Ça vient de sortir

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First Man

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Le Pitch

Pilote jugé «un peu distrait» par ses supérieurs en 1961, Neil Armstrong (Ryan Gosling) sera, le 21 juillet 1969, le premier homme à marcher sur la lune. Durant huit ans, il subit un entraînement de plus en plus difficile, assumant courageusement tous les risques d’un voyage vers l’inconnu total. Meurtri par des épreuves personnelles qui laissent des traces indélébiles, Armstrong tente d’être un mari aimant auprès d’une femme (Claire Foy) qui l’avait épousé en espérant une vie normale

Ce qu’on en pense 

Déjà titulaire, à 33, ans d’un Oscar du meilleur réalisateur (pour La La Land l’an dernier), Damien Chazelle fait à nouveau figure de favori dans la course aux nominations avec ce biopic de Neil Armstrong, premier homme à avoir posé son pied sur la Lune en 1969. Présenté en ouverture de la Mostra de Venise (d’où il est assez scandaleusement reparti bredouille), First Man se situe au niveau des plus grandes réussites des “films de conquête spatiale”, de 2001 Odyssée de l’Espace à Gravity, en passant par L’Étoffe des héros auquel il renvoie forcément. Mais, contrairement à Philip Kauffman, Chazelle se garde bien d’héroïser outre mesure les astronautes et de faire vibrer la fibre patriotique (il n’y a même pas la fameuse image du drapeau US flottant sur la Lune!).Le réalisateur franco-canadien fait, au contraire, de la mission Appolo 11 une épopée intime et universelle. Celle d’un homme presque ordinaire (Ryan Gosling dans un rôle taiseux qui lui convient parfaitement), embarqué dans une aventure qui le dépasse, alors qu’il vit un véritable drame familial (sa petite fille meurt d’une leucémie) et que sa femme (Claire Foy) lui reproche de délaisser sa famille.
Tout est vu à travers son regard et le film alterne séquences de vols et scènes familiales. Les premières, filmées de manière presque documentaire, sont formidablement immersives. On ressent physiquement ce que cela pouvait faire d’être enfermé dans une boîte de conserve propulsée hors de l’atmosphère par toute la puissance de la fusée Saturn V. Les secondes, qui évoquent parfois The Tree of Life (Terrence Malick), doivent beaucoup au talent et au charme de Claire Foy, formidable découverte de la série The Crown, qu’on verra bientôt en Lisbeth Salander dans la suite de Millenium. Leur équilibre est presque parfait. Avec ce film, projet piégeux s’il en était, Damien Chazelle confirme qu’il fait partie des grands cinéastes de la nouvelle génération. S’il continue sur sa lancée, on lui promet la lune.  Honteusement oublié des Oscars, le film bénéficie pour sa sortie dvd de nombreux bonus.

Capharnaüm

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Le pitch

À l’intérieur d’un tribunal, Zain (Zain Alrafeea), un garçon de 12 ans, est présenté devant le juge. À la question : « Pourquoi attaquez-vous vos parents en justice ? «, Zain répond : « Pour m’avoir donné la vie ! «. Capharnaüm retrace l’incroyable parcours de cet enfant en quête d’identité et qui se rebelle contre la vie qu’on cherche à lui imposer

Ce qu’on en pense

Choc émotionnel de Cannes 2018, Capharnaüm a divisé les festivaliers (certains dénonçant un trop plein de pathos), avant de décrocher le Prix du jury présidé par Cate Blanchett. On est de ceux qui applaudirent à cette décision. Le film de Nadine Labaki mérite d’être aimé, et pour de bonnes raisons. Tourné caméra à l’épaule, à hauteur d’enfant, avec des comédiens castés sur place, en arabe et en éthiopien (une des protagonnistes est une réfugiée africaine), dans un dédale de bidonvilles et de souks, censément situés à Beyrouth, mais pouvant aussi bien évoquer ceux du Pakistan, de l’Inde ou du Kenya… Tout y sonne juste et vrai. Aucun «mignonisme», mais pas de misérabilisme forcé non plus.L’environnement dans lequel vit Zain est infernal, mais la pulsion de vie du petit garçon emporte tout. Un peu comme dans une version naturaliste de Slumdog Millionaire ou un remake comtemporain du Kid de Chaplin, sans Charlot pour adoucir le propos.

Rival Sons : Feral Roots

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L’heure de la reconnaissance a enfin sonné pour les Rival Sons, groupe californien formé de Scott Holiday (guitare), Thomas Flowers (chant), Michael Miley (batterie), et Dave Beste (basse) qui officie depuis 2009 dans un rock à la limite du hard,  avec des variantes blues, country, boogie et americana. Leur sixième album, Feral Roots est une réussite totale,  quelque part  à la croisée de Bad Co et des Black Keys. On l’écoute en boucle depuis sa sortie sans parvenir à s’en lasser.

 

Girl

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Le pitch

Lara (Victor Polster), 15 ans, rêve de devenir danseuse étoile. Avec le soutien de son père, elle se lance à corps perdu dans cette quête d’absolu. Mais ce corps ne se plie pas si facilement à la discipline que lui impose Lara, car celle-ci est née garçon.

Ce qu’on en pense

S’il avait été présenté en compétition officielle, au lieu du Certain Regard (où il a décroché la Caméra d’or et le prix d’interprétation masculine), le premier film de Lukas Dhont aurait certainement obtenu un prix majeur cette année à Cannes. Qui sait même si le jury de Cate Blanchett ne lui aurait pas offert la Palme d’or ? Aucun film n’a autant fait l’unanimité des festivaliers.Tous ont salué sa maîtrise, son intelligence, sa sensibilité, la qualité du sujet et celle de l’interprétation. Le jeune Victor Polster est tout simplement formidable dans un rôle pourtant extraordinairement difficile. Le réalisateur Belge fait, quant-à lui, des débuts fracassants. Son film peut-être vu par tous et tout le monde devrait l’aimer.

Tahar Ben Jelloun : L’Insomnie

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Par MAB

C’est d’abord pour le titre –  L’insomnie  –  qui renvoie à un problème très personnel, que le roman a été extrait de la pile reçue des éditions Gallimard.  C’ est ensuite pour son auteur, Tahar Ben Jelloun, dont on se souvient de la terrible Punition sur les geôles militaires du régime d Hassan II. Bonne pioche car petit  coup de cœur du moment.  Ce nouveau récit, complètement différent des œuvres précédentes, est tout à la fois une farce tragi-comique et une réflexion pleine d’humour et de malice sur la société marocaine contemporaine. Le sujet : Grand insomniaque, un scénariste de Tanger, découvre que, pour enfin bien dormir, il lui faut tuer quelqu’un. Sa mère, en fin de vie, sera sa première victime. Elle agonisait dans la douleur, il lui met un oreiller sur la tête et les nuits suivantes s’endort comme un bébé . Mais cela ne dure pas . Il doit récidiver. Et le voilà qui se transforme en dormeur à gages. Plus sa victime est importante, plus la  vie de celle-ci est inutile , plus il dort… Pour la première fois de sa brillante carrière d’écrivain sérieux, Tahar Ben Jelloun fait rire. Le parcours de cet insomniaque tueur de cancéreux, de crapules et de profiteurs est complètement déjanté .Digne d’un scénario de thriller foutraque. Sauf que, à travers ce personnage et les bras cassés qui l’accompagnent, Ben Jelloun propose une courageuse  réflexion sur le droit à l’euthanasie, sur l’incurie du système de santé de son pays, sur l’écart entre les riches et les pauvres. Il va même plus loin : l amour, le sexe, le couple et la solitude… Tout est dit sur l’hypocrisie du royaume chérifien. Il en plaisante,  mais le constat est amer. Le ton sarcastique. Du coup son roman est tellement plaisant  qu’il occupe n’importe quelle insomnie  !

Stephen Eicher : Hüh !

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Après un septennat de silence discographique, contraint par une brouille juridique avec son ancien label (Barclay), Stephen Eicher publie enfin un nouvel album (chez Polydor). On le retrouve avec plaisir,  entouré de la fanfare balkanique Traktorkestar, qui l’accompagne sur scène ces derniers temps,  pour quatre nouveaux titres d’excellente facture et sept reprises de ses tubes passés (des “Filles de Limmatquai” à “Cendrillon après minuit” en passant par “Pas d’ ami comme toi”, “Combien de temps” et “La chanson bleue“) moulinés à la sauce balkanique. Au début,  ça surprend un peu  tous ces cuivres sur les chansons délicates du troubadour hélvétique. Hüh ! se dit-on en considérant la pochette hommage à Bashung (Fantaisie Militaire). Et puis le charme opère et on a hâte d’écouter ça en live. Pourvu qu’un festival d’été ait la bonne idée d’inviter Stephen et son Okestar !

 

 

DVD : Nos batailles

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Le pitch

Olivier (Romain Duris) se démène au sein de son entreprise pour combattre les injustices. Mais du jour au lendemain quand Laura (Lucie Debay), sa femme, quitte le domicile, il lui faut concilier éducation des enfants, vie de famille et activité professionnelle. Face à ses nouvelles responsabilités, il bataille pour trouver un nouvel équilibre, car Laura ne revient pas.

Ce qu’on en pense

Une femme disparaît.Des dizaines de thrillers commencent ainsi. Plus rarement un film social. C’est le cas de Nos Batailles, deuxième long-métrage de Guillaume Senez, révélé en 2016 avec Keeper. Ici, la soudaine disparition de sa femme, oblige un homme à assumer sa charge de père de famille. Ce qu’il avait largement oublié de faire jusque-là, trop pris par son job. Dans le rôle, Romain Duris, que l’on a plus l’habitude de voir dans des rôles de séducteurs «adulescents», prend une épaisseur qu’on ne lui connaissait pas. Ce n’est pas son premier rôle «mature», mais celui-là fera date. Guillaume Senez a l’art de faire oublier la vedette derrière le personnage. On le voit aussi avec Lætitia Dosch (en sœur baba cool) ou Laure Calamy (en collègue de syndicat  amoureuse) pourtant déjà de nombreuses fois vues dans le même  emploi.Tous sont cent pour cent crédibles devant la caméra du réalisateur Belge, que l’on affilierait à tort à l’univers Dardenne (il se réclame plutôt de Mike Leigh). Cela tient peut-être à la méthode originale que Guillaume Senez a développé depuis Keeper.  Il ne donne à ses acteurs qu’un scénario sans dialogues et les contraint à trouver eux-mêmes sur le plateau les répliques de chaque scène.«Ce n’est pas vraiment de l’improvisation, car les dialogues sont écrits au mot près et il sait exactement ce qu’il veut qu’on dise», raconte Romain Duris qui a «adoré» tourner ainsi pour la première fois.«Cela donne plus de vérité aux scènes et force l’empathie du spectateur pour les personnages», estime le réalisateur. De fait, l’histoire n’est pas très originale et comme le scénario ne force ni le suspens, ni la dramaturgie,  on pourrait vite se désintéresser du sort minuscule d’Olivier et de sa petite famille.Or, ce n’est pas le cas. On ne s’ennuie jamais et on est à fond avec eux… Dans la bataille!

Interview : Jacques Audiard

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C’est devenu une sorte de blague dans le métier. Lorsqu’on demande à un(e) acteur/trice étranger(e) avec quel réalisateur français il/elle aimerait tourner, la réponse est généralement: «À part Jacques Audiard?». C’est dire le prestige dont jouit, urbi et orbi, le plus «titré» de nos cinéastes, titulaire, à 66 ans, de neuf César et d’une Palme d’or. Est-ce parce qu’il ne lui restait plus rien à gagner en France qu’il a réalisé son premier film «américain»? Le réalisateur d’Un Prophète et de De Rouille et d’os s’en défendait à Deauville , où il a reçu le Prix du 42e anniversaire avant de se voir attribuer  le Lion d’Argent de la Mise en scène à Venise pour  Les Frères Sister. Faute de nomination aux Oscars, Jacques Audiard sera l’un des favoris des César… 

Est-ce un désir d’Amérique qui vous a poussé à réaliser un western, ou une envie de western qui vous a fait réaliser un film américain?
Vous auriez aussi pu entrer mon amour des chevaux dans les paramètres! (rires). Mais non: je n’avais envie ni de western, ni de faire un film aux États-Unis. Seulement de tourner avec des acteurs américains.

Et pourquoi cela?
Ils ont une culture du jeu au cinéma qui est différente de la nôtre. Acteur de cinéma, c’est quelque chose de spécial.Je pense qu’ils ont constitué un savoir particulier du jeu cinématographique, de ce que c’est de jouer devant une caméra.Ils ont une conscience plus aiguë d’eux-mêmes et des distances, qui fait que quand ils rentrent dans le cadre, il se passe quelque chose de différent.Ils offrent une sorte d’incarnation immédiate. On ne se pose pas de question, ils se dressent physiquement et occupent l’espace d’une façon différente.Les visages n’apparaissent pas de la même façon, les corps n’ont pas la même taille, les voix la même profondeur…Nous avons des voix de tête et une langue peu accentuée.La leur est plus rythmée, plus musicale… Ensuite, bien sûr, il y a le travail.Ils ne s’arrêtent jamais. Jake Gyllenhaal, par exemple, est allé, sans que je le lui demande, travailler avec un linguiste pour acquérir l’accent d’un jeune diplômé de la côte est des États-Unis au XIXe siècle. Il est revenu avec le script en phonétique pour ne pas faire de faute d’accent. Il ne lui manquait que le costume!

Et les deux autres?
John CReilly est venu me proposer le film avec l’idée de jouer Eli, l’un des frères Sister, ce qui me convenait parfaitement.Le nom de Joaquin Phœnix est arrivé très vite.Je ne sais plus qui, de lui ou de moi, l’a proposé en premier, mais il n’y a pas eu de discussion.

Est-ce réellement pour préserver ses chances aux Oscars que le film n’a pas été présenté à Cannes?
C’est vrai que c’est une décision de la société de production, Anapurna, qui est américaine.Mais je pense plutôt que cela tenait à la date choisie pour la sortie du film.Venise, Deauville et Toronto sont mieux placés dans le calendrier pour coller à une sortie à l’automne.

N’avez-vous pas, malgré tout, des envies de conquête de l’ouest?
Non, je vous l’ai dit: je n’ai pas de rêve américain.Je n’y pense pas, en fait.Si j’avais lu le livre sans que John me propose de l’adapter, je n’y aurai certainement jamais pensé.J’ai une culture du western très lacunaire. Dramatiquement, le western est très linéaire, sans suspense, épique. Dans mon travail, je pense avoir été attiré jusqu’à maintenant par des histoires plus tendues, des scénarios plus «efficaces».

Et surtout plus urbains!
Oui, mais là justement j’avais envie de campagne et de grand air, pour changer un peu! (rires)

Pourquoi ne pas être allé tourner aux États-Unis, dans ce cas?
J’y suis allé en repérage, mais partout où j’allais j’avais l’impression que c’était trop facile, trop évident. Pour Un Prophète j’avais eu la même impression dans les prisons que je visitais. Le réel ne m’aide pas à voir le cinéma.Il m’a semblé qu’il fallait être plus créatif.C’est pour cela que j’ai préféré tourner en Espagne et en Roumanie.

Vous avez gardé le «final cut»?
Je ne comprends même pas qu’on se pose la question!

Vous avez fait le buzz en dénonçant le machisme des festivals. Pourtant vos films sont très virils…
Il y a un malentendu autour de ça. C’est vrai que quand j’arrive dans un festival et que je vois que les dirigeants, les sélectionneurs et les sélectionnés sont tous des hommes, j’ai l’impression d’être encore dans l’ancien monde. Sur mes plateaux, il y a presque plus de femmes que d’hommes.On dit tout le temps que je fais un cinéma viril. Mais Sur mes lèvres ou De Rouille et d’os étaient des histoires de femmes et de femmes fortes. Je trouve que dans mes films les hommes sont plutôt… En dégoulinade! (rires)

 

DVD : L’Amour flou

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Le Pitch

Romane Bohringer et Philippe Rebbot se séparent. Après 10 ans de vie commune, deux enfants et un chien, ils ne s’aiment plus. Enfin… ils ne sont plus amoureux. Mais ils s’aiment quand même. Beaucoup. Trop pour se séparer vraiment ? Bref…C’est flou !  Alors, sous le regard circonspect de leur entourage, ils accouchent ensemble d’un «sépartement »: deux appartements séparés, communiquant par…la chambre de leurs enfants! Peut on se séparer ensemble? Peut-on refaire sa vie, sans la défaire?

Ce qu’on en pense

Entre documentaire sociétal, confessions intimes  et comédie de démariage, L’Amour flou était un projet à risques. D’autant que les protagonistes  en ont entamé le tournage en même temps qu’ils se séparaient et qu’ils ont conduit leur projet immobilier en même temps que leur film… On n’aurait pas donné cher de leur chances de réussite !  Pourtant, c’en est une sur toute la ligne. Le film est léger, drôle, étonnant et donne à réfléchir sur l’amour, le couple, la séparation, les liens familiaux. Romane Bohringer et Philippe Rebbot s’y mettent en scène avec humour et tendresse, sans hésiter à forcer le trait,  pour elle sur ses fantasmes sexuels  et pour lui sur sa relation fusionnelle avec sa chienne. Ce qui nous vaut, entre autres, un cameo épatant de Reda Kateb en conseiller d’éducation canine.  En lice pour le César du meilleur film, c’est ce qui s’appelle réussir son divorce !

Interview : Romain Duris

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Dans Nos Batailles son cinquantième film (déjà !), Romain Duris rompt avec l’image de séducteur “adulescent” qui  a fait son succès depuis L’Auberge Espagnole. Il y incarne un chef d’équipe et délégué syndical qui a sacrifié sa vie de famille à son travail et se prend la réalité en pleine face lorsque sa femme disparaît sans prévenir,  le laissant se débrouiller avec deux enfants en bas âge. Un rôle mature sur fond social qui lui vaut une nouvelle nomination pour le César du meilleur acteur.  En attendant de le découvrir en janvier en Vernon Subutex, dans la série de Canal +  adaptée des romans de Virginie Despentes, il nous parle de son travail, avec ce mélange de naturel et de réserve qui le fait se refermer dès qu’on tente une question trop personnelle…

Comment choisissez-vous vos rôles ?
A l’instinct  !  J’analyse après.  Quel genre de film c’est, qui le réalise… La première réaction est souvent la bonne, mais parfois je m’emballe. Il m’arrive de revoir mon enthousiasme sérieusement à la baisse à la deuxième lecture !  (rires). C’est pour ça que je prends toujours un temps de réflexion avant de signer…

Qu’est-ce qui vous a poussé à accepter ce rôle-là  ?
J’avais vu  Keeper, le premier film de Guillaume Senez et je l’avais beaucoup aimé. Le scénario m’a fait un peu penser à  Kramer contre Kramer qui est un de mes films préférés. Et puis il y avait  l’aspect social, le travail en usine, la boulot syndical. Toutes choses que je n’ai jamais connu puisque j’ai eu la chance de pouvoir faire ce métier très jeune… On a tourné dans une vraie usine. Les rapports sociaux y sont très différents de ceux qu’on montre dans le film mais j’ai trouvé ça passionnant. C’est une des raisons pour lesquelles j’adore ce métier: pouvoir découvrir des univers très éloignés du sien…

Le fait de tourner sans dialogues ne vous faisait pas peur ?

Au contraire ! Ça m’excitait beaucoup, je n’avais encore jamais fait ça. Guillaume a une méthode de tournage très particulière :  il fournit un scénario d’une trentaine de pages, sans dialogues, juste avec les situations. Et puis sur le tournage, il nous mène doucement vers où il veut aller. Ce n’est pas tout à fait de l’improvisation, puisque tous les dialogues sont écrits et qu’on est dirigés. Ce ne sont pas des répétitions non plus puisqu’il filme tout et peut  retenir la première prise comme la dernière. C’est juste une manière de vous faire jouer la scène avec vos propres mots pour que ça sonne plus juste. Ça vous oblige à vous concentrer encore plus sur le personnage, la scène et les émotions qui s’en dégagent. J’ai adoré ça ! Les autres aussi , je crois…

Le film risque de marquer un tournant dans votre carrière. Le passage à des rôles plus matures…

On a toujours l’impression d’avoir 20 ans, mais le temps passe. Professionnellement parlant, ça ne me dérange pas, au contraire.   L’âge ajoute du vécu, de l’épaisseur chez un acteur.  J’ai toujours aimé les personnages de la cinquantaine, avec le costume mais toujours la même folie intérieure. Les hommes politiques sont les champions pour cela. J’ai confiance en l’avenir parce qu’à mon âge le répertoire s’élargit, on peut jouer plus de choses. Après, est-ce que les bons rôles continueront d’arriver jusqu’à moi ? Je ne sais pas. Mais ils existent en tout cas…

Il faut dire que jusqu’ici vous avez été plutôt gâté…

Oui, c’est sûr. J’ai la chance d’avoir du travail, de faire deux trois films par an, alors que beaucoup de mes amis rament. Mais on fait un métier très instable. Depuis le début, je me dis toujours que ça peut s’arrêter demain. Je vis toujours avec cette notion-là.

Qu’auriez-vous fait si cela n’avait pas marché pour vous ? 

Probablement de la BD ou des illustrations de livres pour enfants. C’est ce à quoi je me préparais en tout cas. Je trouvais que c’était un domaine où on pouvait garder sa liberté. Je suis arrivé au cinéma un peu par hasard. J’en ai d’ailleurs toujours  un sentiment d’imposture. Alors , je garde le  dessin en plan B. Si demain ça ne marche plus pour moi au cinéma, je ne serai pas sans rien faire. Même si c’est compliqué de gagner sa vie avec le dessin…

Vous dessinez tous les jours ? 

Pratiquement oui. J’aimerais bien faire une bande dessinée, mais c’est beaucoup de boulot.

Que faites vous d’autre de votre temps libre ? 

Je vais au cinéma ! Quand je suis immergé dans un tournage, je n’arrive pas à voir d’autres films. Mais dès que j’ai fini, je rattrape… Souvent avec du retard. Je viens juste de voir  Three Billboards et Moi, Tonya,  que j’ai beaucoup aimés. Mais  j’évite les festivals et les autres raouts  du métier parce que ça peut vite me saouler. Quand je ne tourne pas,  j’ai besoin de revenir à la vie concrète.

Votre célébrité ne vous en empêche pas? 
Non, je n’ai pas de problème avec ça. C’est une question d’attitude: si vous sortez avec l’air important en toisant les autres vous avez toutes les chances qu’on vous arrête pour vous demander un autographe ou un selfie. Je les fais volontiers quand on me le demande, mais si je peux éviter en dehors des obligations promotionnelles, c’est aussi bien. Pour ça,  il suffit généralement de mettre un jean , un blouson et une casquette et de tracer droit devant. C’est rare qu’on fasse attention à vous, si vous ne le recherchez pas.

 

 

La Goûteuse d’Hitler

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Par M.A.B

En 2014, peu avant de mourir , Margot Woelk ,une vieille allemande, révèle ce qu’elle avait choisi de taire toute sa vie : En 1943, à l’âge de vingt-six ans, elle fut enrôlée avec neuf autres jeunes femmes pour être goûteuse d’Hitler.  La romancière italienne Rosella Postorino n’a pas eu le temps de la rencontrer avant son décés à 93 ans. Mais elle a fait du récit authentique, de la vieille dame, un roman historique sur la survie.  A l’époque, Hitler est terré dans la Tanière  du Loup, son quartier général de Prusse orientale, redoutant autant l’avancée des Russes que la trahison de siens. Auprès de lui, tout près des  cuisines, dix femmes encadrées par les SS et rémunérées 300 marks, goûtent chacun de ses plats, la faim et la peur au ventre. Rosa, le personnage inspiré de Margot Woelk, s’exécute comme les autres « S’il y a une chose que vous appreniez dans l’Allemagne nazie c’est que l’on ne discute pas avec les SS » dira-t-elle. Elle a conscience de risquer sa vie à chaque bouchée mais se satisfait quand même de « goûter une nourriture tout simplement extraordinaire »  alors que l’Allemagne entière vit dans le rationnement. Entre la terreur du poison et les larmes de joie de la survie, ce rôle durera deux ans, sans que jamais Rosa ne rencontre le Führer. Or  le roman de Rosella Postorino va plus loin. Il revisite les relations des goûteuses entre-elles. La façon dont elles étaient malmenées par les SS. Il inscrit leurs histoires intimes dans la grande histoire. Notamment l’attentat raté du 20 juillet 44 . L’avancée des Russes et le train de Goebbels qui permit à Rosa de s’échapper de la Prusse et de retrouver sa ville de Berlin. Le récit traduit de l’italien est écrit très simplement. Parfois un peu trop délayé. Mais il éclaire une fois encore sur la personnalité d’Hitler et sur les conditions de vie au cœur du pouvoir nazi.

DVD : Thunder Road

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Le pitch

Jimmy Arnaud (Jim Cummings), un brave policier texan,  essaie tant bien que mal de résister à la pression de son boulot et de son divorce,  pour conserver la garde alternée de sa fille (Kendal Farr). Mais quand sa mère décède, les digues lâchent les unes après les autres…

Ce qu’on en pense

Retenez ce nom : Jim Cummings. Sorti de nulle part, cet acteur américain spécialisé dans les doublages de films d’animation,  signe la  tragicomédie la plus réussie de l’année. Dans la veine des comédies dépressives de Paul Thomas Anderson (Punch Drunk Love) ou  David O Russel (Happiness Therapy), avec un zeste de Coen Brothers, Thunder Road étonne,  déconcerte et emballe de la première à la dernière scène. On ne sait jamais s’il faut rire ou pleurer aux mésaventures du malheureux Jimmy (Jim Cummings himself) symbole d’une Amérique totalement déboussolée. Le titre est emprunté à la chanson de Bruce Springsteen que le héros voudrait jouer à l’enterrement de sa mère,  sans y parvenir. On ne l’entendra jamais, même au générique : un quartet à cordes joue “Skinny Love” de Bon Iver à la place !  Cela donne une petite  idée de l’originalité du ton et du propos. Acclamé à Cannes, où il était présenté dans la sélection de l’ACID, Thunder Road a décroché un Grand Prix mérité à Deauville.

 

 

BD : Moi, fou

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Par MAB

Le premier , Antonio Altarriba, universitaire, romancier et scénariste a été découvert en France grâce à « L’art de voler » dans lequel  il racontait à travers le parcours déchirant de son père, un siècle d’histoire espagnole. Salué par la critique, cet ouvrage dessiné par Kim, fut suivi d’un deuxième tome en 2016, intitulé « L’aile brisée ». Le second, Keko  est un artiste madrilène qui fit ses premiers dessins dans « Métal Hurlant ». Spécialisé dans le clair- obscur, il se réclame de Will Eisner pour la noirceur et l’efficacité.  « Moi fou » est le deuxième volet d’un triptyque intitulé « La trilogie du moi » et commencé en 2015 avec « Moi assassin ». Il sera suivi des l’an prochain par « Moi menteur ».  Comme celui de « Moi Assassin » le héros  de « Moi fou » est basé à Vitoria, la cité d’Altarriba. Docteur en psychologie, il travaille pour l’Observatoire des troubles mentaux, centre de recherche affilié aux laboratoires Pfizin de Houston, qui lui suit avec avidité  l’évolution des maladies mentales afin de tester de nouvelles molécules sur des cobayes humains et augmenter le marché du médicament… « Moi Fou » entraine le lecteur dans un vertige angoissant. Car au-delà de la réflexion politique sur le cynisme contemporain, le récit verse rapidement dans le thriller paranoïaque. Une lecture haletante dont on ne sort pas indemne. D’autant que le dessin de Keko, même parsemé d’éclats jaunes, est implacablement noir.

M: Lettre infinie

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Occupé à d’autres projets (tournée en famille, Lamomali…), Matthieu Chedid n’avait plus enregistré sous le nom de M  depuis sept ans et l’album Il. Le retour de son avatar préféré était donc très attendu et il ne décevra pas ses fans avec cette Lettre infinie , qui voyage plaisamment entre rock, funk, disco et ballades au piano. les textes sont plus intimes et personnels que sur les 5 précédents, ce qui ne déplaira pas non plus aux fans,  et  Matthieu embarque sa fille Billie (16 ans) dans l’aventure,  selon la tradition familiale. Sur scène,  les titres les plus enlevés (Superchérie, L’Alchimiste, Si près si…) feront la balle. M est attendu en mars sur la Côte (Toulon et Nice), en solo comme à ses débuts, entouré de machines et d’automates. Il nous tarde de voir ça.

DVD : Jusqu’à la garde

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Le pitch

Le couple Besson divorce. Pour protéger son fils d’un père (Denis Ménochet) qu’elle accuse de violences, Miriam (Léa Drucker) en demande la garde exclusive. La juge en charge du dossier accorde une garde partagée au père qu’elle estime fiable. Pris en otage entre ses parents, Julien (Thomas Gioria) doit se soumettre aux visites hebdomadaires chez son père.La peur au ventre…

Ce qu’on en pense
Ce pourrait être un drame familial comme le cinéma français et la télévision nous en dispensent avec largesse : atone, mal dialogué et dégoulinant de pathos. C’est tout le contraire. Un film sec comme un coup de trique, sans la moindre once de gras, qui vous prend à la gorge dès la première scène et ne vous lâche plus jusqu’à la fin. Un drame qui ose les codes du thriller, sans jamais verser dans le spectaculaire. Tout est dans les regards, les non dits, la peur qui suinte de tous les pores. Il a pourtant un regard si doux et semble si aimant ce père au physique de bon nounours, génialement campé par Denis Menochet. Et la réserve de la mère (Lea Drucker, bouleversante) que cache-t-elle: la peur ou la manipulation? Cet enfant (Thomas Gioria, hallucinant de justesse) que craint-il de parents si visiblement aimants? Jusqu’au final, digne de Shining, ces questions restent en suspens. Le rideau tombe comme un couperet et , dans le noir , on peine à reprendre ses esprits. Quelle mise en scène ! Quels acteurs ! Quel film ! Le réalisateur s’appelle Xavier Legrand. C’est son premier long, mais il porte déjà bien son nom.