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Toutes les vies de Kojin

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Le Pitch

Diako Yazdani, réfugié politique en France, retourne voir sa famille au Kurdistan iranien et leur présente Kojin,  un jeune homosexuel de 23 ans qui cherche à exister au sein d’une société où il doit cacher ce qu’il est…

Ce qu’on en pense

Dans ce documentaire à la première personne, Diako Yazdani questionne  une société viscéralement homophobe en confrontant ses interlocuteurs directement avec l’un des objets de leur aversion : Kojin, un garçon doux et gentil,  qui ne demande qu’à vivre son homosexualité au grand jour. Les discussions qui naissent de ces rencontres et que la caméra filme sans filtre, sont effarantes.  Le rejet que provoque le malheureux garçon montre à quel point le tabou religieux est profondément ancré. Malgré tout, un sentiment de solidarité et de fraternité se dégage du film,  grâce au regard empathique du réalisateur. L’espoir d’une  évolution des mentalités demeure.

Deux

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Le pitch

Nina et Madeleine sont profondément amoureuses l’une de l’autre. Aux yeux de tous, elles ne sont que de simples voisines vivant au dernier étage de leur immeuble. Au quotidien, elles vont et viennent entre leurs deux appartements et partagent leurs vies ensemble. Personne ne les connaît vraiment, pas même Anne, la fille attentionnée de Madeleine. Jusqu’au jour où un événement tragique fait tout basculer

Ce qu’on en pense

Un premier film casse gueule sur les tendres amours de lesbiennes septuagénaires qui se cachent du voisinage et de leur famille pour vivre en paix leur love story tardive. La soudaine maladie de l’une, qui n’a jamais eu le courage d’avouer sa relation à sa fille,  va changer la donne et compliquer les choses. Le réalisateur italien Filippo Meneghetti se tire plutôt bien de l’affaire, bien aidé par les trois interprêtes, Barbara Sukowa, Martine Chevalier et Lea Drucker qui joue la fille de la malade.

 

 

Tu mourras à 20 ans

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Le pitch

Soudan, province d’Aljazira, de nos jours. Peu après la naissance de Muzamil, le chef religieux du village prédit qu’il mourra à 20 ans. Le père de l’enfant ne peut pas supporter le poids de cette malédiction et s’enfuit. Sakina élève alors seule son fils, le couvant de toutes ses attentions. Un jour, Muzamil a 19 ans….

Notre avis

Un premier film soudanais d’une impressionnante maîtrise formelle et d’une grande beauté plastique, qui revisite à sa manière le mythe de la malédiction. Comme La Belle au bois dormant, Muzamil se sait condamné, victime de la prédiction d’un Imam le jour de sa naissance. Dans une société dominée par la religion et la tradition, comment apprend-t-on à vivre quand on connaît la date de sa mort ? C’est ce que devra découvrir Muzamil, que l’on voit grandir et évoluer alors que sa  mère,  abandonnée de tous,  porte seule le poids de la malédiction devant le village tout entier. Prix du meilleur premier film à Venise.

Oscar 2020: palmarès parasité

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Palmé à Cannes, succès en salles (1,5 million d’entrées France) et récompensé dans toutes les cérémonies intermédiaires, Parasite de Bong Joon-ho était l’un des grands favoris des 92e Oscars. Il ne laissait pas beaucoup de chances à ses concurrents dans la catégorie du Meilleur film étranger (et notamment aux Misérables de Ladj Ly qui repartent bredouilles, comme tous les autres Français sélectionnés). Mais on ne s’attendait quand même pas à ce qu’il cumule cette récompense avec celles du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario original. Une razzia totalement inédite et plutôt étonnante pour un film Coréen sur la lutte des classes ! Entre thriller social et farce macabre, Parasite raconte comment une famille de miséreux finit par prendre la place des riches bourgeois chez lesquels le fils, la fille, la mère et le père se font tour à tour embaucher en cachant leurs liens de parenté. Le sujet, son traitement à la frontière de plusieurs genres et la mise en scène virtuose de Bong Joon-ho (Memories of Murder, The Host, Mother) ont fait l’unanimité parmi les professionnels du cinémaqui ont vu le film depuis Cannes. Au point que le César du film étranger lui semble déjà acquis

Parmi les rares à émettre des réserves sur le film, qui ne nous paraît pas être un chef-d’œuvre (l’intrigue est quand même un peu balourde), on se demande aujourd’hui ce qui a bien pu séduire à ce point les votants des différentes cérémonies ? Parasite est-il un tel chef d’œuvre qu’il méritait d’être le premier film non anglophone à décrocher l’Oscar du meilleur film (ce que n’avait pas réussi à faire Roma, l’an dernier) ?  La critique sociale acerbe du film, un certain sentiment de culpabilité parmi l’élite privilégiée du cinéma, la volonté de s’ouvrir à d’autres cinématographies et le panurgisme inhérent à ce type de cérémonie,  ont sans doute pesé sur les résultats. Pour en juger, on pourra utilement (re) voir le film qui ressort en salles en version noir et blanc. Pour le reste, pas de surprises au palmarès de ces 92e Oscars : tous les favoris  y sont, même si 1917 de Sam Mendès et Once Upon a Time… in Hollywood de Quentin Tarantino auraient pu être mieux pourvus et qu’Almodovar a encore été injustement oublié. La cérémonie, très musicale, avec des prestations d’Eminem, Elton John et Billie Eilish (on se serait cru aux Grammy Awards !) a réservé, comme toujours, son lot de glamour, de rires, d’émotion et de discours engagés. Comme l’an dernier, aucun maître de cérémonie ne l’animait et ça n’a, semble-t-il,  manqué à personne. Une idée à retenir pour les César ?

Kirk Douglas (1916-2020)

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« Comment fais-tu pour raser ça ? » lui demandait Kim Novak dans Liaisons Secrètes (Richard Quine 1960). Arme de séduction massive, la célèbre fossette de Kirk Douglas lui fendait le menton en deux. Est-ce pour cela qu’il incarna toujours – avec une rare expressivité-,  des personnalités ambivalentes ?   De La Captive aux yeux clairs (Howard Hawks 1952) à L’Arrangement (Elia Kazan 1969) en passant par Les Sentiers de la Gloire (Stanley Kubrick 1957) et La Vie passionnée de Vincent Van Gogh (Vincente Minelli 1957),  Les Vikings (Richard Fleisher 1958) et  Spartacus (Stanley Kubrick 1960), ses compositions complexes en firent plus qu’une icône de l’âge d’or d’Hollywood : littéralement un « monstre sacré ». Dernier à mériter ce titre, Kirk Douglas, né  Issur Danielovitch Demsky le 9 décembre 1916, s’est éteint le 5 février 2020,  à l’âge vénérable de 103 ans. C’est son fils Michael qui a annoncé son décès. Avec l’âge et les honneurs, il avaient fini par tellement se ressembler qu’on pouvait presque les confondre. Mais lorsqu’à l’occasion de la promo du film Ant Manon avait demandé à Michael Douglas quel était son super héros préféré, il nous avait naturellement répondu: « Mon père ! ».

« Farouche et sarcastique » c’est ainsi que  Gilles Jacob, qui l’accueillit souvent au festival de Cannes, se souvient de Kirk Douglas. « Kirk s’est fait tout seul, a survécu à tout,  rappelle l’ancien président du Festival : pauvreté, accident d’hélicoptère, AVC, crise cardiaque et même rescapé d’Hollywood, qui ne lui a donné au bout de 80 rôles qu’un Oscar de consolation ». Cannes n’ a pas été beaucoup plus prodigue, à vrai dire. Il y vint pourtant pour la première fois en 1947 pour L’Emprise du crime, son premier rôle au cinéma. Cinq ans plus tard, il foulait à nouveau le tapis rouge pour Detective Story de William Wyler. Mais c’est sa partenaire, Lee Grant, qui remporta le prix d’interprétation. Première Victoire en 1965 n’en fut pas une, non plus… Si l’on en croit la légende,  c’est même grâce à un heureux quiproquo  qu’il présida, en 1980,  le jury du 33e Festival: c’est Douglas Sirk qui avait, en réalité, été pressenti, mais l’information fuita avec le mauvais nom ! Douglas Kirk se rattrapa en couronnant deux chefs d’oeuvre : All That Jazz de Bob Fosse et Kagemusha d’Akira Kurosawa. Le Festival l’accueillit une dernière fois en 2010 pour un documentaire sur le chef opérateur Jack Cardiff auquel il avait participé avec Lauren Bacall,  Charlton Heston et Martin Scorsese.  Ces dernières années,  l’acteur restait étonnamment actif sur son blog qu’il animait d’une plume alerte. Dans une tribune suivant l’élection de Donald Trump, il mettait en garde contre les dangers du populisme qui menaçait , pensait-il, son pays et le monde.  « Fils de chiffonnier », ainsi qu’il se présentait dans le titre de son autobiographie, son coeur battait toujours à gauche.

Birds of Prey

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Le pitch

Lorsque Roman Sionis (Ewan McGregor) alias Black Mask, l’ennemi le plus abominable de Gotham, et son fidèle acolyte Zsasz (Chris Messina) décident de s’en prendre à une certaine Cass, la ville est passée au peigne fin pour retrouver la trace de la jeune fille. Les parcours de Harley Quinn (Margot Robbie), de la Chasseuse (Marie Elisabeth Winstead), de Black Canary (Jurnee Smolett-Bell) et de Renee Montoya (Rosie Perez) se télescopent et ce quatuor improbable n’a d’autre choix que de faire équipe pour éliminer Roman

Ce qu’on en pense

Présenté en avant-première française au Palais des Festivals de Cannes, Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn est un spin-off de Suicide Squad (2016), centré sur le personnage de Harley Quinn, interprété par Margot Robbie (qui coproduit le film). La nouvelle bombe sexuelle d’Hollywood, révélée dans Le Loup de Wall Street et star féminine du dernier Tarantino, est ici de tous les plans, en tenue punk, cheveux rose et bleu et maquillage outrancier de Joker au féminin. Bien que réalisé par une femme (Cathy Yan) et mettant en scène pas moins de 5 héroïnes, Birds of Prey ne diffère guère des blockbusters pour ados habituels : une cinématique de jeu vidéo d’1h49, bruyante et colorée, quasi uniquement composée de poursuites et de bagarres sanglantes. Pour fans uniquement.

 

 

Le Voyage du Dr Dolittle

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Le pitch

Après la perte de sa femme sept ans plus tôt, l’excentrique Dr. John Dolittle (Robert Downey Jr), célèbre docteur et vétérinaire de l’Angleterre de la Reine Victoria, s’isole derrière les murs de son manoir, avec pour seule compagnie sa ménagerie d’animaux exotiques. Mais quand la jeune Reine tombe gravement malade, Dr. Dolittle, d’abord réticent, se voit forcé de lever les voiles vers une île mythique dans une épique aventure à la recherche d’un remède à la maladie. Alors qu’il rencontre d’anciens rivaux et découvre d’étranges créatures, ce périple va l’amener à retrouver son brillant esprit et son courage. Dans sa quête, le docteur sera aisé par un jeune apprenti (Harry Collett) et une joyeuse troupe d’amis animaux, dont un gorille anxieux, un canard enthousiaste mais têtu, une autruche cynique, un joyeux ours polaire et enfin un perroquet entêté, Polly, son plus fiable conseiller et confident…

Ce qu’on en pense

Libéré pour un temps des franchises Marvel et de son personnage de Tony Stark/Iron Man, Robert Downey Jr reprend le rôle du Dr Dolittle, popularisé dans les années 90 par Eddie Murphy. Il incarne un docteur moins exubérant…  et même carrément dépressif au début du film ! Mais rien de trop appuyé, évidemment : le film s’adresse en priorité au public enfantin. « Cela fait plus de dix ans que je fais des films pour lesquels les enfants doivent se cacher les yeux.Il était temps que je m’adresse à eux ! » confiait l’acteur américain, en costume prune, chemise bariolée et Doc Martens vertes, lors de sa venue à Paris. Le film de Stephen Gaghan (réalisateur de Syriana, avec George Clooney et Matt Damon) se différencie aussi de ses prédécesseurs par une utilisation extensive des effets spéciaux numériques, notamment pour les animaux qui tiennent la plupart des rôles principaux, tels le Gorille peureux Che Che (doublé par Rami Malek en VO), le perroquet Poly (Emma Thompson), Yoshi l’ours polaire (John Cena), Tutu la renarde (Marion Cotillard en VF et en VO) et Barry le tigre (Ralph Fiennes), pour lequel Robert Downey avoue avoir un faible : « Il est complètement barjot et pour le coup aurait besoin d’une bonne thérapie.Et puis, dans la vie, je suis plutôt un homme à chat ». Animaux parlants et aventures exotiques font tout l’intérêt de cette nouvelle adaptation à gros budget des romans d’Hugh Loftin, qui plaira surtout aux enfants de 6-12 ans. Pas sûr, par contre, que Robert Downey jr y retrouve une franchise aussi durable et lucrative que celle d’Iron Man et des Avengers. Même s’il affirme avoir beaucoup travaillé son accent gallois, on le sent beaucoup moins à l’aise dans le costume victorien de Dolittle que sous l’armure d’Iron Man. À moins qu’il n’ait pris son patronyme (Do little : fais-en peu) comme une indication de jeu ?

The Gentlemen

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Le pitch

Quand Mickey Pearson (Matthew McConaughey), baron de la drogue à Londres, laisse entendre qu’il pourrait se retirer du marché, il déclenche une guerre explosive.La capitale anglaise devient le théâtre de tous les chantages, complots, trahisons, corruptions et enlèvements… Dans cette jungle, où l’on ne distingue plus ses alliés de ses ennemis, il n’y a de la place que pour un seul roi. Mais ils sont plusieurs à prétendre au trône…

Ce qu’on en pense 

Après un blockbuster historique raté (Le Roi Arthur) et un film Disney plutôt réussi (Aladdin), Guy Ritchie avait sans doute besoin de se ressourcer chez lui, en Angleterre. Quoi de mieux pour ce faire qu’un film de gangsters Tarantinesque, dans la lignée de Snatch (2000) ou de RockNRolla (2008) ? Voici donc les mal nommés Gentlemen, une bande de voyous dont la mauvaise éducation n’a d’égal que la rapacité et la violence. En ricain expatrié, devenu roi de la weed, Matthew Mc McConaughey est parfait de violence (mal) contenue. Idem pour son acolyte joué par Charlie Hunman. Colin Farrell est tout à fait hilarant en tenancier de salle de boxe obligé de frayer avec la pègre pour racheter les bêtises de ses poulains. Mais c’est Hugh Grant qui emporte le gros lot dans le contre-emploi d’un détective privé véreux, qui se risque à rançonner les caïds de la drogue. Presque méconnaissable, avec un accent cockney à couper au couteau, le fiancé préféré de Bridget Jones et de Julia Roberts fait une composition géniale. 

Ducobu 3

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Le Pitch

Nouvelle rentrée des classes pour l’élève Ducobu, Léonie Gratin et l’instituteur Latouche. Mais cette année, un rival de taille pour Ducobu débarque à l’école : ” TGV “, le roi de la triche 2.0. Alors que la situation financière de Saint-Potache devient désastreuse, les deux cancres vont devoir unir leurs créativités pour remporter un concours de chant et sauver leur école.

Ce qu’on en pense

La saga Ducobu étant en fait devenue, au fil des épisodes celle de Latouche/Elie Seimoun, il était logique que l’humoriste en assure la pleine paternité. Il succède donc à Philippe de Chauveron à la réalisation, pour ce troisième opus dans la lignée des deux précédents (c’est à dire : atroce). L’occasion pour Seimoun d’exercer, au delà de tout contrôle, son goût immodéré pour les personnages monstrueux. En plus de l’instituteur facho, il interprète celui de sa mère  et de son ennemi juré, les deux laids à faire peur.  Le résultat, qui risque de traumatiser durablement les âmes sensibles,  ferait passer les Tuche pour du Bergman.

#Jesuislà

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Le Pitch

Stéphane (Alain Chabat) mène une vie paisible au Pays Basque entre ses deux fils, aujourd’hui adultes, son ex-femme et son métier de chef cuisinier. Le petit frisson dont chacun rêve, il le trouve sur les réseaux sociauxil échange au quotidien avec Soo, une jeune sud-coréenne. Sur un coup de tête, il décide de s’envoler pour la Corée dans l’espoir de la rencontrer. Dès son arrivée à l’aéroport de Séoul, un nouveau monde s’ouvre à lui…

Ce qu’on en pense

Cinq ans après le succès surprise de La Famille Bélier (7,5 millions d’entrées), Eric Lartigau retrouve,  non pas Louane (ouf!),  mais Alain Chabat  pour une comédie romantique plus dans la veine de Prête moi ta main (2006). Tel Bill Murray dans  Lost in translation  (Sofia Coppola 2003), Chabat se retrouve immergé dans un monde inconnu (la Corée), à la recherche de l’âme sœur qu’il croit avoir trouvée sur Internet. Mais Chabat n’est pas Murray et Lartigau encore moins Coppola. Quant-à Blanche Gardin, on lui déconseillera à l’avenir les rôles avec accent… Comme on la bande annonce le laissait présager,  #Jesuislà est  une comédie romantique gentillette portée par la présence empathique d’Alain Chabat.

Adam

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Le pitch

Dans la Médina de Casablanca, Abla (Lubna Azabal), veuve et mère d’une fillette de 8 ans, tient un magasin de pâtisseries marocaines. Quand Samia(Nisrin Erradi), une jeune femme enceinte en ruputure de famille  frappe à sa porte, Abla est loin d’imaginer que sa vie changera à jamais. Une rencontre fortuite du destin, deux femmes en fuite, et un chemin vers l’essentiel.

Ce qu’on en pense

Le premier film de l’actrice marocaine Maryan Touzani (Razzia) s’inspire de l’histoire d’une jeune femme enceinte que sa famille avait recueillie après qu’elle ait dû fuir son village. Il dresse, avec pudeur et finesse,  le portrait de deux femmes au départ très éloignées l’une de l’autre (une veuve que la vie a endurcie et une adolescente en rupture de famille), qui vont apprendre à se rapprocher,  à s’entraider et retrouver le goût de vivre. Remarquablement écrit et réalisé, le film, qui a été présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, séduit aussi et surtout par la qualité de l’interprétation de Lubna Azabal et Nisrin Erradi.  Elles donnent à ses deux femmes une humanité et une dignité bouleversantes.

La Dernière vie de Simon

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Le pitch

Simon (Benjamin Bonvoisin) est orphelin.Mais ce n’est pas un enfant comme les autres.Il a un superpouvoir qui le rend capable de prendre l’apparence de chaque personne avec laquelle il a déjà été en contact.Lorsque son copain Thomas disparaît mystérieusement, Simon décide de prendre sa place dans la famille Durant, qui ne se rend compte de rien. Les années passent… 

Ce qu’on en pense

Sous influence Spielberg/Zemeckis /Donner, Leo Karmann signe avec La Dernière vie de Simon un premier film d’ados à teneur fantastique. Pari risqué pour un genre hyperbalisé depuis Retour vers le futur et Les Goonies jusqu’à Stanger Things, la récente série à succès de Netflix. Le Français ne s’en sort pas si mal dans une première partie intrigante qui voit le jeune orphelin Simon (Benjamin Voisin), doué de pouvoirs de transformation, faire son nid, comme un coucou dans une famille unie dont il remplace subrepticement le fils. Ça se gâte dans la deuxième partie, lorsque les sentiments entrent en jeu et qu’il entame une romance avec celle qui croit être sa sœur, l’obligeant à se dédoubler et à incarner à la fois Simon et Thomas. S’ensuit une série de péripéties de plus en plus rocambolesques, jusqu’à la révélation de la supercherie et au final un peu trop mélodramatique. Mais le film se regarde avec indulgence comme hommage à un genre qu’on a beaucoup aimé. 

La Cravate

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Pour ce documentaire passionnant, Mathias Théry et Etienne Chaillou ont suivi Bastien , un jeune militant nordiste du Front National  durant la campagne présidentielle de Marine Le Pen en 2017. D’apparence débonnaire et inoffensive, Bastien est tout acquis aux thèses frontistes, voire au delà (on apprendra, notamment, qu’il a fait le coup de poing avec les skins locaux).  Quand débute la campagne présidentielle, il est l’assistant d’un autre jeune militant plus policé et éduqué. Au fil des mois, Bastien gravit les échelons, délaisse le streetwear pour le costume-cravate, côtoie le gratin frontiste,  mais reste mal à l’aise avec la politique politicienne. Il ne s’en cache pas dans les interviews qui entrecoupent les scènes de campagne et dans lesquelles il découvre et commente devant la caméra les textes que les auteurs ont écrit sur lui. Le procédé permet d’intégrer sa voix à la réflexion que conduit le film sur son engagement. Et c’est édifiant !

César 2020 : Bad buzz

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Roman Polanski viendra-t-il chercher ses César ? Et si oui, croisera-t-il Adèle Haenel, qui voulait faire retirer J’Accuse de la sélection d’un festival auquel elle participait ? Florence Foresti, chargée d’animer la cérémonie, osera-t-elle une blague sur la « culture du viol » que l’Académie des César est accusée de légitimer ? Si les César, en perte d’audience, cherchaient à faire le buzz, c’est réussi !  En plaçant  J’Accuse, en tête des nominations pour la cérémonie du 28 février, malgré les nouvelles accusations de viol dont Roman Polanski fait l’objet, l’Académie des César du cinéma français a explosé en vol. Sur les réseaux sociaux, les appels au boycott ont immédiatement fusé à l’annonce de la 45e édition. En dévoilant la liste des nommés, le président des César, Alain Terzian avait, par avance, répondu aux critiques en estimant que l’Académie n’était « pas une instance qui doit avoir des positions morales ». Elle l’avait d’ailleurs prouvé en 2017 en proposant à Roman Polanski de présider la cérémonie en pleine affaire Weinstein. Le réalisateur franco-polonais avait dû décliner l’invitation, devant la levée de boucliers des organisations féministes. Cette fois, c’est tout le conseil d’administration qui a dû démissionner. Alors que le mouvement #MeToo est plus actif que jamais, c’est peu dire que les César, déjà suspects d’entre soi, d’élitisme et de gérontocratie, n’envoient pas un bon signal à la société. Mais pouvaient-ils faire autrement ? 

J’Accuse  qui traite de l’affaire Dreyfus et dénonce la remontée de l’antisémitisme, est, objectivement, un trés grand film. L’un des meilleurs de l’immense réalisateur qu’est Roman Polanski et forcément l’un des meilleurs films français de l’année. Même s’ils l’avaient voulu, les 4 700 membres de l’Académie des César, appelés à faire un premier tri parmi la production de l’année, auraient difficilement l’ignorer ou minimiser ses qualités techniques.  Ce qui ne signifie pas qu’ils voteront pour lui au dernier tour. Avec 11 nominations chacun, Les Misérables de Ladj Ly et Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma ont suffisamment d’arguments pour empêcher un raz de marée Polanski. Idem pour Grace à Dieu de François Ozon, La Belle époque de Nicolas Bedos, Roubaix, une lumière d’Arnaud Desplechin et Hors Normes de Nakache et Toledano qui trustent également les nominations. En dehors de Polanski, la liste des nommés suscite d’ailleurs peu de controverse. Les meilleurs films français de 2019 y sont (même a minima, comme Proxima, Chambre 212  ou Le Chant du loup), malgré  quelques oublis, comme chaque année.  Gloria Mundi de Robert Guédiguian et Le Daim de Quentin Dupieux sont injustement  passés à la trappe. Idem pour Tu mérites un amour le joli film d’Hafsia Herzi qui, pour le coup, aurait bien «mérité» une nomination au César du meilleur premier film. Cela aurait permis à l’Académie de distinguer une réalisatrice de plus. Elles ne sont, en effet, que quatre à concourir cette année et une seule (Céline Siamma) dans la catégorie « meilleur réalisateur »… 

Cuban Network

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Le Pitch

Au début des années 90, Cuba envoie des espions infiltrer les groupuscules anti-castristes de Miami. Leur mission : déjouer les attentats contre les installations touristiques de l’île… 

Ce qu’on en pense 

Après Carlos, Olivier Assayas retrouve Edgar Ramirez, dont il fait cette fois un espion cubain infiltré chez les anti-castristes de Miami. Long comme un film Netflix (2h05, ressenti 3h30), Cuban Network prend son temps pour raconter l’histoire vraie des « Cuban Five », tirée du livre de Fernando Morais Les Derniers Soldats de la guerre froide. Avec un tel casting (Penelope Cruz, Gael Garcia Bernal…) et de tels enjeux, on pourrait s’attendre à vibrer un peu plus pour cette histoire d’infiltrés.Mais on reste extérieur à l’affaire, contée avec une platitude qui confine au téléfilm-dossier. Aucun des (trop ?) nombreux personnages ne ressort vraiment et on se perd dans les motivations politiques ou lucratives (les anti castristes se financent par le trafic de drogue) des uns et des autres. Au final, on se demande un peu ce que le réalisateur français a voulu faire : un film d’espionnage ou un mélo ? La seconde hypothèse pourrait être la bonne, avec le beau personnage de Penelope Cruz, femme d’un des infiltrés (Ramirez) qu’elle pense être un traître mais qui lui reste malgré tout fidèle jusqu’au bout. Mais la sécheresse de la narration empêche toute émotion.