Ça vient de sortir

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Vanessa Springora : Le Consentement

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Par MAB

C’est le prix Renaudot attribué à l’écrivain Gabriel Matzneff en 2013, qui a décidé l’éditrice Vanessa Springora à écrire  Le Consentement  tout comme le film « J’accuse » de Polanski a poussé Valentine Monier à sortir de son silence. Car, autres temps, autres mœurs. On ne compte plus désormais les femmes (parfois les hommes ) qui prennent la plume ou la parole pour désigner leur violeur ou leur manipulateur. Pour Springora et Monier, les faits remontent à plusieurs décennies. Mais si la seconde s’est contentée d’accusation de viol dans la presse, la première a écrit une autobiographie éditée chez Grasset. A la première personne, sans double, ni masque, ni fards, elle relate d’une plume claire et précise,comment elle fut sous l’emprise d’un écrivain germanopratin célèbre quand elle avait 14 ans et lui cinquante. Comment surtout ce pédophile adulé à l’époque par toute l’intelligentsia a ruiné son adolescence et sa jeunesse. « Depuis tant d’années, je tourne en rond dans ma cage. Mes rêves sont peuplés de meurtre et de vengeance. Jusqu’au jour ou la solution se présente enfin là sous mes yeux. Prendre le chasseur à son propre piège. L’enfermer dans un livre. » écrit Vanessa Springora en préambule du Consentement. le succès de son entreprise dépasse toutes ses espérances. Non seulement son livre s’arrache. Mais le tout puissant Matzneff est désormais un banni. Plus édité. Retiré des librairies. Plus de subventions du centre national du livre. A 83 ans, il est même cité à comparaître en justice. Quelle chute ! Pour Vanessa tout commence au début des années quatre vingt. Une époque où tout était permis aux artistes reconnus. On lisait Lolita  de Nabokov avec délectation. On collectionnait les clichés de David Hamilton. Des groupies à peine pubères se précipitaient dans la loge des chanteurs et l’on citait l’hédoniste Matzneff dans tous les cercles…C’est d’ailleurs dans un dîner mondain ou l’a amenée sa mère que la jeune fille le rencontre. Il est brillant. Il veut l’avoir. Fille d’un père absent, elle a lu trop tôt  Madame Bovary . elle veut l’aimer et être aimée. Il la prend au piège et la harcèle jusqu’aux portes des établissements scolaires. Matzneff a ses disciples. Personne au début ne trouve à redire. Sauf qu’un jour Vanessa découvre dans les œuvres du mentor ses vantardises de prédateur sexuel et pédophile. Sa douleur sera immense et durera des années.. Le Consentement, si bien écrit soit-il, n’est pas une oeuvre littéraire. Mais un témoignage précis. Un document sur la notion de consentement. Et bien sur une pièce de plus au lourd dossier de la pédophilie. Une preuve, encore une, qu’il n’est jamais trop tard pour dire. Pour se sauver et peut être sauver autrui.

Tu mérites un amour

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Le pitch

Suite à l’infidélité de Rémi (Jeremy Laheurte), Lila (Hafsia Herzi) qui l’aimait plus que tout vit difficilement la rupture. Un jour, il lui annonce qu’il part seul en Bolivie pour se retrouver face à lui-même et essayer de comprendre ses erreurs. Là-bas, il lui laisse entendre que leur histoire n’est pas finie… Entre discussions, réconforts et encouragement à la folie amoureuse, Lila s’égare…

Ce qu’on en pense

Ce film-là mérite d’être aimé, c’est sûr. Il est l’oeuvre d’une encore jeune actrice, Hafsia Herzi, dont on ne soupçonnait pas l’étendue du talent,  lorsqu’on l’a découverte chez Abdellatif Kechiche (dans La Graine et le mulet en 2007). Non contente d’être de plus en plus rayonnante devant la caméra (elle parvient presque à sauver à elle seule le deuxième volet de Mektoub My Love et est ici de tous les plans), Hafsia prouve avec ce premier long métrage qu’elle a financé sur ses propres deniers qu’elle est aussi une réalisatrice avec laquelle il faudra compter. Sous influence Kechiche évidente (naturalisme et scènes de bouffe et de danse du ventre comprises), son film s’en affranchit joliment lorsqu’il s’agit de parler de sexe. Rien de frontal ici, Herzi pratique mieux que son mentor l’art subtil de l’ellipse.  Ce qui n’empêche pas la réalisatrice et l’actrice de célébrer la liberté des corps et d’accoucher d’un petit film sexy en diable sur le chagrin d’amour et comment on s’en console. La réussite passe aussi par un casting aux petits oignons fait de belles découvertes (Djanis Bouzyani, Myriam Djeljeli) et d’une éclatante confirmation : Anthony Bajon (vu dans La Prière et attendu aux côtés de Guillaume Canet dans Au nom de la Terre ). Le buzz cannois (le film a fait sensation  à la Semaine de la critique)  était totalement mérité. On attend avec intérêt le prochain film qu’Hafsia a pour projet de tourner à Marseille.  D’ici là,  les César devraient lui faire une bonne place.

 

 

Deux Moi

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Le pitch

Rémy (François Civil) et Mélanie (Ana Girardot) ont trente ans et vivent dans le même quartier à Paris. Elle multiplie les rendez-vous ratés sur les réseaux sociaux pendant qu’il peine à faire une rencontre. Tous les deux victimes de cette solitude des grandes villes, à l’époque hyperconnectée où l’on pense pourtant que se rencontrer devrait être plus simple… Sans le savoir, ils empruntent deux routes qui les mèneront dans une même direction… Celle d’une histoire amour ?

Ce qu’on en pense

Après une escapade bucolique dans les vignobles de Bourgogne pour Ce qui nous lie, Cédric Klapisch revient dans le Paris populaire qu’il affectionne (en l’occurrence les 18 et 19e arrondissements) et qu’il filme comme personne. Deux moi pourrait être la suite de Chacun cherche son chat. C’est une partie de cache-cache dans laquelle deux trentenaires, qui habitent deux immeubles mitoyens du même quartier, se croisent et se recroisent sans se voir, cherchant l’amour sans le trouver alors qu’il se trouve, évidemment, sur le palier d’à côté. François Civil et Ana Girardot donnent fraîcheur et innocence à ces personnages un brin dépressifs, auxquels les psys incarnés par Camille Cottin et François Berléand essaient de faire comprendre que « pour que deux moi fassent un nous, il faut que les deux moi soient soi » (sic). Le scénario prend un malin plaisir à repousser indéfiniment le moment de leur rencontre et à tromper l’attente du spectateur, en ouvrant à chaque scène de fausses pistes, dans lesquelles même le chat de Remy se perdra…  Moins enjoué et tonique que ses précédentes comédies (L’Auberge Espagnole, Les Poupées Russes, Casse tête chinois...), préoccupé de l’influence néfaste des nouvelles technologies sur les rapports humains et piqué de psychanalyse, Deux moi est un Klapisch vaguement neurasthénique, qui s’achemine avec lenteur vers un final attendu. La charge émotionnelle que libère la dernière scène vient, heureusement, faire oublier l’impatience et l’agacement qui pointaient leur vilain nez depuis la première heure. Finalement, ça valait la peine de prendre patience.

 

Fête de famille

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Le pitch

« Aujourd’hui c’est mon anniversaire et j’aimerais qu’on ne parle que de choses joyeuses. » Andréa (Catherine Deneuve) ne sait pas encore que le retour « surprise » de sa fille aînée, Claire (Emmanuelle Bercot), partie depuis 3 ans et bien décidée à reprendre ce qui lui est dû, va bouleverser le programme et déclencher une tempête familiale

Ce qu’on en pense

Adepte d’un cinéma ascétique aux intrigues dépouillées à l’os (Roberto Succo, L’ennui, La Prière…), Cédric Kahn déconcerte avec ce mélo très bavard, qui balance entre comédie chorale et règlement de comptes familial à la Festen, sans choisir son camp. L’avantage, c’est qu’on ne s’ennuie pas : la mise en scène est ultra-dynamique, la lumière du sud-ouest en été est magnifique et on en apprend de belles sur cette famille en apparence heureuse.L’inconvénient, c’est qu’Emmanuelle Bercot (en demi-sœur hystérique) et Vincent Macaigne (en frère cadet dominé par son aîné joué par le réalisateur) en font des tonnes et tirent toute la couverture à eux. Au point que même Catherine Deneuve paraît transparente. Les détracteurs d’un certain cinéma français – bourgeois, intello, parisianiste et nombriliste-, ne manqueront pas de railler les scènes de cuisine, de salon et de repas qui constituent l’essentiel du film et le font ressembler à une pièce de théâtre.   

 

 

 

Vif Argent

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Le pitch

Juste (Thimotée Robart) erre dans Paris à la recherche de personnes qu’il est seul à voir. Il recueille leur dernier souvenir avant de les faire passer dans l’autre monde. Un jour, une jeune femme, Agathe (Judith Chemla), le reconnaît. Elle est vivante, lui est un fantôme. Comment pourront-ils s’aimer, saisir cette deuxième chance ?

Ce qu’on en pense 

Un remake de Ghost (Jerry Zucker 1990) réalisé par un élève de Leos Carax ? Vif Argent (Prix Jean Vigo) ressemble un peu à cela. Une fable urbaine fantastico-romantique dans laquelle deux âmes sœurs qui n’ont pas eu le temps de s’aimer, se retrouvent par hasard, dix ans plus tard, et tentent de renouer le fil de leur relation. Sauf que lui (Thimotée Robart, une découverte) est mort et sert de passeur pour les âmes en peine, alors qu’elle (Judith Chemla, une belle confirmation) est bien vivante. On en apprend beaucoup sur la vie après la mort dans ce premier film à l’esthétique très « années 80 ».Un peu trop peut-être ? Stéphane Batut, qui a écrit et réalisé le film,  aurait eu avantage à ne pas chercher à tout expliquer. Histoire de laisser travailler l’imagination du spectateur… 

Jeanne

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Le pitch

1429 : la Guerre de Cent Ans fait rage. Après avoir délivré Orléans et remis le Dauphin sur le trône de France, Jeanne (Lise Leplat Prudhomme) est capturée par les Anglais. Son procès s’ouvre à Rouen, mené par Pierre Cauchon qui l’accuse d’hérésie pour la faire condamner au bûcher.

Ce qu’on en pense

Après la « comédie musicale » (Jeannette), le drame : Bruno Dumont continue à disséquer l’œuvre de Peguy avec cette nouvelle adaptation du Mystère de la charité de Jeanne d’Arc, qui, une fois de plus divisera les spectateurs. Les fans de la première heure se réjouiront sans doute de voir le réalisateur nordiste revenir à une veine plus dramatique après un virage « burlesque » hardiment négocié (P’tit Quinquin, Ma Loute…). Les autres supporteront difficilement un film constitué d’une heure de plans fixes dans les dunes pour figurer les victoires militaires de Jeanne puis sa défaite,  et une autre heure de considérations politiques, religieuses et judiciaires dans la cathédrale de Reims pour évoquer les enjeux de son procès. Heureusement, le doux visage de la jeune Lise Leplat Prudhomme – frêle Jeanne de 10 ans vacillant dans le vent sous le poids de son armure-, les cabotinages de Fabrice Lucchini (en Charles VII) et les chansons originales de Christophe permettent de faire passer la pilule. Présenté à Cannes au Certain Regard, le film a décroché une « mention spéciale » du jury. Pour un film aussi « spécial », c’était effectivement indiqué… 

la vie scolaire

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Le Pitch

 Samia (Zita Hanrot), jeune CPE novice, débarque de son Ardèche natale dans un collège réputé difficile de la ville de Saint-Denis. Elle y découvre les problèmes récurrents de discipline, la réalité sociale pesant sur le quartier, mais aussi l’incroyable vitalité et l’humour, tant des élèves que de son équipe de surveillants. Parmi eux, il y a Moussa (Moussa Mansaly), le Grand du quartier et Dylan le chambreur (Alban Ivanov). Samia s’adapte et prend bientôt plaisir à canaliser la fougue des plus perturbateurs. Sa situation personnelle compliquée la rapproche naturellement de Yanis (Liam Pierron), ado vif et intelligent, dont elle a flairé le potentiel. Même si Yanis semble renoncer à toute ambition en se cachant derrière son insolence, Samia va investir toute son énergie à le détourner d’un échec scolaire annoncé et tenter de l’amener à se projeter dans un avenir meilleur…

Ce qu’on en pense

Deux ans après le succès public et critique surprise de Patients, Grand Corps Malade et son compère clippeur  Mehdi Idir récidivent avec ce Entre les murs d’un collège de Seine-Saint-Denis. Autant Patients était un film personnel pour Grand Corps Malade, qui y racontait son hospitalisation après l’accident qui l’a laissé handicapé, autant celui-ci semble être surtout rattaché aux souvenirs scolaires de Mehdi Idir, qui a fréquenté un collège de banlieue semblable à celui du film. On retrouve la fluidité de la réalisation et le sens des dialogues qui avaient fait le succès de Patients, ainsi que la manière optimiste et solaire d’aborder les problèmes de l’exclusion. On aime moins, par contre, la direction des jeunes acteurs (pas très bons au début, ça s’arrange par la suite ou alors on s’habitue) et quelques scènes un peu trop appuyées, comme celles avec le prof de gym facho ou le prof de maths à fleur de peau. Malgré ses maladresses et son côté « mini-série sur l’éducation nationale », le film se laisse voir surtout grâce à l’interprétation de Zita Hanrot (la gendarmette de Paul Sanchez est revenu), très crédible et juste en jeune CPE pleine d’illusions et de ses acolytes du bureau de la vie scolaire, Zlaban Ivanov (le Louis CK français) et Moussa Mansaly, qui assurent un bon niveau de vannes et de tchatche. Passage en troisième (film) assuré pour les réalisateurs.

 

 

 

Les hirondelles de Kaboul

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Le Pitch

Été 1998, Kaboul en ruines est occupée par les talibans. Mohsen et Zunaira (Zita Hanrot, Swann Arlaud) sont jeunes, ils s’aiment profondément. En dépit de la violence et de la misère quotidienne, ils veulent croire en l’avenir. Un geste insensé de Mohsen va faire basculer leurs vies

Ce qu’on en pense 

Étonnant projet que celui du nouveau film de Zabou Breitman. Initié en 2012 et d’abord conçu pour un tournage en images réelles, il a mis sept ans pour arriver sur nos écrans…Sous forme de dessin animé ! C’est la jeune Eléa Gobbé-Mevellec qui a été chargée de transposer l’intrigue en dessins, en respectant scrupuleusement le physique et la gestuelle des acteurs, que l’on reconnaît aisément. Le choix du dessin pour raconter cette histoire de résistance et de survie s’avère judicieux à plus d’un titre. En plus de donner au film une identité visuelle forte (le graphisme et les couleurs sont magnifiques), il a sans doute permis d’en adoucir la dramaturgie, qui, autrement aurait pu être plombante. L’histoire suit fidèlement l’intrigue du roman de Yasmina Khadra dont il est adapté. C’est celle d’un jeune couple confronté à l’intégrisme religieux en Afghanistan, sous le régime des talibans dans les années 90. Pour continuer à exercer son art, Zunaira (Zita Hanrot) a choisi de s’enfermer chez elle et de peindre sur les murs. Confronté quotidiennement, aux aberrations du nouveau régime, Mohsen (Swann Arlaud) finit par être, malgré lui, contaminé par la violence et l’obscurantisme ambiants.Un jour de lapidation publique, il se surprend à lancer une pierre sur la malheureuse condamnée. Pourtant, l’humanité continue à trouver son chemin dans les ténèbres : un ancien professeur (joué par Michel Jonasz) entretient l’espoir en dispensant son enseignement clandestinement aux jeunes filles. Un gardien de prison s’émeut du sort d’une condamnée…Les hirondelles du printemps annoncent peut-être des jours meilleurs ? Couronné d’un Valois de Diamant au Festival du Film Francophone d’Angoulême, où un film d’animation triomphait pour la première fois, Les Hirondelles de Kaboul avait déjà séduit la critique à Cannes, où il était présenté au mois de mai dernier dans la section Un Certain Regard. Une nouvelle réussite à mettre au crédit du studio des Armateurs, auxquels on doit déjà des merveilles comme Kirikou et la sorcière, Les Triplettes de Belleville ou Ernest et Célestine

L’Intouchable, Harvey Weinstein

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30 ans de règne, une dizaine d’Oscars… Et  80 victimes recensées,  dont quelques actrices célèbres. L’Intouchable raconte l’affaire Weinstein à travers les témoignages de plusieurs victimes, d’anciens collaborateurs/trices et de journalistes d’Hollywood. Du bon travail journalistique. Le film aurait sans doute eu davantage sa place (et peut-être plus d’impact) sur une grande chaîne de télévision qu’au cinéma. Sa sortie en dvd et en VOD permettra au plus grand nombre de le voir, alors que s’ouvre enfin le procès. Rappelant que Weinstein a commencé à se comporter en prédateur dès ses premiers succès dans le business,   Ursula McFarlane s’attache surtout à montrer comment, à coups d’intimidation et en achetant le silence de ses victimes, le producteur  a pu exercer ses méfaits impunément pendant aussi longtemps. Elle passe plus rapidement sur le silence, forcément coupable, de tous ceux qui savaient et n’ont rien dit pendant tout ce temps. Et n’explique pas, non plus, pourquoi Ronan Farrow (fils de l’actrice Mia Farrow, qui a révélé l’affaire), a réussi à obtenir les témoignages que nombre d’autres reporters avant lui avaient essayé d’avoir sans y parvenir. « Parler plutôt que se taire est le défi que doivent affronter toutes les victimes de violence » dit-il devant la caméra. C’est peut-être pour avoir compris cela qu’il a réussi à enclencher la fameuse « libération de la parole » qui a abouti à la chute du dernier Mogul d’Hollywood et à la mise en cause de plusieurs autres célébrités via le hashtag #MeToo.   Un mouvement  qui est loin d’être terminé et impacte désormais bien au-delà d’Hollywood

Roubaix, une lumière

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Le pitch

À Roubaix, un soir de Noël, Daoud le chef de la police locale (Roschdy Zem) et Louis (Antoine Renartz), fraîchement diplômé, doivent gérer plusieurs affaires,  dont le meurtre d’une vieille femme. Les voisines de la victime, deux jeunes femmes, Claude et Marie (Léa Seydoux, Sara Forestier), sont arrêtées. Elles sont toxicomanes, alcooliques, amantes…

Ce qu’on en pense

Délaissant les conflits familiaux et les intérieurs bourgeois pour un polar à la Simenon, Arnaud Desplechin a surpris le Festival de Cannes,  où Roubaix, une lumière était en compétition. Le film nous plonge dans le quotidien du commissariat central de Roubaix, une des villes les plus pauvres de France, où 45% de la population vit sous le seuil de pauvreté . Louis (Antoine Reinartz), un jeune lieutenant timide, instruit et croyant  intègre la brigade dirigée par le commissaire Daoud (Roschdy Zem), un flic du cru, taiseux mais empathique, qui connaît le coin et ses habitants par cœur. Pour sa première enquête, Louis hérite d’un incendie volontaire dans une maison désaffectée d’une ruelle sordide. Il y interroge Claude (Lea Seydoux) et Marie (Sara Forestier), deux marginales qui vivent ensemble avec leurs chiens. Tandis que toute la misère du monde continue de défiler au commissariat (adolescentes fugueuses, femmes battues, fraudeur à l’assurance, petits braqueurs, vendeurs de drogue…), l’affaire de Louis se corse.Une vieille dame, voisine des deux jeunes femmes,  est retrouvée étranglée dans son lit.On lui a volé sa télé et quelques objets sans valeur. D’emblée, le commissaire Daoud est persuadé que ce sont les deux filles qui ont fait le coup. Elles sont placées en garde à vue et longuement interrogées.Il faudra toute la patience et la force de persuasion de Daoud, véritable Maigret nordique, pour leur faire avouer la vérité.  Entamé comme une immersion au commissariat de Roubaix, le film prend de l’épaisseur à mesure qu’il se concentre sur l’affaire, tirée d’un fait divers réel. Son côté «classique du polar à la française revisité» et les prestations habitées de Roschdy Zem, Lea Seydoux et Sara Forestier méritaient mieux que indifférence du jury cannois. 

Music of my Life

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Le pitch

1987, Angleterre : Javed (Viveik Kalra), adolescent d’origine pakistanaise, grandit à Luton, une petite ville qui n’échappe pas à la crise économique. Il se réfugie dans l’écriture pour échapper au racisme et au déterminisme familial. Sa vie prend un nouveau sens  le jour où l’un de ses camarades lui fait découvrir les disques de Bruce Springsteen…

Ce qu’on en pense

Dans Springsteen and I, son formidable documentaire sur les fans du Boss, Baillie Walsh les faisait parler de leur rapport aux chansons de Bruce Springsteen et cela donnait des histoires étonnantes. Celle de Sarfraz Manzoor,  auteur du livre dont est tiré le film, aurait pu en faire partie. D’origine pakistanaise, Manzoor raconte dans son bouquin comment il a réussi à s’affranchir de son milieu,  grâce aux chansons du Boss, pour devenir journaliste et écrivain. Springsteen a tellement aimé son livre qu’il a encouragé son adaptation au cinéma et autorisé l’utilisation de ses chanson.  La réalisatrice de Joue-là comme Bekham, Gurinder Chadha,  en a tiré un film qui navigue entre comédie musicale, teen movie et comédie sociale à l’anglaise,  avec des bonheurs divers. La mièvrerie des scènes de romance et la lourdeur de celles de comédie fait regretter que la veine sociale ne soient pas mieux exploitée. L’ensemble reste néanmoins sympathique et même assez émouvant, en partie grâce aux chansons du Boss, utilisées à bon escient.

Tontons Flingueurs : Le dico

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Un énième bouquin sur les Tontons ? Non LE bouquin.Celui qui fera référence dans les universités et les écoles de cinéma. Signé du biographe de Michel Audiard et Lino Ventura, notre estimé confrère marseillais Philippe Durant, ce petit ouvrage incroyablement documenté dynamite la concurrence façon puzzle.Fruit de recherches maniaques dans toutes les sources documentaires possibles et imaginables (et même inimaginables) il recense tout ce qu’il est humainement possible de savoir et de comprendre sur le film ultra culte du regretté Georges Lautner. Sous une forme qui rend hommage à la verve audiardesque, qui plus est. Un must absolu.

Once Upon a Time… In Hollywood

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Le pitch 

En 1969, la star de télévision Rick Dalton (Leonardo DiCaprio) et le cascadeur Cliff Booth (Brad Pitt), sa doublure de longue date, poursuivent leurs carrières au sein d’une industrie qu’ils ne reconnaissent plus. De  nouveaux occupants s’installent dans la propriété voisine de celle de Rick : Roman Polanski (Rafal Zawierucha) et sa femme Sharon Tate (Margot Robbie)… 

Ce qu’on en pense

Le 9 août 1969, l’actrice Sharon Tate, épouse enceinte de Roman Polanski  et plusieurs de ses amis sont sauvagement assassinés par les membres d’une communauté hippie dirigée par un dangereux illuminé, Charles Manson. Cet événement tragique sert de toile de fond et d’unique moteur dramatique au nouveau film de Quentin Tarentino. Une comédie uchronique dans laquelle,  comme à son habitude, le réalisateur de Pulp Fiction joue avec les genres cinématographiques : comédie pop, western, film de guerre,  buddy movie, séries TV, slasherTout y passe ! Avec B.O d’époque et reconstitution aux petits oignons du L.A des années 60-70. Une époque de liberté sexuelle et d’innocence, dont le réalisateur américain est, semble-t-il, nostalgique et dont l’assassinat de Sharon Tate marque, symboliquement,  la fin. On prend un grand plaisir à voir Leo DiCaprio et Brad Pitt copiner en fringues flashy, picoler dans les bars et «cruiser» en décapotable, dans les rues d’un Los Angeles disparu, sur fond de tubes californiens. Des deux stars , c’est Pitt (plus Robert Redford que jamais) qui a le meilleur rôle: celui de Mister Cool. Mais Leo a quand même plusieurs scènes mémorables (dont une, sur le set d’un western, avec une gamine incroyable) . Al Pacino joue un producteur de cinéma visionnaire (le nouvel Hollywood arrive !), Margot Robbie est magnifique et solaire  en Sharon Tate, Margaret Qualley explose l’écran en Manson freak délurée, plusieurs habitués des films de «Qwantine» font des apparitions sympathiques (Michael Madsen, Kurt Russel, Tim Roth…) et la chienne Daisy a bien mérité sa Palme Dog. On s’amuse bien à les voir tous s’agiter comiquement, comme dans un film des frères Coen, jusqu’au final qui a fait polémique à Cannes,  où le film était en compétition (et d’où il est reparti bredouille, bien entendu…). Tarantino avait-il le droit de jouer avec un événement aussi dramatique que la mort de Sharon Tate? Il l’avait déjà fait avec celle d’Hitler dans Inglourious Basterds, mais le sujet était moins sensible. Le réalisateur américain croit toujours au pouvoir curatif du cinéma. Il n’est pas le seul. 

 

 

Le Gainsbook

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Le sous-titre explique de quoi il s’agit : « En studio avec Serge Gainsbourg ». L’ouvrage, incroyablement documenté, exhaustif et richement illustré, explore, album par album, la discographie de Serge Gainsbourg avec un sérieux digne d’une thèse universitaire. L’auteur a interviewé des dizaines de musiciens, producteurs et techniciens qui ont aidé Gainsbourg à enregistrer ses chansons.Il a retrouvé les manuscrits, les partitions, les fiches de studio, des photos jamais publiées… Tout y est. Et, loin d’être indigeste, c’est passionnant. Le format broché à couverture souple est idéal pour réécouter, livre en main, tous les albums du grand Serge et en redécouvrir les richesses.

NTM : That’s My People

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Alors que la tournée d’adieu de NTM vient de s’achever avec un dernier concert parisien retransmis en direct par France Télévision (voir vidéo), les éditions de La Martinière publient ce beau livre issu de la longue collaboration de la photographe Gaelle Ghesquière avec le duo Kool Shen/JoeyStarr. Jeune photographe de presse, Gaële Ghesquière a shooté le groupe pour la première fois en 1997 et elle a su s’immiscer dans le premier cercle et y rester,  jusqu’à cette dernière tournée dont elle a également suivi les préparatifs. Ses images offrent une vision intime du plus grand groupe de rap français, enrichie par de nombreux témoignages de proches. Un magnifique ouvrage qui deviendra vite collector.