerge le spectateur dans une communauté perdue dans le désert de boue séchée de la Guajira enalternant les scènes «ethnographiques» presque documentaires  (comme la formidable cérémonies pré-nuptiale d’ouverture, qui donne son sens au titre) et séquences de thriller,  en laissant la violence le plus souvent hors champs. Un film de cartel archaïque et mystique. A voir absolument !

 

JP Dubois : Tous les hommes…

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Par MAB

« L’homme est un ours qui a mal tourné ».  Jean-Paul Dubois, l’auteur de « L’Amérique m’inquiète » le prouve encore une fois avec un roman de 240 pages qu’il a intitulé « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon ». Un roman mélancolique qui va marquer cette rentrée et qu’il faut donc surveiller jusqu’aux prix littéraires. On y découvre un brave type, prénommé Paul (comme beaucoup de héros de Dubois), qui croupit dans une prison de Montréal en compagnie d’un imposant Hell’s Angel dont la seule crainte, à l’instar de Samson, est qu’on lui coupe les cheveux !  Que fait ce placide fils de pasteur dans cette cellule ? Il le dira lui-même à la fin de son récit. Mais auparavant, il se remémorera son enfance à Toulouse (La ville de Dubois) déchiré entre un père presbytérien Danois et une mère, exploitante d’un cinéma « art et essai » qui en 1972, affiche le scandaleux « Gorge profonde ». Puis son exil au Canada à la suite de ce père divorcé et radié de son diocèse en raison de sa passion du jeu…À vous de découvrir la suite. Autrement dit comment alors qu’il est un paisible quinquagénaire, concierge dans une résidence de luxe de Montréal, Paul devient meurtrier… L’univers singulier  de Jean-Paul Dubois est tout entier dans ce récit de vie de cinq décennies, qui s’étale de la France au Canada en passant par le Danemark. Le portrait en demi teinte d’un homme ni meilleur ni pire que les autres, mais écrasé par les coups du sort et les aléas de sa destinée. Pour souligner l’absurdité de toute existence, l’humanité de son personnage et les épouvantables conditions des prisonniers, Dubois oscille en permanence entre étonnement, bienveillance, tendresse et humour à vif. Son nouveau roman au style très anglo-saxon est comme les précédents, pessimiste mais jamais cynique. Il se dévore.  

 

Santana : Africa Speaks

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   Depuis le carton planétaire de Supernatural en 1999 (30 millions de copies écoulées) , Carlos Santana est de retour en grâce et ses concerts affichent à nouveau complet. On s’en réjouit, mais côté enregistrements studio,  sa production laissait largement à désirer. On avait même touché le fond artistiquement en 2010 avec Guitar Heaven, abominable compilation de reprises de classiques rock à la sauce Devadip. La reformation du Santana original (celui de Woodstock), en 2016, marquait un net mieux,  mais rien qui laisse présager un tel retour de flamme. Avec Africa Speaks, le guitariste de 72 ans revient à son meilleur niveau: celui de ses glorieux débuts. Côté guitares, on n’avait pas été à pareille fête depuis… Abraxas !   Le plaisir de jouer (et de jouer fort !) s’entend dans tous les titres de cet album aux sonorité flamenco-africaines, où brille aussi la voix de la chanteuse flamenca Buika.  Ecoutez-les donc s’écharper sur “Oye Este Mi canto” !  On ne s’étonnera pas d’apprendre que c’est l’indispensable Rick Rubin,  qui a accouché cet album miraculeux qui s’inscrit d’emblée dans le haut de la discographie du guitariste chicano. 

Sang Froid

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Le pitch   

Bienvenue à Kehoe, luxueuse station de ski du Colorado. La police locale n’y est pas franchement très sollicitée jusqu’au jour où le fils d’un conducteur de chasse-neige, Nels Coxman (Liam Neeson), est assassiné sur ordre de Viking (Tom Bateman), un baron de la drogue de Denver. Armé d’une rage implacable et d’une artillerie lourde, Nels entreprend de démanteler à lui seul le cartel de Viking…  

Ce qu’on en pense

Encore un rôle de justicier pour Liam Neeson. Depuis le premier Taken (2008), l’emploi lui colle à la peau. Au point d’oser le second degré, cette fois, dans cet auto-remake de Refroidis, polar nordique jouissif, réalisé en 2014 par Hans Petter Moland. Comparé à l’époque au Tarantino de Pulp Fiction et aux frères Coen de Fargo, le réalisateur Norvégien n’a pas craint de forcer la ressemblance pour ce remake US, produit par Michael Shamberg (Pulp Fiction, Get Shorty).Dans un superbe décor de montagnes enneigées, Liam Neeson, alias Nels Coxman, paisible conducteur de chasse-neige, se lance dans une orgie de carnage vengeur, dont le décompte s’affiche comiquement à l’écran sous forme de croix chaque fois qu’un des méchants se fait trucider. On a l’impression d‘avoir déjà vu ça plus d’une fois, c’est un peu trop référencé pour être tout à fait honnête, mais  on rigole bien.

Black Snake

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Le pitch

Après des années passées à Paris, Clotaire Sangala (Thomas Ngigol) revient dans son pays natal, en Afrique. Élevé par un grand-père chinois expert en arts martiaux, persuadé d’avoir été trouvé dans une poubelle, Clotaire ignore tout du glorieux passé de ses parents. Accroc aux femmes et à la vie facile, égoïste, pleutre  et sans ambition, Clotaire va pourtant être rattrapé par son destin… Il va devenir «Black Snake», le super-héros masqué et ultrasapé, libérateur du peuple face au dictateur Ézéchias.

Ce qu’on en pense

Entre Black Panther suédé  et série Z de karaté des années 70,Thomas Ngijol et Karole Rocher signent une très sympathique comédie parodique.  Dommage que l’esthétique grindhouse ne soit pas tenue jusqu’au bout, que le film manque un peu de rythme et que le personnage féminin, incarné par Karole Rocher, soit un peu bâclé. Car, pour le reste,  les costumes, les décors, la reconstitution des années 70, la BO (signée Skread) la réalisation et les dialogues sont supers. Edouard Baer est hilarant en conseiller spécial de la Françafrique et Thomas Ngijol très drôle dans le double rôle du sapeur vantard et du vengeur masqué.  Une demi réussite,  dont le côté potache fait oublier les défauts les plus criants. Passé inaperçu en salles, le film pourrait  trouver son public, voire devenir culte en streaming et en DVD.

Alita: Battle Angel

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Le Pitch

En 2563 à Iron City, Ido (Christoph Waltz) brillant cybernéticien reconverti dans la réparation de robots, trouve dans une décharge une tête de cyborg d’apparence juvénile.Constatant que son cyber cerveau fonctionne encore, il la greffe sur le corps de porcelaine qu’il avait conçu pour sa défunte fille handicapée. Alita (Rosa Salazar) se réveille sans aucun souvenir (sa mémoire a été effacée), mais Ido se rend vite compte qu’elle possède des capacités physiques et intellectuelles très supérieures aux standards pourtant élevés de l’époque. Les superpouvoirs d’Alita ne vont pas manquer d’attirer l’attention des forces dangereuses et corrompues qui règnent sur Iron City depuis la cité suspendue de Zalem…

Ce qu’on en pense

Après Suicide Squad (auquel on n’a rien compris), deux Sin City esthétiquement brillants mais redoutablement ennuyeux, un Valerian mal aimé et une palanquée de films de super-héros Marvel/DCComics interchangeables, on pouvait craindre avec Alita une nouvelle adaptation de BD à seule destination des fans du genre. C’était compter sans la « James Cameron Touch ». Le père de Titanic et d’Avatar, qui a produit le film, rêvait depuis deux décennies d’adapter au cinéma les aventures du personnage créé par Yukito Kishiro dans le manga Gunnm. Pris par d’autres projets (dont 3 épisodes d’Avatar à venir), Cameron a confié la réalisation d’Alita à Robert Rodriguez, qu’on n’attendait pas vraiment à la tête d’un blockbuster à 200 millions de dollars. Le réalisateur de Mariachi, Desperado, Machete, Sin City et Spy Kids s’en tire plus que bien, apportant son goût pour la baston et le gore à une saga qui aurait peut-être été trop lisse autrement. Disons-le tout net : Alita est le meilleur film de SF à grand spectacle qu’on ait vu depuis…Avatar. Visuellement le film est une véritable fête : les décors sont époustouflants, la 3D est bluffante, la motion capture est incroyable (les seuls yeux d’Alita ont demandé plus de travail que tout le personnage de Gollum dans le Seigneur des Anneaux) et les scènes de poursuites et de bastons décoiffent. Celles de la finale de rollerball resteront dans les annales. Ajoutez-y un scénario pas idiot, dans lequel les personnages féminins dominent (Rosa Salazar et Jennifer Connely au top) et vous obtenez le premier épisode d’une saga dont on a vraiment envie de voir la suite. Vivement Alitavatar 2 et 3 

Beyoncé : The Gift

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Par Luigi Villano

Disney ne s’arrête plus. Avec la sortie du Roi Lion  en version photoréaliste, l’objectif visé par le studio ne change pas : rentabiliser au maximum chacune des pièces de son catalogue. Et quitte à multiplier les formats, pourquoi ne pas sortir un album ? Et pourquoi ne pas en confier la production à Beyoncé, qui double  la voix d’un des personnages dans le film ? On se méfie toujours des jeux vidéos tirés des films,   dont le seul but est d’appuyer la promotion d’une sortie en salle. Idem pour les albums qui sont souvent de médiocre qualité. On se ferait donc un plaisir de démolir tout bonnement ces prétextes marketing s’il  n’en ressortait parfois  une régurgitation miraculeuse, comme c’est le cas avec « The Lion King : The Gift ». Si ce n’est pas un véritable album de Queen B, il confirme que la diva frappe désormais plus fort à l’occasion de collaborations qu’en solo. Des collaborations, l’album en est rempli, et constitue pour sa productrice, une «lettre d’amour à l’Afrique ». Beyoncé s’est entourée de talents surs :  Childish Gambino, Jay-Z, Kendrick Lamar, Syd (The Internet), et sa propre fille. Mais les morceaux les plus convaincants sont définitivement les productions Afrofusion de l’album : Entourés par la nouvelle vague de la musique nigérienne et camerounaise  (Tekno, Yemi Alade, Mr Eazi, Burna Boy, Tiwa Savage et d’autres), Beyoncé reproduit la recette magique proposée par Kendrick Lamar pour l’album Black Panther : un pont musical entre les talents du continent africain et les pontes de l’industrie américaine. « Find Your Way Back », « Don’t Jealous Me », « Mood 4Eva » et « Keys to the Kingdom » figurent parmi les meilleurs titres de l’album, des petits bijoux émouvants et mélodieux, à écouter sur le dancefloor ou allongé sous les étoiles. Les liens de parenté qui unissent cet album et celui de Black Panther sont évidents, mais le plus beau dans cette histoire, c’est la supériorité artistique de l’album inspiré du film sur le film lui même. Dommage que le single “SPIRIT” soit -comme pour Black Panther encore une fois- un des titres les plus fades de cette compilation rugissante !  En dehors de ce petit détail, le disque est à écouter d’urgence.

 

 

Convoi exceptionnel

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Le pitch

C’est l’histoire d’un type qui va trop vite et d’un gros qui est trop lent. Foster (Christian Clavier) rencontre Taupin (Gérard Depardieu). Le premier est en pardessus, le deuxième en guenilles. Tout cela serait banal si l’un des deux n’était en possession d’un scénario effrayant : le scénario de leur vie et de leur mort. Il suffit d’ouvrir les pages et de trembler…

Ce qu’on en pense

Dix ans : c’est le temps qu’il a fallu à Bertrand Blier pour monter son nouveau film. Une fable surréaliste bien dans  sa manière,  qui renoue avec la verve noire de Buffet Froid. Cela en dit long sur l’état du cinéma français qui préfère confier des millions de budget à n’importe quel écrivaillon ou vedette de télé  que de faire confiance à ses plus grands auteurs. Blier, 80 ans aux fraises, est devenu un classique dot les dialogues mériteraient d’être étudiés à l’école. Un comble pour l’auteur des Valseuses!  Peut-être est-ce pour cela qu’on lui en veut ? Voir Christian Clavier donner la réplique à Depardieu dans ce Convoi exceptionnel à plus d’un titre est pourtant un pur plaisir de cinéphile. L’un n’en revient pas de se retrouver là, si loin du Bon Dieu. L’autre le regarde comme son égal, avec un regard d’enfant ravi d’avoir trouvé un bon copain.  Les deux sont grands. Ce petit film d’Ih20, générique compris,  l’est aussi. D’un humour désespéré sur des thèmes peu réjouissants (le déclassement, l’abandon, la vieillesse, la mort… ). Triste mais beau.

William Boyd : L’Amour est aveugle

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Par MAB

1894 : accordeur surdoué à l’oreille absolue, le jeune Brodie Moncur, employé d’un vénérable fabricant de pianos à Édimbourg, accepte avec joie un poste important dans la filiale parisienne, fuyant ainsi l’ennui de la province et la hargne de son pasteur de père. Mais sa rencontre avec John Kilbarron, le ” Liszt irlandais “, et la maîtresse de ce dernier, la soprano russe Lika Blum, dont il tombe fou amoureux, va changer inéluctablement le cours de son existence. Devenu indispensable au pianiste, il le suit de Paris à Saint-Pétersbourg, où sa liaison clandestine avec Lika est éventée par Malachi, le frère maléfique de Kilbarron. Dès lors convaincu d’être traqué, Brodie ne cessera d’errer et de courir d’un bout à l’autre de l’Europe – Nice, Genève, Trieste ou encore Vienne – avant de s’exiler dans les îles Andaman, au large des côtes indiennes, où se scellera son destin.
Dans ce roman foisonnant, William Boyd, qui partage sa vie entre Londres et la Dordogne inscrit une histoire de musique et de passion dans les bouleversements du début du XXe siècle. Ce faisant, il plonge habilement le lecteur dans les coulisses tortueuse du monde des concertistes. Des artistes fragiles et capricieux ne vivant que du bon vouloir de leurs mécènes . C’est enlevé, palpitant, caustique aussi et parfait pour une lecture estivale.