Cinéma

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Cannes 2020 : cap sur Deauville

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A circonstances exceptionnelles, édition exceptionnelle : le Festival du cinéma américain de Deauville accueillera cette année  le Festival de  Cannes, en incluant dans sa programmation  dix films  qui auraient dû être projetés pendant l’édition du mois de mai annulée en raison de l’épidémie de coronavirus. Les dix films choisis pour ce partenariat inédit sont :   ADN de Maïwenn, AMMONITE de Francis Lee, DES HOMMES de Lucas Belvaux, LES DEUX ALFRED de Bruno Podalydès, A GOOD MAN de Marie-Castille Mention-Schaar, LAST WORDS de Jonathan Nossiter, PENINSULA de Yeon Sang-ho, ROUGE de Farid Bentoumi, SLALOM de Charlène Favier et  TEDDY de Ludovic & Zoran Boukherma.  Les festivaliers normands pourront ainsi les découvrir  sur grand écran, en présence du délégué général du festival de Cannes, Thierry Frémaux et de son président Pierre Lescure. Les films de Cannes irrigueront toutes les sections de cette édition, conférant une teinte originale et cosmopolite à la programmation. De nombreuses équipes de films, pour une grande majorité française, seront présentes pour échanger avec le public. «Avec Pierre Lescure et les équipes de Cannes, nous sommes très heureux de l’hospitalité qui nous est offerte pour projeter les films de la Sélection officielle sur les planches de Deauville, déclare Thierry Frémaux. Nous partageons avec Bruno Barde (son homologue Normand NDLR) une exigence identique pour le cinéma, une même passion pour les artistes, une tradition semblable de générosité et d’ouverture au monde.»  En dehors de cette sélection cannoise, Deauville  proposera, comme à son habitude quelque 70 films américains,  en compétition ou en avant premières et un hommage spécial sera rendu à Kirk Douglas. C’est Vanessa Paradis qui présidera le jury.

 

Lands of Murders

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 Le pitch

Dans une région reculée de l’Allemagne tout juste réunifiée, deux inspecteurs enquêtent sur la disparition inquiétante de deux adolescentes. L’un a des méthodes modernes d’investigation, tandis que l’autre n’hésite pas à user de pratiques moins orthodoxes. Leur recherche les met sur la piste d’une affaire de bien plus grande envergure. Au cœur d’un climat post-RDA sous tension, ils vont devoir mettre de côté leurs divergences pour faire avancer l’enquête…

Ce qu’on en pense

Remake allemand du film multi primé d’Alberto Rodriguez La Isla Minima, qui se déroulait dans l’Espagne post-Franquiste, Lands of Murder vaut surtout pour sa transposition dans l’Est de l’Allemagne nouvellement réunifiée. Les enjeux et les difficultés de la réunification sont personnifiées par les deux inspecteurs de police aux méthodes et aux personnalités très différentes. Les paysages désolés de l’ex-Allemagne de l’Est, filmés dans  les tons délavés des pellicules de l’époque avec une appétence particulière pour les plans aériens, ajoutent à la “glauquitude” de cette histoire de trafics sexuels et de meurtres d’adolescentes. Pour un remake, le scénario laisse quand même à désirer (trop de personnages et de scènes inutiles) et le film peine à justifier sa longueur. 

 

 

 

Les Meilleures intentions

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Le pitch

Début des années 90. Amanda, l’ainée de 10 ans, son frère et sa sœur vivent alternativement sous le toit de leurs parents séparés à Buenos Aires. Le statu quo est bouleversé lorsque leur mère annonce vouloir déménager avec son compagnon au Paraguay en amenant les enfants avec elle. Amanda se sent plus proche de son père , musicien à la vie de patachon, sa mère étant plus stricte mais plus responsable. Partir avec sa mère son frère et sa sœur ou rester avec son père? Grand dilemme pour une petite fille…

Ce qu’on en pense

Un premier film argentin tout en finesse et douceur,  basé sur les souvenirs d’enfance de la réalisatrice, Ana Garcia Blaya, qui a connu le déchirement du divorce de ses parents, l’ambiance baba cool chez l’un, plus familiale chez l’autre. L’histoire est racontée de son  point de vue d’enfant de 10 ans, responsable par défaut de ses petits frère et sœur lorsqu’elle vit chez son père, mais attirée par son mode de vie libertaire. Leur quotidien est joliment reconstitué et l’histoire avance par petites touches avec de fréquents retour en arrière, à travers les vidéos du temps du bonheur familial qu’aiment regarder les enfants. On comprend que le couple s’est aimé,  mais que la mère s’est lassée de la vie sans le sou que lui faisait mener son époux. Elle est rentrée dans la norme,  a rencontré un homme gentil et responsable qui a accepté ses enfants et est partie s’installer avec lui assurer leur avenir,  même si elle aime sans doute encore son ex-mari. Lui est resté un éternel adolescent, toujours fourré avec ses copains, faisant la fête jusqu’à épuisement. Sa fille a grandi sans qu’il s’en aperçoive. Il est touché qu’elle ne veuille pas le laisser seul en partant s’installer ailleurs avec sa mère. Mais au fond de lui il sait bien que ce sera mieux pour elle. Il a déjà accepté que son amour de jeunesse s’en aille, pour les mêmes raisons… Servie par une troupe d’acteurs épatants (enfants compris),  une très jolie chronique familiale sur fond de rock argentin.

The King of Staten Island

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Par Philippe DUPUY

Le pitch

Il semblerait que le développement de Scott (Pete Davidson) ait largement été freiné depuis le décès de son père pompier, quand il avait 7 ans. Il en a aujourd’hui 24 et entretient le doux rêve d’ouvrir un restaurant/salon de tatouage. Alors que sa jeune soeur Claire (Maude Apatow) , sociable et bonne élève, part étudier à l’université, Scott vit toujours au crochet de sa mère infirmière, Margie (Marisa Tomei), et passe le plus clair de son temps à fumer de l’herbe, à traîner avec ses potes Oscar, Igor et Richie et à coucher en cachette avec son amie d’enfance Kelsey (Bel Powley). Mais quand, après 17 ans de veuvage, sa mère commence à fréquenter Ray (Bill Burr), lui aussi pompier, Scott va voir sa vie chamboulée et ses angoisses exacerbées. L’adolescent attardé qu’il est resté va enfin devoir faire face à ses responsabilités et au deuil de son père…

Ce qu’on en pense

Surtout connu pour ses comédies régressives (40 ans toujours puceau, En cloque mode d’emploi…), Judd Apatow réussit aussi trés bien les dramédies, comme il l’a déjà prouvé avec Funny People. Il est aussi connu pour révéler de  nouveaux talents (Seth Rogen, James Franco, Paul Rudd, Jonah Hill…). Aperçu dans Crazy Amy, Pete Davidson explose ici dans un premier rôle très autobiographique. Ayant perdu son père pompier dans les attentats du World Trade Center, Davidson, grand échalas dégingandé aux yeux globuleux et à la lippe Jaggerienne,  s’est signalé par des shows de stand-up particulièrement féroces. Il a participé aux dialogues et au scénario du film,  qui dresse le portrait d’un jeune garçon perturbé mais intelligent qui, à 25 ans passés, va enfin trouver le chemin pour passer à l’âge adulte grâce aux efforts conjugués de sa mère (Marisa Tomei, toujours parfaite) , de sa soeur (Maude Apatow) , de son peut-être futur beau père (Bill Burr à moustache) et de sa copine d’enfance (Bel Powley, excellente). Mash-up improbable de Clerks et de Mommy, The King of Staten Island  est une belle réussite. Le film US de l’été.  

 

 

IP Man 4

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Le Pitch

Ip Man (Donnie Yen) se rend aux Etats-Unis à la demande de Bruce Lee afin d’apaiser les tensions entre les maîtres locaux du Kung-fu et son protégé. Il se retrouve très vite impliqué dans un différend raciste entre les forces armées locales et une école d’arts martiaux chinoise établie dans le quartier de Chinatown à San Francisco…

Ce qu’on en pense 

La légende d’IP Man, qui fut l’instructeur de Bruce Lee,  continue d’inspirer les réalisateurs chinois… et de drainer les spectateurs locaux dans les salles. Le quatrième film consacré à sa vie a fait plus d’entrée en Chine que Star Wars 9. On peut lui prédire un moindre succès en France, où les trois premiers opus n’ont même pas eu droit à une sortie en salles. IP Man 4 ne manque pourtant pas de qualités. Les amateurs de films de kung fu peuvent y aller sans crainte : ça leur rappellera les vieux Bruce Lee. Le scénario est sans intérêt, mais les combats sont bien chorégraphiés (par Yuen Wu-ping qui a notamment réglés ceux de Kill Bill) et Donnie Yen donne pas mal d’humanité à son personnage.  Pour les cinéphiles plus exigeants, on conseillera plutôt de (re)voir le film que  Wong Kar-wai a consacré à Ip Man (The Grandmaster).

 

Madre

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Par Philippe DUPUY

Le pitch

Dix ans se sont écoulés depuis que le fils d’Elena, alors âgé de 6 ans, a disparu. Dévastée depuis ce tragique épisode, sa vie suit son cours tant bien que mal. Jusqu’à ce jour où elle rencontre un adolescent qui lui rappelle furieusement son garçon disparu

Ce qu’on en pense

Nouveau prodige du cinéma espagnol, Rodrigo Sorogoyen , découvert avec un film policier (Que Dios Nos Perdone) et confirmé avec un thriller politique (El Reino),  s’attaque au drame intimiste avec Madre. Le film s’ouvre sur la scène qui l’a inspiré : elle est tirée d’un court métrage que Sorogoyen avait réalisé comme un thriller. Dans un plan séquence comme les affectionne le réalisateur espagnol, on voit une jeune femme, Elena (Marta Nieto, beauté anguleuse) se prendre la tête avec sa mère dans un appartement bourgeois,  quand leur discussion est interrompue par un coup de fil. C’est le fils d’Elena, 6 ans, qui ne retrouve plus son père sur la plage des Landes, où ils sont en vacances. Il va faire nuit, la plage est déserte, le portable sur lequel il appelle n’a plus de batterie et l’enfant raconte qu’un homme l’observe à distance et lui fait peur. Le mobile s’éteint alors que l’homme approche et que l’enfant court pour s’échapper…  Dix ans plus tard, on comprend qu’Helena a désespérément cherché son fils et qu’elle a échoué là, sur la plage du Vieux Boucau,  où elle travaille comme serveuse dans un restaurant. D’une ellipse,  on est passé du thriller au drame intimiste. Celui d’une mère qui croit peut-être reconnaître son fils dans un jeune garçon en vacances, Jean,  qui pourrait avoir son âge. Qui le suit jusque chez lui,  comme elle a déjà dû le faire avec d’autres (les gens du coin l’appellent  “la folle de la plage“), se rend à l’évidence qu’il a de vrais parents (Anne Consigny-Fréderic Pierrot) et fait demi tour pour rentrer chez elle. Mais le garçon  (Jules Porier, très naturel) a vu le manège. Le lendemain, il  vient au restaurant la draguer sans complexe, sûr de son pouvoir de séduction. Une relation étrange se noue entre les deux : elle en quête de maternité,  lui dans le désir d’un amour de vacances. Tout se passe au vu et au su de leur entourage,  qui a peur de  comprendre ce qui se passe. Héléna a une jolie relation avec un Espagnol de son âge (Alex Brendemühl, dans un rôle à la Sergi Lopez) qui voudrait qu’elle vienne s’installer chez lui. Jean ne manque pas de sollicitations dans la bande avec laquelle il traîne… Pourtant les deux s’attirent comme des aimants.   Sorogoyen tient le film sur ce fil ténu, sans verser dans le mélo, l’étude psychologique,  ni la romance intergénérationnelle. Dénué de toute complaisance, le film est pourtant d’une grande douceur. A  l’image de l’amour qui sauvera peut-être les deux protagonistes. Madre fait partie de ces films qui font leur chemin dans l’esprit du spectateur longtemps après le noir. Une oeuvre forte et attachante. 

Né à Jérusalem

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Le Pitch

Ronen (Yossi Attia) vit depuis sa naissance dans le cœur du quartier touristique de Jérusalem. En voyant une guide touristique débiter son laïus habituel pour un groupe de touristes, il a l’idée d’ une nouvelle forme de “visite guidée” : celle des lieux visés par les attentats des années 2000…

Ce qu’on en pense

Dans l’imaginaire israélien,  il n’y a peut-être que deux genres d’étrangers : les touristes et les terroristes. C’est ce que semble vouloir nous dire Yossi Attia, qui a écrit et coréalisé ce film, en grande partie autobiographique,  dans lequel il joue aussi le rôle principal. Celui d’un guide touristique bénévole, Ronen, qui ne fait visiter que les lieux du centre ville de Jérusalem endeuillés par des attentats. Par provocation ou pour exorciser ses multiples traumas (Ronen a assisté à plusieurs attentats, a perdu sa mère d’un cancer quand il était encore adolescent et son père est déjà presque sénile) ? Le film ne tranche pas vraiment. A sa drôle de manière, faussement nonchalante, il remue gentiment le couteau dans la plaie toujours ouverte de l’intifada. Nombre de morts, plaques commémoratives, simulation d’appels de rescapés à leur famille sur des mobiles d’époque… Le guide n’oublie rien pour faire vivre l’expérience de ce que c’est que d’être “né à Jérusalem” (et d’y avoir survécu). La caméra capte tout comme si elle tournait un documentaire sur la rue Jaffa. Heureusement, le sourire à fossettes d’une fausse touriste,  mais vraie amoureuse (Lihi Kornowski, jolie  découverte),  éclaire pas mal l’affaire. Façon de suggérer qu’en dépit de ce triste passé,  l’avenir pourrait être radieux.

 

Felicita

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Le Pitch

Pour Tim et Chloé (Pio Marmaï-Camille Rutherford) , le bonheur c’est au jour le jour et sans attache. Mais demain l’été s’achève. Leur fille, Tommy (Rita Merle), rentre au collège et cette année, c’est promis, elle ne manquera pas ce grand rendez vous. C’était avant que Chloé disparaisse, que Tim vole une voiture et qu’un cosmonaute débarque dans l’histoire…

Ce qu’on en pense

Passé à la réalisation en 2007 avec Héros, un thriller avec Michael Youn et Patrick Chesnais, le scénariste Bruno Merle (Le Prince oublié, Code Lyoko) revient derrière la caméra avec Felicita. Une comédie familiale en forme de road movie breton, dans laquelle Pio Marmaï, Camille Rutherford et la jeune Rita Merle (fille du réalisateur et sacrée découverte ) forment une famille marginale qui vit sa vie comme dans un film. Les situations les plus quotidiennes sont  prétextes  à élaborer des scénarios alambiqués,  au point qu’on ne sait jamais qui dit la vérité et qui invente les plus gros bobards (genre faire croire à sa fille de 10 ans qu’elle a été adoptée et qu’elle est, en fait, la fille d’Orelsan). Pour se protéger un minimum de parents aussi farfelus,  la gamine n’a d’autre ressource que de porter en permanence un casque de chantier anti-bruit qui la coupe de leur monde fantasmatique et lui permet de se retrouver dans le sien…  qui ne l’est  pas moins (elle a pour confident un cosmonaute imaginaire qui a le visage d’Orelsan). Très inspiré du cinéma indé US (comme un mash-up de Sailor et Lula et de Little Miss Daisy), Felicita  promet 1h22 de plaisir aux spectateurs qui sauront se laisser embarquer dans les délires de cette famille pas comme les autres. Pio Marmaï et ses deux partenaires féminines sont la meilleure clé d’entrée dans son univers.

L’Aventure des Marguerite

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Le pitch

Marguerite et Margot (Lila Gueneau) ont toutes les deux douze ans, avec chacune sa famille, ses copains, ses problèmes… Et son époque. Car l’une vit en 1942 et l’autre en 2018. Mais c’est sans compter sur une mystérieuse malle magique qui les transporte chacune dans l’époque de l’autre. Margot et Marguerite ont un autre point commun : leur père n’est plus là, disparu en pleine 2ème Guerre Mondiale ou n’habitant plus à la maison. À 70 ans d’écart, elles se lancent dans une grande aventure pour retrouver leurs présents, explorant l’Histoire, mais aussi la mémoire de leurs familles.

Ce qu’on  en pense
Après le film d’animation (Sahara), Pierre Coré s’attaque avec succès au récit d’aventures pour la jeunesse avec cette adaptation de la BD de Robin et Vincent Cuvellier, Le Temps des Marguerite, qu’il transpose de la Belle époque à la deuxième guerre mondiale, pour plus de dramaturgie. Un choix plutôt judicieux,  bien que le scénario s’appuie plutôt sur les changements de mœurs  entre les années 40 et nos jours que sur le contexte historique. Les situations et les dialogues sont savoureux, Alice Pol et Clovis Cornillac s’en donnent à cœur joie et la jeune Lila Gueneau, dont c’est le premier rôle, met les bouchées doubles. Une bonne comédie d’aventures à voir en famille. 

Divorce Club

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Le pitch

Après 5 ans de mariage, Ben (A1naud Ducret) est toujours aussi éperdument amoureux. Jusqu’au jour où il découvre en public que sa femme le trompe. Plaqué et lâché par ses proches, Ben peine à remonter la pente jusqu’à ce qu’il croise le chemin de Patrick (François Xavier Demaison) , un ancien ami lui aussi divorcé qui lui propose d’emménager chez lui. Patrick, au contraire de Ben, entend bien profiter de son célibat retrouvé et de tous les plaisirs auxquels il avait renoncé durant son mariage. Bientôt rejoints par d’autres divorcés, les fêtards quarantenaires ébauchent les premières règles du ” Divorce Club “…

Ce qu’on  en pense
Comme à une audience de divorce pour faute, on y va à reculons en craignant le pire. Le Grand Prix obtenu au Festival de l’Alpe d’Huez rassure un peu, mais l’attelage Arnaud Ducret-Michael Youn- François Xavier Demaison et le sujet laissent plutôt craindre la grosse comédie de mœurs à la française. On n’y échappe pas tout à fait, mais il faut reconnaître à Michael Youn un certain sens du rythme et de l’écriture. Arnaud Ducret ne  s’en tire pas si mal non plus.  Au bout du compte, Divorce Club est plus drôle que gênant. Une relative bonne surprise. 

La Nuit venue

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Paris 2018. Jin (Guang Huo), jeune immigré sans papiers, est un chauffeur de VTC soumis à la mafia chinoise depuis son arrivée en France, il y a cinq ans. Cet ancien DJ, passionné d’électro, est sur le point de solder “sa dette” en multipliant les heures de conduite. Une nuit, au sortir d’une boîte, une troublante jeune femme, Naomi (Camelia Jordana), monte à bord de sa berline. Intriguée par Jin et entêtée par sa musique, elle lui propose d’être son chauffeur attitré pour ses virées nocturnes. Au fil de leurs courses dans la ville interlope, une histoire naît entre ces deux noctambules solitaires et pousse Jin à enfreindre les règles du milieu.

Ce qu’on  en pense
Qui de la mafia chinoise ou de l’ultralibéralisme ubérisé  est le plus impitoyable ? C’est la question que pose le premier long-métrage de Frédéric Farrucci, réalisateur de 49 ans originaire d’Ajaccio. Un “à la manière de” (Wong Kar-wai, Hou Hsiao Hsien, Nicolas Winding Refn… les influences sont sensibles) qui promène le spectateur dans un Paris  de la nuit coloré aux néons,  avec un chauffeur de VTC chinois, une Camelia Jordana caméléonesque (en arrivant à Marseille elle ressemble déjà à Ariane Ascaride !) et une superbe B.O electro signée Rone. Un exercice de style au scénario sans surprise, mais très joliment réalisé,  avec le budget sandwiches d’une grosse comédie populaire. A voir. 

Abou Leila

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Le pitch

Algérie, 1994. S. et Lotfi, deux amis d’enfance, traversent le désert à la recherche d’Abou Leila, un dangereux criminel. La quête semble absurde dans l’immensité du Sahara. Mais S., dont la santé mentale est vacillante, est convaincu d’y trouver Abou Leila. Lotfi, lui, n’a qu’une idée en tête : éloigner S. de la capitale. C’est en s’enfonçant dans le désert qu’ils vont se confronter à leur propre violence.

Ce qu’on en pense

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes 2019, Abou Leila commence comme un film policier par une scène d’exécutionpour se muer immédiatement en road movie hypnotique, évoluer en western métaphysique et finir en thriller paranoïaque. A travers l’enquête,  de plus en plus insensée et violente,  de ses deux protagonistes, filmée au long cours dans le désert , comme un hommage à Antonioni, le scénario développe une métaphore de la guerre civile algérienne qui a fait des dizaines de milliers de victimes dans les années 90. Alors que son compagnon de route sombre dans la folie et que les frontières entre le rêve,  la réalité, le passé et le présent,  se brouillent  définitivement, l’un des deux héros ne peut que constater : “Ce pays est un asile à ciel ouvert“.  Un premier film algérien des plus prometteurs, signé Amin Sidi Boumedine :  un nom à retenir.

 

 

Mon Ninja et moi

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Le pitch

Le jeune Alex, élève en classe de 5ème, vit dans une famille recomposée. Pour son anniversaire, il reçoit de la part de son oncle excentrique, de retour de Thaïlande, une poupée Ninja vêtue d’un étrange tissu à carreaux. Alex découvre que le jouet s’anime et qu’il parle ! Le Ninja propose à Alex un pacte secret : il l’aide à devenir plus fort pour affronter ses peurs et ne pas se laisser intimider à la maison comme à l’école. En échange, Alex doit l’aider à accomplir une mystérieuse mission… Cette alliance faite d’amitié, de courage et d’humour transformera pour toujours ces deux improbables compagnons.

Ce qu’on en pense

Succès surprise du box-office Danois avec près d’un million d’entrées, Mon Ninja et moi se distingue de la production lambda de films d’animation par ses thèmes sociétaux. Harcèlement scolaire, travail forcé des enfants en Asie, familles recomposées, adolescence difficile… Tous ces sujets difficiles sont abordés par le biais  d’une aventure fantastique dans laquelle un jeune garçon solitaire et mal dans sa peau fait alliance avec la réincarnation d’un chevalier Ninja dans une peluche  pour vaincre ses complexes et affirmer sa personnalité. Rythmé, original, bien écrit et joliment réalisé, le film parlera aussi bien aux enfants qu’aux jeunes adultes amateurs d’animation. Une réussite.   

 

 

Beloved

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Par Philippe DUPUY

Le pitch

Infirmière dévouée dans un hôpital de Tel-Aviv, Avigail ( Stav Almagor) mène une existence effacée entre sa fille adolescente et son mari Rashi. Le jour où ce dernier est ébranlé dans sa vie professionnelle, la fragilité de son couple lui apparaît brutalement…

Ce qu’on en pense

Deuxième volet du dyptique ouvert avec Chained, Beloved est centré sur le personnage d’Avigail, la femme du flic incarné par Eran Naim, qu’on avait laissé dans la panade, entre une enquête de  l’IGPN, les accès de rebelion de sa belle fille de 13 ans (Stav Patai, épatante) et le désamour soudain de son épouse. On retrouve (brièvement) le couple au début du film, au bord de la rupture. Puis la réalisation ne s’intéresse plus qu’à Avigail et au  groupe de femmes avec lequel elle a lié amitié. Entre notamment en scène Yael (Ori Shani),  une sorte de coach bien-être qui va prendre beaucoup d’importance dans la vie d’Avigail, sous prétexte de l’aider dans sa quête de maternité. Un peu à la ramasse dans sa vie personnelle, Yael squatte provisoirement chez sa sœur adoptive (Leah Tonic), hôtesse de bar, dans l’appartement que leur a laissé leur père grabataire. Se dessine entre ces femmes une relation de sororité, comme Avigail n’en a visiblement jamais connu. Y trouvera-t-elle son bonheur ? Rien n’est moins sûr , tant la vie, telle que la filme Yaron Shani, est dure avec toutes ces femmes en quête de tendresse dans un monde de brutes. Moins désespéré que Chained, Beloved ne laisse toutefois pas filtrer beaucoup plus de lumière. C’est un film dur, sans compromis, mais assez beau au final. Il peut se voir indépendamment de son prédécesseur,  mais on en appréciera mieux la subtilité en les visionnant dans l’ordre  chronologique.

Exit

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Le Pitch

Rie (Christine Sonderis), une journaliste danoise, visite le chantier du métro de Copenhague pour réaliser un projet sur la coopération européenne. Mais sous terre, un accident se produit. Rie se retrouve bloquée dans un sas de décompression aux côtés de Bharan et Ivo, deux ouvriers. Le reportage se transforme en cauchemar…

Ce qu’on en pense 

Claustrophobes s’abstenir ! Dans le genre huis clos étouffant, Exit rejoint Buried et quelques autres au classement des survivals les plus éprouvants. On le doit au réalisateur danois Rasmus Kloster Bro ,  dont c’est le premier film et dont on retiendra le nom. On retiendra aussi celui de l’actrice principale Christine Sonderis, capable d’exprimer toute la gamme des sentiments allant de la simple angoisse à la panique pure avec un simple  regard et un tremblement de lèvres. Du grand art. Couvert de prix en festivals,  Exit va vous faire apprécier le déconfinement à sa juste valeur.