Ça vient de sortir

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Interview: Nathan Ambrosioni

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A 19 ans, le Grassois Nathan Ambrosioni a réalisé son premier long-métrage :  Les Drapeaux de papier. Un drame familial intimiste à la réalisation sensorielle qui a conquis les spectateurs  des festivals où il a été présenté (2 prix du public) et emballé la critique, qui parle déjà de Nathan comme du “Xavier Dolan français” ! A l’occasion de sa sortie en dvd, le jeune prodige a répondu à nos questions… 

Pouvez-vous vous présenter ? 

Je m’appelle Nathan Ambrosioni, j’ai 19 ans, je suis né à Grasse et j’ai grandi à Peymenade. Mon père est ingénieur et ma mère commerçante. Rien à voir avec le milieu du cinéma…

Comment est née votre vocation de cinéaste ? 

J’aimais les films d’horreur et à 12 ans j’ai été marqué par le film Esther de Jaume Collet-Serra (2009) que j’ai vu en vidéo.  Il m’a terrifié mais j’ai pris conscience qu’on pouvait ressentir et provoquer des émotions très fortes avec le cinéma. Quelques temps plus tard j’ai revendu des  jouets et ma console de jeu pour m’acheter un camescope. J’ai commencé à écrire des scénarios de films d’horreur et à mettre en scène mes copains  le week end en faisant le montage sur l’ordi de la maison. J’ai ainsi réalisé deux  films d’horreur amateur que je me suis débrouillé pour montrer au marché du film à Cannes. Et puis j’ai vu Mommy de Xavier Dolan et j’ai été bouleversé. Ca m’a donné envie de voir d’autres genres de films et quand j’ai su qu’il avait commencé très jeune je me suis dit que c’était donc possible.

A part Xavier Dolan, quels autres cinéastes vous ont influencé ? 

Gus Van Zant, Jacques Audiard, Felix Van Groeningen et surtout Terrence Malick dont je peux regarder les films en boucle

Comment êtes-vous parvenu à faire produire  Les Drapeaux de papier ? 

J’ai écrit le scénario l’année de ma terminale L en m’inspirant du témoignage  d’un jeune délinquant tout juste sorti de prison que j’avais lu dans Libé.  J’ai envoyé le scénario par mail à une boite de production dont j’avais repéré le nom sur le générique de quelques films que j’avais bien aimés. J’ai harcelé la productrice Stephanie Douet au téléphone pour qu’elle le lise et elle a fini par le faire. Elle m’a rappelé pour me rencontrer et on a monté le dossier pour l’avance sur recettes que j’ai été le plus jeune réalisateur français à obtenir à l’âge de 17 ans. J’ai eu mon Bac et comme Parcoursup n’avait retenu aucun de mes choix d’orientation, j’étais libre pour commencer le tournage fin janvier 2018 entre Draguignan, Grasse, Peymenade, Nice et Juan les pins.

Comment avez-vous convaincu Guillaume Gouix et  Noémie Merlant à faire le film? 

J’étais allé porter le scénario à Noémie à Aix où elle avait une avant première. Elle l’a lu et a accepté de jouer dans le film. Comme elle a le même agent que Guillaume, c’est lui qui s’est chargé de le convaincre. Je n’en revenais pas qu’ils aient accepté tous les deux.

Pourquoi ce titre Les drapeaux de papier ?  

Cela fait référence à la scène où le personnage de Guillaume fouille dans les affaires de sa sœur et retrouve les drapeaux de prière tibetains que leur mère leur avait envoyés de voyage. Cela leur rappelle leur enfance et le choc qu’a été la mort de leur mère. On peut imaginer que c’est à partir de là que sa vie a dérapé…

Prochaine étape ? 

J’écris un nouveau scénario que j’espère pouvoir tourner dans la région. Je sais que j’ai encore beaucoup à apprendre mais je veux  continuer à faire ce métier qui me passionne.

Les Drapeaux de papier

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Le pitch

Charlie (Noémie Merlant), bientôt 24 ans, mène une vie sans excès : elle se rêve artiste et peine à joindre les deux bouts. Quand son frère Vincent (Guillaume Gouix) vient la retrouver après douze ans d’absence, tout se bouscule. Il a 30 ans et sort tout juste de prison où il a purgé une longue peine….

Ce qu’on en pense

Retenez ce nom : Nathan Ambrosini. A 19 ans, le jeune homme, natif des Alpes-Maritimes,  a déjà trois longs métrages à son actif,  qu’il a scénarisés, tournés et montés lui-même. Xavier Dolan s’est trouvé un cousin français !  Dans Les drapeaux de papiers,  il filme la difficile réinsertion d’un jeune homme (Guillaume Gouix, toujours juste) que ses accès de violence irrépressible ont conduit à passer plusieurs années en prison. Ses relations avec sa soeur  (Noémie Merlant, formidable) et les retrouvailles manquées avec son père (Jérôme Kircher),  forment l’essentiel de la narration, tenue sur un fil, ponctuée de longues plages de silence et de notes electro (superbe BO minimaliste,  signée Matthew Otto). La  réalisation, sensorielle, évoque à la fois Dolan, Terrence Mallick et Gaspar Noé (pour les scènes de discothèque filmées au plus près des corps et des visages). Ancré dans la réalité d’une Côte d’Azur hivernale et prolo, jamais naïf, ni bêtement illustratif, ce petit film étonnant consacre la naissance d’un nouveau talent azuréen, dans la lignée des Bonello et autres Kechiche.

Madonna : Madame X

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On n’attendait pa vraiment de la sexagénaire Madonna qu’elle accouche du disque de l’été 2019. Madame X, son nouvel opus, y ressemble pourtant bigrement : pop, trap, reggaeton, disco, hispano, rap, opérette… Il y en a pour tout le monde ! Pourtant l’album garde une certaine unité et on se surprend à l’écouter en entier et en boucle, ce qui ne nous était plus arrivé avec la Ciccone depuis… longtemps ! De bon  augure pour les concerts parisiens du Grand Rex en février-mars. Pour tenir jusque-là, on peut opter pour la version digipack Deluxe qui offre, sur un CD bonus, trois bonnes chansons supplémentaires.

Bruce Springsteen : Western Stars

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Après Broadway, Hollywood ? En pleine phase de diversification (autobiographie, Seul en scène…),   Bruce Springsteen s’éloigne de son format de composition habituel avec ce nouvel album attendu (5 ans se sont écoulés depuis le précédent),   qui  va surprendre, voire déconcerter ses fans. Western Stars sonne plus comme une collection de chansons écrites pour la Bande Originale d’un film que comme un album classique du Boss. La voix est posée comme d’habitude et les thèmes springsteeniens sont là,  mais enrobés dans des nappes de cordes et de cuivres, parfois jusqu’à l’emphase. Comme si un arrangeur de musiques de films était passé derrière lui en studio pour terminer des chansons laissées inachevées (certaines sont très courtes). Le résultat est un peu déstabilisant au début,  mais c’est suffisamment beau pour qu’on s’accroche et qu’on y revienne.  A l’image du single “Hello Sunshine“,  qu’on a fini par adorer après de premières écoutes réticentes et de la chanson-titre, “Western Stars“, qu’on a immédiatement adoptée.

Chernobyl

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Par MAB

Diffusée depuis le 7 mai sur OCS ,réalisée en cinq épisodes pour HBO par Johan Renck et Craig Mazin, Chernobyl est- selon “Allo Ciné” ” la série britanico américaine la mieux notée de tous les temps devant Game of Thrones”  !  Cela méritait bien qu’on la découvre. D’autant que, à l’heure des soucis écologiques de toutes natures, son sujet fait froid dans le dos. Et de fait, il s’agit bien d’un événement. Voire d’un phénomène planétaire. De par son contenu bien sûr,  mais aussi par les conséquences qu’il provoque dans la tête de ceux qui ont vu la reconstitution.  Le contenu d’abord: Comme son nom l’indique explicitement, Chernobyl retrace minutieusement la mécanique qui conduisit le 26 avril 1986 à la pire catastrophe causée par l’homme dans l’histoire de l’humanité (avant Fukushima en 2011). L’explosion à la centrale nucléaire Lénine en ex Union-Soviétique du réacteur n°4. Tout est dévoilé – ou rappelé pour ceux qui s’en souviennent – de l’ampleur du désastre. D’abord, la chaîne d’aveuglements et d’incompétences qui menèrent à la tragédie. Puis le déni par peur de l’Etat ou souci de promotion. Avant l’évidence des irradiations. Les premiers morts des jours suivants. Les agonies terribles des semaines à suivre. L’expulsion des lieux.  L’urgence des solutions à trouver. Les cancers dans les années qui suivront… Et dans cette horreur inconcevable, le portrait de trois êtres humains: un vice premier ministre et deux scientifiques qui tentent de se faire entendre et de limiter les dégâts. Très documenté. Sobre et précis, Chernobyl est effrayant et captivant. Nous ne sommes pas dans une dystopie. C’est le monde que nous avons créé et qui s’est installé dans le mensonge. Depuis il s’est effondré. Le bloc soviétique n’est plus. Nous avons appris à envisager le pire. La vie animale et végétale revient à Chernobyl et le site est même, depuis cette série, un haut lieu touristique ! Il parait que les russes préparent leur propre version des faits. En attendant, celle là est à voir absolument ! 

La Favorite

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Le Pitch

Début du XVIIIème siècle. L’Angleterre et la France sont en guerre. Toutefois, à la cour, la mode est aux courses de canards et à la dégustation d’ananas. La reine Anne (Olivia Colman), à la santé fragile et au caractère instable, occupe le trône tandis que son amie d’enfance Lady Sarah (Rachel Weitz) gouverne le pays à sa place. Lorsqu’une nouvelle venue, Abigail Hill (Emma Stone) arrive à la cour, Lady Sarah la prend sous son aile, pensant qu’elle pourrait être une alliée. Abigail va y voir l’opportunité de renouer avec ses racines aristocratiques. Alors que les enjeux politiques de la guerre absorbent Sarah, Abigail parvient à gagner la confiance de la reine et devient sa nouvelle confidente. Cette position donne à la jeune femme l’occasion de satisfaire ses ambitions, et elle ne laissera ni homme, ni femme, ni politique, ni même un lapin, se mettre en travers de son chemin…

Ce qu’on en pense

Découvert à Cannes avec Canine (Prix Un Certain Regard 2009), confirmé avec The Lobster (Prix du jury 2015) Yórgos Lánthimos avait déçu en 2017 avec le grandiloquent Mise à mort du cerf sacré, qui reçut tout de même le Prix du scénario. Dommage qu’il ait préféré présenter La Favorite à Venise : peut-être aurait-il décroché la Palme cette fois ? C’est son meilleur film à ce jour. On y retrouve tout ce qui fait l’essence de son cinéma,  porté au pinacle : un véritable chef-d’œuvreSorte de Barry Lyndon au féminin, sa Favorite a le doux visage d’Emma Stone (décidément parfaite dans tous les registres) lorsqu’elle vient mendier un emploi à la cour auprès de sa cousine, la toute-puissante Lady Sarah (Rachel Weitz, également formidable).Elle ne tardera pas à dévoiler une âme plus noire que ses tenues, et à mettre la reine (Olivia Colman, Oscarisée pour ce rôle) dans sa poche. Ou plutôt dans son lit ! Car entre ces trois femmes puissantes, qui éclipsent toute la gent (plus ou moins) masculine de la cour, les jeux sexuels ne sont jamais éloigné du  jeu de massacre. A coups de focales déformantes, de plans surréalistes et de dialogues assassins (« Allons tuer quelque chose ! » lance Lady Sarah lorsqu’elle s’ennuie),  Lánthimos dynamite le film en costumes et décrit les jeux de pouvoirs, avec une cruauté et une maestria qui laissent pantois

 

Nekfeu: Etoiles+Expansion

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Annoncé par un documentaire de making of  diffusé au cinéma en séance unique, le nouvel album de Nekfeu, Les Etoiles vagabondes a été mis en ligne dans la foulée sur les plateformes de streaming. Deux semaines plus tard, le rappeur de la Trinité balançait un album complet de bonus,  le bien nommé Expansion. Au total,  32 titres solides, ouverts sur les musiques et les problèmes du monde,  mais aussi très introspectifs, voire psychanalytiques, dans lesquels le Niçois parle de son rapport conflictuel au succès, de ses supposées pannes d’inspiration ( tu parles !)  et de ses problèmes de coeur. Des thèmes omniprésents dans le documentaire, où l’on voit Nekfeu et son crew faire face à ses doutes , en partant chercher des nouvelles idées à Tokyo, Los Angeles, La Nouvelle Orléans  et, pour finir, sur l’île grecque d’où est originaire sa famille. L’occasion de ramener des sons différents (chorale gospel, orchestre à cordes japonais , rébétiko) et de faire des rencontres inspirantes (les migrants de Mytilène).  Finalisé à Bruxelles, dans le studio de Damso, ce double album thérapeutique ne marque pas de  rupture avec les deux précédents et devrait finir d’imposer Nekfeu en patron du rap français. Son duo inattendu avec Vanessa Paradis (“Dans l’Univers“) pourrait aussi lui permettre de toucher un public encore plus  large.  On a hâte en tout cas  d’écouter les nouveaux titres en live au festival Crossover dont le rappeur de la Trinité sera l’une des têtes d’affiche au mois d’août.

Djian: Les Inéquitables

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Par MAB

Philippe Djian publie un roman à chaque printemps. Amélie Nothomb elle, c’est à l’automne. Lui aussi fait dans l’intrigue rapide et l’œuvre vite lue. Lui aussi en dit peu, laissant le reste, en creux. Il a ses fans, toujours les-mêmes. Comme elle.  Les inéquitables  va de nouveau les rassembler. C’est son seizième roman aux éditions Gallimard (après «Incidences » « Vengeances » « Ho »…) . Il est dans la même veine. 160 pages rapides qui installent des personnages toujours aussi énigmatiques, dans une cité indéterminée, au bord de l océan. Diana, dentiste de cinquante ans, se remet progressivement de la mort de son mari, Patrick, survenue il y a un an. Comment est-il décédé ? Encore un non dit ! Marc, le jeune frère de Patrick vit chez elle pour veiller sur sa santé et sa sécurité. On devine qu’il en est secrètement amoureux. Mais lui non plus n’est pas bavard. Lorsqu’il découvre fortuitement trois paquets de drogue échoués sur la plage – allez savoir comment ils sont arrivés là ? – la série noire continue pour le petit groupe qu’il forme avec le frère de Diana et Serge, le fils du maire, par ailleurs amant occasionnel de la belle dentiste…  On retrouve le fonctionnement habituel de Philippe Djian et son écriture si singulière: Des phrases vite dites. Du style oral agréable. Surtout, des personnages inclassables dans un univers corrosif ou l’amour et la mort se frôlent dans un total dérèglement. Un petit roman parfait pour jours d’été.

Roger Daltrey : My Generation

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A 75 ans passés, le chanteur des Who est toujours en pleine bourre. Après un excellent album solo sorti l’an dernier, il publie ses mémoires et on s’est régalé à les lire. Ex-metallo et petite frappe,  sauvé par le rock, Roger  Daltrey n’est pas un intello. Il parle cash et  écrit pareillement. On a l’impression de se faire raconter l’histoire des Who par leur chanteur,  au bar après un concert , avec une pinte de bière à la main. Le chanteur aux boucles aujourd’hui grisonnantes ne fait pas mystère de l’inimitié qui liait assez curieusement les quatre membres du groupe  et ne craint pas d’offenser la mémoire des deux disparus (Keith Moon et John Entwistle ) en révélant leurs plus mauvais penchants. En matière de frasques et de destructions,  les Who en tournée n’avaient rien à envier à Led Zeppelin,  et le récit de celle de Quadrophénia, en 1973 vaut son pesant de Guinness. Sur sa relation avec  le génie torturé qu’est Pete Townshend, Daltrey y va aussi franco,   mais le temps a fait son oeuvre et chacun désormais sait ce qu’il doit à l’autre : l’honneur d’avoir fait partie de l’un des plus grands groupes de l’histoire de la musique populaire et d’être encore là pour le raconter.

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Minuscule 2

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Le pitch

Lorsque tombent les premières neiges dans le Mercantour, il est urgent de préparer ses réserves pour l’hiver. Quitte à aller picorer chez les humains. Hélas, durant l’opération, une petite coccinelle se retrouve piégée dans un carton… à destination des Caraïbes ! Une seule solution : reformer l’équipe de choc.La coccinelle, la fourmi et l’araignée reprennent du service à l’autre bout du monde. Nouveau monde, nouvelles rencontres, nouveaux dangers… Les secours arriveront-ils à temps ?

Ce qu’on en pense

Sorti en 2013, Minuscule- La vallée des fourmis perdues avait mis en lumière le travail du couple Thomas Szabo, Hélène Giraud, jusqu’alors confinés au petit écran et aux épisodes courts de leur série d’animation à succès. Leur deuxième long-métrage fait mieux que confirmer leur talent. En six ans, beaucoup de progrès ont été accomplis côté technique et cela se voit à l’écran. L’image est magnifique, qu’elle soit réelle (Mercantour sous la neige, aéroport de Nice, plages de Guadeloupe…) ou de synthèse (insectes, décors…). Le mélange des deux est toujours aussi bluffant. Bien que stylisés, les petits héros à mandibules paraissent plus vivants que jamais et leurs aventures les mènent cette fois loin du Mercantour, dans des décors paradisiaques.  Les clins d’œil cinématographiques sont toujours aussi nombreux (une poursuite à la Star Wars, un bateau Playmobil tracté par des ballons comme la maison de Là-Haut, un abordage d’avion à la Mission Impossible…) et la B.O, signée Mathieu Lamboley, est splendide. Il y a cette fois, un peu plus de personnages humains. Cela tient autant au scénario (les insectes doivent prendre l’avion et circuler à bord de véhicules), qu’à l’envie avouée du couple de réalisateurs de réaliser un prochain film avec de vrais acteurs. Mais d’ici-là, il y aura un Minuscule 3, déjà en préproduction et dont l’action, coproduction internationale oblige, se situera en Chine. Nos coccinelles, fourmis et araignées préférées n’ont pas fini de voyager !

Interview : Viggo Mortensen

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Dans Green Book de Peter Farelly,qui vient de sortir en dvd,   Viggo Mortensen  joue un chauffeur-garde du corps Italo New-Yorkais à la Robert de Niro, qu’on croirait droit sorti d’un film de Martin Scorsese. Un parfait rôle de composition pour cet acteur danois mince, élégant et cultivé, qui parle cinq langues couramment, dont la nôtre. C’est en français qu’il a répondu à nos questions…

Connaissiez-vous l’existence du Green Book?
Oui, j’avais un livre pour enfants, Ruth et le Greenbook, qui racontait le voyage d’une jeune noire avec ses parents dans le Sud de l’Amérique.Une humiliation quotidienne…

Voyez-vous des similitudes entre l’Amérique d’aujourd’hui et celle de 1962 que décrit le film?
Évidemment, c’est un moment parfait pour le film en raison de la situation politique aux États-Unis. Mais ça aurait été un bon moment il y a dix ans et ça le sera sans doute encore dans vingt ans. Le racisme et la discrimination sont toujours d’actualité partout, hélas. Cela fait partie de la nature humaine. C’est le travail de chaque génération de lutter contre.En soi-même et dans la société…

Avez-vous été surpris qu’on vous propose un rôle d’Italo-New Yorkais?
Un peu oui, j’avoue. Mais pas plus que quand on m’a demandé de jouer Sigmund Freud! Dans ces cas-là, je me dis toujours que le réalisateur sait ce qu’il fait.Et puis j’ai rencontré le fils du vrai Tony Lip, qui m’a beaucoup aidé à rentrer dans le rôle en m’ouvrant les albums de famille et en me faisant écouter des enregistrements de son père. Il était très présent sur le tournage et quand je le voyais avec les larmes aux yeux à la fin d’une prise, je pouvais me dire que j’avais dû être juste.

Votre transformation physique est étonnante…
Prendre du poids n’a pas été le plus difficile: tout le monde est capable de bouffer des pizzas et des hamburgers à la chaîne. Le plus dur a été de prendre l’accent, de retrouver le vocabulaire de l’époque et de comprendre le personnage de l’intérieur sans le juger.

Avez-vous pensé à votre propre père?
Il était de la même génération que Tony, il a grandi dans le même milieu social. Sa façon de penser était typique de cette génération d’hommes qui ont été presque naturellement racistes. Il était drôle et têtu comme Tony.C’était un peu sa version danoise!

N’aviez-vous pas peur que Peter Farelly ne soit pas le réalisateur idéal pour cette histoire?
C’est vrai que ça étonne tout le monde dans le métier de la part du réalisateur de Mary à Tout Prix. Mais j’avais lu un de ses livres, The Comedy Writer et d’autres nouvelles de lui, je savais qu’il avait un côté sérieux. Après, on ne sait jamais: même de très bons réalisateurs peuvent faire de mauvais films. En l’occurrence, je pense que Pete a fait un film digne de Franck Capra et de Preston Sturgess.

JJ Cale : Stay Around

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Disparu en 2013 aussi discrètement qu’il avait vécu,   JJ Cale laisse un héritage musical qui va bien au delà de ses propres chansons (“After Midnight”, “Cocaine”,  pour ne citer que celles-là) : Eric Clapton et Mark Knopfler, entre autres, lui doivent une deuxième partie de carrière apaisée et digne. Six ans après sa mort, sort un nouvel album de chansons inédites  qui vont lui permettre de “rester dans le coin” (Stay Around) encore un peu de temps. Un disque d’une parfaite coolitude, qui ne dépare en rien son impeccable discographie et qu’on va écouter tout l’été en rêvant de siestes dans le hamac et de bière fraîche…      

Eric Clapton : Life In 12 Bars

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Premier des grands guitaristes anglais (Jeff Beck, Jimmy Page, Rory Gallagher…) à émerger du blues boom britannique du début des années 60, Eric Clapton est aussi– et de loin- le plus célèbre. Sa participation à des groupes devenus mythiques (Yardbirds, Cream, Blind Faith, Derek and the Dominoes) et ses succès commerciaux en solo (461 Ocean Boulevard, Slowhand, Unplugged…) en ont fait, à 73 ans, une des icônes les plus vénérées du rock. Un véritable Dieu de la guitare, considéré comme tel depuis qu’une main anonyme avait graphé sur les murs de Londres « Clapton is God », alors qu’il venait à peine d’intégrer les Yardbirds. Très attendu, le documentaire que lui consacre l’américaine Lili Fini Zanuck raconte évidemment la geste artistique de ce virtuose autodidacte de la six cordes, au travers de témoignages de ses proches et de ses pairs, d’images d’archives et de performances rares, remontant sa fabuleuse carrière. Mais ce sont surtout les confidences de l’artiste lui-même qui font l’intérêt du film et lui donnent son caractère poignant et autobiographique.La vie, en effet, n’a pas épargné Clapton, abandonné par sa mère lors de son plus jeune âge, soumis à diverses addictions (drogue et alcool), malheureux en amour (parce qu’éperdument amoureux de la femme de son meilleur ami, le Beatle George Harrison) et père dévasté par la mort de son jeune fils Connor, défenestré d’une chambre d’hôtel. Face caméra, l’artiste évoque ces moments douloureux avec pudeur, mais sans chercher à cacher sa part d’ombre. Celle d’un homme dont la dévotion au blues aura constitué, toute sa vie, l’unique planche de salut.

Green Book

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Le Pitch

En 1962, alors que règne encore la ségrégation, Tony Lip (Viggo Mortensen), un videur italo-américain du Bronx, est engagé pour conduire et protéger le Dr Don Shirley (Mahershala Ali),  pianiste noir de renommée mondiale, lors d’une tournée de concerts dans le sud des États-Unis. Durant leur périple, de Manhattan jusqu’au Sud profond, ils s’appuient sur un guide de voyages à l’usage des noirs américains (le fameux Green Book) pour dénicher les établissements pour personnes de couleur, où l’on ne refusera pas de servir Shirley et où il ne sera ni humilié, ni maltraité. Dans un pays où le mouvement des droits civiques commence à se faire entendre, les deux hommes vont être confrontés au pire de l’âme humaine, dont ils se guérissent grâce à leur générosité et leur humour. Ensemble, ils vont dépasser leurs préjugés, oublier ce qu’ils considéraient comme des différences insurmontables et découvrir leur humanité commune…

Ce qu’on en pense

C’est peu dire qu’on n’attendait pas du réalisateur de Dumb & Dumber et Mary à tout prix, Peter Farrelly, un film aussi profond et sensible que Green Book. Basé sur une histoire vraie, il raconte une tournée du pianiste de jazz Don Shirley dans le sud des États-Unis au début des années 60. Pour se déplacer, Shirley avait embauché un chauffeur- garde du corps du nom de Tony Lip, italo new-yorkais haut en couleur, brut de décoffrage et plutôt raciste, qui deviendra pourtant son ami pour la vie. Le film oscille plaisamment entre drame et comédie et reconstitue parfaitement l’Amérique ségrégationniste des années 60. Sorte d’Intouchables inversé (le patron est noir, l’employé blanc), où le handicap serait remplacé par le racisme, c’est LA bonne surprise de ce début d’année. Un « feelgood movie », dans lequel Mahershala Ali (découverte de Moonlight et vedette de la saison 3 de True Detective) et Viggo Mortensen (inoubliable Aragorn du Seigneur des anneaux) se donnent la réplique avec gourmandise, sur des dialogues particulièrement savoureux.  

Glass

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Le pitch

16 ans après les événements rapportés dans Incassable, David Dunn (Bruce Willis) est devenu un justicier qui traque les malfrats. Elijah Price (Samuel L. Jackson), l’homme souffrant du syndrome des os de verre, assommé de sédatifs pour l’empêcher de nuire, croupit dans un asile d’aliénés. Pendant ce temps, La Bête (James McAvoy), surnom de l’homme aux 23 personnalités différentes de Split, s’apprête à commettre de nouveaux meurtres

Ce qu’on en pense

Il fallait s’appeler M. Night Shyamalan pour fourguer à la fabrique de super héros que sont devenus les studios Disney depuis le rachat de Marvel, un scénario aussi tordu et politiquement incorrect que celui de Glass. Il s’agit, en effet, d’une suite d’Incassable (film dans lequel, on s’en souvient, les soi disant super-pouvoirs des protagonistes étaient associés à la folie) et de Split, dont le héros était un schizophrène habité par 23 personnalités différentes…Night Shyamalan pousse le bouchon encore plus loin, en faisant d’un asile d’aliénés le décor principal de Glass. Les super-héros ne seraient-ils donc que des malades mentaux, persuadés de détenir des pouvoirs qui ne seraient, en fait, que l’expression de leur folie? C’est la thèse que défend au début du film la psychiatre (Sarah Paulson) qui va tenter de rééduquer les trois protagonistes.Une très mauvaise idée! Ce dernier volet d’une trilogie que personne n’avait vue venir  est une totale réussite. Non seulement le scénario recolle parfaitement les morceaux entre Incassable et Split, mais Night Shyamalan hausse encore le niveau côté mise en scène. Plus encore qu’à Hitchcock, son maître revendiqué, c’est à Kubrick que l’on pense dans certaines scènes de Glass (celle de l’usine de briques devrait rester dans les annales). Certes, il vaut mieux avoir vu les deux films précédents (ou au moins Incassable, dont deux scènes sont reprises en flash-back) pour tout comprendre à l’histoire. Mais le scénario est tellement bien ficelé et la réalisation tellement fluide qu’on doit pouvoir s’en passer. Côté casting, c’est un peu à qui en fera le plus entre les trois vedettes. Mais la performance de James McAvoy, passant d’une personnalité à l’autre dans un battement de cils comme dans Split, laisse une fois de plus pantois. C’est lui le super-héros !