Hamnet
Par J.V
Le pitch
Angleterre, 1580. William (Paul Mescal), un professeur de latin désargenté, fait la connaissance d’Agnes (Jessie Buckley) , jeune femme à l’esprit libre. Fascinés l’un par l’autre, ils entament une liaison fougueuse avant de se marier et d’avoir trois enfants. Tandis que Will tente sa chance comme dramaturge à Londres, Agnes assume seule les tâches domestiques. Lorsqu’un drame se produit, le couple, autrefois profondément uni, vacille. Mais c’est de leur épreuve commune que naîtra l’inspiration d’un chef d’œuvre universel…
Ce qu’on en pense
Après une incursion malheureuse dans le film de super-héros (Les Eternels 2021), Chloe Zhao retourne à un cinéma plus proche de ses racines avec ce vrai-faux biopic de William Shakespeare centré sur sa relation avec son épouse et le deuil d’un de leurs enfants. Avec une intelligence et une sensibilité inouïes, la réalisatrice de Nomadland (2021) met en scène Jessie Buckley et Paul Mescal dans les rôles principaux pour une réflexion sur le pouvoir réparateur de l’écriture. Un film grandiose et bouleversant promis à une pluie d’Oscars.
Le Mage du Kremlin
Par J.V
Le Pitch
Russie, années 1990. L’URSS s’effondre. Dans le tumulte d’un pays en reconstruction, un jeune homme à l’intelligence redoutable, Vadim Baranov (Paul Dano), trace sa voie. D’abord artiste puis producteur de télé-réalité, il devient le conseiller officieux d’un ancien agent du KGB promis à un pouvoir absolu, le futur « Tsar » Vladimir Poutine (Jude Law).Plongé au cœur du système, Baranov devient un rouage central de la nouvelle Russie, façonnant les discours, les images, les perceptions. Mais une présence échappe à son contrôle : Ksenia (Alicia Vikander), femme libre et insaisissable, incarne une échappée possible, loin des logiques d’influence et de domination. Quinze ans plus tard, après s’être retiré dans le silence, Baranov accepte de parler. Ce qu’il révèle alors brouille les frontières entre réalité et fiction, conviction et stratégie. Le Mage du Kremlin est une plongée dans les arcanes du pouvoir, un récit où chaque mot dissimule une faille…
Ce qu’on en sait
Olivier Assayas adapte le roman éponyme de Giuliano da Empoli en prenant suffisamment de libertés pour en faire un thriller politique passionnant. Malgré une intrigue tentaculaire, le film éclaire la situation actuelle de la Russie en montrant comment le système totalitaire s’est mis en place et s’est perpétué depuis. Jouant à fond le mimétisme avec le personnage qu’il incarne Jude Law, campe un Poutine plus effrayant que nature face à un Paul Dano inspiré en nouveau Raspoutine. A voir !
Le Retour du projectionniste
Par Ph.D
Le pitch
Dans une région reculée des montagnes du Caucase, en Azerbaïdjan, Samid, réparateur de télévision, dépoussière son vieux projecteur 35mm de l’ère soviétique et rêve de rouvrir le cinéma de son village. Les obstacles se succèdent jusqu’à ce qu’il trouve un allié inattendu, Ayaz, jeune passionné de cinéma et de ses techniques. Les deux cinéphiles vont user de tous les stratagèmes pour que la lumière jaillisse de nouveau sur l’écran.
Ce qu’on en pense
Un Cinema Paradiso azérbaïdjanais… Mais pas seulement ! Le film se présente comme un documentaire (l’histoire vraie d’un ancien projectionniste de cinéma devenu réparateur de télévisions dans son village des montagnes du Caucase), mais il a été tourné comme une fiction. L’image est magnifique et la mise en scène sans cesse inventive. Dans leurs propres rôles les villageois sont parfaitement dirigés et l’effet d’immersion est total. Comme son modèle, Le Retour du projectionniste est une ode au cinéma et aux projections en public, en même temps qu’un instantané saisissant sur la vie dans ces régions reculées du Caucase, où la simple commande d’une ampoule de projecteur relève de l’épopée et où une projection devient une aventure collective. Formidable !
The Amateur
Par J.V
Le pitch
Charlie Heller (Rami Malek), un cryptographe de la CIA aussi brillant qu’introverti, voit son existence basculer lorsque sa femme, Sarah (Rachel Brosnahan), décède dans une attaque terroriste perpétrée à Londres. Déplorant l’inaction de sa hiérarchie, il prend l’affaire en main et se lance à la recherche des assassins, entamant un dangereux voyage à travers le monde pour assouvir sa vengeance…
Ce qu’on en pense
Après le dramatique Une vie , porté par Anthony Hopkins, James Hawes signe avec The Amateur un thriller à l’ancienne, dans lequel Rami Malek campe un justicier solitaire qui se sert de son intellect plutôt que de ses muscles pour assouvir sa vengeance. Un polar efficace dans la veine de ceux que réalisait le regretté Ridley Scott à la fin des années 1990 ( Ennemi d’État, Spy Game). Du travail de pro.
The Rip
Par Ph.D
Le Pitch
La méfiance s’installe au cœur d’une équipe de flics de Miami après la découverte de 20 millions en cash dans une planque abandonnée. À mesure que se répand la nouvelle de l’ampleur de la saisie, plus personne ne sait à qui se fier… Entre FBI, DEA, flics ripoux du quartier, guetteurs du cartel et autres malfrats appâtés par l’odeur des dollars, qui empochera le magot ?
Ce qu’on en pense
Amis de longue date, à la ville comme à l’écran, Ben Affleck et Matt Damon sont à nouveau réunis pour ce thriller policier signé Joe Carnahan (Point Blank Bad Boys for Life). Réalisation nerveuse, casting sans défaut, scénario et dialogues bien troussés… Rien à redire sur cette grosse production Netflix, trés formatée mais prenante. Les midinettes comme nous pourront même verser une petite larme sur (attention spoiler) le dernier plan des deux acteurs vedettes sur la plage au soleil couchant.
Festival Télérama
Par la rédaction
Le Festival Cinéma Télérama revient pour une 28e édition, du 21 au 27 janvier. Au programme 16 reprises des meilleurs films de 2025 et 7 avant-premières pour 4 € la séance. Voici le programme (cliquer sur le titre du film pour lire la critique ou voir la fiche).
Reprises
– Une Bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson
– La Petite dernière, de Hafsia Herzi
– Valeur Sentimentale, de Joachim Trier
– Sirât, de Oliver Laxe
– The Brutalist, de Brady Corbet
– L’Inconnu de la Grande Arche, de Stephane Demoustier
– La trilogie d’Oslo, de Dag Johan Haugerud
– Un Simple accident, de Jafar Panahi
– Miroirs N°3, de Christian Petzold
– Black Dog, de Guan Hu
– Nino, de Pauline Loques
– Mémoires d’un escargot, de Adam Elliot
– L’Agent secret, de Kleber Mendoça Filho
– Nouvelle Vague, de Richard Linklater
–Partir un jour d’Amélie Bonnin
– Je suis toujours là, de Walter Salles
Avant premières
- A Pied d’œuvre de Valérie Donzelli
- The Mastermind de Kelly Reichardt
- Baise en ville de Martin Jauvat
- Promis le ciel d’Erige Sehiri
- Urchin de Harris Dickinson
- Le Gâteau du président de Hasan Hadi
- La vie après Siham de Nabir Abdel Besseeh
Novocaïne
Par J.V
Le pitch
Lorsque la fille de ses rêves est kidnappée, Nate (Jack Quaid), un homme ordinaire, transforme son incapacité à ressentir la douleur en une force inattendue dans son combat pour la retrouver.
Ce qu’on en pense
A un détail près, le héros de ce film d’action « à la John Wick » (incarné par le fils de Dennis Quaid et de Meg Ryan, découvert dans la série The Boys) est un homme parfaitement ordinaire, voire fragile et introverti. Sa particularité : une maladie neurologique le rend insensible à la douleur physique. Embarqué dans une quête pour libérer sa belle de méchants kidnappeurs, il en fera un atout redoutable. Prétexte pour les réalisateurs à multiplier des scènes de baston dans lesquelles tout le monde en prend plein la gueule. C’est amusant un moment, mais pas très consistant sur la durée. D’autant que la réalisation manque de punch. Un comble pour ce genre de film…
L’Amour c’est surcoté
Par J.V
Le pitch
Diagnostiqué “nul avec les meufs” depuis son plus jeune âge, Anis (Hakim Jemili) mène une existence charnelle placée sous le signe du calme plat. Trois ans jour pour jour après la perte d’Isma, son meilleur ami et mentor, il prend son courage à deux mains et se décide enfin à sortir faire de nouvelles rencontres. Sauf qu’en abordant Madeleine (Laura Felpin), Anis ignore que débute une grande aventure. Un truc inattendu. Un truc qui s’appelle “l’amour”…
Ce qu’on en pense
Mourad Winter réussit à transposer l’esprit stand-up de son propre roman dans cette romcom moderne où fusent vannes et punchlines sans donner l’impression d’un enchaînement de sketches. Hakim Jemili et l’incontournable Laura Felpin y trouvent leurs meilleurs rôles et font des étincelles. Une bonne surprise.
Furcy, né libre
Par Ph.D
Le pitch
Île de la Réunion, 1817. À la mort de sa mère, l’esclave Furcy (Makita Samba) découvre des documents qui pourraient faire de lui un homme libre. Avec l’aide d’un procureur abolitionniste (Romain Duris), il se lance dans une bataille judiciaire pour la reconnaissance de ses droits…
Ce qu’on en pense
Pour son deuxième long métrage le rappeur Abd Al Malik adapte « L’affaire de l’esclave Furcy » de Mohammed Aïssaoui (Prix Renaudot 2010) qui retrace, à travers le portrait d’un affranchi, l’histoire de l’esclavage à La Réunion. Un sujet que le cinéma français a jusqu’ici très peu abordé. Abd Al Malik le fait avec le même lyrisme que dans ses chansons. La mise en scène et la photo sont très soignées et l’interprétation est sans défaut, notamment en ce qui concerne les deux acteurs principaux, Makita Samba (découvert dans Les Olympiades de Jacques Audiard) et Romain Duris, toujours impeccable. L’histoire vraie de Furcy est édifiante et Abd Al Malik en livre une version passionnante. Le film ne souffre, en vérité, que d’un seul véritable défaut : la comparaison avec 12 Years A Slave de Steve McQueen, auquel on songe forcément.
L’Affaire Bojarski
Par Ph.D
Le Pitch
Jan Bojarski (Reda Kateb), jeune ingénieur polonais, se réfugie en France pendant la guerre. Il y utilise ses dons pour fabriquer des faux papiers pendant l’occupation allemande. Après la guerre, son absence d’état civil l’empêche de déposer les brevets de ses nombreuses inventions et il est limité à des petits boulots mal rémunérés… jusqu’au jour où un gangster lui propose d’utiliser ses talents exceptionnels pour fabriquer des faux billets. Démarre alors pour lui une double vie à l’insu de sa famille. Très vite, il se retrouve dans le viseur de l’inspecteur Mattei (Bastien Bouillon), meilleur flic de France.
Ce qu’on en pense
Après La Daronne, Jean Paul Salomé s’intéresse à un autre drôle de daron : Jan Bojarski, inventeur malheureux, mais faussaire génial, dont le film raconte la double vie et la traque par un policier d’élite incarné par l’incontournable Bastien Bouillon. Reda Kateb, campe un Bojarski trés crédible avec comme acolyte un toujours étonnant Pierre Lottin. La réalisation, très académique, rend hommage à l’incroyable histoire de Bojarski, dont on a aujourd’hui oublié les exploits mais qui a fait, à son époque, trembler la Banque de France avec des faux billets tellement bien imités qu’ils étaient presqu’indétectables. A tel point que certains se vendent aujourd’hui comme des oeuvres d’art !
Sans pitié
Par Ph.D
Le pitch
Maria (Laura Sepul) élève seule ses deux fils, Ryan (Tewfik Jallab) et Dario (Adam Bessa). À eux trois ils tiennent le stand de tir dans une petite fête foraine. Après une balade en moto avec son grand frère, Dario disparait et reste introuvable. C’est seulement le lendemain qu’il réapparait blessé et muré dans le silence. Vingt ans plus tard, à la mort de leur mère, les deux frères se retrouvent. Dario a reconstruit sa vie au Canada, alors que Ryan est lui, resté à Ferris Wheel, vivant du stand et de petites combines. Dario redécouvre cette vie foraine, presque oubliée, et la famille qui la compose. Mais un soir, parmi l’entourage de Ryan, il se retrouve par hasard, face à l’un de ses ravisseurs. De ce jour, les deux frères doivent composer avec d’un côté la vengeance, et de l’autre, le pardon…
Ce qu’on en pense
Originaire de Hyères, Julien Hosmalin a vécu près du parc forain Magic World. Un voisinage qui a marqué son imagination puisqu’il y a situé son premier court métrage et que son nouveau long immerge le spectateur dans l’univers forain. Pur film de genre, Sans Pitié offre à Tewfik Jallab et Adam Bessa deux beaux rôles de frères manouches embarqués dans un cycle de vengeance. Sous influence James Gray et Nicolas Winding Refn, le film s’adresse aux amateurs de polars noirs et violents. On ne regrette pas d’avoir pris son ticket de manège !
Abel
Par Ph.D
Le pitch
Dans le tumulte post-soviétique du Kazakhstan en 1993, les fermes collectives sont démantelées et les propriétés sur le point d’être privatisées. Les dirigeants locaux ont depuis longtemps outrepassé leurs pouvoirs officiels, se partageant les ressources comme ils l’entendent. Abel, éleveur local, voudrait simplement sa part, mais la situation est plus complexe qu’il ne l’imaginait. Doit-il jouer le jeu de la corruption ou défendre ce qui lui paraît juste ?
Ce qu’on en pense
Dans la lignée de l’excellent Tulpan de son compatriote Sergey Dvortsevoy, le Kazakhe Elzat Eskendir signe un premier long métrage puissant, qui dénonce la violence et la corruption qui se sont emparées de son pays après la chute de l’URSS. On y suit les déboires d’un malheureux éleveur de moutons face au démantèlement de la ferme collective qu’il dirigeait depuis des années. Confronté à la corruption et à la violence de l’autorité représentée par l’ancien chef de région et à la rapacité des autres éleveurs, le vieil Abel (Erlan Toleutai) pourra-t-il sauver sa ferme et sa famille ? Un western âpre et poignant, dans les paysages désolés de la steppe kazakhe.
13 jours 13 nuits
Par J.V
Le Pitch
Kaboul, 15 août 2021. Alors que les troupes américaines s’apprêtent à quitter le territoire, les Talibans prennent d’assaut la capitale et s’emparent du pouvoir. Au milieu du chaos, des milliers d’afghans tentent de se réfugier dans le dernier lieu encore protégé : l’Ambassade de France. Seuls, le commandant Mohamed Bida (Roschdy Zem) et ses hommes en assurent la sécurité. Pris au piège, il décide de négocier avec les Talibans pour organiser un convoi de la dernière chance avec l’aide d’Eva (Lyna Khoudri), une jeune humanitaire franco-afghane. Commence alors une course contre la montre pour évacuer les réfugiés jusqu’à l’aéroport et fuir l’enfer de Kaboul avant qu’il ne soit trop tard…
Ce qu’on en pense
L’éclectique Martin Bourboulon (Papa ou Maman , Les Trois Mousquetaires , Eiffel …) adapte le récit de Mohamed Bida, qui a réussi à exfiltrer près de 3000 personnes de l’enfer de Kaboul repris par les Talibans. Roschdy Zem incarne avec charisme le héros de l’Ambassade de France, dans un film redoutablement réaliste et immersif. Dommage qu’on ait l’impression de l’avoir déjà vu si on a regardé l’excellente série de France TV, Kaboul qui racontait la même chose en s’appuyant sur les mêmes témoignages…
Goodbye June
Par Ph.D
Le pitch
En fin de vie, June (Helen Mirren) est hospitalisée à la veille de Noël et placée en soins palliatifs. Sa famille se réunit autour d’elle pour la première fois depuis longtemps. Vieilles rancunes, égoïsmes et jalousies ne tardent pas à prendre le pas sur la compassion. La vieille dame va devoir employer ses dernières forces pour résouder les liens distendus…
Ce qu’on en pense
L’héroïne de Titanic, Kate Winslet, passe pour la première fois derrière la caméra pour ce classique « film de famille » produit par Netflix. Elle joue également l’une des trois filles de June (Helen Mirren) qui se meurt à l’hôpital mais ne veut pas partir avant d’avoir réconcilié les 3 soeurs (Kate Winslet, Andrea Riseborough, Toni Colette) , leur frère (Johnny Flynn) et leur père (Timothy Spall). Une jolie réalisation servie par un casting de choix et de bons dialogues qui font oublier quelques lourdeurs.
Pile ou face
Par Ph.D
Le pitch
À l’aube du XXe siècle, le Wild West Show de Buffalo Bill (John C. Reilly) arrive en Italie pour vanter le mythe de la conquête de l’Ouest. Après un rodéo meurtrier et un baiser volé, Rosa (Nadia Tereszkiewicz) et son cow-boy d’amant, Santino (Alessandro Borghi) s’enfuient dans la nature italienne, poursuivis par Buffalo Bill…
Ce qu’on en pense
Découvert au Certain Regard à Cannes 2025, le nouveau film de Alessio Rigo de Righi et Matteo Zoppis (La Légende du Roi Crabe) s’amuse avec le western spaghetti en orchestrant une cavale amoureuse et meurtrière, à l’occasion de la visite du cirque de Buffalo Bill en Italie au début du siècle dernier. L’occasion pour les deux réalisateurs de jouer avec les codes du western Sergioleonien, avec Nadia Terezkiewicz dans le rôle de la belle enlevée par le beau cowboy (Alessandro Borghi). Les deux manquent, hélas, de sex appeal pour rendre le pastiche un tant soit peu émoustillant, tandis que John C Relly cachetonne en Buffalo Bill de pacotille dans une campagne Toscane qui peine à évoquer le Far West. La réalisation a beau multiplier les citations et les effets de style, on s’ennuie plus qu’on ne devrait. Rendez-nous Trinita !
















