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Cannes 2021 : Spike Lee président

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Par Philippe DUPUY

Plusieurs mois avant l’affaire George Floyd et les manifestations mondiales contre le racisme, le Festival de Cannes avait montré l’exemple en désignant un réalisateur noir pour présider le jury de sa 73e édition, hélas annulée pour cause de coronavirus. Fervent militant de l’égalité raciale et des droits civiques , Spike Lee, 62 ans, est considéré comme l’un des chefs de file du mouvement anti-raciste aux Etats-Unis. C’est aussi un réalisateur mondialement célèbre pour ses films-brulôts comme Do The Right Thing (1989) sur les émeutes raciales ou le dernier en date, BlacKkKlansman (2018), pamphlet anti Trump et anti-raciste, qui lui a valu le Grand Prix à Cannes et l’Oscar du scénario. Spike Lee est également titulaire d’un Oscar d’honneur décerné en 2016 pour l’ensemble de sa carrière. « Il est celui qui lève le poing. Il est aussi celui qui rend hommage à Robert Mitchum avec les mots amour / haine gravés sur ses bagues lors de son entrée remarquée dans la grande salle du Palais des Festivals en 2018 » rappellaient Thierry Frémaux et Pierre Lescure dans le communiqué d’annonce de sa désignation. Le réalisateur sexagénaire au look d’éternel adolescent, casquette vissée sur la tête et baskets flashy aux pieds, se disait quant-à lui «  honoré d’être la première personne de la diaspora africaine à assurer la présidence » du jury Cannois. C’est donc tout natuellement qu’il a accepté de revoir son planning de tournages pour présider l’édition 2021. 

Dans une longue lettre de remerciements adressée aux organisateurs, Spike Lee a rappelé  que le Festival a eu « un impact énorme » sur sa carrière et a « façonné (sa) trajectoire dans le cinéma mondial ». Son premier long métrage She’s Gotta Have It (Nola Darling n’en fait qu’à sa tête) a remporté le Prix de la jeunesse à la Quinzaine des Réalisateurs en 1986, Do the Right Thing était en Compétition en 1989 et ses films suivants ( Jungle Fever en 1991,  Girl 6 en 1996 , Summer of Sam en 1999, Ten Minutes Older en 2002) ont tous eu les honneurs de la compétition, du hors compétition ou des sections parallèles. En 2018, Spike Lee revenait en compétition avec BlacKkKlansman, auquel le jury a décerné le Grand Prix.  Scénariste, acteur, monteur, producteur et réalisateur, Spike Lee « a amené au cinéma contemporain les questionnements et les révoltes de l’époque, sans jamais oublier de s’adresser au public qu’il a, film après film, sensibilisé à ses causes » estiment les organisateurs du Festival. En pointe dans le mouvement de protestation contre les violences racistes aux Etats-Unis, le réalisateur a publié sur les réseaux sociaux un montage qui alterne les images du meurtre de George Floyd avec celles de son manifeste de 1989,  Do the right thing.  Son dernier filmDa 5 Bloods qu’il  devait montrer à Cannes en 2020 a finalement été diffusé sur Netflix. Sera-t-il le président qui réconciliera la plateforme avec Cannes ?

 

Cherry

Cinéma|

Par Ph.D

Le Pitch

A Cleveland, Nico Walker (Tom Holland) s’engage dans l’armée par dépi amoureux. Il sert comme infirmer en Irak et rentre traumatisé par les horreurs de la guerre. Accro au médicaments puis à l’héroïne, il entraine Emily (Ciara Bravo) dans l’enfer de l’addiction et finit par braquer des banques pour payer leur drogue…

Ce qu’on en pense

Les réalisateurs d’Avengers, Joe et Anthony Russo, débarquent sur Apple+ avec ce drame adapté de l’autobiographie d’un vétéran de la guerre d’Irak tombé dans la drogue et les braquages, Nico Walker. Tom Holland , qui joue Spiderman dans la saga des Avengers et qui était déjà trés bien dans Le Diable tout le tempsendosse le rôle de l’ex vétéran camé avec conviction. Sa partenaire,  Ciara Bravo,  lui donne joliment la réplique. Débarrassés des contraintes du film de super héros, les Russo s’essaient au film indé en multipliant les effets visuels et les gimmicks (voix off, découpage en 5 parties, adresses caméra…). Le problème,  c’est qu’on a déjà vu tout ça cent fois, que ça dure deux plombes et qu’au final on a l’impression d’avoir regardé un mash up de Trainspotting, de Full Metal Jacket,  d’Un Prophète et de dix autres films sur les ravages des opioïdes. 

César 2021 : Adieu les confinés

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Par Philippe DUPUY

Pourquoi faire les César ? s’est demandée Marina Foïs dans son discours d’ouverture de la 46e nuit des César. On a réfléchi et on n’a pas trouvé. C’est pour ça qu’on s’est dit que c’était essentiel“. Des esprit moins egocentrés seraient probablement arrivés à une conclusion inverse. Alors que les salles sont fermées pour raisons sanitaires et que des dizaines de films ont été empêchés de sortir, que célébrait-on,  en comité restreint, testé et masqué,  ce vendredi à l’Olympia ? La réconciliation de la Grande Famille Du Cinéma  ? De ce point de vue, ce fut réussi : pas de polémique, un palmarès entièrement dédié à la diversité et une louable unité de parole dans la critique de la politique culturelle en temps de pandémie. La GFDC est apparue soudée comme jamais… Mais dans quel état  ! Quasiment en loques. A l’image de Corinne Masiero,  arrivée en Peau d’âne pour remettre le César des costumes et repartie en tenue d’Eve. Un geste punk qui a sidéré l’audience. La comédienne de la série Capitaine Marleau , qui porte d’habitude sa fourrure sur la tête,  n’est pourtant pas la seule à être repartie à poil : François Ozon (11 nominations, zéro César) et Emmanuel Mouret (12 nominations, 1 seul César ) ont fait de même. Albert Dupontel a tout raflé (7 César,  dont ceux du meilleur réalisateur et du meilleur film). Pas de chance,  c’était le seul à boycotter la cérémonie !  Le titre de son film (Adieu les cons) suffit, sans doute, à expliquer pourquoi.  Difficile de lui  tenir rigueur de son absence: la soirée  fut encore plus longue et ennuyeuse que de coutume, avec un hommage au Splendid qui oublia cuellement la pauvre Anémone et un autre à Jean-Pierre Bacri,  trop vite expédié pour paraître vraiment sincère. Même l’humour trash de Marina Foïs, Blanche Gardin et Laurent Lafitte , associés dans l’écriture des lancements,  tomba à plat la plupart du temps, quand il ne provoqua pas la consternation. Après le pataquès de l’an passé, on pressentait que les César ne nous étaient plus “essentiels”. Cette cérémonie de con(finé)s l’a confirmé de manière assez crue. Et nue !

Petite Fille

Cinéma|

Par Ph.D

Le pitch
Sasha, né garçon, se vit comme une petite fille depuis l’âge de 3 ans. Le film suit sa vie au quotidien, le questionnement de ses parents, de ses frères et sœur, tout comme le combat incessant que sa famille doit mener pour faire comprendre sa différence. Courageuse et intraitable, Karine, la mère de Sasha, mène une lutte sans relâche portée par un amour inconditionnel pour son enfant.

Ce qu’on en pense

Présenté en avant première au festival In&Out, Petite Fille est le nouveau documentaire de Sébastien Lifshitz (Adolescentes, Les Vies de Thérèse, Bambi, Les Invisibles),  auquel la Cinémathèque de Nice a consacré en septembre une grande rétrospective. Après s’être intéressé aux tourments de l’adolescence, le réalisateur a choisi de filmer un(e) enfant transgenre et sa famille. Il le fait avec le talent et le tact qu’on lui connaît  et qui lui ont valu un César du documentaire pour son film sur les sans abris (Invisibles). C’est la première fois que le cinéma aborde la question en filmant un(e) enfant aussi jeune et le combat de ses parents  pour  faire accepter  sa nouvelle identité. C’est magnifique et, pour une fois, on se réjouit qu’à cause du confinement le film atterrisse sur Netflix plutôt qu’en salles. Il pourra ainsi être vu dans le cercle familial, ce qui est idéal car c’est une ode vibrante à la famille. 

Force of Nature

Cinéma|

Par Ph.D

Le Pitch

Muté à Porto Rico après une bavure, l’agent Cardillo (Emile Hirsh)  est chargé avec sa coéquipière (Stephanie Cayo) d’évacuer les résidents d’un immeuble avant le passage d’un ouragan. Parmi eux, Ray (Mel Gibson), un officier de police à la retraite, refuse de partir. Alors que Cardillo essaie de le convaincre,  un groupe de criminels investit l’immeuble, en tuant le gardien, pour voler des œuvres d’art de grande valeur qu’un des résidents y a entreposées…

Ce qu’on en pense

Il faut remercier les plateformes de streaming d’avoir nourri les cinéphages pendant la pandémie. Au point qu’on peut  se demander si ces derniers ressentiront le besoin de retourner en salles quand elles ré-ouvriront. Un film comme  Force of Nature permet d’apporter une réponse rassurante à cette question : fort heureusement, les studios ont pris garde de réserver leurs meilleures nouveautés pour les cinémas, quitte à devoir en repousser la sortie de plus d’un an comme c’est le cas pour le nouveau James Bond.  On sera heureux de retourner voir de vrais films d’auteurs et de très bons films de divertissement dans les salles après s’être gavés de séries B destinées au marché du “direct vidéo” comme  Force of Nature. Mel Gibson y joue les utilités dans un second rôle de vieux flic acariâtre qui aurait pu (dû?) être tenu par Bruce Willis. L’intrigue est d’ailleurs plus ou moins calquée sur celles de la série Die Hard. Tout se passe dans un immeuble où se retrouvent piégés, pendant un ouragan, de méchants gangsters, de bons flics, un ancien nazi collectionneur d’œuvres d’art, une doctoresse sexy et un fauve. Le scénario est invraissemblable et la réalisation beaucoup trop plan plan pour un thriller. Mais le réalisateur a le bon goût de boucler l’affaire en 1h40 et du coup on n’a pas le temps de trop s’ennuyer.

La Fille au bracelet

Cinéma|

Par Philippe DUPUY

Le Pitch

Lise (Melissa Guers), 18 ans, vit dans un quartier résidentiel sans histoire et vient d’avoir son bac. Mais depuis deux ans, la jeune fille porte un bracelet électronique à la cheville.Accusée d’avoir assassiné sa meilleure amie, son procès va bientôt s’ouvrir aux assises…

Ce qu’on en pense

Découvert au Festival d’Angoulême, La Fille au bracelet est le premier film du frère d’Anaïs Demoustiers (qui joue le procureur) : une réussite ! Le « film de procès » est pourtant un genre difficile. Le réalisateur s’en tire avec les honneurs (et même mieux que ça), en plaçant le spectateur dans la position d’un juré de cour d’assises. Jusqu’à la dernière image, on s’interroge sur la culpabilité ou l’innocence de cette jeune fille (Melissa Guers, mine butée, une révélation) qui a choisi le silence comme système de défense.b A-t-elle ou non tué son amie, à cause d’une sextape partagée sur les réseaux sociaux ? Même ses parents (Roschdy Zem, Chiara Mastroianni, formidables) semblent encore se poser la question. Comment une adolescente sans histoire, élevée dans une famille aimante peut-elle se retrouver dans une situation pareille ? Le scénario délivre peu d’explications. On partage d’autant plus la détresse des parents, qui s’aperçoivent qu’ils ne savaient rien de la vie intime de leur fille. À la fin, comme les jurés, le spectateur ne peut compter que sur son intime conviction pour la juger. La nôtre est que le cinéma français devra désormais compter avec Stéphane Demoustiers. 

Palmer

Cinéma|

Par Ph.D

Le Pitch

Ancien champion de football universitaire, tombé pour vol avec violences, Eddie Palmer (Justin Timberlake) revient s’installer à sa sortie de prison chez sa grand mère Vivian (June Squib) qui l’a élevé dans une petite ville de Louisiane. Malgré ses premières réticences, il se prend d’affection Sam (Ryder Allen),  le petit garçon transgenre d’une voisine  junkie (Juno Temple),  qui trouve refuge chez Vivian quand sa mère découche…

Ce qu’on en pense

Mélo sur la rédemption et la résilience,  signé Fisher Stevens (Avant le déluge, And We Go Green...) , Palmer se regarde gentiment,  grâce à une réalisation soignée et aux prestations sobres mais justes de Justin Timberlake , Juno Temple, Alisha Wainwright  et du jeune Ryder Allen, dans le rôle du petit garçon “différent”. Les personnages sont attachants et l’ambiance de “small town” américaine est assez bien rendue.  En streaming sur Apple TV +  un dimanche après midi confiné, ça peut suffire…

César 2021 : Nos favoris

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Cliquez sur le titre du film pour lire la critique 

MEILLEURE ACTRICE :  LAURE CALAMY DANS ANTOINETTE DANS LES CEVENNES 

 

MEILLEUR ACTEUR: SAMI BOUAJILA dans UN FILS

 

MEILLEURE ACTRICE DANS UN SECOND RÔLE:  EMILIE DEQUENNE dans LES CHOSES QU’ON DIT, LES CHOSES QU’ON FAIT

 

MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND RÔLE : NICOLAS MARIÉ dans ADIEU LES CONS

 

MEILLEUR ESPOIR FÉMININ : JULIA PIATON dans LES CHOSES QU’ON DIT, LES CHOSES QU’ON FAIT

 

MEILLEUR ESPOIR MASCULIN : JEAN-PASCAL ZADI dans TOUT SIMPLEMENT NOIR

 

MEILLEUR SCÉNARIO : BENOÎT DELÉPINE, GUSTAVE KERVERN pour EFFACER L’HISTORIQUE

 

MEILLEURE ADAPTATION :  ERIC BARBIER pour PETIT PAYS

 

MEILLEURE RÉALISATION : EMMANUEL MOURET pour LES CHOSES QU’ON DIT, LES CHOSES QU’ON FAIT

 

MEILLEUR FILM DOCUMENTAIRE :  ADOLESCENTES de SÉBASTIEN LIFSHITZ

 

MEILLEUR PREMIER FILM : GARÇON CHIFFON de NICOLAS MAURY

 

MEILLEUR FILM ÉTRANGER : DRUNK de THOMAS VINTERBERG

 

MEILLEUR FILM :  LES CHOSES QU’ON DIT, LES CHOSES QU’ON FAIT d’ EMMANUEL MOURET

 

Sentinelle

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Par Ph.D

Le Pitch

Klara (Olga Kurylenko) est interprète dans l’Armée Française. Traumatisée après son séjour en Syrie, elle est mutée à Nice au sein de l’Opération Sentinelle. Là, auprès de sa mère et de sa sœur Tania (Marilyn Lima) , elle tente de se reconstruire. Mais un soir, après une sortie en boîte de nuit, Tania est retrouvée à moitié morte sur plage. Elle a été violée et tabassée. Klara va alors tout mettre en œuvre pour retrouver les agresseurs et venger sa sœur. Cette traque sans merci la mènera sur les traces d’Yvan Kadnikov (Andrey Gorlenko), le fils d’un puissant oligarque russe de la Côte d’Azur…

Ce qu’on en pense

Après La Terre et le sang, dans lequel Sami Bouajila défendait sa scierie au fusil de chasse, Julien Leclercq signe avec Sentinelle son deuxième film d’action pour Netflix. Le scénario laisser espérer plus de profondeur,  avec une héroïne Niçoise d’origine Russe (la James Bond Girl Olga Kurylenko) de retour chez elle, traumatisée après avoir servi en Syrie. Hélas, trop pressée d’enchaîner les scènes de baston,  dans lesquelles la belle Olga tatane du ruskof avec un bel enthousiasme, la réalisation fait l’impasse sur tout ce qui pourrait un tant soit peu crédibiliser l’histoire. A commencer par le cadre de vie de l’héroïne, réduit à un plan de cité de Nice Nord et un autre de Promenade des Anglais. Si la caméra s’attarde sur les tourments de l’héroïne et sur le beau visage de Kurylenko (dont le serrement de mâchoires annonce une nouvelle distribution de coups de lattes),  tous les autres rôles sont découpés au fusil d’assaut. Mention spéciale pour le méchant oligarque Russe,  qui habite évidemment le château Diter (censé se trouver au Cap d’Antibes) et meurt deux fois, pour justifier un déplacement de l’équipe à Dubaï. Résultat : au lieu du film de vengeance un peu pêchu qu’il aurait dû être, Sentinelle est une série Z téléfilmesque qui ressemble à un spin off de Riviera

Un Prince à New-York 2

Cinéma|

Par Philippe DUPUY

Le Pitch

Prenant la succession de son père au royaume du Zamunda, le nouveau roi Akeem (Eddie Murphy) prend conscience qu’il n’a pas d’héritier mâle. Sauf qu’en fait si… Flanqué de son fidèle assistant Semmi (Arsenio Hall),  il part le chercher à  New York, dans le quartier du Queens où tout a commencé.

Ce qu’on en pense

30 ans plus tard, Eddie Murphy rendosse le costume africain du roi Akeem pour une suite du film de John Landis, daté de 1988. Le monde a changé,  mais pas l’humour régressif qui faisait le sel de cette comédie qui connait encore un grand succès à chacune de ses rediffusions télé. En retour de grâce depuis l’excellent Dolemite Is My Name (dont il retrouve le réalisateur Craig Brewer),  Eddie Murphy prend un visible plaisir à se remettre dans la peau des personnages et à en inventer de nouveaux. Tous ses amis d’Hollywood ont voulu être de la fête : Wesley Snipes, James Earl Jones  et même Morgan Freeman font des compositions réjouissantes,  tandis que  John Legend, Gladys Knight et les Salt n’ Pepa assurent les moments musicaux. On prend un réel plaisir à retrouver l’univers et les personnages cultes du premier film. Dommage que le scénario, la réalisation et le jeu des acteurs soient si paresseux ! Personne ne semble vraiment croire à la réussite du projet  qui partait pourtant d’une belle idée (l’émancipation des femmes du royaume Zamunda). Avec un peu plus de conviction et de folie ce Prince à New-York 2 aurait pu être au niveau du premier et aller chercher un succès en salles plutôt que de pantoufler sur Amazon Prime Video.

César 2021 : Les nommés sont…

Cinéma|

Par Ph.D

Maintenue malgré la fermeture des salles et la déprogrammation de beaucoup de films (une centaine !), la cérémonie des 46e César du cinéma français aura lieu le 12 mars dans un contexte difficile. Le bureau de l’Académie a été entièrement renouvelé après les polémiques de l’an dernier et le pataquès provoqué par l’affaire Polanski. Avec la prolongation de la crise sanitaire, on ne sait encore pas dans quelles conditions pourra se tenir la cérémonie de la salle Pleyel. Malgré tout, les nominations sont tombées et elles sont plutôt satisfaisantes. Avec 13 citations, le film d’Emmanuel Mouret Les Choses qu’on dit les choses qu’on faitsera le favori de la soirée (et le nôtre!) , suivi de près par Adieu les cons d’Albert Dupontel (12 nominations) et Eté 85 de François Ozon (12 nominations). Le César du meilleur film devrait logiquement aller à l’un des trois, à moins que les votants leur préfèrent  l’extraordinaire  documentaire  de Sébastien Lifshitz,  Adolescentes, ou la comédie feelgood et féminine de Caroline Vignal Antoinette dans les Cévennes. Même si certains, comme La Fille au bracelet ou Deux, auraient mérité de concourir pour la récompense suprême, les autres bons films de l’année (ADN, Garçon Chiffon, Petit Pays, Cuban Network, La Nuit venue, De Gaulle, La Bonne épouse, Effacer l’historique, Migonnnes, Un Divan à Tunis…n’ont pas été oubliés et se disputeront les statuettes restantes. Seul manque curieusement à l’appel Les Apparences de Marc Fitoussi qui avait pourtant toutes les qualités requises pour être nommé.  Comme d’habitude, malgré l’annulation du Festival, les films de la sélection cannoise figurent en bonne place dans les nominations. Rendez vous le 12 mars pour savoir qui succédera aux Misérables de Ladj Ly

 

Les Misérables

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Par Philippe DUPUY

Le Pitch

Stéphane (Damien Bonnard), tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil, dans le 93. Il découvre ses nouveaux coéquipiers, Chris (Alexis Manenti) et Gwada (Djebril Didier Zonga), deux « Bacqueux » d’expérience qui se la jouent cowboys. Stéphane se rend vite compte que leur comportement ne fait qu’accentuer les tensions qui règnent entre les différents groupes du quartier. Alors qu’ils se trouvent débordés lors d’une interpellation et qu’un jeune est gravement blessé par un tir de flashball inconsidéré, ils s’aperçoivent qu’un drone filmait leurs moindres faits et gestes. Une course-poursuite s’engage dans la cité pour récupérer ces images compromettantes… 

Ce qu’on en pense

Enfant des cités de Montfermeil, où il vit toujours, membre du collectif Kourtrajmé avec ses copains Kim Shapiron et Romain Gavras, Ladj Ly ne pouvait rêver meilleure entrée en cinémaen compétition à Cannes pour son premier long-métrage, il y a  décroché le Prix du jury et son film représentera la France aux Oscars. Entamé sur un mode plutôt décontracté et souriant, sur le souvenir de la vague bleue-black-blanc-beur, avec l’étonnante Jeanne Balibar en patronne de la BAC dragueuse, bizutage du bleu et tchatche à tous les étages, le film monte progressivement en pression vers un final éprouvant, prémonitoire des récentes agressions de policiers et de pompiers dans les cités. De La Haine (dont il pourrait constituer le pendant policier), à Ma 6T va cracker en passant par Polisse et Do The Right Thing, Ladj Ly avançait en terrain balisé, voire miné, avec ce classique scénario de « film de cités ». Il s’en sort pourtant avec brio, grâce à une réalisation nerveuse, une excellente direction d’acteurs (Damien Bonnard et Alexis Manenti brigueront sans doute un César) et de très bons dialogues. Tous les personnages existent à l’écran malgré leur grand nombre (sacrée galerie de portraits !) et la montée en puissance vers le déchaînement de violence final est parfaitement gérée. Le spectateur reste scotché à son fauteuil. Certes, on pourrait se passer de la référence un peu scolaire à Victor Hugo (qui s’inspira de cet « endroit paisible sur la route de rien » qu’était à son époque Montfermeil pour y situer une partie des Misérables) dans le titre et dans la morale du film (« Il n’y a ni mauvaises herbes, ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais cultivateurs »). Mais l’élève Ladj Ly réussit haut la main son entrée dans la cour des grands avec ce drame policier, qui pourra choquer certains spectateurs par son réalisme brutal, mais résonne comme un cri d’alarme dans une actualité sociale particulièrement brûlante.

Un Fils

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Le pitch

Farès et Meriem (Sami Bouajila et Najla Ben Abdallah) forment avec Aziz, leur fils de 9 ans, une famille tunisienne moderne issue d’un milieu privilégié. Lors d’une virée dans le sud de la Tunisie, leur voiture est prise pour cible par un groupe terroriste et le jeune garçon est grièvement blessé..

Ce qu’on en pense

Sélectionné à la Mostra de Venise, ce premier film Tunisien, signé Mehdi M.Barsaoui (un nom à retenir) épate par l’habileté de son scénario, autant que par la modestie de sa mise en scène, dépouillée de tout artifice sans pour autant verser dans le naturalisme. A partir d’un point de départ qui rappelle celui de Babel (une famille dans une voiture, une balle perdue… ), on va de surprise en surprise. Difficile d’en dire plus sans divulgâcher l’intrigue. Sami Bouajila, qui a reçu un prix d’interprétation à Venise pour ce rôle de père prêt à tout pour sauver son fils, est comme d’habitude impeccable. Mais Najla Ben Abdallah, qui joue sa femme, est parfaite elle aussi. On vit intensément le drame qui frappe leur couple… 

Bliss

Cinéma|

Par Ph.D

Le Pitch

Récemment divorcé, Greg (Owen Wilson), dont la vie va à vau-l’eau, rencontre Isabel (Salma Hayek), une femme vivant dans la rue, convaincue que le monde brisé et pollué autour d’eux n’est pas réel. Elle est persuadée qu’ils vivent dans une simulation laide et et rude à l’intérieur d’un autre vrai monde, beau et en paix. D’abord sceptique, Greg finit par découvrir qu’il y a peut être une part de vrai dans la théorie du complot d’Isabel.

Ce qu’on en pense

Le couple formé par Owen Wilson et Salma Hayek est l’atout majeur de ce drame fantastique signé Mike Cahill (Another Earth, I Origins),  qui joue avec le concept de réalité virtuelle. Les deux héros qui se rencontrent dans un quotidien sombre et déprimant  (lui vient de se faire virer, elle est SDF) font en fait partie d’un programme destiné à faire apprécier leur vie à de riches oisifs en leur faisant vivre virtuellement un quotidien difficile. Mais la machine se détraque et revenir à la vraie vie va être plus difficile que prévu… Un scénario à la Matrix (pilules de couleur comprises) beaucoup trop alambiqué pour ce qui s’avère n’être qu’une simple romance.  Interminable et moche : on oubli (ss) !

The Map of Tiny Perfect Things

Cinéma|

Par Ph.D

Le pitch

Mark (Kyle Allen), un adolescent à l’esprit vif, vit la même journée à répétition. Son monde est bouleversé lorsqu’il rencontre la mystérieuse Margaret (Kathryn Newton), elle aussi coincée dans la même boucle temporelle. Mark et Margaret forment un duo magnétique qui part à la recherche de toutes les petites choses qui pourraient rendre ce jour parfait… 

Ce qu’on en pense

Deuxième film à reprendre ce mois-ci le motif de la boucle temporelle d’ Un jour sans fin, The Map of Tiny Perfect Things (Itinéraire des petites choses en VF) en est un peu la version ado,  avec deux jeunes héros bien craquants Kyle Allen et Kathryn Newton (vue dans Big Little Lies). Comme celui de Palm Springs, le scénario imagine en effet deux personnes coincées dans la même boucle temporelle et raconte leur dilemme : y rester pour profiter d’un amour sans fin ou risquer d’en sortir pour vivre leur “vraie vie” ?  En attendant de se décider, les tourtereaux ont la bonne idée d’occuper leur temps à chercher, à travers la ville,  les moments parfaits qui parsèment la journée. Une comédie adolescente romantico-fantastique  rondement menée et joliment mise en scène par l’inconnu Ian Samuels.