Pour le meilleur
Par Ph.D
Le pitch
L’incroyable histoire d’amour entre Philippe Croizon (Pierre Rabine) , un homme privé de ses quatre membres et de Suzana (Lily Fleur Pointeaux) , une femme qui va lui redonner l’énergie et la possibilité d’avoir encore des rêves, dont celui de traverser la Manche à la nage.
Ce qu’on en pense
Porté par la prestation solaire de Lily Fleur Pointeaux, ce biopic touchant de Philippe Croizon signé Marie-Castille Mention Schaar (Le Ciel attendra, Divertimento) met en scène le parathléte quadri-amputé Pierre Rabine dans le premier rôle. Un choix payant pour la crédibilité du film, véritable hymne à l’amour, au couple et au courage partagé. Les scènes de nage en mer ont été filmés dans le Var, près de Toulon.
Michael
Par J.V
Le pitch
L’histoire de Michael Jackson (Jafaar Jackson) au-delà de la musique, depuis la découverte d’un talent hors du commun en tant que leader des Jackson Five, jusqu’à l’artiste visionnaire dont l’ambition créative a alimenté une quête incessante pour devenir le plus grand artiste au monde.
Notre avis
Un biopic de Michael Jackson, pour quoi faire ? Sa vie et son oeuvre ont déjà fait l’objet de nombreux documentaires, ses prestations scéniques ont largement été filmées, ses clips sont entrés dans l’histoire et des soupçons de pédophilie ont plombé sa fin de carrière. Pour quoi faire alors? Des sous, pardi ! Universal Pictures espère au bas mot 700 millions de recettes pour cet « hagiopic » confié à un spécialiste du blockbuster US, Antoine Fuqua, dont le nom évoque plus une marque de laxatif qu’un possible chef d’oeuvre cinématographique. Le film retrace la carrière du King of Pop de ses débuts avec les Jackson Five à la sortie de Bad, ce qui permet fort avantageusement d’éviter d’aborder l’épineuse question des poursuites judiciaires. Une suite portant sur sa fin de carrière et sa mort serait envisagée, mais on se doute bien qu’elle ne verra jamais le jour… Le scénario se concentre sur la relation traumatique au père et à la célébrité, avec moults reconstitutions de scènes de concerts. Jafaar Jackson, neveu de la star, est crédible dans la rôle, mais il est loin d’avoir la grâce de son oncle. Comme lui, la réalisation reconstitue la réalité sans en avoir l’impact. Tout est convenu, déjà vu, sans originalité, ni intérêt. A part la musique, évidemment, qu’on a plaisir à réécouter à plein volume en Dolby stéréo.
Soumsoum
Par Ph.D
Le pitch
Dans un village isolé du Tchad, Kellou (Maimouna Miawama) est traversée par des visions qu’elle ne comprend pas. Grâce à sa rencontre avec Aya (Achouackh Abakar Souleymane), une exilée aux secrets douloureux, elle va découvrir une autre façon de regarder son passé, ses rêves et son village. Mais en prenant la défense d’Aya, que le chef du village tente de chasser, elle se heurte à la peur et à la colère des habitants, et devra se battre pour garder sa liberté.
Ce qu’on en pense
Le nouveau film du cinéaste Tchadien Mahamat Saleh Haroun a été tourné sur le plateau de l’Ennedi, dans le Nord-Est du Tchad, site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO pour ses décors extra terrestres. On y suit les efforts désespérés de la jeune héroïne (Maimouna Miawama, une découverte) pour échapper au poids des croyances et au patriarcat. Empreint de réalisme magique et d’une grande beauté formelle, le film n’échappe, hélas, pas au manichéïsme et l’ennui guette le spectateur au détour des sublimes structures minérales du désert tchadien.
Vil & Misérable
Par Ph.D
Le pitch
Lucien (Fabien Cloutier) est un diable morose descendu sur Terre il y a plus de 350 ans. Libraire passionné par son métier, il voit sa tranquillité perturbée par l’arrivée de Daniel (Pier-Luc Funk), un collègue humain et enthousiaste. Contraints de faire équipe pour sauver leur librairie, ils se retrouvent malgré eux au cœur d’une mission improbable.
Ce qu’on en pense
Adapté de la bande dessinée québécoise éponyme de Samuel Cantin, Vil & Misérable distille un humour absurde à la Fabcaro. On peine toutefois à s’intéresser aux péripéties tragicomiques qui émaillent la quête des deux héros. La faute sans doute à une réalisation tout juste digne d’ une webserie.
Caravane
Par J.V
Le Pitch
Ester (Aňa Geislerovà) élève seule David (David Vostrčil), son fils, atteint d’une déficience intellectuelle. En vacances chez des amis en Italie, la tension monte après une crise de David. Ils se retrouvent exilés dans une vieille caravane au fond du jardin. C’en est trop pour Ester. Sur un coup de tête, ils prennent la route. Quand Zuza (Juliana Olhová), jeune routarde sans préjugés, embarque à leurs côtés, un trio bancal mais sincère se forme, entre joie fragile et liberté inattendue…
Ce qu’on en pense
La cinématographie n’est généralement pas la qualité principale des films sur le handicap. Caravane est l’une des exceptions qui confirment la règle. La mise en scène à la fois naturaliste et sensorielle de Zuzana Kirchnerová rend vraiment mémorable cette cavale d’une mère et son fils handicapé mental dans le sud de l’Italie. Ana Geislerova est formidable dans le rôle de mère-courage qui lui est dévolu. Un premier film prometteur qui laisse espèrer que la réalisatrice tchèque, lauréate de la Ciné Fondation à Cannes en 2009, ne mettra pas quinze ans pour réaliser son deuxième long métrage.
Affection Affection
Par Ph.D
Le pitch
Sur la Côte d’Azur, une adolescente disparaît le jour de son anniversaire. Géraldine (Agathe Bonitzer), employée municipale, s’improvise alors détective. Personne n’a rien vu mais tout le monde a son mot à dire et Géraldine aura du mal à ne pas se laisser submerger par les potins, les théories et les croyances de chacun. Et ce n’est pas le retour inopiné de sa mère (Nathalie Richard) qui va lui faciliter la tâche. Une petite ville, c’est bien connu, c’est plein de petits crimes…
Ce qu’on en pense
Ecrit à quatre mains sur le mode « marabout-bout de ficelle » et tourné en hiver entre Cavalaire et Bormes les mimosas, Affection Affection est un OFNI (objet filmique non identifié) de plus à mettre au crédit du jeune cinéma français. Cela débute comme une série Netflix par la disparition d’une adolescente et de son père le soir du 17e anniversaire de la première. La jeune maîtresse du papa, Géraldine (Agathe Bonitzer, concernée et distante à la fois), est la seule à s’en inquiéter et à les rechercher. C’est « Géraldine détective« , dans un film à la Rivette. Sur ces entrefaites, réapparaît la mère de l’héroïne (Nathalie Richard) qu’elle n’a plus vu depuis ses 17 ans (elle en a 34). Outre l’ambiance « hors saison » de cette fausse station balnéaire constituée de plusieurs communes varoises, les deux scénaristes-réalisateurs semblent avoir bloqué sur l’homophonie mer-mère-maire (le père de la disparue est le premier magistrat du village) et sur les phénomènes d’apparition-disparition. Des trois « mer-mères-maire », seule la mer reste dans le cadre. Les autres ont une fâcheuse tendance à se noyer ou à disparaître. Assez vite, la réalité se brouille et l’enquête avance comme dans un rêve nocturne. Le spectateur pourra trouver ça barré, drôle et charmant ou sans queue ni tête, selon son humeur du moment ou son degré de cinéphilie, mais il lui sera difficile de ne pas avoir d’affection (affection) pour les protagonistes de ce petit film qui sent bon le maquis et les embruns.
La Corde au cou
Par Ph.D
Le pitch
Ceci est l’histoire vraie de Tony Kiritsis (Bill Skarsgård), un homme ruiné à cause d’un emprunt. A Indianapolis, le 8 février 1977, il kidnappe le fils du courtier responsable de sa situation. Il réclame 5 millions de dollars et des excuses. La prise d’otage va durer 63 heures, sous les yeux de la télévision locale, puis nationale. L’Amérique se passionne pour cette affaire. Chacun choisit son camp. Tony est-il un criminel, ou simplement une victime qui réclame justice ?
Ce qu’on en pense
Gus Van Sant est de retour avec cet hommage à Un après midi de chien (Sydney Lumet 1975) dans lequel on retrouve Al Pacino pour deux scènes géniales. Dans le rôle du preneur d’otage, Bill Skarsgård inscrit son nom juste après celui de son modèle dans la liste des grandes performances du genre. La réalisation, à la patine trés seventies, est aussi un bel hommage au nouvel Hollywood et donnera, on l’espère envie aux plus jeunes cinéphiles de découvrir cette riche période du cinéma US. Dommage que la dénonciation du capitalisme sauvage (certes d’actualité avec l’affaire Luigi Mangione), manque d’acuité et empêche le film de dépasser le niveau de l’exercice de style (très) réussi.
Nice: Festival In & Out
Par la rédaction
La 18e édition des Rencontres cinématographiques In&Out Nice se tiendra du 23 avril au 4 mai, accompagnée cette année de deux temps forts. L’exposition Out of Body, présentée du 4 avril au 30 mai à la galerie Espace à vendre, réunit quatre artistes — Tom de Pékin, Lazare Lazarus, Yannick Cosso et Latifa Lekhdar — avec qui dont nous partageons les univers esthétiques et une certaine idée de l’engagement. Et l’exposition Nice Queer : une histoire à écrire, au 109. Côté cinéma, In&Out affirme plus que jamais son exigence et sa curiosité. Le Panorama proposera douze avant-premières offrant le meilleur du cinéma queer actuel. Des hommages documentaires seront consacrés à Hélène Hazera et Lionel Soukaz. Deux programmations thématiques viendront nourrir notre réflexion : l’une autour du cinéma d’animation queer, l’autre sur la place des personnes migrantes lgbtqia+. Deux séances exceptionnelles compléteront cet ensemble : la version longue du film de Pedro Pinho, Le Rire et le Couteau (2025), et la version restaurée du deuxième film de Catherine Corsini, Les Amoureux (1994).
Le court métrage occupera, lui aussi, une place centrale : avec la 3e Nuit du « Queer-métrage », le 2e concours « Short en Queer DIY (do it yourself) », en lien avec l’exposition Nice Queer, ainsi qu’un cabaret adapté du premier court de Jérémy Piette, Le Garçon qui la nuit.
Truly Naked
Par Ph.D
Le pitch
Alec (Caolan O’Gorman) vit seul avec son père Dylan (Andrew Howard) , acteur et producteur de films X. Comme il travaille à domicile, Alec a été exposé depuis son plus jeune âge à la pornographie. Depuis quelque temps, c’est même lui qui tient la caméra pour filmer les ébats de son père. Le quotidien du lycéen devient difficile à dissimuler lorsqu’il se rapproche de Nina (Safiya Benaddi) , une camarade de classe…
La sexualité des adolescents à l’épreuve de la pornographie : la réalisatrice Muriel d’Ansembourg s’empare du sujet avec frontalité. Plusieurs scènes, très crues, provoquent le malaise chez le spectateur, transformé bon gré mal gré en voyeur. Heureusement, les deux jeunes acteurs apportent un peu de fraicheur et d’innocence à cet environnement plutôt glauque.
Hayat
Par Ph.D
Le pitch
Contrainte à un mariage arrangé, Hicran (Miray Daner) s’enfuit de chez elle. Inquiété par sa disparition, son supposé fiancé Riza (Burak Dakak) quitte son village pour Istanbul, à la recherche de celle qu’il n’a pas eu le temps de connaître. Face à la réalité d’un monde masculin qui veut la soumettre, Hicran s’abandonne à son destin…
Ce qu’on en pense
Achevé en 2023 et choisi pour représenter son pays aux Oscars 2025, ce beau film Turc sort enfin en France: cela valait la peine d’attendre. Sa durée (2h40), ne doit pas décourager les bonnes volontés, on ne s’y ennuie jamais. L’histoire- classique dénonciation du patriarcat – ne cesse d’évoluer et de surprendre. La réalisation est digne de Nuri Bilge Ceylan, en plus dynamique. On est cueilli par la beauté des images et des cadres. Un nouveau grand du cinéma Turc est né. Retenez son nom : Zeki Demirkubuz.
Juste une illusion
Par Ph.D
Le pitch
1985. Vincent (Simon Boublil), bientôt 13 ans, vit en banlieue parisienne dans une famille de la classe moyenne, entre un grand frère distant (Alexis Rosensthiel) et des parents (Camille Cottin, Louis Garrel) aimants mais absorbés par leurs problèmes de couple et de carrière. A la veille de sa bar mitzvah, le petit monde douillet de Vincent entre en ébullition…
Ce qu’on en pense
Cinéastes du « vivre ensemble », Olivier Nakache et Eric Toledano ne pouvaient pas ne pas filmer la décennie qui, à la fois, le symbolise et en marque le déclin. Retour donc aux années 80, qui sont celles de leur adolescence, avec un jeune héros (Simon Boublil, une découverte) qui leur ressemble sans doute beaucoup. On le suit dans les semaines qui précèdent sa bar mitzvah, découvrant que son père (Louis Garrel frisé et moustachu) a été licencié mais fait toujours semblant d’aller au travail, que sa mère (Camille Cottin, épatante) a des ambitions professionnelles (et un prétendant qu’elle ignore gentiment, l’excellent Pierre Lottin) , que son grand frère (Alexis Rosensthiel, trés bien ) deale des cassettes de new wave pirates et qu’il est amoureux de la plus jolie fille de la classe (qui le snobe, évidemment). Le temps de conquérir son coeur (sur un malentendu) et de récupérer une cassette porno malencontreusement égarée chez le rabbin, Vincent sera déjà presqu’un adulte… Chez d’autres réalisateurs, ce « coming of age » euphorisant serait mièvre ou lourdingue. Avec les Nakadano tout passe en finesse, avec intelligence et sensibilité. La comparaison avec le Spielberg de The Fabelmans n’est pas usurpée. Comme le suggère le titre (emprunté à Jean-Louis Aubert et non inclus dans la BO), toute cette innocence et cette joie de vivre ensemble n’était sans doute qu’illusion. Mais qu’est-ce que c’était bon !
Romeria
Par Ph.D
Le pitch
Afin d’obtenir un document d’état civil pour ses études supérieures, Marina (Llucia Garcia) , adoptée depuis l’enfance, doit renouer avec une partie de sa véritable famille. Guidée par le journal intime de sa mère qui ne l’a jamais quittée, elle se rend sur la côte de Galice et rencontre tout un pan de sa famille paternelle qu’elle ne connait pas. L’arrivée de Marina va faire ressurgir le passé. En ravivant le souvenir de ses parents, elle va découvrir les secrets de cette famille, les non-dits et les hontes…
Ce qu’on en pense
Troisième long métrage de la réalisatrice espagnole Carla Simon, Romeria n’a pas retenu les suffrages du jury lors de sa présentation cannoise, mais il a laissé un souvenir profond aux festivaliers qui ont eu la chance de l’y découvrir en avant première. Avec ce nouveau film, Carla Simon confirme qu’elle est un des plus purs talents du nouveau cinéma espagnol. Creusant la veine autobiographique d’Eté 93, dans un style naturaliste qui n’exclut pas l’onirisme, ni l’émotion, elle met en scène une formidable débutante (Lluca Garcia étonnante de naturel), dressant l’autoportrait sensible d’une jeune fille adoptée partie à la rencontre d’une famille paternelle, dont elle ignore presque tout. Les paysages venteux de la Galice donnent au film une âpreté que tempère la douceur de la jeune héroïne, résolue à découvrir la vérité sans forcément rouvrir les plaies du passé. La seule force de sa présence suffisant à mettre chacun face à ses devoirs vis à vis de passé familial…
Indomptables
Par J.V
Le pitch
À Yaoundé, le commissaire Billong (Thomas Ngijol) enquête sur le meurtre d’un officier de police. Dans la rue comme au sein de sa famille, il peine à maintenir l’ordre. Homme de principe et de tradition, il approche du point de rupture….
Ce qu’on en pense
Belle surprise que ce premier long métrage signé de l’humoriste Thomas Ngijol, qui délaisse la comédie le temps d’ un polar naturaliste dans la veine sombre de Bad Lieutenant ou Le Caire confidentiel. Le néo réalisateur, qui tient aussi le premier rôle, parvient à trouver la bonne distance pour dépeindre la société camerounaise, sans tomber dans les clichés, le moralisme, ni la caricature. A voir !
09Cannes 2026: Le programme
Par Ph.D
Un film de Steven Soderbergh sur John Lennon, un autre sur (et encore un autre avec) Eric Cantona, un biopic de Charles de Gaulle, le retour de Nicolas Winding Refn, John Travolta et Andy Garcia réalisateurs, Park Chan-wook président, Eye Haïdara maitresse de cérémonie, Barbra Streisand et Peter Jackson honorés… Le casting de Cannes 2026 (12-23 mai) a été dévoilé le 9 avril par Thierry Frémaux, délégué général du Festival. Une sélection marquée par l’absence des grands studios US, une forte présence espagnole (avec Almodovar en majesté) et beaucoup de films historiques. La France fera l’ouverture hors compétition le 12 mai avec La Vénus électrique de Pierre Salvadori.
Le Cri des gardes
Par J.V
Le pitch
Un vaste chantier de travaux publics en Afrique de l’Ouest. Horn, le patron (Matt Dillon), et Cal, un jeune ingénieur (Tom Blyth) , partagent une habitation provisoire derrière les doubles grilles de l’enceinte réservée aux blancs. Leone, future épouse de Horn, arrive d’Europe le soir même où un homme qui s’est introduit par effraction surgit derrière les grilles. Il s’appelle Alboury (Isaach de Bankolé). Il ne quittera pas les lieux tant qu’on ne lui aura pas rendu le corps de son frère, mort sur le chantier…
Ce qu’on en pense
Retour en Afrique pour Claire Denis, qui y a débuté avec Chocolat. Elle y adapte Combat de nègre et de chiens de Bernard Marie Koltès, que Patrice Chereau avait créé au théâtre en 1983. Malgré le recours au flash-back, le film peine à se départir de sa forme théâtrale et le cabotinage malheureux de Matt Dillon dans le rôle du méchant colon n’arrange rien. Collaborateur de la première heure de la réalisatrice (et de Koltès !) , Isaach de Bankolé parvient tout de même à faire passer l’émotion de son personnage en quête de justice, dans un système verrouillé par la colonisation et le racisme.
















