Ça vient de sortir

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Interview : Little Steven

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Au téléphone, il a la voix caverneuse des personnages de gangsters qu’il a joué dans les Sopranos ou dans la série norvégienne Lillyhammer. Mais c’est bien avec le patron des Disciples of Soul qu’on parle. Steve Van Zandt, alias Little Steven, alias Miami Steve,  est en Europe pour la tournée du formidable nouvel album des Disciples, le bien nommé Summer of Sorcery. Un disque qui célèbre comme jamais le “Jersey Shore sound” dont il est l’un des pères fondateurs avec Southside Johnny et Bruce Springsteen. Avant de de donner un formidable concert à l’opéra Garnier de Monaco le 31 août, pour la dernière date du Sporting Summer Festival, le guitariste  historique et bras droit du Boss nous a parlé du disque, de la tournée et de la reformation annoncée du E Street Band en 2020…

C’est la première fois que vous jouez à Monaco ?

Oui, mais j’y suis déjà venu. Lillyhammer a été plusieurs fois nommé au festival de télévision. Et on avait lancé la série au MIPTV à Cannes. J’adore la Côte d’Azur, je me réjouis d’y venir jouer. Dites à tout le monde qu’on va casser la baraque !

Pourquoi avoir attendu si longtemps pour former ce groupe ?

C’est vrai que cela fait plus de 20 ans que je n’avais pas tourné avec un autre groupe que celui de Bruce Springsteen. Cela s’est fait par hasard. Un ami voulait que je vienne jouer dans un festival à Londres. Le E Street Band était en sommeil pour permettre à Bruce de faire son show en solo à Broadway. J’ai donc formé ce groupe pour le concert de Londres et ça a été magique. Dans la foulée, on a enregistré Soulfire, un album de chansons que j’avais écrites pour d’autres. Puis, on a fait une première tournée,  qui s’est super bien passée. J’ai écrit de nouvelles chansons (mes premières en 20 ans !), on les a enregistrées et on est repartis sur la route. C’est tellement l’éclate que je me demande encore pourquoi je ne me suis pas décidé plus tôt…  

Vous regrettez parfois d’avoir sacrifié votre carrière solo au E Street Band ?

Je n’ai jamais réfléchi en termes de carrière. Pour moi,  tout ça était avant tout une aventure artistique et humaine. J’avais besoin d’apprendre des choses sur moi et sur le monde et j’étais obsédé par la politique. J’ai fait ce que je pensais être bien pour moi. Mais avec le recul, bien sûr que j’aurais dû me préoccuper plus de ma carrière de musicien … 

C’est très différent de tourner avec votre propre groupe qu’avec le E Street Band ?

Et comment ! Et pas seulement à cause de la taille des salles dans lesquelles on joue (rires)… Avec Bruce, à côté, ce sont des vacances. Là, il faut décider de tout. C’est moi le boss ! Un boulot à plein temps… 

Sur les vidéos, le show ressemble à une grande revue de rock’n’roll…

C’est un peu ça. Mais le son est plus soul que rock. On a tous ces cuivres, c’est super puissant. On tourne sans interruption depuis plus de deux ans maintenant, je peux vous dire qu’on est au point et que ça déménage ! 

Le nouvel album semble uniquement fait pour la fête.Vous avez mis de côté votre engagement politique ?

Dans les années 80, tout était plus caché. Les gens ne savaient pas forcement ce qui se passait en Afrique du sud, par exemple. En tant qu’artistes, on pouvait être utiles en dénonçant l’apartheid. Maintenant c’est l’inverse:  avec Internet et les chaines d’info en continu, on baigne dans la politique et les affaires,  24 heures sur 24. Les nationalismes, le fascisme, l’individualisme, le racisme dominent la planète… J’ai l’impression que notre mission n’est plus tellement de dénoncer, comme je l’ai fait à l’époque de l’apartheid avec la chanson « Sun City », mais d’inciter les gens à s’unir plutôt qu’à se diviser. Je vois nos concerts comme un sanctuaire, où les spectacteurs peuvent se réunir pour oublier les misères du monde et leurs propres problèmes pendant deux heures. En ces temps sombres, c’est important d’offrir un peu de gaieté, de lumière et d’optimisme au public.  C’est pour ça que l’album est exempt de discours. J’ai écrit les chansons comme des mini films de trois minutes. De la pure fiction,  pour danser et s’éclater. 

Vous ne croyez plus au pouvoir du rock pour changer le monde? 

“Sun City” , ça ne marcherait plus aujourd’hui.  On est trop enfoncés dans la dépression. Le système ne fonctionne plus, les gens se sentent lésés et cherchent à qui faire payer leur déception. C’est comme ça que les extrémismes triomphent.  C’est difficile de se mobiliser sur des causes humanitaires quand on crève la dalle. Aujourd’hui,  il y a des gens qui ont du travail,  mais qui ne peuvent même pas se payer un loyer avec et qui sont SDF. C’est de la folie ! Je pense qu’un mouvement mondial va se déclencher pour la protection de l’environnement. C’est la seule cause qui peut rassembler tout le monde, le seul combat qu’on ait tous en commun, quelle que soit notre condition. Je ne sais pas quand, ni comment ça partira,  mais ça viendra. Peut-être qu’une bonne chanson sonnera le signal ? Le rock n’est pas mort, si vous voulez mon avis. Il bouge encore !

Dans son spectacle de Broadway, Bruce dit qu’il a inventé le son du « Jersey Shore ». Vous êtes d’accord ?

Cela existait sans doute avant, mais personne ne le savait ! (rires). Il a lancé le mouvement et aujourd’hui on est quelques-uns, avec Southside Johnny, à entretenir la flamme. Bruce est le Boss du Jersey shore… Et moi j’en suis le sous-Boss ! (rires)

Au fait, la réunion du E Steet Band est confirmée pour 2020?

Pas tout à fait. Je dois voir Bruce en rentrant pour en parler. Ma tournée s’arrête le 6 novembre et j’ai prévu d’être totalement disponible pour Bruce après ça, car je voudrais qu’on prenne le temps d’enregistrer un nouvel album  avant de repartir en tournée mondiale.

On vous reverra au cinéma ou dans une série ?

J’aimerais bien. J’ai adoré jouer dans les Sopranos et  Lillyhammer. On a  raflé plein de prix avec cette série, j’étais triste qu’elle s’arrête. On l’a oublié,  mais c’était la première qu’ait produit Netflix. Je referai bien l’acteur, mais ça va être difficile de trouver le temps si on relance le E Street Band. Peut-être en 2023 ou 2024 ?

Question fashion pour finir: pourquoi cet éternel bandana sur la tête ? 

(Rires)  J’ai eu un accident de voiture dans les années 70. Je suis passé à travers le pare-brise et mes cheveux n’ont jamais repoussé correctement. A l’époque,  ça m’arrivait de temps en temps de mettre un bandana sur la tête pour me faire le look de biker.  Après l’accident, comme je ne me voyais pas porter une perruque, ni un chapeau , j’ai opté pour le bandana. Ça a fini par faire partie intégrante de mon image. Mais je ne cherchais pas à lancer une mode, je vous l’assure ! (rires)

 

Dernier amour

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Le Pitch

Casanova (Vincent Lindon), connu pour son goût du plaisir et du jeu, arrive à Londres après avoir dû s’exiler. Dans cette ville dont il ignore tout, il rencontre à plusieurs reprises une jeune courtisane, la Charpillon (Stacy Martin), qui l’attire au point d’en oublier les autres femmes. Casanova est prêt à tout pour arriver à ses fins, mais La Charpillon se dérobe toujours sous les prétextes les plus divers. Elle lui lance un défi : elle veut qu’il l’aime autant qu’il la désire…

Ce qu’on en pense

Avec une solidité et une assurance qui ont sans doute fait défaut à la plupart des auteurs de sa génération, Benoît Jacquot, 72 ans, a fini par s’imposer comme le plus régulier de nos grands cinéastes. Et c’est peut-être dans l’exercice délicat du film en costumes qu’il démontre son savoir-faire avec le plus d’évidence. Des Adieux à la Reine (2011) à ce Dernier amour de Casanova, en passant par sa relecture du Journal d’une femme de chambre (2015), ses films « historiques » évitent le piège de la reconstitution patrimoniale académique (ou pire : téléfilmique) et font souvent preuve de plus de modernité que les films branchés du moment. Rien de moins évident pourtant, a priori, que de filmer Vincent Lindon en perruque et hauts de chausse, après qu’on l’ait vu s’investir corps et âme dans des films sociaux plus naturalistes les uns que les autres. Le cœur se serre de le voir défait par une donzelle,  mais quelle ! Sous ses airs de nouvelle Sylvia Kristel, Stacy Martin réveillerait un mort…), Casanova vieillissant, éperdu, les yeux embués sous le rimmel. Ce Dernier amour (le seul véritable peut-être, les autres n’étant qu’amitiés sexuelles ?) le tue. Lui à qui aucune ne se refuse, sauf justement celle qui se donne à tous. « Ô fureur des cœurs murs par l’amour ulcérés » (Beaudelaire) ! « Il faut souffrir pour savoir qu’on a aimé » lui dit celle qui, à la fin, recueille ses confidences, comme une intervieweuse (Julia Roy, parfaite.Comme le reste du casting d’ailleurs, avec une Valeria Golino très touchante en ex-amante et amie fidèle). La leçon est amère, mais le film est magnifique. Lecteur assidu des mémoires de Casanova (Histoire de ma vie), Jacquot en livre une des plus belles restitutions. Après Fellini et Comencini (entre autres), il fallait pourtant oser s’y atteler.

Les Oiseaux de passage

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Le Pitch

Dans les années 1970, en Colombie, une famille d’indigènes Wayuu met en place un vaste trafic de majijuana. C’est la naissance du premier cartel… 

Ce qu’on en pense

Découvert en 2015, à la Quinzaine des réalisateurs,  avec L’Etreinte du serpent, le réalisateur colombien Ciro Guerra   remonte aux origines des cartels avec ce film qui mélange allègrement les genres (documentaire, biopic, drame, thriller…) pour un résultat assez formidable. Découpé en 5 «chants» (La Horde sauvage, Les Tombes, Bonanza, La Guerre, Les Limbes), le film suit le parcours d’un jeune indien Wayuu tenté par le modernisme et la fréquentation des «étrangers» (mexicains et américains),  qui va créer le premier cartel de la drogue, en se heurtant aux traditions séculaires et aux principes religieux de son peuple. Très éloigné des films de mafia et de cartels habituels, Les Oiseaux de passage fascine par son dispositif,  qui immerge le spectateur dans une communauté perdue dans le désert de boue séchée de la Guajira enalternant les scènes «ethnographiques» presque documentaires  (comme la formidable cérémonies pré-nuptiale d’ouverture, qui donne son sens au titre) et séquences de thriller,  en laissant la violence le plus souvent hors champs. Un film de cartel archaïque et mystique. A voir absolument !

 

JP Dubois : Tous les hommes…

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Par MAB

« L’homme est un ours qui a mal tourné ».  Jean-Paul Dubois, l’auteur de « L’Amérique m’inquiète » le prouve encore une fois avec un roman de 240 pages qu’il a intitulé « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon ». Un roman mélancolique qui va marquer cette rentrée et qu’il faut donc surveiller jusqu’aux prix littéraires. On y découvre un brave type, prénommé Paul (comme beaucoup de héros de Dubois), qui croupit dans une prison de Montréal en compagnie d’un imposant Hell’s Angel dont la seule crainte, à l’instar de Samson, est qu’on lui coupe les cheveux !  Que fait ce placide fils de pasteur dans cette cellule ? Il le dira lui-même à la fin de son récit. Mais auparavant, il se remémorera son enfance à Toulouse (La ville de Dubois) déchiré entre un père presbytérien Danois et une mère, exploitante d’un cinéma « art et essai » qui en 1972, affiche le scandaleux « Gorge profonde ». Puis son exil au Canada à la suite de ce père divorcé et radié de son diocèse en raison de sa passion du jeu…À vous de découvrir la suite. Autrement dit comment alors qu’il est un paisible quinquagénaire, concierge dans une résidence de luxe de Montréal, Paul devient meurtrier… L’univers singulier  de Jean-Paul Dubois est tout entier dans ce récit de vie de cinq décennies, qui s’étale de la France au Canada en passant par le Danemark. Le portrait en demi teinte d’un homme ni meilleur ni pire que les autres, mais écrasé par les coups du sort et les aléas de sa destinée. Pour souligner l’absurdité de toute existence, l’humanité de son personnage et les épouvantables conditions des prisonniers, Dubois oscille en permanence entre étonnement, bienveillance, tendresse et humour à vif. Son nouveau roman au style très anglo-saxon est comme les précédents, pessimiste mais jamais cynique. Il se dévore.  

 

Santana : Africa Speaks

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   Depuis le carton planétaire de Supernatural en 1999 (30 millions de copies écoulées) , Carlos Santana est de retour en grâce et ses concerts affichent à nouveau complet. On s’en réjouit, mais côté enregistrements studio,  sa production laissait largement à désirer. On avait même touché le fond artistiquement en 2010 avec Guitar Heaven, abominable compilation de reprises de classiques rock à la sauce Devadip. La reformation du Santana original (celui de Woodstock), en 2016, marquait un net mieux,  mais rien qui laisse présager un tel retour de flamme. Avec Africa Speaks, le guitariste de 72 ans revient à son meilleur niveau: celui de ses glorieux débuts. Côté guitares, on n’avait pas été à pareille fête depuis… Abraxas !   Le plaisir de jouer (et de jouer fort !) s’entend dans tous les titres de cet album aux sonorité flamenco-africaines, où brille aussi la voix de la chanteuse flamenca Buika.  Ecoutez-les donc s’écharper sur “Oye Este Mi canto” !  On ne s’étonnera pas d’apprendre que c’est l’indispensable Rick Rubin,  qui a accouché cet album miraculeux qui s’inscrit d’emblée dans le haut de la discographie du guitariste chicano. 

Sang Froid

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Le pitch   

Bienvenue à Kehoe, luxueuse station de ski du Colorado. La police locale n’y est pas franchement très sollicitée jusqu’au jour où le fils d’un conducteur de chasse-neige, Nels Coxman (Liam Neeson), est assassiné sur ordre de Viking (Tom Bateman), un baron de la drogue de Denver. Armé d’une rage implacable et d’une artillerie lourde, Nels entreprend de démanteler à lui seul le cartel de Viking…  

Ce qu’on en pense

Encore un rôle de justicier pour Liam Neeson. Depuis le premier Taken (2008), l’emploi lui colle à la peau. Au point d’oser le second degré, cette fois, dans cet auto-remake de Refroidis, polar nordique jouissif, réalisé en 2014 par Hans Petter Moland. Comparé à l’époque au Tarantino de Pulp Fiction et aux frères Coen de Fargo, le réalisateur Norvégien n’a pas craint de forcer la ressemblance pour ce remake US, produit par Michael Shamberg (Pulp Fiction, Get Shorty).Dans un superbe décor de montagnes enneigées, Liam Neeson, alias Nels Coxman, paisible conducteur de chasse-neige, se lance dans une orgie de carnage vengeur, dont le décompte s’affiche comiquement à l’écran sous forme de croix chaque fois qu’un des méchants se fait trucider. On a l’impression d‘avoir déjà vu ça plus d’une fois, c’est un peu trop référencé pour être tout à fait honnête, mais  on rigole bien.

Black Snake

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Le pitch

Après des années passées à Paris, Clotaire Sangala (Thomas Ngigol) revient dans son pays natal, en Afrique. Élevé par un grand-père chinois expert en arts martiaux, persuadé d’avoir été trouvé dans une poubelle, Clotaire ignore tout du glorieux passé de ses parents. Accroc aux femmes et à la vie facile, égoïste, pleutre  et sans ambition, Clotaire va pourtant être rattrapé par son destin… Il va devenir «Black Snake», le super-héros masqué et ultrasapé, libérateur du peuple face au dictateur Ézéchias.

Ce qu’on en pense

Entre Black Panther suédé  et série Z de karaté des années 70,Thomas Ngijol et Karole Rocher signent une très sympathique comédie parodique.  Dommage que l’esthétique grindhouse ne soit pas tenue jusqu’au bout, que le film manque un peu de rythme et que le personnage féminin, incarné par Karole Rocher, soit un peu bâclé. Car, pour le reste,  les costumes, les décors, la reconstitution des années 70, la BO (signée Skread) la réalisation et les dialogues sont supers. Edouard Baer est hilarant en conseiller spécial de la Françafrique et Thomas Ngijol très drôle dans le double rôle du sapeur vantard et du vengeur masqué.  Une demi réussite,  dont le côté potache fait oublier les défauts les plus criants. Passé inaperçu en salles, le film pourrait  trouver son public, voire devenir culte en streaming et en DVD.

Alita: Battle Angel

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Le Pitch

En 2563 à Iron City, Ido (Christoph Waltz) brillant cybernéticien reconverti dans la réparation de robots, trouve dans une décharge une tête de cyborg d’apparence juvénile.Constatant que son cyber cerveau fonctionne encore, il la greffe sur le corps de porcelaine qu’il avait conçu pour sa défunte fille handicapée. Alita (Rosa Salazar) se réveille sans aucun souvenir (sa mémoire a été effacée), mais Ido se rend vite compte qu’elle possède des capacités physiques et intellectuelles très supérieures aux standards pourtant élevés de l’époque. Les superpouvoirs d’Alita ne vont pas manquer d’attirer l’attention des forces dangereuses et corrompues qui règnent sur Iron City depuis la cité suspendue de Zalem…

Ce qu’on en pense

Après Suicide Squad (auquel on n’a rien compris), deux Sin City esthétiquement brillants mais redoutablement ennuyeux, un Valerian mal aimé et une palanquée de films de super-héros Marvel/DCComics interchangeables, on pouvait craindre avec Alita une nouvelle adaptation de BD à seule destination des fans du genre. C’était compter sans la « James Cameron Touch ». Le père de Titanic et d’Avatar, qui a produit le film, rêvait depuis deux décennies d’adapter au cinéma les aventures du personnage créé par Yukito Kishiro dans le manga Gunnm. Pris par d’autres projets (dont 3 épisodes d’Avatar à venir), Cameron a confié la réalisation d’Alita à Robert Rodriguez, qu’on n’attendait pas vraiment à la tête d’un blockbuster à 200 millions de dollars. Le réalisateur de Mariachi, Desperado, Machete, Sin City et Spy Kids s’en tire plus que bien, apportant son goût pour la baston et le gore à une saga qui aurait peut-être été trop lisse autrement. Disons-le tout net : Alita est le meilleur film de SF à grand spectacle qu’on ait vu depuis…Avatar. Visuellement le film est une véritable fête : les décors sont époustouflants, la 3D est bluffante, la motion capture est incroyable (les seuls yeux d’Alita ont demandé plus de travail que tout le personnage de Gollum dans le Seigneur des Anneaux) et les scènes de poursuites et de bastons décoiffent. Celles de la finale de rollerball resteront dans les annales. Ajoutez-y un scénario pas idiot, dans lequel les personnages féminins dominent (Rosa Salazar et Jennifer Connely au top) et vous obtenez le premier épisode d’une saga dont on a vraiment envie de voir la suite. Vivement Alitavatar 2 et 3 

Beyoncé : The Gift

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Par Luigi Villano

Disney ne s’arrête plus. Avec la sortie du Roi Lion  en version photoréaliste, l’objectif visé par le studio ne change pas : rentabiliser au maximum chacune des pièces de son catalogue. Et quitte à multiplier les formats, pourquoi ne pas sortir un album ? Et pourquoi ne pas en confier la production à Beyoncé, qui double  la voix d’un des personnages dans le film ? On se méfie toujours des jeux vidéos tirés des films,   dont le seul but est d’appuyer la promotion d’une sortie en salle. Idem pour les albums qui sont souvent de médiocre qualité. On se ferait donc un plaisir de démolir tout bonnement ces prétextes marketing s’il  n’en ressortait parfois  une régurgitation miraculeuse, comme c’est le cas avec « The Lion King : The Gift ». Si ce n’est pas un véritable album de Queen B, il confirme que la diva frappe désormais plus fort à l’occasion de collaborations qu’en solo. Des collaborations, l’album en est rempli, et constitue pour sa productrice, une «lettre d’amour à l’Afrique ». Beyoncé s’est entourée de talents surs :  Childish Gambino, Jay-Z, Kendrick Lamar, Syd (The Internet), et sa propre fille. Mais les morceaux les plus convaincants sont définitivement les productions Afrofusion de l’album : Entourés par la nouvelle vague de la musique nigérienne et camerounaise  (Tekno, Yemi Alade, Mr Eazi, Burna Boy, Tiwa Savage et d’autres), Beyoncé reproduit la recette magique proposée par Kendrick Lamar pour l’album Black Panther : un pont musical entre les talents du continent africain et les pontes de l’industrie américaine. « Find Your Way Back », « Don’t Jealous Me », « Mood 4Eva » et « Keys to the Kingdom » figurent parmi les meilleurs titres de l’album, des petits bijoux émouvants et mélodieux, à écouter sur le dancefloor ou allongé sous les étoiles. Les liens de parenté qui unissent cet album et celui de Black Panther sont évidents, mais le plus beau dans cette histoire, c’est la supériorité artistique de l’album inspiré du film sur le film lui même. Dommage que le single “SPIRIT” soit -comme pour Black Panther encore une fois- un des titres les plus fades de cette compilation rugissante !  En dehors de ce petit détail, le disque est à écouter d’urgence.

 

 

Convoi exceptionnel

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Le pitch

C’est l’histoire d’un type qui va trop vite et d’un gros qui est trop lent. Foster (Christian Clavier) rencontre Taupin (Gérard Depardieu). Le premier est en pardessus, le deuxième en guenilles. Tout cela serait banal si l’un des deux n’était en possession d’un scénario effrayant : le scénario de leur vie et de leur mort. Il suffit d’ouvrir les pages et de trembler…

Ce qu’on en pense

Dix ans : c’est le temps qu’il a fallu à Bertrand Blier pour monter son nouveau film. Une fable surréaliste bien dans  sa manière,  qui renoue avec la verve noire de Buffet Froid. Cela en dit long sur l’état du cinéma français qui préfère confier des millions de budget à n’importe quel écrivaillon ou vedette de télé  que de faire confiance à ses plus grands auteurs. Blier, 80 ans aux fraises, est devenu un classique dot les dialogues mériteraient d’être étudiés à l’école. Un comble pour l’auteur des Valseuses!  Peut-être est-ce pour cela qu’on lui en veut ? Voir Christian Clavier donner la réplique à Depardieu dans ce Convoi exceptionnel à plus d’un titre est pourtant un pur plaisir de cinéphile. L’un n’en revient pas de se retrouver là, si loin du Bon Dieu. L’autre le regarde comme son égal, avec un regard d’enfant ravi d’avoir trouvé un bon copain.  Les deux sont grands. Ce petit film d’Ih20, générique compris,  l’est aussi. D’un humour désespéré sur des thèmes peu réjouissants (le déclassement, l’abandon, la vieillesse, la mort… ). Triste mais beau.

William Boyd : L’Amour est aveugle

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Par MAB

1894 : accordeur surdoué à l’oreille absolue, le jeune Brodie Moncur, employé d’un vénérable fabricant de pianos à Édimbourg, accepte avec joie un poste important dans la filiale parisienne, fuyant ainsi l’ennui de la province et la hargne de son pasteur de père. Mais sa rencontre avec John Kilbarron, le ” Liszt irlandais “, et la maîtresse de ce dernier, la soprano russe Lika Blum, dont il tombe fou amoureux, va changer inéluctablement le cours de son existence. Devenu indispensable au pianiste, il le suit de Paris à Saint-Pétersbourg, où sa liaison clandestine avec Lika est éventée par Malachi, le frère maléfique de Kilbarron. Dès lors convaincu d’être traqué, Brodie ne cessera d’errer et de courir d’un bout à l’autre de l’Europe – Nice, Genève, Trieste ou encore Vienne – avant de s’exiler dans les îles Andaman, au large des côtes indiennes, où se scellera son destin.
Dans ce roman foisonnant, William Boyd, qui partage sa vie entre Londres et la Dordogne inscrit une histoire de musique et de passion dans les bouleversements du début du XXe siècle. Ce faisant, il plonge habilement le lecteur dans les coulisses tortueuse du monde des concertistes. Des artistes fragiles et capricieux ne vivant que du bon vouloir de leurs mécènes . C’est enlevé, palpitant, caustique aussi et parfait pour une lecture estivale.

 

 

Magma : Zëss

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Magma a 50 ans. Fondé en 1969 (la même année que Led Zeppelin !), c’est, de loin, le plus ancien des groupes français. Bien qu’une centaine de musiciens se soient succédés en son sein, sa ligne musicale n’a jamais changé. Et le noyau dur formé par Christian et Stella Vander est toujours là pour y veiller. Le couple possède un Home studio sur les hauteurs de Nice, à Aspremont, où il vient régulièrement travailler sur ses nouveaux projets. C’est là qu’a été finalisé le nouvel album de Magma, Zëss, sorti le 28 juin.  Christian Vander nous en a parlé avant le trés attendu concert de Magma  à Jazz à Juan, le 16 juillet.

 « Zëss est une pièce musicale que j’ai composée dans les années 70 sur un piano de studio qui avait un son extraordinaire, raconte Christian Vander. Elle est restée inachevée jusqu’à aujourd’hui, bien qu’on en ait souvent joué des extraits en concert. Stella me pressait de l’enregistrer,  mais j’ai toujours refusé à cause de sa signification. Son sous-titre c’est « Le jour du néant ».Je me disais que le jour où on l’enregistrerait ce serait la fin de Magma. Qu’est-ce qu’on fait quand on a passé le jour du néant ?(rires). Bref, Stella insistait et j’étais bien embêté. J’ai trouvé la solution en me persuadant que « ce jour du néant » était en fait le songe du narrateur, pas la réalité. Et j’ai dit OK ».  À partir de là, c’est semble-t-il Stella qui a pris les choses en main et a recruté les musiciens pour donner à Zëss sa forme définitive. Pour la première fois Magma a ainsi fait appel à un orchestre philharmonique de 50 musiciens pour accompagner la transe originelle du morceau. Le résultat est superbe. Contemporain de 1001° Centigrades, Mekanïk Destruktïw Kommandöh et Köhntarkösz, Zëss renvoie à la période musicale la plus prolifique pour les fans de Magma. Mais avec un son et une orientation plus moderne. Christian Vander avoue avoir été bluffé lui-même en écoutant la version définitive de 38 minutes qui a été gravée sur disque : « J’étais très ému.L’arrangement de cordes qu’a réalisé Remi Dumoulin est magnifique. Le tempo est plus lent que sur le titre originel et cette version est plus mélodique.On sort de la simple transe à la Mekanïk Destruktïw Kommandöh pour entrer dans quelque chose de différent.C’est exactement ce que je souhaitais ».  Zëss prouve, en tout cas, que la musique de Magma est toujours bien vivante, 50 ans après ses premiers enregistrements. Une formidable manière de marquer cet anniversaire. Après un concert à la Philharmonique de Paris et celui de Jazz à Juan, le groupe partira en tournée mondiale avec les États-Unis et le Japon en ligne de mire pour 2020. « Dommage qu’on ne puisse pas emmener l’orchestre philharmonique, regrette seulement Christian Vander. Pour le reste, il faut quand même remercier les dieux de nous avoir accordé cette longévité.Et prier pour qu’ils continuent à nous inspirer.Le programme est toujours le même depuis le premier jour : « A la vie, à la mort… et après ».Je ne sais pas ce que sera l’après Zëss, mais ce qui est sûr c’est qu’on ira jusque-là ».

Grâce à Dieu

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Le pitch

Alexandre (Melvil Poupaud) vit à Lyon avec sa femme et ses enfants. Un jour, il découvre par hasard que le prêtre qui a abusé de lui aux scouts officie toujours auprès d’enfants. Il se lance alors dans un combat, très vite rejoint par d’autres victimes du prêtre, pour « libérer leur parole » sur ce qu’ils ont subi. Mais les répercussions et conséquences de ces aveux ne laisseront personne indemne.

Ce qu’on en pense

François Ozon a beau s’être frotté à pas mal de genres au cours de sa déjà longue et riche carrière (de la comédie au mélo,  en passant par le fantastique, le polar érotique et le film social), on ne l’attendait pas du tout dans le «film-dossier».Il y réussit pourtant brillamment avec Grâce à Dieu, qui retrace, avec courage et honnêteté,  le combat des victimes d’un prêtre pédophile lyonnais (le père Preynat, en instance de jugement pour atteintes sexuelles sur mineurs). Le titre du film emprunte à la phrase prononcée par Mgr Barbarin, archevêque de Lyon, lors d’une conférence de presse, au cours de laquelle il avait semblé se réjouir que les faits soient prescrits. Alors que le procès du prêtre visé par les faits doit s’ouvrir et que des milliers de témoignages dénoncent le même type d’agissements dans plusieurs pays, le film d’Ozon est d’une actualité tellement brûlante qu’il a été menacé de voir sa sortie reportée par voie judiciaire. C’est un drame puissant, sobrement réalisé et excellemment interprété. Il donne la parole aux victimes et dénonce le silence de l’église, sans verser dans le pamphlet anti-religieux

Celle que vous croyez

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Le Pitch

Pour espionner Ludo (Guillaume Gouix), son jeune amant volage, Claire Millaud (Juliette Binoche), prof de littérature comparée de 50 ans, crée un faux profil Facebook. Elle prend ainsi contact avec Alex (François Civil), le coloc de Ludo, en se faisant passer pour Clara, une belle jeune femme de 24 ans. Alex est immédiatement séduit. Au fil de discussions de plus en plus passionnées, Claire tombe éperdument amoureuse de lui. Osera-t-elle lui révéler son imposture, au risque de le perdre ?

Ce qu’on en pense

On comprend que Juliette Binoche n’ait pas hésité longtemps à accepter de jouer Claire, dans cette adaptation du roman éponyme de Camille Laurens. Quel rôle ! On l’y voit passer tour à tour (et parfois dans le même plan !) d’épouse abandonnée et vieillissante, à quinqua sexy, de prof d’université reconnue à midinette amoureuse, de femme de tête à névrosée, de mère de famille débordée à bête de sexe… Son talent est tel qu’elle est parfaitement crédible dans toutes ses différentes incarnations. Safy Nebbou (L’Empreinte de l’ange, Dans les forêts de Sibérie) dit qu « aucune autre actrice n’aurait pu donner autant » à son personnage et on est bien près de le croire. « Le secret c’est de s’abandonner », confie Binoche, adepte du « On n’a rien donné tant qu’on n’a pas tout donné ». Au-delà de la performance de l’actrice principale, bien secondée dans les longues scènes de psychanalyse par une Nicole Garcia imperturbable et dans celles d’amour par ses partenaires masculins (François Civil et Guillaume Gouix), le film vaut par la représentation qu’il donne d’une époque où le réel et le virtuel s’entremêlent parfois jusqu’au vertige. Entre romance 2.0, drame sentimental, portrait de femme et suspens hitchcockien, Safy Nebbou tient le cap de l’adaptation en découpant son récit en trois parties distinctes, comme autant de chapitres. Côté mise en scène, on pense tour à tour à Vertigo (musique d’Ibrahim Maalouf mais sans trompette), à Her (pour les scènes d’amour au téléphone) et aux Liaisons dangereuses, dont le roman de Camille Laurens était un peu la version actualisée pour le Net. Une réussite.

 

Interview : Naomi Kawase

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Habituée du Festival de Cannes, où on l’a découverte en 1997, avec Suzaku son premier long métrage qui lui a valu la Caméra d’or , Naomi Kawase y a présenté depuis tous ses films. Sauf le dernier, Voyage à Yoshino, dont elle a, en quelque sorte, réservé la primeur au public de la Cinémathèque de Nice, où elle était invitée à donner  une «Leçon de cinéma»,  avant de faire de même à Beaubourg (voir vidéo). Un événement qui avait attiré la foule des grands soirs. C’est à guichets fermés que l’on a pu découvrir cette fable écologique dans laquelle Geneviève Binoche joue une française à la recherche d’une plante médicinale aux vertus quasi magiques… La réalisatrice japonaise a accepté de nous parler du film qui vient de sortir en dvd

La forêt de Yoshino, que vous filmez magnifiquement, existe-t-elle vraiment ? 
Oui bien sûr et depuis mille ans.C’est un lieu sacré qui fait partie de la culture japonaise.

Votre cinéma a toujours été tourné vers la nature. Mais cette fois, on sent une urgence particulière…
Pour nous Japonais, les préoccupations écologiques se doublent d’un aspect religieux.La mort de la nature, c’est aussi la mort des divinités qui l’habitent. Cela génère beaucoup d’angoisse.C’est de cela que je voulais parler dans ce film, à travers le regard d’une étrangère dont les préoccupations rejoignent celles des habitants de la forêt…

Comment concevez-vous vos films ? 
Tout est important : l’image, l’histoire, le texte. Dans ce dernier film en particulier le langage était paradoxalement important,  avec un personnage qui ne parle pas japonais et  qui n’est pas toujours comprise. Cela m’intéressait de voir comment on peut dépasser la non communication linguistique dans les contacts humains. Mais tout part de ma frustration devant le désastre écologique qui se profile avec le changement climatique. La seule chose que je puisse faire c’est des films qui alertent sur les atteintes à la nature. Cette question était centrale pour le Voyage à Yoshino.

Le ton du film est plus fantastique ou mystique que dans les précédents, pourquoi ? 
Pour les japonais, la nature et les dieux sont intimement liés. Porter atteinte à la nature, c’est risquer de tuer le divin. Cela génère une angoisse supplémentaire que j’ai cherché à illustrer de cette manière.

Comment faites vous pour filmer la nature de cette manière? 

Le secret c’est de ne pas chercher le contrôle absolu des choses. Il faut se faire accepter par l’environnement,  se laisser aller et attendre, avec une grande patience,  le moment idéal pour filmer.

C’est la première fois que vous travaillez avec un actrice occidentale. Pourquoi Juliette Binoche?
Je l’ai rencontrée l’année dernière à Cannes et nous nous sommes entendues immédiatement. Nous autres Japonais croyons en la valeur des rencontres fortuites. Juliette connaissait mes films et avait envie de travailler au Japon.J’ai saisi l’occasion qui se présentait et trois mois après nous démarrions le tournage.

Comment se fait-il que vous soyez aussi francophile? 
J’ai découvert le cinéma français avec la Nouvelle Vague, Godard et Truffaut, à l’école et cela m’a marquée. Ensuite, il y a eu Cannes, à qui je dois ma notoriété et ma carrière internationale. La France, c’est un peu ma deuxième famille. Je travaille avec beaucoup de français sur mes films: pour la production, le montage, le son…

Bientôt un film en France, alors ? 
Qui sait de quoi l’avenir sera fait ? Mon ami Hirokazu Kore-eda, qui a eu la Palme d’or l’an dernier à Cannes avec Une Affaire de famille, a tourné son nouveau film en France . Je vais attendre de voir ce qu’il en dit ! (rires)