Ça vient de sortir

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M: Lettre infinie

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Occupé à d’autres projets (tournée en famille, Lamomali…), Matthieu Chedid n’avait plus enregistré sous le nom de M  depuis sept ans et l’album Il. Le retour de son avatar préféré était donc très attendu et il ne décevra pas ses fans avec cette Lettre infinie , qui voyage plaisamment entre rock, funk, disco et ballades au piano. les textes sont plus intimes et personnels que sur les 5 précédents, ce qui ne déplaira pas non plus aux fans,  et  Matthieu embarque sa fille Billie (16 ans) dans l’aventure,  selon la tradition familiale. Sur scène,  les titres les plus enlevés (Superchérie, L’Alchimiste, Si près si…) feront la balle. M est attendu en mars sur la Côte (Toulon et Nice), en solo comme à ses débuts, entouré de machines et d’automates. Il nous tarde de voir ça.

DVD : Jusqu’à la garde

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Le pitch

Le couple Besson divorce. Pour protéger son fils d’un père (Denis Ménochet) qu’elle accuse de violences, Miriam (Léa Drucker) en demande la garde exclusive. La juge en charge du dossier accorde une garde partagée au père qu’elle estime fiable. Pris en otage entre ses parents, Julien (Thomas Gioria) doit se soumettre aux visites hebdomadaires chez son père.La peur au ventre…

Ce qu’on en pense
Ce pourrait être un drame familial comme le cinéma français et la télévision nous en dispensent avec largesse : atone, mal dialogué et dégoulinant de pathos. C’est tout le contraire. Un film sec comme un coup de trique, sans la moindre once de gras, qui vous prend à la gorge dès la première scène et ne vous lâche plus jusqu’à la fin. Un drame qui ose les codes du thriller, sans jamais verser dans le spectaculaire. Tout est dans les regards, les non dits, la peur qui suinte de tous les pores. Il a pourtant un regard si doux et semble si aimant ce père au physique de bon nounours, génialement campé par Denis Menochet. Et la réserve de la mère (Lea Drucker, bouleversante) que cache-t-elle: la peur ou la manipulation? Cet enfant (Thomas Gioria, hallucinant de justesse) que craint-il de parents si visiblement aimants? Jusqu’au final, digne de Shining, ces questions restent en suspens. Le rideau tombe comme un couperet et , dans le noir , on peine à reprendre ses esprits. Quelle mise en scène ! Quels acteurs ! Quel film ! Le réalisateur s’appelle Xavier Legrand. C’est son premier long, mais il porte déjà bien son nom.

 

 

DVD: Les Frères Sisters

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Le pitch

Dans l’Ouest sauvage, Charlie et Elie Sisters sont chasseurs de primes.Ils n’éprouvent aucun état d’âme à tuer: c’est leur métier. Charlie (Joaquin Phœnix), le cadet, est né pour ça. Elie (John C.Reilly), lui, rêve d’une vie plus normale. Ils sont engagés par le Commodore tuer un homme dont un détective privé (Jake Gyllenhaal), également appointé par le Commodore, a retrouvé la trace. De l’Oregon à la Californie, une traque implacable s’engage…

Ce qu’on en pense

Palmé en 2015 pour Dheepan (son film le plus faible), multicésarisé et considéré, urbi et orbi, comme “le plus grand réalisateur français vivant” Jacques Audiard (Sur mes lèvres, Un Prophète, De Rouille et d’os…) remet sa couronne en jeu avec son premier film «américain». Qui plus est, un western ! Il faut sans doute un sacré courage ou une bonne dose d’inconscience, lorsqu’on se prénomme Jacques et qu’on est né au pays du fromage, pour aller se frotter à un genre que des John Ford, Hawks ,Peckinpah, Fuller, Eastwood et autres frères Coen ont marqué de leur empreinte de manière indélébile. Ou sinon, du talent. Beaucoup de talent !  Avec Les Frères Sisters, Audiard confirme qu’il en possède en quantité considérable et que sa réputation n’est pas usurpée. Le film est un chef-d’œuvre du genre. À la fois parfaitement classique dans sa mise en scène («à la John Ford») et son scénario (une classique chasse à l’homme sur fond de ruée vers l’or).Et totalement moderne dans ses thèmes (la fratrie, la violence, la modernité, l’écologie même….) et leur traitement (ah, cette B.O jazz !). Le réalisateur français y fait table rase de tout ce qu’on pouvait reprocher à son cinéma: une certaine fascination pour la violence, une propension à la gonflette et un goût immodéré du mélodrame. Aucune figure obligée du genre n’est oubliée et pourtant, la violence reste hors champs, les rapports humains sonnent juste, aucune emphase inutile ne vient relativiser le plaisir qu’on y prend. Comme le suggère son joli titre, ce western est d’une délicatesse presque féminine. Audiard et ses trois acteurs vedettes instillent un peu de douceur inattendue dans ce monde de brutes épaisses. Qu’ils en soient remerciés! Prix de la mise en scène à Venise et Prix du 44e anniversaire à Deauville,  Les Frères Sisters seront parmi les grands favoris des César avec 9 nominations. 

 

 

Joe Jackson : Fool

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Alors qu’on se préparait à fêter le 40e anniversaire de la sortie de son premier album  Look Sharp !  – ce qui ne nous rajeunit, certes pas- le bon Joe Jackson livre un 20e opus studio du meilleur cru. Huit titres envoyés sans barguigner, qui font justement le lien entre son premier manifeste pub rock et la veine post jazz de son chef d’oeuvre 80’s,  Night and Day . Huit très bonnes chansons pour bien commencer l’année,  en espérant que cette double actualité nous donne l’occasion de revoir Joe en live sur nos rivages. La dernière fois c’était à l’Opéra de Monte Carlo et ceux qui y étaient en gardent un souvenir ému.

 

DVD : Mademoiselle de Joncquières

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Le pitch

Madame de La Pommeraye (Cécile de France), jeune veuve retirée du monde, cède à la cour du marquis des Arcis (Edouard Baer), libertin notoire. Après quelques années d’un bonheur sans faille, elle découvre que le marquis s’est lassé de leur union. Follement amoureuse et terriblement blessée, elle décide de se venger

Ce qu’on en pense

Emmanuel Mouret excelle dans la comédie de mœurs et le marivaudage. Ses films précédents (Fais-moi plaisir, Un baiser, s’il vous plaît, L’Art d’aimer…) l’ont largement prouvé, sur un mode souvent burlesque. En réalisant son premier film en costume, adapté de Diderot (Jacques le fataliste), il signe son premier chef-d’œuvre. Plus ambitieux et tenu que ses prédécesseurs, Mademoiselle de Joncquières est un bijou de mise en scène, dans lequel le couple formé par Cécile de France et Edouard Baer fait merveille. Dans leur bouche, les dialogues sonnent juste et d’une surprenante modernité. La vengeance de Madame de la Pommeraye ne peut que siffler à nos oreilles dans le contexte actuel de tension dans les relations hommes femmes, exacerbées par les #MeToo et autres #BalanceTonPorc. «Si aucune âme juste ne tente de corriger les hommes, comment espérer une meilleure société?» lui fait dire Emmanuel Mouret… Avant de montrer les conséquences désastreuses de son attitude, dans une scène finale absolument bouleversante. On pense forcément aux Liaisons dangereuses. Mais Mouret fait preuve de plus de subtilité que Stephen Frears dans sa peinture du libertinage. Classique sans être ennuyeux ni empesé, jamais cynique ni pédant, son film mérite d’être vu et apprécié par le plus grand nombre. Ne passez pas à côté!

DVD : Première année

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Le pitch

Antoine (Vincent Lacoste) entame sa première année de médecine pour la troisième fois. Benjamin (William Lebghil) arrive directement du lycée, mais il réalise rapidement que cette année ne sera pas une promenade de santé. Dans un environnement compétitif violent, les deux étudiants devront s’acharner et trouver un juste équilibre entre les épreuves d’aujourd’hui et les espérances de demain.

Ce qu’on en pense

Après l’internat (Hippocrate) et les déserts médicaux (Médecin de campagne), Thomas Lilti, médecin de formation, boucle sa trilogie sur les problèmes de la médecine française avec cette nouvelle comédie dramatique très réussie qui s’intéresse, comme son titre l’indique, à la formation initiale des futurs médecins. Le film ne pouvait pas mieux tomber,  alors que le gouvernement songe à supprimer le fameux «numerus clausus» qui transforme l’examen de fin de première année en jeu de massacre pour les étudiants. Le réalisateur explique avoir voulu faire un film pour les parents autant que pour les étudiants et dénoncer ce qu’il qualifie de «boucherie pédagogique». Traité sur le ton de la comédie, avec une belle histoire d’amitié à la clé, le film atteint parfaitement ses objectifs et confirme les bonnes dispositions de Thomas Lilti pour la mise en scène et la direction d’acteurs. Vincent Lacoste et William Lebghil forment un duo très assorti et crédible, même si, à 25 et 28 ans, ils ont dépassé l’âge des rôles. Ils passent l’examen avec mention trés bien.

Interview : Dany Brillant

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«On a pris un peu du King et on a rajouté du swing/La guitare de BB King sur la voix de Dean Martin/Bill Haley et ses Comets chantent avec Tony Benett». Pas besoin de se décarcasser pour présenter le nouvel album de Dany Brillant: tout est dit dans la chanson titre, «Rock and Swing». Du rock, du swing, une pochette rétro kitsch et emballez c’est pesé! Après des années de ventes en demi-teinte, le crooner de ces dames décroche à nouveau la timbale, comme au bon vieux temps de «Suzette» et de «Saint-Germain».Un retour en grâce dont on a parlé avec l’intéressé à l’occasion de son concert au Cannet La Palestre samedi 12 janvier.

Cet album, c’est un peu un retour aux sources, non?
Clairement, oui. C’est avec le swing que je me suis fait connaître.Après, j’ai mis ça de côté pour aller vers la salsa et la chanson italienne. J’ai fait des albums un peu bizarres (rires). J’avais l’impression de m’être un peu perdu.Commercialement, je me suis pris une droite.Le public n’a pas suivi.Donc, pour cet album, je suis revenu à mes fondamentaux et je m’aperçois que c’est là que je suis le mieux.

Comment expliquez-vous le succès immédiat qu’il a rencontré?
C’est une musique pour les temps de crise.Le swing, c’est ce qu’on dansait pendant la grande dépression et la guerre.Après les attentats de Paris et de Nice, je me suis demandé qu’est-ce qui pouvait redonner un peu de joie et d’espoir à ce pays et je me suis rappelé que la musique qui donne ça, c’est le swing.

Comment avez-vous travaillé ces chansons qui sonnent comme des classiques?
Comme j’avais déjà fait un disque de swing il y a 25 ans, je ne voulais pas faire la même chose.Je cherchais un concept et j’ai eu l’idée d’essayer de mélanger le rock et le swing.J’ai commencé les chansons à Paris, mais pour les enregistrer je voulais avoir ce son de guitares électriques très spécifique des années 50 et les cœurs gospel qui vont avec. Comme je n’étais encore jamais allé en pèlerinage à Memphis, ni à Nashville, c’était le moment ou jamais.C’est vraiment la source de cette musique.C’est là qu’Elvis a osé mélanger la musique blanche et la musique noire. Il y flotte encore le parfum des années 50 et du rock’n’roll.

Johnny et Eddy Mitchell s’y sont aussi ressourcés…
Oui, j’ai beaucoup pensé à eux.Surtout à Johnny, qui est l’équivalent d’Elvis pour les Français. C’est lui qui a imposé le rock dans notre pays.Ses obsèques, c’était un truc de fou.J’avais les larmes aux yeux, j’étais réellement bouleversé. Johnny, c’est plus que des chansons: c’est notre mémoire.Et comme il n’a jamais rien fait comme personne, il fait encore parler de lui après sa mort…

Les chansons plus lentes pourraient être des reprises d’Aznavour ou d’Alain Barrière…
C’est ma culture musicale. Plus jeune, je n’écoutais que ça. J’ai passé des années dans les cabarets de Saint-Germain, ça a bercé mon adolescence.On entend forcément mes influences dans mes chansons.On est des passeurs.Cette musique n’existe presque plus, on ne l’entend plus à la radio. Il faut la défendre pour ne pas qu’elle disparaisse complètement. Comme j’en suis un peu l’héritier, j’ai décidé de la défendre. A fond dans le vintage!

A quoi ressemblent les concerts?
La tournée sera 50 % rock 50 % swing, avec des cuivres et de la guitare électrique. Je vais mélanger ces deux styles sur scène, car le mélange est détonnant. J’ai des musiciens qui jouent dans l’esprit des années 50.On sera une dizaine sur scène dans les grandes salles et en formation plus réduite dans les petites. Avec un décor très technicolor, comme dans une comédie musicale.J’en ai d’ailleurs écrit une que j’aimerais bien monter un jour, en prolongement de l’album et de la tournée. En attendant, je me réjouis de venir jouer l’album sur la Côte. Regis Ceccarelli, qui l’a réalisé est Niçois et j’aime beaucoup cette ville. Ce serait formidable de jouer l’été prochain au Nice Jazz Festival. Nice, c’est un peu la patrie française du swing !

Houellebecq : Sérotonine

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Par MAB

« Il faut simplifier sinon on n’arrive à rien » ce n’est pas moi qui le dit, c’est Michel ou plutôt Florent-Claude, son double. Alors simplifions. Listons les tops et les flops de ce énième événement Houellebecq. Ok pour l’écriture fluide. Nette. Tranchée. Une langue orale qui suit une pensée sans cesse en alerte. Ok pour  les mots justes qui traduisent ce que le regard fulgurant saisit partout et tout le temps. Bien drôles, en effet, les comparaisons et connivences.  En même temps, Houellebecq  n’est pas Celine.  Aujourd’hui, cette langue crue qu’il a inauguré avec  Extension du domaine de la lutte  est devenue familière. Elle ne lui  appartient plus, reprise souvent par blogueurs et humoristes. Ok pour la sociologie du quotidien. La précision des lieux, des êtres, des faits et des gestes. Le réel à livre ouvert. Et cette sensibilité ultra connectée. Houellebecq respirera toujours l’air du temps. Il est partout, sait tout de nous, a tout compris. Il juge avec verve  et justesse la médiocrité et la moutonnerie de l’homme social contemporain, la casse économique. Le mépris rejoint la désolation. En même temps, il ne cesse d’utiliser, référencer et évaluer cette société de consommation qu’il dénonce. Ayant une fascination-répulsion pour l’argent, le succès, la notoriété  et les marques jusqu’à en faire un livre… à énorme succès ! Ok, enfin, pour les analyses psychologiques souvent lumineuses sur les relations de l’homme et de la femme  ( elles sont différentes ) à la vie, l’amour, la mort. Le personnage – pas Michel puisque « Sérotonine » est un roman – est un romantique. L’amour pour lui est le seul moyen de transformer notre existence terrestre en moments supportables. Dans ce registre,  certaines pages (notamment celles consacrées aux parents du narrateur)  sont sublimes. En même temps, la misogynie n’est jamais bien loin. L’érotomanie non plus. Avant le sublime de la deuxième partie, il faut subir le grotesque de pages  pornographiques bien trash. Bref,  autant avouer que cette fois, sans l’effet de surprise des premiers ouvrages, on n’a pas été bluffée par  Sérotonine  En même temps , comme il est aussi bien ficelé que les précédents , on l’a lu jusqu’au bout avec persévérance  !

David Bowie : Glastonbury 2000

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On se méfie toujours un peu des lives posthumes,  dont le seul intérêt est souvent d’engraisser les ayants droits de l’artiste disparu . A tel point qu’on a mis longtemps à écouter ce concert de David Bowie enregistré en 2000  au festival de Glastonbury.  Bowie en était la tête d’affiche et si l’on en croit les organisateurs du festival (qui a pourtant vu défiler le gratin du rock et de la pop anglaise) ce fut “le meilleur concert jamais donné au festival… et peut-être le meilleur concert de tous les festivals“. A l’écoute,  force est de reconnaître que tout y est : Bowie a rarement mieux chanté en live,  le groupe est d’une incroyable musicalité, le son est parfait  et le répertoire balaie toute la carrière du Thin White Duke, de “The Man Who Sold The World” à “I’m Afraid of Americans“. En grande forme (il n’était pas encore malade) et très en cheveux sur les images du concert, le chanteur est d’une classe absolue et balaie effectivement toute concurrence. Le coffret 2CD/1 DVD est rigoureusement indispensable à tout amateur de Bowie et de rock qui se respecte. Quelle claque ! 

DVD : Whitney

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Le pitch

Elle a vendu 200 millions d’albums et détient le record du plus grand nombre de numéros 1 consécutifs. Sa chanson «I Will Always Love You» est le single le plus vendu par une chanteuse. Elle est morte seule, noyée dans sa salle de bains en 2012. Elle avait 48 ans et s’appelait Whitney Houston

Ce qu’on en pense

Pour le grand public des années 80, qui écoutait ses chansons sur les ondes FM, elle reste sans doute cette jolie poupée noire à la voix d’or et au succès planétaire, qui embrassait Kevin Costner dans Bodyguard et faisait mine de s’offusquer des propositions salaces de Serge Gainsbourg sur le plateau de Michel Drucker. Sa mort à 48 ans, noyée dans sa salle de bains après absorption massive de barbituriques, surprit presque tout le monde. Derrière l’image de la diva choyée par la vie se cachait une jeune femme à l’enfance difficile, aux addictions multiples, à la maternité mal assumée et à la vie tumultueuse. Dans les deux dernières années de sa vie, sa maison de disques engloutit plusieurs millions de dollars dans l’enregistrement d’un album qui ne vit jamais le jour. L’argent passa tout entier dans sa consommation de drogues et son divorce d’avec le rappeur Chris Brown qu’elle avait épousé pour soigner une street crédibilité défaillante et qui la battait. Après Bob Marley en 2012, l’écossais Kevin McDonald dresse le portrait de la chanteuse dans ce nouveau documentaire passionnant et remarquablement sourcé. Le réalisateur a eu accès aux proches de Whitney et à ceux qui ont accompagné son formidable succès puis sa descente aux enfers. Ils racontent tout: l’enfance violée (par sa tante Dee Dee Warwick, scoop du film), la drogue (dès ses 16 ans), les frasques, la cupidité de son entourage, l’abandon de sa fille (qui se suicidera comme sa mère). Sans voyeurisme, ni sensationnalisme. En insistant sur l’essentiel : ce don vocal magnifique qui en fit, malgré un répertoire axé sur la variété la plus commerciale, l’égale des plus grandes.

BlacKkKlansman

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Le pitch

Dans les années 70,  Ron Stallworth  (John David Washington) , un jeune policier noir du Colorado  réussit à infiltrer la section locale du Ku Klux Klan. Avec l’aide d’un de ses coéquipiers blanc (Adam Driver), il va réussir à éviter un attentat meurtrier…

Ce qu’on en pense

 Spike Lee (Do The Right Thing, Malcom X, Inside Man…) fait son grand «come-back» avec cette comédie policière très réussie, basée sur des faits réèls . Comme à son habitude, le réalisateur afro-américain mêle fiction et documents d’actualité, humour et militantisme, action et réflexion, avec, en plus cette fois, un bel hommage aux films de blacksploitation des années 70. Un mix improbable entre le Tarantino de Jackie Brown et les films de Michael Moore (Fahrenheit 9/11, Where To Invade Next…), avec, en final, des images impressionnantes des affrontements de Charlottesville en 2017, où une jeune femme avait trouvé la mort lors des manifestations contre un meeting des suprémacistes héritiers du KKK.  Mais le contenu militant ne nuit jamais à la qualité de la réalisation , ni au rythme de la comédie policière. Adam Driver et John David Washington forment un duo de Buddy Movie épatant, bien épaulés par le reste du casting (au sein duquel on est heureux de retrouver Harry Belafonte). La B.O est particulièrement jouissive, avec une scène de pure comédie musicale. Couronné d’un Grand Prix à Cannes, BlacKkKlansman est, sans conteste,  l’un des meilleurs films de  Spike Lee.

Guy

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Le Pitch

Gauthier (Tom Dingler), un jeune journaliste, apprend par sa mère qu’il serait le fils illégitime de Guy Jamet (Alex Lutz), un artiste de variété française ayant eu son heure de gloire entre les années 60 et 90. Celui-ci est justement en train de sortir un album de reprises et de faire une tournée. Gauthier décide de le suivre, caméra au poing, dans sa vie quotidienne et ses concerts de province, pour en faire un portrait documentaire…

Ce qu’on en pense 

Ni ses précédentes prestations à l’écran, ni son premier film comme réalisateur (Le talent de mes amis), sympathique sans plus, ne laissait espérer une telle réussite. A Cannes, où le film a fait la clôture de la Semaine de la critique, Guy a fait sensation. L’engouement critique pour cette comédie dramatique  sensible était justifié. Alex Lutz y réussit aussi bien devant la caméra que derrière. Comme acteur,  il parvient à rendre parfaitement crédible son personnage,  malgré les postiches et le maquillage. La performance, casse-gueule s’il en est,  mérite d’être saluée. Comme réalisateur, Lutz s’en sort aussi avec les honneurs. L’idée de tourner une grande partie du film en caméra subjective, à la manière d’un reportage est totalement payante. Si on tombait par hasard sur les scènes d’interview à la télé, on y croirait et on se demanderait qui est ce vieux chanteur, concurrent malheureux de Claude François, dont on n’avait jamais entendu parler ?  Ajoutons au crédit de l’humoriste télévisuel un vrai talent d’écriture, qui va au delà des dialogues (succulents):  Guy nous cueille aussi dans l’émotion. Avalanche de nominations en vue pour les César.

Shéhérazade

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Le pitch   

Zachary (Dylan Robert), 17 ans, sort de prison. Rejeté par sa mère, il traîne dans les quartiers populaires de Marseille. C’est là qu’il rencontre Shéhérazade (Kenza Fortas)

Ce qu’on en pense

Grand vainqueur du Festival d’Angoulême (3 prix), Shéhérazade est le premier long métrage de fiction du documentariste Marseillais Jean-Bernard Marlin. Malgré son titre,  ce n’est pas un conte des mille et une nuits. Loin de là ! Il y a du Kéchiche dans ce cinéma cru et réaliste qui remue et bouleverse. Avec un casting constitué entièrement de comédiens non professionnels, JB Marlin fait jaillir la romance du décor glauque  de la gare Saint-Charles ou du Boulevard Sakakini, hauts lieux  du proxénétisme marseillais. Porté par deux jeunes acteurs épatants,  Dylan Robert et Kenza Fortas,  un des films français les plus marquants de l’année.

DVD : Le Monde est à toi

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Le Pitch

François (Karim Leklou), petit dealer, a un rêve : devenir le distributeur officiel de Mr Freeze au Maghreb. Son projet vole en éclat quand il apprend que Dany (Isabelle Adjani), sa mère, a dépensé toutes ses économies. Poutine (Sofian Khammes), le caïd lunatique de la cité propose à François un plan en Espagne pour se refaire. Lamya,  son amour de jeunesse (Oulaya Amamra), Henri (Vincent Cassel) un ancien beau-père à la ramasse tout juste sorti de prison et  deux jeunes complotistes, (Mounir Amamra et Mahamadou Sengare)  s’en mêlent. Rien ne va se passer comme prévu…

Ce qu’on en pense

Pour son premier film de gangsters, Romain  Costa Gavras (Notre jour viendra, Across The Universe)  lorgne du côté de Guy Ritchie et Quentin Tarantino, avec une certaine réussite. Karim Leklou est très bon en apprenti entrepreneur  de cité, tandis que  François Damiens, Isabelle Adjani et Vincent Cassel font des apparitions réjouissantes. Une comédie stylée qui impose le fils de Costa Gavras comme un des jeunes réalisateurs français à suivre.

 

Interview: JL Murat

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Au bout du fil, la voix est toujours traînante et légèrement embrumée.Mais on le sent rempli d’une énergie nouvelle. Après quelques albums peu aimables, Jean-Louis Murat vient de publier l’un de ses plus beaux disques. Avec Il Francese, le chanteur Auvergnat fait la somme de ses expérimentations sonores, de ses talents mélodiques, de sa verve poétique et de son instinct voyageur.Il y convoque les fantômes d’un aïeul fantasmé, Joachim Murat, maréchal d’empire sacré Roi de Naples (que ses sujets surnommaient «Il francese») et celui de Silvana Mangano dont la voix illumine la chanson qui porte son prénom. On retrouve avec bonheur le chanteur à la plume élégante des années fastes. Il y a 30 ans, ce disque-là aurait ravi ses nombreux fans et ce serait vendu par palettes entières. Aujourd’hui, il se noiera probablement dans le torrent de nouveautés des nouveaux robinets à musique que sont les plateformes de streaming. Mais Murat n’en a cure: «Je ne m’attends pas à des miracles de toute façon» assure-t-il, en se réjouissant de repartir en tournée jouer ses chansons «à l’ancienne». Comme le baladin qu’à 66 ans il continue d’être…

Alors que nombre de chanteurs s’interrogent sur la nécessité de faire des disques qui ne se vendront pas, vous continuez à produire un disque par an. Pourquoi?
Vaille que vaille, j’essaie de ne pas me laisser décourager. C’est ma façon à moi de résister à la crise du disque.C’est trop tard de toute façon pour se poser des questions. Dans les années 90, on était dirigés par des imbéciles qui n’ont pas vu venir le danger de la numérisation. Aujourd’hui les artistes doivent faire avec. Si on tire un trait sur toute ambition parce que les conditions sont défavorables, on va pas aller loin…

Après les expérimentations sonores de Travaux sur la N89, on retrouve un Murat plus classique sur Il Francese
J’écris mes chansons toujours de la même manière, à l’ancienne , en piano- voix.Après, on rajoute des couches electro plus ou moins importantes avec Denis Clavaizolle. Il se trouve juste que j’avais des chansons plus structurées cette fois.Mais on a quand même énormément bossé dessus. Faire joujou avec les ordis, on croit que c’est plus rapide mais c’est juste l’inverse: on y passe un temps fou. Mais pour la tournée, on efface tout: ce sera à l’ancienne, en trio, avec des instruments de musique et aucune machine.

Pourquoi ce titre et ces références italiennes?
Elles ne sont pas nouvelles.Je m’en suis beaucoup servi déjà.J’aime bien jouer avec l’homonymie de Joachim Murat, le roi de Naples que ses sujets appelaient «Il Francese».Mais surtout, j’adore cette ville.Je voudrais y habiter.Et Silvana Mangano, sa voix me bouleverse tout simplement…

Dans «Achtung», la première chanson, vous parlez de la Bête et des boucheries qui pourraient rouvrir. Ce n’est pas de l’anti-germanisme primaire ? 

Je trouvais que c’était une bonne entrée en matière (rires). Les temps sont instables et il y a déjà des boucheries ouvertes ici et là.Mais non, ce n’est pas un commentaire politique anti-allemand. Ni pro U2 d’ailleurs! (Achtung Baby est le titre d’un album de U2. N.D.L.R)

Que vient faire Marguerite de Valois dans la chanson qui porte son nom?
C’est la reine des Auvergnats. Elle n’est pas née dans la région, mais y a habité assez longtemps pour qu’on l’ait adoptée.J’ai souvent parlé de la reine Margot dans mes chansons.Ici, dans la campagne, tout le monde aime bien la reine Margot.

La mort aussi semble s’être invitée dans l’album.Vous y faites souvent référence, pourquoi?
J’ai perdu un ami très proche, Christophe Pi, pendant l’enregistrement. On faisait de la musique ensemble depuis 30 ans, C’était un excellent musicien et l’album lui est dédié.L’ombre de la mort a plané sur l’enregistrement, il est empreint de son souvenir.

«Je me souviens», c’est une référence à Peirec?
Ah non, pas du tout alors! Heureusement qu’on peut encore se souvenir sans passer par lui. D’ailleurs , on ne se souvient pas des mêmes choses. Il était plus citadin que moi. Il y a des trucs dans le bouquin, je ne comprends même pas qu’on puisse s’en souvenir…

Ah ça y est, on attaque les vacheries?
Je ne me lève pas le matin en me disant je vais dire du mal de tel ou tel, mais je préfère les fights à ce silence de monastère où personne ne veut dire du mal de personne alors que tout le monde se déteste dans ce milieu à la con. Là, il y a Manset qui sort son disque en même temps que moi.Et ben, il fait des disques tellement nuls depuis tellement longtemps que je n’ai pas envie de me retrouver dans le même panier à la caisse du supermarché, Voilà, c’est dit! Ce n’est pas méchant, c’est un constat. Il est là depuis 68, il pourrait dégager quand même…

On pourrait dire la même chose de vous, non?
Oui, mais moi je n’ai pas l’impression de rabâcher. Il faut prendre des risques de temps en temps.Pas toujours jouer sur son petit fonds de commerce…

Il y a des gens dont vous pourriez dire du bien, pour changer un peu?
Oui, Rachid Taha tiens.Ca, c’est une vraie perte! Sinon, n’importe quel disque de blues des années 30-40 enregistré avec un micro me paraît toujours infiniment supérieur à ce qui sort aujourd’hui. Je ne suis pas certain qu’il y ait du progrès en art, mais en ce qui concerne la musique populaire, je suis tout à fait sûr du contraire!