Cinéma

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L’Orphelinat

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Le Pitch

Kaboul, fin des années 80. Le jeune et débrouillard Qodrat  (Qodratollah Qadiri) gagne sa vie en revendant des tickets pour aller voir ses films Bollywoodiens préférés. Rattrapé par la police, il se retrouve à l’Orphelinat où il s’imagine héros de Bollywood, combattant aux côtés de ses nouveaux amis l’invasion rebelle les menaçant.

Ce qu’on en pense 

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes , le second long métrage de la réalisatrice Afghane Shahrbanoo Sadat (Wolf and Sheep) s’inspire de la vie d’un de ses amis et se situe dans la période de l’occupation soviétique de l’Afghanistan. Une ère finalement assez heureuse, où les jeunes les plus démunis pouvaient bénéficier des bienfaits du modèle communiste. Le regard que porte la réalisatrice sur les souvenirs d’enfance de son ami est à la fois ironique et nostalgique, les séquences les plus dramatiques étant immédiatement contrebalancées par des chorégraphies bollywoodiennes. Le  film a surtout valeur de document sur cette période qui précéda l’arrivée des talibans au pouvoir.

Interview : Robert Guédiguian

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 Après une parenthèse nostalgique (La Villa), Robert Guédiguian revient au combat avec Gloria Mundi  son film le plus noir depuis La Ville est tranquille (2000). Comme son vieux compagnon de route anglais  Ken Loach avec Sorry, We Missed You, le cinéaste marseillais  traite de l’ubérisation de la société,  mais sur un mode encore plus désespéré:  « On sait que le système a gagné quand les dominés adoptent le discours des dominants»  constate-t-il amer. C’est exactement ce que font les protagonistes du film, à commencer par les plus jeunes qui, pourtant, devraient représenter l’espoir en l’avenir…

Vous deviez réaliser une comédie et vous livrez votre film le plus désespéré. Qu’est-ce qui vous a fait changer votre fusil d’épaule?

Une série de revers électoraux,  de déceptions politiques,  de grèves qui échouent… J’ai commencé à écrire après les européennes et j’ai rapidement eu le sentiment que le moment était mal choisi pour faire une comédie. Il fallait plutôt essayer de voir pourquoi ça ne marche plus. Expliquer pourquoi, il n’y a plus d’unité possible. Parce que le discours dominant, l’individualisme, a submergé les dominés, ceux qui en sont le plus victimes. Dès lors, le registre du film noir s’imposait.

Le mouvement des gilets jaunes ne  contredit-il pas le pessimisme du film? 

Si j’étais vraiment pessimiste, je ne ferai plus de films. Intervenir comme je le fais, est bien la preuve que je pense encore que les choses peuvent changer . Il faut juste continuer à  dénoncer,  en espérant réveiller les consciences. Le mouvement des gilets jaunes était porteur d’espoir et il l’est encore, malgré les casseurs et les extrémistes. Mais je ne crois pas qu’on puisse aboutir à quelque chose de concret sans leaders, ni organisation. Sinon, c’est juste une révolte ponctuelle, une jacquerie. Pour qu’une action soit cohérente et permanente il faut une structure, c’est ce qui manque au mouvement. Mais je garde espoir : ce qui se passe à l’hôpital, où les mandarins descendent dans la rue avec les aides soignantes,  c’est une grande première. Et le peuple est avec eux. On va voir ce qui se passe le 5 décembre…

Les jeunes n’ont pas le beau rôle dans le film… 

Non, c’est sûr. Ils ont totalement absorbé le discours libéral. Ils  ne croient plus en rien, ne sont ni politisés, ni idéologisés, ni conscientisés et se bouffent le foie entre eux. Mais j’ai pris garde de montrer que leurs parents ne sont pas reluisants non plus. Elle a baissé les bras et ne croit plus dans la lutte et lui conduit son bus sans rien dire. Je ne voulais pas opposer les générations,  mais montrer au contraire qu’ils sont tous victimes du système.

Pour filmer cela, il fallait quitter l’Estaque ?

Oui. On a filmé dans les nouveaux quartiers de Marseille qu’on n’a pas encore beaucoup vu au cinéma : la Joliette Euroméditerranée…  Ils représentent le monde nouveau. L’ancien est resté au bout de la ligne du bus que conduit Jean-Pierre (Daroussin N.D.L.R), vers l’Estaque…

Le personnage de Gérard Meylan a une dimension christique. Le religieux est de plus en plus présent dans vos films, on dirait… 

J’avais besoin du regard de quelqu’un qui vient du monde ancien et qui n’a pas vécu ces changements. Il sort de prison, pour moi c’est plutôt Jean Valjean que le Christ. Mais c’est vrai qu’artistiquement la figure du Christ est omniprésente. Depuis toujours, je suis influencé par la religion,  mais qui ne l’est pas ? Cela fait partie de notre culture. On peut interpréter les évangiles sans croire en Dieu :   c’est mon cas. Mais on peut croire et penser en même temps, ce n’est pas antinomique. Il faut bien croire en quelque chose : qu’un autre monde est possible sur Terre,  en ce qui me concerne. La religion,  c’est juste une manière que l’humanité a de se raconter à elle-même.

Le film a été présenté à Venise et c’est Ariane qui a eu le prix : pas trop jaloux ? 

C’est profondément  injuste, c’est sûr  (rires).  Mais c’est elle qui représente le mieux l’oeuvre collective. Elle est notre porte drapeau. Le cinéma ce sont d’abord les acteurs. C’est pour cela que le prix d’interprétation est toujours le plus beau.

Anaïs Demoustier, Grégoire Leprince-Ringuet et Robinson Stevenin portent désormais votre cinéma aux cotés des anciens. Preuve qu’on peut quand même avoir foi en la jeunesse  ? 

Mais oui bien sûr ! Il y a des jeunes qui réfléchissent et qui se battent. C’est juste que ce n’était pas l’objet du film.  Quand je les regarde mes enfants de troupe, comme je les appelle,  je n’en reviens pas. Ils ont adopté la charte, les codes, la déontologie, tout. Ils sont super !

Prochain projet ? 

Je pars au Sénégal tourner un film qui est censé se dérouler au Mali dans les années 60. Je me suis inspiré des photos de Malick Sidibé pour essayer d’imaginer la vie d’un couple de jeunes danseurs qu’on voit sur l’une d’elles. Ça se passe dans une période d’effervescence politique, où on essayait d’inventer un socialisme pan africain le jour et où on faisait la fête la nuit. Je sors un peu du chemin, mais pas complètement, vous voyez (rires)

 

 

A couteaux tirés

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Le pitch

Célèbre auteur de polars, Harlan Thrombey (Christopher Plummer) est retrouvé mort dans sa somptueuse propriété, le soir de ses 85 ans. L’esprit affûté et la mine débonnaire, le détective Benoit Blanc (Daniel Craig) est alors engagé par un commanditaire anonyme afin d’élucider l’affaire. Mais entre la famille d’Harlan qui s’entre-déchire et son personnel qui lui reste dévoué, Blanc plonge dans les méandres d’une enquête mouvementée, mêlant mensonges et fausses pistes, où les rebondissements s’enchaînent à un rythme effréné jusqu’à la toute dernière minute

Ce qu’on en pense

Etre deux épisodes de Star Wars, le wonder boy hollywoodien  Rian Johnson s’offre et nous offre un divertissement haut de gamme avec cette comédie policière inspirée d’Agatha Christie,  élégamment troussée et au casting étoilé (Chris Evans , Micahel Shannon, Don Johnson, Toni Colette, Jamie Lee Curtis...). Daniel Craig jubile en détective plus proche d’Hercule Poirot que de James  Bond dans un whodunnit? à tiroirs qui flirte brillamment avec les grands classiques du genre. Un pur régal.

The Irishman

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Le pitch

Dans une maison de retraite, Frank Sheeran (Robert de Niro),  ancien soldat de la Seconde Guerre mondiale devenu escroc et tueur à gages pour la mafia et le syndicat des camionneurs de Jimmy Hoffa (Al Pacino) se souvient de sa vie criminelle…

Ce qu’on en pense

Adapté du livre de Charles Brandt, J’ai tué Jimmy Hoffa, The Irishman est une fresque crépusculaire qui plonge dans les arcanes de la mafia et recoupe plusieurs décennies de l’histoire des États-Unis, de l’élection de John Kennedy au Watergate, en passant par la tentative ratée d’invasion de Cuba à la Baie des cochons. Pour ce qui pourrait être son film de mafia ultime et testamentaire Martin Scorsese s’est fait plaisir : 160 millions de dollars de budget, 117 lieux de tournage différents, 309 scènes distinctes, un casting dinosaurien (De Niro, Pacino, Harvey Keitel, Joe Pesci… ) et, à l’arrivée, un film de près de 3h30 –  quasi l’équivalent d’une saison des Sopranos ! -,  que seul Netflix pouvait, semble-t-il,  prendre le risque de financer. Ce qui le réserve, hélas, aux seuls abonnés de la plateforme et  prive même ces derniers du plaisir de le voir sur écran géant en son Dolby Surround. Pour le réaliser, Scorsese a fait appel à la technique du de-aging qui consiste à faire jouer les scènes par les acteurs et à les rajeunir numériquement. On voit ainsi évoluer à l’écran un Robert de Niro âgé de 34 à 83 ans et ses partenaires sont eux aussi rajeunis de quelques décennies. Le résultat est épatant, même si, en regardant bien, on a quelquefois l’impression qu’ils sortent tous d’un jeu vidéo.  Ce n’est évidemment pas le seul intérêt du film qui se regarde comme une série hyper luxueuse (les décors, les costumes, la musique sont fabuleux). Délaissant un peu les scènes ultra violentes de ses classiques films de mafia , Scorsese y fait preuve de plus de nostalgie et d’humour que de coutume. On ne s’en plaint pas, au contraire. Un régal !

Terminal Sud

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Le pitch

Dans un pays où règne un climat de guerre civile, un médecin (Ramzy Bedia) tente malgré́ tout d’accomplir son devoir au sein de l’hôpital où il travaille. Jusqu’au jour où il est arrêté par la milice pour avoir soigné un combattant…

Ce qu’on en pense

Ni le pays,  ni l’époque ne sont situés,  mais on songe évidemment à l’Algérie des années 90…De peur, peut-être,  d’envisager que cela puisse se passer dans le sud de la France, où le film a d’ailleurs été tourné, entre Sête et Marseille. On pense au Costa-Gavras de Z et à un tas de films sur les dictatures sud américaines. Mais en dehors d’une scène de torture un peu trop appuyée, le film de Rabah Ameur-ZaImeche (Bled Number One, Dernier Maquis) reste trop allusif pour qu’on s’y intéresse vraiment.Tout repose sur la prestation de Ramzy Bedia, très crédible dans le rôle de ce médecin, qui voudrait rester neutre et ne faire que son métier, mais va se retrouver pris en sandwich dans la guerre que se livrent les différentes factions armées du pays.

Les Misérables

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Le Pitch

Stéphane (Damien Bonnard), tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil, dans le 93. Il découvre ses nouveaux coéquipiers, Chris (Alexis Manenti) et Gwada (Djebril Didier Zonga), deux « Bacqueux » d’expérience qui se la jouent cowboys. Stéphane se rend vite compte que leur comportement ne fait qu’accentuer les tensions qui règnent entre les différents groupes du quartier. Alors qu’ils se trouvent débordés lors d’une interpellation et qu’un jeune est gravement blessé par un tir de flashball inconsidéré, ils s’aperçoivent qu’un drone filmait leurs moindres faits et gestes. Une course-poursuite s’engage dans la cité pour récupérer ces images compromettantes… 

Ce qu’on en pense

Enfant des cités de Montfermeil, où il vit toujours, membre du collectif Kourtrajmé avec ses copains Kim Shapiron et Romain Gavras, Ladj Ly ne pouvait rêver meilleure entrée en cinémaen compétition à Cannes pour son premier long-métrage, il y a  décroché le Prix du jury et son film représentera la France aux Oscars. Entamé sur un mode plutôt décontracté et souriant, sur le souvenir de la vague bleue-black-blanc-beur, avec l’étonnante Jeanne Balibar en patronne de la BAC dragueuse, bizutage du bleu et tchatche à tous les étages, le film monte progressivement en pression vers un final éprouvant, prémonitoire des récentes agressions de policiers et de pompiers dans les cités. De La Haine (dont il pourrait constituer le pendant policier), à Ma 6T va cracker en passant par Polisse et Do The Right Thing, Ladj Ly avançait en terrain balisé, voire miné, avec ce classique scénario de « film de cités ». Il s’en sort pourtant avec brio, grâce à une réalisation nerveuse, une excellente direction d’acteurs (Damien Bonnard et Alexis Manenti brigueront sans doute un César) et de très bons dialogues. Tous les personnages existent à l’écran malgré leur grand nombre (sacrée galerie de portraits !) et la montée en puissance vers le déchaînement de violence final est parfaitement gérée. Le spectateur reste scotché à son fauteuil. Certes, on pourrait se passer de la référence un peu scolaire à Victor Hugo (qui s’inspira de cet « endroit paisible sur la route de rien » qu’était à son époque Montfermeil pour y situer une partie des Misérables) dans le titre et dans la morale du film (« Il n’y a ni mauvaises herbes, ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais cultivateurs »). Mais l’élève Ladj Ly réussit haut la main son entrée dans la cour des grands avec ce drame policier, qui pourra choquer certains spectateurs par son réalisme brutal, mais résonne comme un cri d’alarme dans une actualité sociale particulièrement brûlante.

Les Éblouis

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Le Pitch

Camille (Celeste Brunnquel), 12 ans, passionnée de cirque, est l’aînée d’une famille nombreuse. Un jour, ses parents (Camille Cottin, Eric Caravaca) intègrent une communauté religieuse basée sur le partage et la solidarité dans laquelle ils s’investissent pleinement. La jeune fille doit accepter un mode de vie qui remet en question ses envies et ses propres tourments. Peu à peu, l’embrigadement devient sectaire. Camille va devoir se battre pour affirmer sa liberté et sauver ses frères et sœurs.

Ce qu’on en pense

Révélée dans Discount de Louis Julien-Petit et partenaire de Jean-Pierre Bacri dans Place Publique d’Agnès Jaoui (où elle jouait la serveuse), Sarah  Suco réalise son premier long-métrage sur une histoire qui lui tenait à cœur : la sienne. Élevée dans une famille ultra-catholique elle a connu la dérive sectaire que décrit le film. L’histoire est racontée du point de vue d’une adolescente qui, sans se rebeller contre les choix de vie de ses parents,  va d’abord apprendre à les contourner puis, prenant conscience du danger que cela représente pour ses jeunes frères et sœurs, tout faire pour les tirer de là. Céleste Brunnquell, qui joue la jeune fille, a reçu le prix d’interprétation au festival de SarlatLes Éblouis ont décroché la Salamandre d’or du meilleur film. Mais c’est Camille Cottin, qui nous a fait la plus forte impression, dans le rôle de la mère « folle de Dieu ». Le film lui offre un premier grand rôle dramatique qui devrait faire date dans sa carrière. Elle y est… Éblouissante !

 

Temporada

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Le pitch

Pour prendre un nouveau poste d’employée au service municipal de la propreté, Juliana (Grace Passô) quitte les quartiers du centre-ville d’Itaúna pour la métropole de Contagem au Brésil. Tandis qu’elle attend que son mari la rejoigne, elle s’adapte à sa nouvelle vie, fait des connaissances, s’ouvre à de nouveaux horizons et essaie de surmonter son passé… 

Ce qu’on en pense

Sorte de Roma brésilien, Temporada s’attache au quotidien minuscule d’une simple employée de service d’hygiène municipal. Chargée de prévenir les foyers de Dengue, son job consiste à faire le tour du quartier avec ses collègues et de visiter les arrières cours pour repérer les endroits susceptibles d’accueillir des nids de moustiques. Le quartier d’Amazonas, où est tourné le film, en constitue un des personnages principaux. André Novais Oliveira filme ce décor décrépi et ses habitants avec autant d’amour que son actrice principale, Grace Passô, venue du théâtre et qui fait de beaux débuts au cinéma. Elle donne beaucoup de profondeur et d’humanité à ce personnage de jeune femme déjà meurtrie par la vie,  mais  toujours digne et volontaire. Une très jolie découverte.

Vivre et chanter

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Le Pitch

Zhao Li (Zhao Xiaoli) dirige une troupe d’opéra traditionnel Sichuan qui vit et joue ensemble dans la banlieue de Chengdu. Quand elle reçoit un avis de démolition pour son théâtre, Zhao Li le cache aux autres membres de la compagnie et décide de se battre pour trouver un nouveau lieu, où ils pourront tous continuer de vivre et chanter. S’engage alors une lutte pour la survie de leur art

Ce qu’on en pense

Marchant sur les brisées de son compatriote Jia Zhang-ke, Johnny Ma (Old Stone) raconte à son tour l’urbanisation galopante et la perte des repères traditionnels de la Chine moderne. Il le fait à travers une troupe d’opéra dont le  théâtre (un hangar qui sert à la fois de salle de spectacle de local de répétition, de cuisine et de dortoir)  est menacé de démolition,  en même temps que les autres maisons du quartier en pleine rénovation. Symbole du monde ancien,  avec sa culture traditionnelle et ses vieux clients qui y viennent en voisin leur pliant sous le bras, l’opéra est dirigé par une  directrice pas commode (Zhao Xiaoli),  qui refuse le modernisme et n’accepte pas de se plier aux nouvelles directives municipales. Pressentant le naufrage, les acteurs commencent à quitter le navire et la jeune vedette de la troupe Dan Dan (Gan Guidan) ne reste que  parce que Zhao est sa tante et qu’elle l’a élevée. La métaphore entre Chine traditionnelle et Chine moderne est facile,  mais elle fonctionne et on s’attache à cette troupe qui vit en famille comme celle d’un cirque. Johnny Ma filme la transformation du quartier et celle de la vie de la troupe avec un art consommé du cadrage et un soin particulier à la photo. Les séquences de spectacle fournissent un contrepoint onirique et coloré au réalisme de l’ensemble. De loin le plus beau film de la semaine. 

 

 

 

In Fabric

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Le pitch

La boutique de prêt-à-porter Dentley & Soper’s, son petit personnel versé dans les cérémonies occultes, ses commerciaux aux sourires carnassiers. Sa robe rouge, superbe, et aussi maudite qu’une maison bâtie sur un cimetière indien. De corps en corps, le morceau de tissu torture ses différent(e)s propriétaires avec un certain raffinement dans la cruauté…

Ce qu’on en pense

Un petit film d’horreur anglais, réalisé avec une attention maniaque à la photo, aux cadres et aux couleurs qui évoque un mélange de giallo, de David Lynch et de Quentin Dupieux. L’intrigue est tellement perchée qu’elle a du mal à passionner, mais on s’accroche pour la mise en scène, la galerie de personnages  allumés et le cast de comédiens,  inconnus mais tous excellents. Pour amateurs de cinéma de l’étrange. 

Little Joe

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 Le pitch

Alice (Emily Beecham), mère célibataire et phytogénéticienne chevronnée travaille pour une société spécialisée dans le développement de nouvelles espèces de plantes. Elle a conçu une fleur très particulière, rouge vermillon, remarquable tant pour sa beauté que pour son intérêt thérapeutique. En effet, si on la conserve à la bonne température, si on la nourrit correctement et si on lui parle régulièrement, la plante dégage des effluves qui rendent les gens heureux. Enfreignant  le règlement intérieur de sa société, Alice offre une de ces fleurs à son jeune fils, Joe. Mais, à mesure que la plante grandit, Alice est saisie de doutes: et si cette plante n’était finalement pas aussi inoffensive et bienfaisante qu’on l’avait cru?

Ce qu’on en pense

Emule de Michael Haneke, dont elle fut l’étudiante et la script, Jessica Hausner (Lovely Rita, Amour fou) a fait ses débuts en compétition officielle à Cannes, cette année, avec ce thriller d’anticipation original dans lequel les manipulations génétiques se font sur des plantes,  mais avec des conséquences tout de même assez néfastes sur les êtres humains. Mise en scène au cordeau, suspens hitchcockien, direction artistique rigoriste et musique stressante, c’est du bon cinéma autrichien.Il y manque juste un peu d’âme et d’humanité. Dans le rôle de la phytogénéticienne par qui le désastre arrive, Emily Beecham, vedette des séries britanniques, a décroché à Cannes un prix d’interprétation qui a surpris tout le monde. Elle y compris. 

 

 

 

Countdown

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Le pitch

Voulez-vous savoir combien de temps il vous reste à vivre ? Téléchargez l’appli Countdown ! Lorsque Quinn (Elisabeth Lail), une jeune infirmière, télécharge cette application à la mode, elle découvre qu’il ne lui reste que 3 jours à vivre. Elle doit trouver un moyen d’échapper à son sinistre destin avant la fin du compte à rebours…

Ce qu’on en pense

Un premier film d’horreur qui ne se prend pas trop au sérieux, mais fiche quand même bien les jetons, au rythme d’un « jump scare » toutes les deux scènes. Son charme tient autant à un scénario malin, qui surfe sur le goût des ados pour le morbide et les nouvelles technologies (la mort a son appli : oserez vous la télécharger ?), qu’à un casting de jeunes acteurs mignons tout plein.L’intrigue est rondement menée, les effets spéciaux sont peu nombreux mais réussis, les personnages sont sympas (mention spéciale au jeune curé fan de démons) et la fin ne déçoit pas, ce qui est rare dans ce type de productions. Une plutôt bonne surprise donc, à conseiller aux amateurs de teen movies un peu saignants.

J’accuse

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Le pitch

Jugé coupable de trahison, le capitaine Dreyfus (Louis Garrel) est dégradé en place publique et envoyé au bagne. Le colonel Picquart (Jean Dujardin), sous les ordres duquel il avait servi, est nommé à la tête du contre-espionnage après avoir été témoin du procès. Enquêtant sur un autre officier, également soupçonné d’entente avec l’ennemi, Picquart s’aperçoit que Dreyfus a été condamné à sa place et que l’armée a fabriqué des preuves pour couvrir son erreur. Dès lors, au mépris de sa carrière et de sa sécurité, il mettra tout en œuvre pour faire innocenter Dreyfus…

 

Ce qu’on en pense

Roman Polanski revisite l’affaire Dreyfus. Courage ou inconscience ? Ses détracteurs ont beau jeu de l’accuser d’avoir voulu faire un parallèle douteux avec son propre traitement médiatique et judiciaire. Lui,  se contente de répondre, pour expliquer son choix , que « Les grandes histoires font les grands films ». Celle de Dreyfus a tellement marqué la société française qu’elle est encore régulièrement citée, plus d’un siècle après les faits, chaque fois qu’il est question d’erreur judiciaire et d’antisémitisme.Le scénario, adapté du roman de Robert Harris, laisse au second plan la personnalité de Dreyfus (« Il était au bagne la plupart du temps et ne pouvait rien voir de ce qui se tramait à Paris » justifie Polanski), pour s’intéresser à celle du colonel Picquart. Pur produit de l’armée, antisémite bon teint, ayant peu de sympathie pour celui qui avait été un de ses élèves, c’est pourtant lui qui fournira la preuve de l’innocence de Dreyfus. Il se battra ensuite pour sa réhabilitation, non par humanisme ou conviction politique, comme Zola ou Clemenceau, mais par respect pour la justice. Pour Polanski,  Picquart, malgré son antisémistisme, est «un Juste». Jean Dujardin trouve dans cette incarnation son meilleur rôle dramatique , au milieu d’un casting composé d’acteurs chevronnés de la Comédie Française et d’un Louis Garrel méconnaissable en Dreyfus. La réalisation- à l’image d’une première scène impressionnante de la dégradation de Dreyfus dans la cour de l’Ecole militaire- est un pur chef-d’œuvre de classicisme. A 86 ans, Polanski retrouve  le souffle qui faisait défaut à ses dernières réalisations. J’accuse est, sans conteste, l’un de ses plus grands films. Proche du Pianiste, qui lui valu la palme d’or à Cannes, 7 César et trois Oscars. Vu le contexte de sa sortie, avec de nouvelles accusations de viol particulièrement étayées cette fois, il y a peu de chance qu’il connaisse les mêmes honneurs. 

Le Mans 66

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Dans les années 60 aux États-Unis, le constructeur automobile Ford perd des parts de marché et cherche un nouveau souffle. Sur les conseils de ses collaborateurs, Henry Ford III (Tracy Letts) décide d’investir dans la course automobile et embauche Carrol Shelby (Matt Damon), le seul pilote américain à avoir gagné les 24 heures du Mans pour diriger son écurie. Contre l’avis de tous, ce dernier se tourne vers Ken Miles (Christian Bale), tête brûlée incontrôlable mais redoutable préparateur, pour mettre au point la voiture et la piloter. Leur mission : en finir avec l’hégémonie de Ferrari sur l’épreuve reine du championnat des constructeurs.

Ce qu’on en pense

On doit certes à James Mangold quelques bons films (Copland, 3h10 pour Yuma) et un excellent biopic de Johnny Cash (Walk the Line), mais comme pour Todd Philips et son Joker, on n’attendait certes pas de lui une réalisation aussi magistrale que celle de Le Mans 66. S’emparant de la fameuse participation de Ford aux 24 heures du Mans 1966, Mangold signe le meilleur film de voitures qu’on ait vu depuis des lustres. L’Étoffe des héros de la course automobile ! Une fresque de plus de deux heures sans le moindre temps mort, avec des images de course réalisées sans trucages numériques, une reconstitution des sixties aux petits oignons, une BO géniale et des personnages « bigger than life ». Au premier rang desquels, Ken Miles (le Chuck Yeager de la course auto), incarné par un Christian Bale amaigri et génial. Allez-y pied au plancher, c’est très très Ford ! 

Koko-Di Koko-Da

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Le pitch

Pour surmonter les problèmes que traverse leur couple, Elin (Yilva Gallon) et Tobias (Leif Edlund) partent camper au cœur de la forêt suédoise. Mais des fantômes de leur passé resurgissent et, plus que jamais, les mettent à l’épreuve…

Ce qu’on en pense

Dans la lignée de Midsommar,  sorti cet été, une autre production suédoise à la limite du thriller psychologique et du film d’épouvante. Comme le laisse présager son titre, tiré d’une célèbre comptine,  Koko-di Koko-da  joue sur les terreurs enfantines et entraîne le spectateur dans le cauchemar récurrent d’un couple qui rejoue éternellement la même scène (l’attaque de leur tente de camping par un trio de tueurs psychopathes) pour en exorciser une autre (qu’on ne dévoilera pas  ici même si on la devine assez vite). A la forme classique du  film d’horreur, Johannes Nylhom (The Giant)  ajoute des éléments  d’animation et de drame psychologique, pour aboutir à une réalisation plus intrigante et profonde que prévu.  A voir.