Ça vient de sortir

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Interview : Dany Brillant

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«On a pris un peu du King et on a rajouté du swing/La guitare de BB King sur la voix de Dean Martin/Bill Haley et ses Comets chantent avec Tony Benett». Pas besoin de se décarcasser pour présenter le nouvel album de Dany Brillant: tout est dit dans la chanson titre, «Rock and Swing». Du rock, du swing, une pochette rétro kitsch et emballez c’est pesé! Après des années de ventes en demi-teinte, le crooner de ces dames décroche à nouveau la timbale, comme au bon vieux temps de «Suzette» et de «Saint-Germain».Un retour en grâce dont on a parlé avec l’intéressé à l’occasion de son concert au Cannet La Palestre samedi 12 janvier.

Cet album, c’est un peu un retour aux sources, non?
Clairement, oui. C’est avec le swing que je me suis fait connaître.Après, j’ai mis ça de côté pour aller vers la salsa et la chanson italienne. J’ai fait des albums un peu bizarres (rires). J’avais l’impression de m’être un peu perdu.Commercialement, je me suis pris une droite.Le public n’a pas suivi.Donc, pour cet album, je suis revenu à mes fondamentaux et je m’aperçois que c’est là que je suis le mieux.

Comment expliquez-vous le succès immédiat qu’il a rencontré?
C’est une musique pour les temps de crise.Le swing, c’est ce qu’on dansait pendant la grande dépression et la guerre.Après les attentats de Paris et de Nice, je me suis demandé qu’est-ce qui pouvait redonner un peu de joie et d’espoir à ce pays et je me suis rappelé que la musique qui donne ça, c’est le swing.

Comment avez-vous travaillé ces chansons qui sonnent comme des classiques?
Comme j’avais déjà fait un disque de swing il y a 25 ans, je ne voulais pas faire la même chose.Je cherchais un concept et j’ai eu l’idée d’essayer de mélanger le rock et le swing.J’ai commencé les chansons à Paris, mais pour les enregistrer je voulais avoir ce son de guitares électriques très spécifique des années 50 et les cœurs gospel qui vont avec. Comme je n’étais encore jamais allé en pèlerinage à Memphis, ni à Nashville, c’était le moment ou jamais.C’est vraiment la source de cette musique.C’est là qu’Elvis a osé mélanger la musique blanche et la musique noire. Il y flotte encore le parfum des années 50 et du rock’n’roll.

Johnny et Eddy Mitchell s’y sont aussi ressourcés…
Oui, j’ai beaucoup pensé à eux.Surtout à Johnny, qui est l’équivalent d’Elvis pour les Français. C’est lui qui a imposé le rock dans notre pays.Ses obsèques, c’était un truc de fou.J’avais les larmes aux yeux, j’étais réellement bouleversé. Johnny, c’est plus que des chansons: c’est notre mémoire.Et comme il n’a jamais rien fait comme personne, il fait encore parler de lui après sa mort…

Les chansons plus lentes pourraient être des reprises d’Aznavour ou d’Alain Barrière…
C’est ma culture musicale. Plus jeune, je n’écoutais que ça. J’ai passé des années dans les cabarets de Saint-Germain, ça a bercé mon adolescence.On entend forcément mes influences dans mes chansons.On est des passeurs.Cette musique n’existe presque plus, on ne l’entend plus à la radio. Il faut la défendre pour ne pas qu’elle disparaisse complètement. Comme j’en suis un peu l’héritier, j’ai décidé de la défendre. A fond dans le vintage!

A quoi ressemblent les concerts?
La tournée sera 50 % rock 50 % swing, avec des cuivres et de la guitare électrique. Je vais mélanger ces deux styles sur scène, car le mélange est détonnant. J’ai des musiciens qui jouent dans l’esprit des années 50.On sera une dizaine sur scène dans les grandes salles et en formation plus réduite dans les petites. Avec un décor très technicolor, comme dans une comédie musicale.J’en ai d’ailleurs écrit une que j’aimerais bien monter un jour, en prolongement de l’album et de la tournée. En attendant, je me réjouis de venir jouer l’album sur la Côte. Regis Ceccarelli, qui l’a réalisé est Niçois et j’aime beaucoup cette ville. Ce serait formidable de jouer l’été prochain au Nice Jazz Festival. Nice, c’est un peu la patrie française du swing !

Houellebecq : Sérotonine

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Par MAB

« Il faut simplifier sinon on n’arrive à rien » ce n’est pas moi qui le dit, c’est Michel ou plutôt Florent-Claude, son double. Alors simplifions. Listons les tops et les flops de ce énième événement Houellebecq. Ok pour l’écriture fluide. Nette. Tranchée. Une langue orale qui suit une pensée sans cesse en alerte. Ok pour  les mots justes qui traduisent ce que le regard fulgurant saisit partout et tout le temps. Bien drôles, en effet, les comparaisons et connivences.  En même temps, Houellebecq  n’est pas Celine.  Aujourd’hui, cette langue crue qu’il a inauguré avec  Extension du domaine de la lutte  est devenue familière. Elle ne lui  appartient plus, reprise souvent par blogueurs et humoristes. Ok pour la sociologie du quotidien. La précision des lieux, des êtres, des faits et des gestes. Le réel à livre ouvert. Et cette sensibilité ultra connectée. Houellebecq respirera toujours l’air du temps. Il est partout, sait tout de nous, a tout compris. Il juge avec verve  et justesse la médiocrité et la moutonnerie de l’homme social contemporain, la casse économique. Le mépris rejoint la désolation. En même temps, il ne cesse d’utiliser, référencer et évaluer cette société de consommation qu’il dénonce. Ayant une fascination-répulsion pour l’argent, le succès, la notoriété  et les marques jusqu’à en faire un livre… à énorme succès ! Ok, enfin, pour les analyses psychologiques souvent lumineuses sur les relations de l’homme et de la femme  ( elles sont différentes ) à la vie, l’amour, la mort. Le personnage – pas Michel puisque « Sérotonine » est un roman – est un romantique. L’amour pour lui est le seul moyen de transformer notre existence terrestre en moments supportables. Dans ce registre,  certaines pages (notamment celles consacrées aux parents du narrateur)  sont sublimes. En même temps, la misogynie n’est jamais bien loin. L’érotomanie non plus. Avant le sublime de la deuxième partie, il faut subir le grotesque de pages  pornographiques bien trash. Bref,  autant avouer que cette fois, sans l’effet de surprise des premiers ouvrages, on n’a pas été bluffée par  Sérotonine  En même temps , comme il est aussi bien ficelé que les précédents , on l’a lu jusqu’au bout avec persévérance  !

David Bowie : Glastonbury 2000

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On se méfie toujours un peu des lives posthumes,  dont le seul intérêt est souvent d’engraisser les ayants droits de l’artiste disparu . A tel point qu’on a mis longtemps à écouter ce concert de David Bowie enregistré en 2000  au festival de Glastonbury.  Bowie en était la tête d’affiche et si l’on en croit les organisateurs du festival (qui a pourtant vu défiler le gratin du rock et de la pop anglaise) ce fut “le meilleur concert jamais donné au festival… et peut-être le meilleur concert de tous les festivals“. A l’écoute,  force est de reconnaître que tout y est : Bowie a rarement mieux chanté en live,  le groupe est d’une incroyable musicalité, le son est parfait  et le répertoire balaie toute la carrière du Thin White Duke, de “The Man Who Sold The World” à “I’m Afraid of Americans“. En grande forme (il n’était pas encore malade) et très en cheveux sur les images du concert, le chanteur est d’une classe absolue et balaie effectivement toute concurrence. Le coffret 2CD/1 DVD est rigoureusement indispensable à tout amateur de Bowie et de rock qui se respecte. Quelle claque ! 

DVD : Whitney

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Le pitch

Elle a vendu 200 millions d’albums et détient le record du plus grand nombre de numéros 1 consécutifs. Sa chanson «I Will Always Love You» est le single le plus vendu par une chanteuse. Elle est morte seule, noyée dans sa salle de bains en 2012. Elle avait 48 ans et s’appelait Whitney Houston

Ce qu’on en pense

Pour le grand public des années 80, qui écoutait ses chansons sur les ondes FM, elle reste sans doute cette jolie poupée noire à la voix d’or et au succès planétaire, qui embrassait Kevin Costner dans Bodyguard et faisait mine de s’offusquer des propositions salaces de Serge Gainsbourg sur le plateau de Michel Drucker. Sa mort à 48 ans, noyée dans sa salle de bains après absorption massive de barbituriques, surprit presque tout le monde. Derrière l’image de la diva choyée par la vie se cachait une jeune femme à l’enfance difficile, aux addictions multiples, à la maternité mal assumée et à la vie tumultueuse. Dans les deux dernières années de sa vie, sa maison de disques engloutit plusieurs millions de dollars dans l’enregistrement d’un album qui ne vit jamais le jour. L’argent passa tout entier dans sa consommation de drogues et son divorce d’avec le rappeur Chris Brown qu’elle avait épousé pour soigner une street crédibilité défaillante et qui la battait. Après Bob Marley en 2012, l’écossais Kevin McDonald dresse le portrait de la chanteuse dans ce nouveau documentaire passionnant et remarquablement sourcé. Le réalisateur a eu accès aux proches de Whitney et à ceux qui ont accompagné son formidable succès puis sa descente aux enfers. Ils racontent tout: l’enfance violée (par sa tante Dee Dee Warwick, scoop du film), la drogue (dès ses 16 ans), les frasques, la cupidité de son entourage, l’abandon de sa fille (qui se suicidera comme sa mère). Sans voyeurisme, ni sensationnalisme. En insistant sur l’essentiel : ce don vocal magnifique qui en fit, malgré un répertoire axé sur la variété la plus commerciale, l’égale des plus grandes.

BlacKkKlansman

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Le pitch

Dans les années 70,  Ron Stallworth  (John David Washington) , un jeune policier noir du Colorado  réussit à infiltrer la section locale du Ku Klux Klan. Avec l’aide d’un de ses coéquipiers blanc (Adam Driver), il va réussir à éviter un attentat meurtrier…

Ce qu’on en pense

 Spike Lee (Do The Right Thing, Malcom X, Inside Man…) fait son grand «come-back» avec cette comédie policière très réussie, basée sur des faits réèls . Comme à son habitude, le réalisateur afro-américain mêle fiction et documents d’actualité, humour et militantisme, action et réflexion, avec, en plus cette fois, un bel hommage aux films de blacksploitation des années 70. Un mix improbable entre le Tarantino de Jackie Brown et les films de Michael Moore (Fahrenheit 9/11, Where To Invade Next…), avec, en final, des images impressionnantes des affrontements de Charlottesville en 2017, où une jeune femme avait trouvé la mort lors des manifestations contre un meeting des suprémacistes héritiers du KKK.  Mais le contenu militant ne nuit jamais à la qualité de la réalisation , ni au rythme de la comédie policière. Adam Driver et John David Washington forment un duo de Buddy Movie épatant, bien épaulés par le reste du casting (au sein duquel on est heureux de retrouver Harry Belafonte). La B.O est particulièrement jouissive, avec une scène de pure comédie musicale. Couronné d’un Grand Prix à Cannes, BlacKkKlansman est, sans conteste,  l’un des meilleurs films de  Spike Lee.

Guy

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Le Pitch

Gauthier (Tom Dingler), un jeune journaliste, apprend par sa mère qu’il serait le fils illégitime de Guy Jamet (Alex Lutz), un artiste de variété française ayant eu son heure de gloire entre les années 60 et 90. Celui-ci est justement en train de sortir un album de reprises et de faire une tournée. Gauthier décide de le suivre, caméra au poing, dans sa vie quotidienne et ses concerts de province, pour en faire un portrait documentaire…

Ce qu’on en pense 

Ni ses précédentes prestations à l’écran, ni son premier film comme réalisateur (Le talent de mes amis), sympathique sans plus, ne laissait espérer une telle réussite. A Cannes, où le film a fait la clôture de la Semaine de la critique, Guy a fait sensation. L’engouement critique pour cette comédie dramatique  sensible était justifié. Alex Lutz y réussit aussi bien devant la caméra que derrière. Comme acteur,  il parvient à rendre parfaitement crédible son personnage,  malgré les postiches et le maquillage. La performance, casse-gueule s’il en est,  mérite d’être saluée. Comme réalisateur, Lutz s’en sort aussi avec les honneurs. L’idée de tourner une grande partie du film en caméra subjective, à la manière d’un reportage est totalement payante. Si on tombait par hasard sur les scènes d’interview à la télé, on y croirait et on se demanderait qui est ce vieux chanteur, concurrent malheureux de Claude François, dont on n’avait jamais entendu parler ?  Ajoutons au crédit de l’humoriste télévisuel un vrai talent d’écriture, qui va au delà des dialogues (succulents):  Guy nous cueille aussi dans l’émotion. Avalanche de nominations en vue pour les César.

Shéhérazade

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Le pitch   

Zachary (Dylan Robert), 17 ans, sort de prison. Rejeté par sa mère, il traîne dans les quartiers populaires de Marseille. C’est là qu’il rencontre Shéhérazade (Kenza Fortas)

Ce qu’on en pense

Grand vainqueur du Festival d’Angoulême (3 prix), Shéhérazade est le premier long métrage de fiction du documentariste Marseillais Jean-Bernard Marlin. Malgré son titre,  ce n’est pas un conte des mille et une nuits. Loin de là ! Il y a du Kéchiche dans ce cinéma cru et réaliste qui remue et bouleverse. Avec un casting constitué entièrement de comédiens non professionnels, JB Marlin fait jaillir la romance du décor glauque  de la gare Saint-Charles ou du Boulevard Sakakini, hauts lieux  du proxénétisme marseillais. Porté par deux jeunes acteurs épatants,  Dylan Robert et Kenza Fortas,  un des films français les plus marquants de l’année.

DVD : Le Monde est à toi

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Le Pitch

François (Karim Leklou), petit dealer, a un rêve : devenir le distributeur officiel de Mr Freeze au Maghreb. Son projet vole en éclat quand il apprend que Dany (Isabelle Adjani), sa mère, a dépensé toutes ses économies. Poutine (Sofian Khammes), le caïd lunatique de la cité propose à François un plan en Espagne pour se refaire. Lamya,  son amour de jeunesse (Oulaya Amamra), Henri (Vincent Cassel) un ancien beau-père à la ramasse tout juste sorti de prison et  deux jeunes complotistes, (Mounir Amamra et Mahamadou Sengare)  s’en mêlent. Rien ne va se passer comme prévu…

Ce qu’on en pense

Pour son premier film de gangsters, Romain  Costa Gavras (Notre jour viendra, Across The Universe)  lorgne du côté de Guy Ritchie et Quentin Tarantino, avec une certaine réussite. Karim Leklou est très bon en apprenti entrepreneur  de cité, tandis que  François Damiens, Isabelle Adjani et Vincent Cassel font des apparitions réjouissantes. Une comédie stylée qui impose le fils de Costa Gavras comme un des jeunes réalisateurs français à suivre.

 

Interview: JL Murat

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Au bout du fil, la voix est toujours traînante et légèrement embrumée.Mais on le sent rempli d’une énergie nouvelle. Après quelques albums peu aimables, Jean-Louis Murat vient de publier l’un de ses plus beaux disques. Avec Il Francese, le chanteur Auvergnat fait la somme de ses expérimentations sonores, de ses talents mélodiques, de sa verve poétique et de son instinct voyageur.Il y convoque les fantômes d’un aïeul fantasmé, Joachim Murat, maréchal d’empire sacré Roi de Naples (que ses sujets surnommaient «Il francese») et celui de Silvana Mangano dont la voix illumine la chanson qui porte son prénom. On retrouve avec bonheur le chanteur à la plume élégante des années fastes. Il y a 30 ans, ce disque-là aurait ravi ses nombreux fans et ce serait vendu par palettes entières. Aujourd’hui, il se noiera probablement dans le torrent de nouveautés des nouveaux robinets à musique que sont les plateformes de streaming. Mais Murat n’en a cure: «Je ne m’attends pas à des miracles de toute façon» assure-t-il, en se réjouissant de repartir en tournée jouer ses chansons «à l’ancienne». Comme le baladin qu’à 66 ans il continue d’être…

Alors que nombre de chanteurs s’interrogent sur la nécessité de faire des disques qui ne se vendront pas, vous continuez à produire un disque par an. Pourquoi?
Vaille que vaille, j’essaie de ne pas me laisser décourager. C’est ma façon à moi de résister à la crise du disque.C’est trop tard de toute façon pour se poser des questions. Dans les années 90, on était dirigés par des imbéciles qui n’ont pas vu venir le danger de la numérisation. Aujourd’hui les artistes doivent faire avec. Si on tire un trait sur toute ambition parce que les conditions sont défavorables, on va pas aller loin…

Après les expérimentations sonores de Travaux sur la N89, on retrouve un Murat plus classique sur Il Francese
J’écris mes chansons toujours de la même manière, à l’ancienne , en piano- voix.Après, on rajoute des couches electro plus ou moins importantes avec Denis Clavaizolle. Il se trouve juste que j’avais des chansons plus structurées cette fois.Mais on a quand même énormément bossé dessus. Faire joujou avec les ordis, on croit que c’est plus rapide mais c’est juste l’inverse: on y passe un temps fou. Mais pour la tournée, on efface tout: ce sera à l’ancienne, en trio, avec des instruments de musique et aucune machine.

Pourquoi ce titre et ces références italiennes?
Elles ne sont pas nouvelles.Je m’en suis beaucoup servi déjà.J’aime bien jouer avec l’homonymie de Joachim Murat, le roi de Naples que ses sujets appelaient «Il Francese».Mais surtout, j’adore cette ville.Je voudrais y habiter.Et Silvana Mangano, sa voix me bouleverse tout simplement…

Dans «Achtung», la première chanson, vous parlez de la Bête et des boucheries qui pourraient rouvrir. Ce n’est pas de l’anti-germanisme primaire ? 

Je trouvais que c’était une bonne entrée en matière (rires). Les temps sont instables et il y a déjà des boucheries ouvertes ici et là.Mais non, ce n’est pas un commentaire politique anti-allemand. Ni pro U2 d’ailleurs! (Achtung Baby est le titre d’un album de U2. N.D.L.R)

Que vient faire Marguerite de Valois dans la chanson qui porte son nom?
C’est la reine des Auvergnats. Elle n’est pas née dans la région, mais y a habité assez longtemps pour qu’on l’ait adoptée.J’ai souvent parlé de la reine Margot dans mes chansons.Ici, dans la campagne, tout le monde aime bien la reine Margot.

La mort aussi semble s’être invitée dans l’album.Vous y faites souvent référence, pourquoi?
J’ai perdu un ami très proche, Christophe Pi, pendant l’enregistrement. On faisait de la musique ensemble depuis 30 ans, C’était un excellent musicien et l’album lui est dédié.L’ombre de la mort a plané sur l’enregistrement, il est empreint de son souvenir.

«Je me souviens», c’est une référence à Peirec?
Ah non, pas du tout alors! Heureusement qu’on peut encore se souvenir sans passer par lui. D’ailleurs , on ne se souvient pas des mêmes choses. Il était plus citadin que moi. Il y a des trucs dans le bouquin, je ne comprends même pas qu’on puisse s’en souvenir…

Ah ça y est, on attaque les vacheries?
Je ne me lève pas le matin en me disant je vais dire du mal de tel ou tel, mais je préfère les fights à ce silence de monastère où personne ne veut dire du mal de personne alors que tout le monde se déteste dans ce milieu à la con. Là, il y a Manset qui sort son disque en même temps que moi.Et ben, il fait des disques tellement nuls depuis tellement longtemps que je n’ai pas envie de me retrouver dans le même panier à la caisse du supermarché, Voilà, c’est dit! Ce n’est pas méchant, c’est un constat. Il est là depuis 68, il pourrait dégager quand même…

On pourrait dire la même chose de vous, non?
Oui, mais moi je n’ai pas l’impression de rabâcher. Il faut prendre des risques de temps en temps.Pas toujours jouer sur son petit fonds de commerce…

Il y a des gens dont vous pourriez dire du bien, pour changer un peu?
Oui, Rachid Taha tiens.Ca, c’est une vraie perte! Sinon, n’importe quel disque de blues des années 30-40 enregistré avec un micro me paraît toujours infiniment supérieur à ce qui sort aujourd’hui. Je ne suis pas certain qu’il y ait du progrès en art, mais en ce qui concerne la musique populaire, je suis tout à fait sûr du contraire!

Bruce Springsteen : On Broadway

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En attendant l’album de nouvelles chansons annoncé pour 2019 (enfin !), Bruce Springsteen publie la BO de sa résidence au Walter Kerr Theatre de New York (Broadway),   où il aura passé toute l’année 2018 à raconter sa vie en jouant ses plus célèbres chansons, à la guitare ou au piano. Une sorte de version live de son autobiographie parue en 2017  (Born to Run chez Albin Michel) en  double CD.  Malgré toute l’admiration qu’on a pour Springsteen, force est de prévenir que la chose est à réserver aux fans purs et durs… et surtout,  parfaitement bilingues ! Vue la longueur des discours du Boss qui introduisent les chansons,  l’écoute est plutôt ennuyeuse. La différence de volume sonore entre les parties parlées et chantées oblige à ajuster le son sans arrêt  et,  sans l’image, difficile de se passionner pour ces versions acoustiques de chansons archi-connues. Bref, on conseillera d’économiser ses précieux euros pour s’offrir l’abonnement à Netflix qui permettra de regarder le film du concert avec les sous titres. En attendant le DVD,  qui finira forcément par sortir un jour...

 

 

DVD: The Guilty

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Le pitch

Une femme, victime d’un kidnapping, contacte les urgences de la police. La ligne est coupée brutalement. Pour la retrouver, le policier (Jakob Cedergren) qui a reçu l’appel ne peut compter que sur son intuition, son imagination et son téléphone

Ce qu’on en pense 

Sur le papier, il pourrait s’agir d’un simple film concept, minimaliste qui tente de créer le buzz par son huis clos et sa course contre la montre, filmée uniquement du point de vue de l’enquêteur, cloitré dans un centre d’appel d’urgence… A ceci près que Gustav Möller, qui s’appuie sur le jeu impeccable de Jakob Cedergren, distille parfaitement les informations et fait monter la pression avec maestria jusqu’à rendre l’atmosphère anxiogène. Le souffle coupé, le spectateur apprend donc les évènements par la voix en off des interlocuteurs, plutôt que de voir les actions… Une idée forte, troublante, avec un jeu sonore minutieux qui donne une gravité palpable à chaque sonnerie. Le découpage, les nombreux rebondissements préparés avec soin et le petit couplet sur la culpabilité (annoncé via le titre) enfoncent le clou le temps d’un thriller sous haute tension….

Under The Silver Lake

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Le pitch

À Los Angeles, Sam (Andrew Garfield), 33 ans, sans emploi, rêve de célébrité. Lorsque Sarah (Riley Keough) , une jeune et énigmatique voisine, se volatilise brusquement, Sam se lance à sa recherche et entreprend alors une enquête obsessionnelle surréaliste à travers la ville. Elle le fera plonger jusque dans les profondeurs les plus ténébreuses de la Cité des Anges, où il devra élucider disparitions et meurtres mystérieux sur fond de scandales et de conspirations…

Ce qu’on en pense

Après It Follows, vrai-faux film d’horreur jubilatoire, Robert David Mitchell  signe avec Under The Silver Lake une ode déambulatoire à Los Angeles, au cinéma hollywoodien et à la pop culture, si chargée de références qu’elle a fini par nous tomber des yeux à Cannes, où le film était en compétition. Pourtant, un film qui réussit à évoquer successivement Le Privé d’Altman, Mulholland Drive de David Lynch, Chinatown de Roman Polanski, Kaboom de Gregg Araki , tout Hitchcock et Map to the Stars de David Cronenberg (en même temps que des séries TV comme Californication ou Big Bang Theory) ne peut à priori que susciter l’intérêt. Mais suivre, plus de deux heures durant, l’enquête somnambulique du héros (l’ex-Spiderman Andrew Garfield en reconversion auteuriste), d’un bout à l’autre de Los Angeles pour retrouver sa jolie voisine disparue, nécessite des réserves d’attention et de patience dont on avoue s’être trouvé  fort dépourvu à trois jours du palmarès. Il faudra voir le film une deuxième fois à tête reposée,  pour décider si Under The Silver Lake n’est qu’un habile collage de scènes référentielles ou le dernier film culte sur Los Angeles ?

 

 

 

Interview: Dick Rivers

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Pour fêter ses 55 ans de carrière, Dick Rivers a compilé son «best of» sur un triple CD et a repris la route des concerts pour une tournée “rock’n’roll à donf'”. Elle passera par le théâtre  Lino Ventura  à Nice samedi  15 décembre. L’occasion de jeter avec  un coup d’œil dans le rétro avec le rocker qui n’a jamais oublié ses origines niçoises, ni caché son attachement à la Côte d’Azur…

En 1961, vous avez 15 ans, vous habitez Nice et vous devenez une idole du rock. Comment cela se pouvait-il ?
Mon premier 45 tours est sorti le jour de mon 15e anniversaire, le 24 avril 1961. Je suis passé directement du vélo à la Cadillac! (rires). Il fallait un certain culot pour se pointer, mais le public n’attendait que ça.

Vos premières chansons sont des reprises de rocks américains. Comment connaissiez-vous cette musique qui ne passait nulle part à l’époque?
La marine américaine était encore stationnée à Villefranche et les matelots amenaient tout de chez eux: leur bouffe, leur musique, leur civilisation. Pendant leurs permissions, certains jouaient au Vieux Colombier à Juan les Pins dans un groupe qui s’appelait Rocky Roberts & the Airdales. Ils avaient beaucoup d ‘avance, musicalement. Le mec le plus rock à l’époque en France c’était Gilbert Bécaud…

On est étonné de la qualité du son et de la musique sur vos premiers 45 tours. Ça sonnait presque aussi bien que les originaux…
En France, on ne connaissait rien au rock mais on avait de très bons studios d’enregistrement. Comme on était passionnés, on copiait nos maîtres avec tout notre cœur. J’ai appris l’anglais avec les marins américains et mes copains, qui allaient devenir les Chats Sauvages, ont appris à jouer en écoutant les disques et RTL la nuit. Il fallait avoir de l’oreille, mais c’est ça l’amour de la musique.

Entre Johnny, Eddy et vous, ce devait être la course pour dénicher la meilleure reprise avant les autres ?
Oui, mais c’était surtout le boulot des directeurs artistiques. Il y avait un grand décalage entre la sortie aux USA et l’arrivée en France, ça laissait du temps pour faire l’adaptation. La chance qu’on avait, c’est que ceux qui achetaient nos disques ne connaissaient pas les originaux. Et ça a duré jusqu’aux années 70! Quand John Denver a joué la première fois à l’Olympia, tout le monde a cru qu’il reprenait ma chanson («Faire un pont») en anglais!

On ne se souvenait pas de vos reprises des Beatles et des Kinks. Les rockeurs américains n’étaient donc pas vos seuls modèles?
Ils avaient de bonnes chansons, alors on les reprenait, mais je n’avais pas pour eux la même dévotion que pour Elvis. Aujourd’hui,  ils font partie de mes groupes préférés, mais à l’époque c’étaient juste des p’tits mecs comme nous. J’étais plus impressionné par leur son que par leur personnalité.

Il y a aussi cette version étonnante de «C’est extra» de Léo Ferré…
J’avais enregistré cette version pour l’anniversaire de sa mort et elle était restée inédite. Je trouve ça bien de l’avoir mis là. Mon truc c’est le rock, mais j’ai toujours respecté les autres chanteurs. En plus il était de Monaco et moi de Nice, ça nous rapprochait…

On s’aperçoit en regardant les dates de vos succès que vous avez traversé les décennies quasiment sans éclipse…
Oui, j’ai eu la chance d’avoir 3 ou 4 succès par décennie. Ça m’a permis de rester toujours présent. J’ai même fait une double carrière au Canada où d’autres chansons ont mieux marché qu’ici. Au bout du compte, je suis plutôt fier du parcours. Il n’y a pas trop de trucs honteux (rires)

Et vous continuez à chercher LA bonne chanson?
Oui toujours: c’est mon Graal. Je n’ai jamais écrit une chanson de ma vie, je ne suis qu’un vulgaire interprète, un éternel débutant…

Louis Bertignac : Origines

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Victime du syndrome The Voice , Louis Bertignac y va de son album de reprises. Au programme : les chansons qui ont bercé son “adulescence”:  du Bob Dylan , du Who, des Stones, du Rod Stewart, du JJ Cale, du Police,  du George Harrison… en versions françaises !  A ce stade, on craint le pire  : Johnny, Hugues Aufrey et Francis Cabrel (entre autres) se sont déjà prêtés à ce type d’hommages gênants.  Sauf, qu’ avec Bertignac, ça passe. Certes,  les traductions sont souvent limites  (“Coquine” pour “Cocaine“), mais on a l’habitude d’entendre Louis chanter des textes naïfs. Après tout, “Cendrillon“, c’était pas du Rimbaud ni du Leonard Cohen…  Ici, les arrangements sont remarquablement fidèles aux originaux et les parties de guitare sont très chouettes, en rythmique comme en solo. Cela suffit pour qu’on trouve l’exercice au final plutôt sympathique. En concert, ce sera sûrement très sympa.

DVD: Mission Impossible Fallout

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Par Cédric Coppola

Le Pitch 
Accompagné de son équipe de l’IMF – Impossible Mission Force -, Ethan Hunt (Tom Cruise) a pour mission de récupérer une importante cargaison de plutonium dans le but d’empêcher une série d’attentats. Mais l’entreprise échoue et force l’agent secret, accompagné de ses fidèles alliés à se rendre à Paris pour contrecarrer les plans de Solomon Lane (Sean Harris), qui malgré sa précédente arrestation prépare un nouveau plan machiavélique…

Ce qu’on en pense

Ethan Hunt reprend du service et les amateurs de films à grand spectacle ne s’en plaindront pas tant la licence demeure l’étalon en la matière. 22 ans après sa première mission, Tom Cruise tient toujours la baraque et ne se ménage pas, en assurant le maximum de cascades. Il a trouvé en Christopher McQuarrie un collaborateur de choix. Pendant plus de deux heures, le cinéaste ne se contente pas d’être seulement efficace : il trimballe les spectateurs dans un véritable film d’espionnage, avec plusieurs personnages qui jouent double voire triple jeu. Le script est certes moins brillant qu’un certain Usual Suspect, qui l’avait révélé, mais le côté labyrinthique tient en haleine. Ce jeu du chat et de la souris, où les rôles s’inversent malicieusement transporte la star et son audience dans plusieurs destinations, exotiques… ou pas. Car oui, Cocorico, la première heure met à l’honneur la France, ou plutôt Paris. Parachuté en pleine tempête sur le Grand Palais, le héros ne tardera pas à faire parler ses poings et embraye les courses poursuites. Une fusillade et un sprint sur les toits à Londres suivent, avant que le clou du spectacle, une folle séquence en hélicoptères au cœur des cols enneigés du Cachemire, décoiffe. Le reste de l’équipe brille moins que par le passé et on regrette que Rebecca Ferguson, révélation de Rogue Nation, soit si souvent en retrait. Les come-backs du bad guy anarchiste Solomon Lake que prend toujours plaisir à incarner Sean Harris et de Michelle Monaghan, qui interprète l’ex-épouse d’Ethan, disparue des radars depuis le  Protocole Fantôme,  sont plus inspirés.