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Venise n’est pas en Italie

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Le Pitch

La famille Chamodot est fantasque et inclassable. Bernard (Benoît Poelvoorde), le père, un peu doux-dingue, fait vivre tout le monde dans une caravane, et la mère, Annie (Varlérie Bonneton) teint les cheveux de son fils Émile en blond, parce que, paraît-il, il est plus beau comme ça… Quand Pauline, la fille du lycée dont Émile est amoureux, l’invite à Venise pour les vacances, l’adolescent est fou de joie. Seul problème, et de taille, les parents décident de l’accompagner avec leur caravane, pour un voyage aussi rocambolesque qu’initiatique

Ce qu’on en pense 

Comme il l’avait fait en 2015 pour L’étudiante et Monsieur Henri, Yvan Calbérac adapte au cinéma sa propre pièce, elle-même tirée de son roman à succès. Des souvenirs d’enfance plus ou moins autobiographiques : « Mes parents me teignaient les cheveux en blond et chez nous aussi c’était : impossible n’est pas Calberac » confiait le réalisateur, aux Rencontres du Sud d’Avignon, où le film était présenté en avant-première. Entre La vie est un long fleuve tranquille mièvre et Les Tuche soft, Venise n’est pas en Italie (titre piqué à Serge Reggiani) n’est certes pas la comédie de l’année. Mais le film finit par amuser et attendrir, grâce au jeu de Valérie Bonneton et Benoît Poelvoorde, qui évitent d’en faire trop, et à celui des jeunes comédiens, plutôt bien dirigés. Ce n’est pas Venise, mais pas Bouzolles non plus !

Rocketman

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Le pitch

Rockstar adulée, Elton John (Taron Egerton) débarque en costume de scène à une réunion des Alcooliques Anonymes et raconte comment il est devenu alcoolique et accro à tout ce qui existe comme drogues…

Ce qu’on en pense

Quelques mois après le phénoménal succès de Bohemian Rhapsody,  consacré au groupe Queen et à son chanteur Freddie Mercury , débarque sur les écrans un nouveau biopic rock : celui d’Elton John. Anobli par la Reine, le pianiste et chanteur anglais a vendu plus de disques que Queen. Le film, réalisé par Dexter Fletcher,  qui avait repris en cours la réalisation de Bohemian Rhapsody et sauvé le projet, connaîtra-t-il le même succès faramineux, après son lancement en fanfare à Cannes ? Pas sûr. D’abord parce que contrairement à Freddie Mercury, Elton n’est pas mort jeune et en pleine gloire. C’est aujourd’hui un papa gâteau de 72 ans, au physique de banquier et sa personnalité fascine sans doute moins que celle de Mercury. Le film le cantonne un peu trop dans les clichés du gamin mal-aimé par sa mère et son père qui devient,  par la grâce d’un talent de musicien hors norme, une méga star planétaire, s’autodétruit dans les excès et se fait exploiter par un manager sans scrupules dont il a eu le tort de tomber amoureux… La prestation de Taron Egerton est heureusement épatante. Il  incarne la rockstar à la perfection et chante même à sa place (ce qui n’était pas le cas de Rami Maleck pour Freddie Mercury). Il mériterait un double Oscar pour sa peine ! Les scènes musicales sont encore meilleures que celles de Bohemian Rhapsody. On regrette même que Dexter Fletcher n’ait pas osé en faire une vraie comédie musicale,  car les plus réussies sont celles qui participent directement à la narration. Comme celle de «Saturday Night’s Alright» en ouverture chorégraphiée. Ou celle de «Crocodile Rock», au cours de laquelle la star et le public s’envolent littéralement. Rocketman rend également justice à Bernie Taupin, parolier des plus grandes chansons d’Elton, resté dans son ombre et avec lequel il collabore pourtant toujours, 50 ans après leur première rencontre. Il met aussi en lumière le rôle décisif de son premier manager, producteur de la vieille école, qui l’a incité à aller sans attendre conquérir les States , en lui donnant ce conseil avisé : «Mets leur en plein la vue et ne te tue pas avec les drogues !». 

Godzilla II

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Le Pitch

L’agence crypto-zoologique Monarch doit faire face à une vague de monstres titanesques, comme Godzilla, Mothra, Rodan et surtout le redoutable roi Ghidorah à trois têtes. Un combat sans précédent entre ces créatures considérées jusque-là comme chimériques menace d’éclater. Alors qu’elles cherchent toutes à dominer la planète, l’avenir même de l’humanité est en jeu

Ce qu’on en pense 

Créé en 1954 dans un Japon  encore traumatisé par les attaques d’Hiroshima et Nagasaki, Godzilla, monstrueux iguane radioactif de 150 mètres de haut,  n’en finit plus d’incarner le déchaînement des forces de la Nature contre l’incurie des Hommes. Après le nucléaire, c’est la surexploitation des ressources de la Planète qui déclenche aujourd’hui son courroux. Un méchant groupe d’éco-terroristes a trouvé un moyen simple de régler le problème : éradiquer l’Homme de la surface de la Terre. C’était déjà, on s’en souvient,  la solution retenue par Thanos dans Avengers Infinity WarLes grands esprits se rencontrent ! Les monstres aussi, et ça fait du dégât.  Après une première heure d’exposition un peu longuette, le nouveau film de Gareth Edwards (déjà aux commandes du précédent Godzilla) propose une deuxième heure de combats de monstres et d’effets spéciaux impressionnants. L’amateur de films de destruction n’est pas volé sur la marchandise. Celui de cinéma d’auteur, par contre,  peut passer son chemin tranquillement.

Cannes 2019: Le Palmarès

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Vue la qualité exceptionnelle de la sélection 2019 (une des meilleures de la décennie), il fallait s’attendre à de la casse au palmarès. Il y en a eu ! Notamment,  pour les films américains qui sont tous restés sur le carreau. Vengeance à la Mexicaine ? Dommage en tout cas pour Quentin Tarantino et Terrence Malick qui présentaient leur meilleur film depuis longtemps (Once Upon a Time in Hollywood et Une vie cachée). Bien qu’il s’en défende, le jury d’Alejandro Inarritu a accouché d’un palmarès très  “socialement correct” . Tous les films primés traitent de problèmes politiques ou sociaux : fossé entre les riches et les pauvres pour la Palme d’or (Parasite de Bong Joon-ho),  radicalisation (Le jeune Ahmed des frères Dardenne, prix de la mise en scène), émancipation féminine (Le portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma prix du scénario) , palestinisation du monde (It Must Be Heaven d’Elia Suleiman, prix spécial), manipulations génétiques (Little Joe, prix féminin pour Emily Beecham), crise des cités (Les Misérables de Ladj Ly, prix du jury), crise des campagnes  (Bacurau de Kleber Mendonça Filho, prix du jury ex-aequo), crise des migrants(Atlantique de Mati Diop, Grand Prix) … Il ne manque que les gilets jaunes !  Seule concession au romantisme, le prix d’interprétation masculine accordé à Antonio Banderas pour sa composition dans Douleur & Gloire, le vrai faux biopic de Pedro Almodovar. Un prix consolatoire pour le réalisateur espagnol,  qui était le grandissime  favori de l’édition avec un film quasi parfait. La Palme d’or accordée à Parasite consacre une fable sur la fracture sociale qui vire à la farce macabre. Une sorte d’Affaire de famille 2, en plus méchant, mais en nettement plus lourd et appuyé, aussi. Le film sort  en salles le 5 juin. On lui souhaite de connaître le même succès que son prédécesseur.

 

Cannes 2019: Part 2

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Après une première semaine de bonne tenue, marquée par les films de genre à dominante  fantastique et dominée par le superbe  biopic autofictionnel de Pedro Almodovar Douleur et Gloire,  le 72 e festival de Cannes s’est poursuivi par une météo maussade avec le choc esthétique du nouveau film de Terrence Malick , Une vie cachée,  sublime évocation d’un résistant Autrichien qui a refusé d’incorporer l’armée allemande pendant la deuxième guerre mondiale et le très beau Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciama qui mériterait, a minima,  un double prix d’interprétation pour Adèle Haenel et Noémie Merlant. Le prix masculin pourrait aller à héros du nouveau Marco Bellochio Le Traitre, un film de mafia classique mais d’une belle ampleur qui raconte l’histoire du repenti dont le témoignage  envoya 366 membres de la Cosa Nostra en prison. Alors que les frères Dardenne, Xavier Dolan, Ira Sachs livraient des copies décevantes, Quentin Tarantino, dont on n’attendait pas le Pérou,  mettait une bonne claque aux festivaliers avec son Once Upon a Time… In Hollywood, évocation mélancolique et uchronique du Los Angeles des années 60-70,  avec Brad Pitt et Leo DiCaprio en losers sympathiques et l’assassinat de Sharon Tate par la Manson family en background. Le coréen Bong Joo-ho devenait l’un des favoris de la compétition avec Parasite, une fable sur la fracture sociale qui vire à la farce macabre. Une Affaire de famille en plus méchant.  Chouchou français du festival (tous ses films y ont été sélectionnés  ou presque), Arnaud Desplechin séduisait les amateurs de classiques polars à la française avec Roubaix, une lumière tiré d’un fait divers réel. Pour sa première venue à Cannes Justine Triet faisait honneur à la sélection française avec Sibyl , une brillante comédie psychanalytique où s’illustre une nouvelle fois Virginie Efira.  Abdellatif Kechiche, par contre,  se vautrait  avec la suite de Mektoub My Love: 3h40 de vide sidéral et de popotins en folie sur de la techno de bourrin au kilomètre. Du Gaspar Noë sans drogue, ni stroboscope,  mais avec une scène de cunnilingus non simulé de 12 minutes chrono.  Heureusement,  en toute fin de Festival, le vétéran Marco Bellocchio  avec Le Traitre (grand film de mafia) et Elia Suleiman (le Tati palestinien)  avec It Must Be Heaven  faisaient oublier cet unique miscasting d’une des meilleures sélections de la décennie

 

Sibyl

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Le pitch

Psychanalyste, Sibyl (Virginie Efira) souhaite se consacrer à l’écriture de fiction, qu’elle a déjà pratiqué par le passé. Pour s’en donner le temps, elle commence à se séparer de ses patients,  mais ne peut résister à l’appel au secours d’une jeune actrice dépressive, Madeleine (Adèle Exarchopoulos). Enceinte du partenaire de son premier film (joué par Gaspard Ulliel), Madeleine se demande  si elle doit garder le bébé ou se faire avorter.Son amant est un séducteur et un menteur invétéré.En plus, il est en couple avec la réalisatrice du film (Sandra Hüller) !  La situation est déjà compliquée,  mais l’intervention de Sibyl va la rendre encore plus complexe. En panne d’inspiration pour son roman, la psy  se sert des confessions de Madeleine pour nourrir sa fiction, tout en projetant sur elle ses propres échecs sentimentaux… Lorsque Madeleine l’appelle sur le tournage, à Stromboli, pour l’assister psychologiquement, la situation devient totalement explosive et incontrôlable

Ce qu’on en pense

Vous l’avez aimée en avocate désastreuse dans Victoria ? Vous allez l’adorer en psy-catastrophe dans Sibyl. En lice pour le  prix d’interprétation féminine au palmarès de Cannes 2019,  Virginie Efira  confirme un talent qui ne fait que croître et embellir dans le nouveau film de Justine Triet.  Pour ce qui est seulement son troisième long métrage,  la réalisatrice  de La Bataille de Solférino et Victoria  tisse une comédie psychanalytique brillante sans être trop cérébrale qui lui a valu une première sélection en compétition à Cannes. Le film embarque le spectateur dans les méandres de la psychée dérangée de ses personnages et joue très habilement avec les mises en abîmes et les effets miroirs.  Réalité, fiction, cinéma et création littéraire s’entrechoquent dans un maelstrom de sentiments, de sexe, de névroses et d’humour décalé. Intelligent, émouvant, brillamment mis en scène et drôle à la fois,  Sibyl  a tout pour séduire.      

Stubby

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Le pitch

Chien errant, Stubby est recueilli par John R. Conroy sur le campus de Yale, où le soldat s’entraîne avec les troupes US avant de rejoindre les alliés lors de la Grande Guerre. John embarque clandestinement son protégé sur l’USS Minnesota, et les voilà voguant vers la France pour participer aux combats dans les tranchées de la Somme

Ce qu’on en pense

Réalisateur de documentaires, l’Irlandais Richard Lanni est tombé sur l’histoire  véridique du chien Stubby lors de recherches pour une série sur la première guerre mondiale : « Sa dépouille est exposée dans un musée de Washington, raconte-t-il. Sa vie a été incroyable : il a été médaillé de guerre, élevé au grade de sergent et a été reçu trois fois à la Maison Blanche ». Alors qu’il n’avait jamais réalisé de film d’animation, Lanni a eu le sentiment que ce serait le meilleur moyen de raconter la vie de Stubby : « C’est une histoire d’amitié, de courage, de dévouement et de générosité, dans un contexte historique un peu oublié de nos jours, surtout aux États-Unis. Je voulais la faire partager aux enfants autant qu’aux adultes, explique-t-il. Mais la première guerre mondiale a été une telle boucherie que je ne pouvais pas faire un film réaliste. D’où le choix de l’animation ». Le projet a séduit Gérard Depardieu qui prête sa voix au soldat Gaston dans la version originale américaine et dans la VF. Sa présence vocale donne au film un réalisme et une émotion supplémentairesAnimé à l’ancienne, façon Walt Disney vintage, Stubby est une belle réussite, saluée par plusieurs prix du public en festival. Au point que le réalisateur et ses producteurs français envisagent de lui donner deux suites : « Après la guerre Stubby a fait du théâtre avec Houdini et a même côtoyé Elliott Ness pendant la prohibition, rappelle Richard Lanni.Cela fait encore beaucoup de choses à raconter ».

Aladdin

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Le pitch

Quand un charmant garçon des rues du nom d’Aladdin (Mena Massoud) cherche à conquérir le cœur de la belle, énigmatique et fougueuse princesse Jasmine (Naomi Scott), il fait appel au tout-puissant Génie (Will Smith), le seul qui puisse lui permettre de réaliser trois vœux, dont celui de devenir le prince Ali pour mieux accéder au palais.Mais le puissant et cruel Jafar (Marwan Kenzari) qui veut être sultan à la place du sultan (Navid Negahban) risque de contrarier ses plans...

Ce qu’on en pense

On pouvait craindre beaucoup de ce remake d’Aladdin en prises de vues réelles, venant derrière un dessin animé et une comédie musicale ayant tous deux connu un très grand succès. Surtout réalisé par un cinéaste aussi bourrin et tape à l’œil que Guy Ritchie (Sherlock Holmes, Agents très spéciaux).La surprise n’en est que meilleure. Le film est une superbe réussite avec un couple Aladdin/Jasmine (Mena Massoud et Naomi Scott) frais et charmant, une reconstitution du royaume digne des Mille et une nuits, des effets spéciaux réussis, des chorégraphies bollywoodiennes, une belle intégration des passages chantés et des scènes d’action enlevées et pas trop répétitives. Seul petit bémol : le méchant incarné par Marwan Kenzari est un peu fade. Mais c’est l’interprétation du génie par Will Smith qui fait toute la différence. Même peint en bleu et à demi reconstitué en images de synthèse avec la musculature d’Arnold Schwarzenegger, Smith est « génial » dans les scènes de pure comédie comme dans celles exigeant de l’émotion.« J’étais terrifié de passer après Robin Williams (la voix US du dessin animé N.D.L.R.) qui avait fait une composition géniale, confiait l’acteur lors de sa venue à Paris pour l’avant-première. Mais un rôle où je pouvais à la fois chanter, danser et jouer la comédie, ça ne se refuse pas. J’ai essayé de donner au génie un côté hip-hop qu’il n’avait pas dans le dessin animé. Mais je suis surtout fier que le film transmette un message aussi humaniste et féministe ». Car, cerise sur le gâteau, en plus de toutes ses qualités, cet Aladdin 2019 est un film qui milite pour la cause des femmes, avec une Jasmine très « girl power ». « Une évolution tout à fait naturelle du personnageJe n’ai pas eu à forcer le trait » affirme Guy Ritchie.

Les plus belles années d’une vie

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Le pitch

Ils se sont connus voilà bien longtemps. Un homme et une femme, dont l’histoire d’amour fulgurante, inattendue, saisie dans une parenthèse devenue mythique, aura révolutionné notre façon de voir l’amour. Aujourd’hui, l’ancien pilote de course se perd un peu sur les chemins de sa mémoire. Pour l’aider, son fils va retrouver celle que son père n’a pas su garder mais qu’il évoque sans cesse. Anne (Anouk Aimée) va revoir Jean-Louis (JL Trintignant) et reprendre leur histoire où ils l’avaient laissée

Ce qu’on en pense

53 ans après Claude Lelouch réunit à nouveau Anouk Aimée et Jean Louis Trintignant pour une deuxième suite à Un Homme et une femme (Palme d’or 1966). Un cas unique dans l’histoire du cinéma. On craint le pire (vous avez dit géronto-porn?) et c’est le meilleur qui surgit à l’écran.  Il suffit que Lelouch monte les images d’hier sur celles d’aujourd’hui pour que l’émotion surgisse.  Revoir Anouk Aimée et Jean Louis Trintignant  et les trouver toujours aussi beaux, malgré les ravages du temps…  L’amour et le cinéma, ont cette vertu magique.  La musique chabadabada arrive (en 2cv !) au bout de 40 minutes et on fond. Les bonnes idées pullulent : comme celle de superposer  les images de Trintignant jeune au volant de sa Ford Mustang  sur celles de sa fameuse traversée de Paris au petit matin (C’était un rendez-vous : 18 feux rouges brulés à un train d’enfer). Personne n’est dupe ( “Il n’y a qu’au cinéma que les histoires finissent bien” dit Jean-Louis à Anne ), mais c’est tellement bon de faire semblant d’y croire. Du bon, du beau , du grand Lelouch.

Le Jeune Ahmed

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Le Pitch

En Belgique, aujourd’hui, Ahmed, 13 ans (Idir Ben Addi), suit à la lettre les enseignements de l’imam du quartier. Au grand désespoir de sa mère (Claire Bodson) et de sa prof d’arabe (Myriem Akheddiou) qui le suit depuis son plus jeune âge et ne le reconnaît plus…

Ce qu’on en pense 

Après La Fille inconnue avec Adèle Haenel en 2016, les frères Dardenne reviennent avec un film sur la radicalisation. Le thème est abordé sous un angle relativement original : celui d’un très jeune zélote, garçon de 13-14 ans, dont on ne sait ni comment, ni pourquoi il est devenu ultra religieux. Sa mère, européenne, s’en désole : “C‘est ton connard d’imam qui t’as lessivé la tête avec ses prières” lui dit -elle à bout de nerfs,  alors qu’il refuse désormais de serrer la main d’une femme et passe son temps à prier dans sa chambre alors que,  quelques mois avant on ne pouvait pas lui faire lâcher sa Playstation. Son  père est décédé, il reproche à sa mère de boire. Son frère et sa soeur se moquent de sa nouvelle lubie. Tous espèrent que ça va lui passer. Mais non, au contraire. Bientôt,  le voilà qui projette de tuer une impie. Heureusement son plan échoue. Il se retrouve en stage de déradicalisation dans une ferme où la jeune fille de la maison n’est pas insensible à son charme. L’amour suffira-t-il à le ramener à la raison ? En compétition à Cannes où ils ont un abonnement à vie (et déjà 2 palmes à leur tableau de chasse),  un Dardenne peu inspiré,  dans le thème comme dans le traitement,  qui n’apporte rien au débat. Ahmed, alors!

Une part d’ombre

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Le Pitch

David (Fabrizio Rangione) est un père de famille comblé : une femme qu’il aime, deux enfants adorables, une bande de potes soudée. Au retour de leurs dernières vacances, David est interrogé par la police dans le cadre d’un meurtre, commis dans les parages alors qu’il faisait son jogging. Rapidement, l’enquête établit qu’il n’est pas irréprochable. Même si son meilleur ami et son avocat le soutiennent, le doute se propage dans son entourage

Ce qu’on en pense 

L’incrédulité, le doute,  puis le soupçon… Comment réagit un groupe d’amis lorsque la police puis la justice mettent en cause un des leurs ?  Chacun se détermine en fonction de ses affinités, de ses convictions, de sa conception de l’amitié… Ou de ses propres zones d’ombre. Pour son premier long métrage, le Belge Samuel Tilman traite le sujet avec beaucoup de réalisme et un peu de roublardise. La fin surprend alors qu’on croyait la cause entendue. Les acteurs sont excellents, dommage que la forme soit purement téléfilmesque.

Cannes 2019: Part 1

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Le 72e festival de Cannes s’est ouvert le 14 mai avec la projection en compétition de The Dead Don’t Die de Jim Jarmusch. Une parodie de film de zombies qui a donné le ton de la sélection  : plus “fantastique et écologique” que “romantique et politique” comme l’avait annoncé Thierry Frémaux.  A part Ken Loach (avec l’efficace Sorry We Missed You sur l’Ubérisation du travail) et Ladj Ly (avec Les Misérables, film coup de poing  sur la crise qui couve dans les banlieues),  on n’a vu que des films qui auraient pu avoir leur place au festival du film fantastique de Gérardmer. Comme Bacurau du Brésilien Kleber Mendonça Filho, western d’anticipation trés seventies , Atlantique de la franco-sénégalaise Mati Diop , drame de l’immigration où les djinns remplacent les zombies, Little Joe de l’Autrichienne Jessica Hausner, sur les manipulations génétiques , Zombi Child de Bertrand Bonello sur l’histoire vraie d’un mort-vivant haïtien ou encore  Le Daim de Quentin Dupieux ,  dans lequel Jean Dujardin se fait envouter par son blouson à franges. Ces deux derniers films étant présentés à la Quinzaine des réalisateurs, on se dit que Thierry Frémaux ne s’est pas trompé de festival…  Passons sur deux polars dispensables (Le Lac aux oies sauvages du Chinois Diao Yinan et Les Siffleurs du roumain Corneliu Porumboiou),   et on se retrouve en deuxième semaine avec un grandissime favori : Pedro Almodovar,  dont le nouveau film autobiographique, Douleur et Gloire est un pur chef d’oeuvre (lire ici). A venir :    Tarantino, Xavier Dolan,  les frères Dardenne, Marco Bellochio,  Terrence Malick  Abdellatif Kechiche, Arnaud Desplechin , Céline Sciamma et Justine TrietClôture  et palmarès samedi 25 avec Hors normes du tandem Nakache et Toledano  (Intouchables).

 

Douleur et gloire

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Le pitch

La gloire de  Salvador Mallo (Antonio Banderas) appartient au passé. La douleur, en revanche, est son présent : c’est simple,  le réalisateur a mal partout ! Perclus de douleurs, Mallo  s’est coupé du monde. Réfugié dans un appartement musée/mausolée, où n’entrent plus que sa bonne mexicaine et Mercedes, son agent/infirmière dévouée (Nora Navas). La projection à la Cinémathèque de Madrid d’une version restaurée de son chef-d’œuvre va pourtant le tirer de sa retraite. Et fournir l’occasion de retrouvailles inattendues : avec Alberto (Asier Etxeandia) l’acteur-vedette du film, avec lequel il est fâché depuis 30 ans, avec Federico (Leonardo Sbaraglia) ancien amant adoré, avec son enfance (Asier Flores dans le rôle du petit Mallo), avec sa mère (Penélope Cruz et Julietta Serano), avec son passé et, peut-être, aussi avec son avenir…

Ce qu’on en pense

Un homme entre deux âges, qui flotte entre deux eaux… Dès son premier plan , le nouveau film d’Almodóvar annonce le programme.  Avec ce film-confession, intime et magnifique, Almodóvar signe une de ses plus belles réalisations.Peut-être son chef-d’œuvre. Souvent drôle, toujours émouvant, personnel mais jamais narcissique, d’une fluidité totale dans ses allers-retours temporels, d’une beauté époustouflante, écrit au cordeau et joué à la perfection, épuré de toute grandiloquence baroque, c’est l’œuvre d’un grand maître en pleine possession de son art. En lice pour la Palme d’or à Cannes,  Douleur et Gloire  servira d’étalon pour  juger les autres films. Il leur sera difficile d’être à la fois aussi parfait sur la forme et touchant sur le fond. Car en ne parlant que de lui (le film aurait pu s’appeler Tout sur moi-même), Almodóvar parle à tous les hommes, à tous les fils et à toutes les mères. La sienne est si importante dans sa vie qu’il lui faut pas moins de deux actrices pour la jouer. Penélope Cruz l’incarne jeune (et elle est merveilleuse), Julietta Serano la joue à la fin de sa vie. La scène où ils se disent adieu est une des plus déchirantes qu’on ait vues au cinéma. Antonio Banderas, rarement aussi bien servi en rôle et en dialogues, est le premier candidat sérieux au prix d’interprétation. Hélas, incompatible avec la Palme,  pour laquelle Almodovar est à ce jour le premier prétendant sérieux.

Passion

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Le pitch

Un jeune couple annonce son mariage lors d’un dîner entre amis. Les réactions de chacun vont révéler des failles sentimentales jusque-là inexprimées au sein du groupe.

Ce qu’on en pense

Avant Senses et Asako 1&2 (un de nos coups de cœur de Cannes 2018), le Japonais Ryusuke Hamaguchi  avait réalisé cette romance chorale, qui est, en fait, son premier long métrage. On y trouve en germe les qualités esthétiques et la fluidité de la mise en scène qui font de lui la valeur montante du cinéma nippon.  Mais délayés dans un marivaudage de trentenaires bobos, digne du cinéma français rive-gauche le plus nombriliste (suivez notre regard). Seuls l’exotisme de la VOST et la beauté plastique des acteurs/trices, tous semblant sortir tout droit d’un  shooting de mode, permettent de s’intéresser un tant soit peu aux chassés croisés amoureux de ces personnages superficiels et égocentriques. Mais on jette l’éponge au seuil fatidique des 90 minutes. Les 25 suivantes font regretter de ne pas être parti avant. Le titre français est purement mensonger: Passion est tout sauf passionnant.

Séduis-moi si tu peux

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Le Pitch

Fred (Seth Rogen), un journaliste au chômage, a été embauché pour écrire les discours de campagne de Charlotte Field (Charlize Theron), en course pour devenir la prochaine présidente des États-Unis et qui n’est autre… que son ancienne baby-sitter ! Avec son allure débraillée, son humour potache et son franc-parler, Fred fait tâche dans l’entourage ultra-codifié de Charlotte. Tout les sépare et pourtant leur complicité est évidente. Mais une femme promise à un si grand avenir peut-elle se laisser séduire par un homme maladroit et touchant ?

Ce qu’on en pense

Jonathan Levine, réalisateur New Yorkais qui avait fait de beaux débuts en 2006 avec le thriller adolescent Tous les garçons aiment Mandy Lane, n’a pas vraiment confirmé depuis les espoirs placés en lui, alternant les genres sans trouver le sien.Il s’attaque ici à la comédie romantique avec son comédien fétiche Seth Rotgen en simili Michael Moore et la sublime Charlize Theron en future présidente des États-Unis. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’on a du mal à y croire. La greffe entre l’humour régressif à la Judd Apatow et les exigences de la romcom grand public a du mal à prendre. Quelques bonnes scènes (comme une négociation sous drogue pour la libération d’un otage) ne suffisent pas à sauver le film. Charlize Theron, qui minaude au-delà du supportable, apparaît à peu près aussi douée pour la comédie que pour être présidente des Etats-Unis