Cinéma

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Palm Springs

Cinéma|

Par Philippe DUPUY

Le pitch

L’insouciant Nyles (Andy Samberg) fait la connaissance lors d’un mariage à Palm Springs de Sarah (Cristin Milioti), soeur de la mariée et demoiselle d’honneur. Les choses se compliquent rapidement lorsque le duo se retrouve piégé dans une boucle temporelle, contraint de revivre sans cesse la même journée.. .

Ce qu’on en pense

Devenu encore plus culte avec le confinement, Un Jour sans fin d’Harold Ramis avec Bill Murray,  n’en finit plus de faire des émules. Deux films ce mois ci, The Map of Tiny Pretty Things et Palm Springs,  reprennent le fameux dispositif qui veut que le héros se réveille chaque matin dans la même journée qui se répète en boucle éternellement. Dans Palm Springs de l’inconnu Max Barbakow, Andy Samberg (Brooklyn Nine Nine), clone bronzé d’Adam Sandler, joue Nyles,  un trentenaire invité à la noce de la meilleure amie de sa copine, qui s’y retrouve irrémédiablement coincé après avoir visité une mystérieuse grotte dans le désert. Il revit depuis des lustres la même journée,  qui se termine immanquablement par le même repas de noce. Mais, au lieu de maudire son sort comme Phil Connors le héros d’Un Jour sans fin, Nyles a pris goût à son statut d’éternel noceur et jouit de cette journée de vacances ensoleillée et sans soucis…  Jusqu’au jour où Sarah, la sœur de la mariée (Cristin Milioti, vue dans Black Mirror, Fargo et Modern Love) a la mauvaise idée de le rejoindre dans la fameuse grotte et se retrouve elle aussi coincée dans la boucle temporelle. Elle a beau avoir un petit crush pour Nyles, pas question pour elle de rester bloquée là indéfiniment. Sarah va tout tenter pour les faire sortir de la boucle. Et elle ne manque pas d’idées ! Plus maline qu’il n’y parait au premier abord, cette comédie sentimentale pop aux couleurs pastels est une excellente surprise. Le couple vedette est assez irrésistible et la réflexion qu’elle propose sur la vie, l’amour et l’éternité est très pertinente. Un jour sans fin, ce n’est peut -être pas si mal après tout?  Tout dépend du jour et d’avec qui on le passe…

La Mission

Cinéma|

Par Ph.D

Le Pitch

Cinq ans après la fin de la Guerre de Sécession, le capitaine Jefferson Kyle Kidd (Tom Hanks), vétéran de trois guerres, sillonne le pays de ville en ville en lisant les nouvelles en public. Au Texas, il croise le chemin de Johanna (Helena Zengel), une enfant de 10 ans capturée 6 ans plus tôt par la tribu des Kiowa et accepte de la reconduire dans sa famille. Pendant des centaines de kilomètres, alors qu’ils traversent une nature hostile, ils vont devoir affronter les nombreux écueils, aussi bien humains que sauvages, qui jalonnent la route vers ce que chacun d’entre eux pourra enfin appeler son foyer…

Ce qu’on en pense

Paul Greengrass (Jason Bourne , Green Zone, Un 22 juillet) retrouve Tom Hanks, qu’il avait mis en scène en 2013 dans Capitaine Philips pour ce western Fordien,  qui devait sortir en salles mais qu’Universal a finalement fourgué à Netflix pendant la pandémie. Un film de facture étonnamment classique qui ravira les amateurs de westerns humanistes, quelque part entre La Prisonnière du désert et True Grit. Tom Hanks, qui n’avait encore pas posé sa marque sur le genre,  y trouve un rôle à ses mesures (celui du sauveteur au grand coeur),  mais la révélation du film est Helena Zengel, que l’on avait découvert en 2019 dans le drame allemand Benni. Dans le rôle de la jeune fille enlevée par les indiens , elle fait passer beaucoup de choses avec peu de mots et d’effets. Bien que le titre originel (News of the World) mette l’accent sur le métier du héros, qui lit les journaux en public pour gagner sa vie,  le rôle éducatif et démocratique de la presse dans la conquête de l’Ouest est à peine effleuré par la réalisation, qui met plutôt l’accents sur les rapports qui se nouent entre les deux protagonistes. Le film y gagne en émotion ce qu’il  perd un peu en profondeur, mais reste très recommandable.

A cœur battant

Cinéma|

Par Ph.D

Le pitch

Julie (Judith Chemla) et Yuval (Arieh Worthalter) s’aiment et vivent à Paris. Du jour au lendemain, ce couple fusionnel doit faire face à une séparation forcée. Lui à Tel Aviv, dans sa ville natale, elle à Paris avec leur bébé, ils continuent à vivre ensemble mais par écrans interposés. Cette vie par procuration va vite connaître ses limites. La distance mettra leur amour à rude épreuve…

Ce qu’on en pense

A la manière de Benjamin Biolay qui dans une de ses chansons (“Brandt Rhapsodie” en duo avec Jeanne Cherhal) racontait le délitement d’un couple à travers les post-it laissés sur la porte du frigo de l’appartement, la réalisatrice israëlienne Keren Ben Rafael a choisi de mettre en scène l’histoire de Julie et Yuval exclusivement à travers leurs conversations vidéo par Skype. Et ce dès la première scène … qui est pourtant une scène  de sexe ! Ce dispositif original, maintenu avec succès jusqu’à la fin ( en trichant quand même sur la qualité de l’image et des connexions),  est pour beaucoup dans l’intérêt qu’on peut porter à  l’histoire toute simple de ce jeune couple avec enfant,  momentanément séparé par un problème administratif. Mais c’est la performance des deux acteurs qui assure la réussite du film. Judith Chemla est absolument formidable et s’impose dans ce rôle trilingue (français, anglais, israélien) comme la potentielle héritière de Juliette Binoche. Son partenaire Arieh Wolthalter est aussi très bien et son fort accent israélien donne une touche d’exotisme bienvenue aux dialogues. Tourné avant le confinement, le film répond à l’une des questions que pose la distanciation forcée: la technologie peut-elle remplacer le contact physique et rendre l’éloignement plus supportable ? On vous laisse découvrir la réponse dans le film…

The Good Criminal

Cinéma|

Le pitch

Par amour, Tom (Liam Neeson), ancien démineur reconverti dans les casses de banques, décide de se ranger. Son idée :  passer un deal avec le FBI qui n’a jamais réussi à lui mettre la main dessus. L’argent contre un aménagement de peine. Mais il réalise vite que les Fédéraux qu’on lui a envoyé pur négocier ont un autre plan en tête : partager le butin et le faire accuser de meurtre. Pris au piège, pourchassé par la police et le FBI, il décide de reprendre les choses en main et se lance dans une vengeance explosive.

Ce qu’on en pense

La crise du Covid oblige Hollywood à revoir ses stratégies. Impossibles à rentabiliser dans des salles de cinéma bloquées à moitié de leur capacité, les blockbusters les plus attendus, comme le nouveau James Bond, sont mis au congélo en attendant des jours meilleurs. A la place, des séries B destinées au direct VOD ou au streaming sont envoyées au charbon, pour tenter de grapiller quand même quelques euros. C’est typiquement le cas de ce sympathique “Liam Neeson movie” signé Mark Williams (Last Call), qui pourrait bien faire revenir au ciné les amateurs de baston et de film d’action à suspense. Le scénario, mal dégrossi, sort  un peu de l’ordinaire puisque ce sont les flics qui se disputent le butin. Et l’intrigue policière se double d’une chouette histoire d’amour. A la fin, Liam Neeson finit quand même par faire ce pour quoi il est payé depuis Taken (se venger méchamment),  mais avec plus de finesse que de coutume. Bref, un Liam Neeson sympa pour amateurs de séries B policières “sans haine ni ultraviolence“. 

Festival Saint Valentin

Cinéma|

Pour ce week-end de Saint Valentin particulier, avec des salles de cinéma toujours fermées,  nous vous avons concocté une sélection de films d’amour (ou assimilés) récents à (re)voir en streaming ou en VoD

Malcolm & Marie (Netflix)

Une scène de ménage d’1h47 qui vaut son pesant de vaisselle cassée. Jeune cinéaste prometteur,  Malcolm (John David Washington) a oublié de remercier Marie (Zendaya) pour sa contribution au scénario du film qu’elle a largement inspiré et qu’il vient de présenter avec succès en avant première. Grave erreur : Marie n’est pas de celle qui s’écrasent ou qu’on peut écraser de sa superbe ni de son  génie, réel ou supposé. Elle va le lui faire savoir au cours de longues joutes verbales filmées avec virtuosité  par Sam Levinson.

 

The Nest (Canal+) 

Sean Durkin filme la chute d’un flambeur et le délitement de son couple comme s’il était aux commandes d’un film d’horreur. La mise en scène distille une tension qui jamais ne s’apaise et la direction d’acteurs magnifie le couple formé par Jude Law et l’inconnue Carrie Coon, qui piétine sans vergogne les plate-bandes de Cate Blanchett. En d’autres circonstances, le film aurait eu sa place en compétition à Cannes. Prix de la critique, Grand Prix  et  Prix de la révélation à Deauville.

 

Les Apparences (VoD)

Connu pour ses comédies (Pauline Detective, Maman a tort, Selfie…),  Marc Fitoussi s’attaque au polar Chabrolien,  avec cette adaptation d’un roman suédois de Karin Alvtegen. Une réussite. La réalisation est élégante, les acteurs sont excellents : Biolay hautain comme jamais, Karin Viard  parfaite en parvenue vieillissante,  craignant de perdre son mari-trophée et le train de vie qui va avec, Laetitia Dosch idéale en maîtresse dans les deux sens du terme et  Lucas Englander, inquiétant en amant harceleur. Il ne manque qu’un peu de perversité façon  Polanski ou Verhoeven, ou de méchanceté à la Ulrich Seidl ou à la Haneke pour que le film dépasse le niveau du simple exercice de style et aille creuser, comme son titre l’y engageait, au-delà des apparences.

 

Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait (VoD)

Le dernier long métrage du Marseillais Emmanuel Mouret, interprété avec tact et sensibilités par Niels Schneider, Camélia Jordana, Vincent Macaigne et Emilie Dequenne, se déguste comme un vaudeville moderne à l’écriture délicieusement surannée. Idéal pour la Saint Valentin et favori pour les César 2021 avec 13 nominations. 

 

Antoinette dans les Cévennes (VoD)

Découverte dans la série Dix pour cent, Laure Calamy trouve ici un premier rôle à sa mesure : elle donne beaucoup de douceur à son personnage qui, sans elle aurait pu n’être qu’une Bridget Jones à la campagne. On comprend que tout le monde l’aime sur le chemin de Stevenson,  où le personnage part rejoindre son fuyant amant (Benjamin Lavernhe). Le plus surprenant dans ce feelgood movie très grand public , qui donne envie d’aller marcher dans la montagne,  c’est finalement le label Cannes 2020 qui lui a été accolé. Même les redoutables sélectionneurs Cannois ont craqué pour le film de Caroline Vignal :  vous devriez en faire autant !

 

Pieces of a Woman (Netflix)

superbe portrait de femme en forme de mélodrame, Pieces of a woman  suit la reconstruction d’une jeune mère après la perte de son premier enfant à l’accouchement. Réalisation virtuose (le plan séquence d’accouchement  restera dans les annales) et intimiste à la fois, direction d’acteur au top, casting parfait  (Vanessa Kirby découverte en sœur de la reine dans The Crown a reçu le prix d’interprétation à Venise pour son rôle de mère éplorée, Shia LaBeouf est trés bien aussi dans celui du mari), scénario impeccable le film coche toutes les bonnes cases. Pour sa première réalisation hors de son pays, Kornel Mundruczo signe une oeuvre bouleversante, dont l’atmosphère enneigée et la localisation dans le Massachussets pourront rappeler à ceux qui l’ont vu le très beau Manchester By the Sea de Kenneth Lonergan, autre grand film sur le travail de deuil…

 

Je veux juste en finir (Netflix)

Bienvenue dans le film le plus barré de Netflix ! On y suit pendant plus de deux heures et  dans un format d’image rarement utilisé (le 1.33), le couple formé par Jesse Plemmons (vu dans Fargo 2, Barry SealThe Irishman ) et Jessie Buckley (Le Voyage du Dr Dolittle) dans leur trajet en voiture vers la ferme des parents  du jeune homme. Entamé comme un road movie auteuriste et bavard, dans lequel la jeune femme rumine des pensées de séparation pendant que son fiancée pérore et chantonne au volant avec une voix de psychopathe,  le film vire au délire Lynchéen à l’arrivée dans la ferme des parents (qui changent d’âge et de comportement à chaque plan) puis au survival  dans la dernière partie lorsque, sur le chemin du retour pendant une tempête de neige, le couple s’arrête dans un bâtiment désert à la Shining.  Comme si ce n’était pas suffisant pour dérouter le spectateur, la séquence finale est digne d’un musical. Les ombres de David Lynch, Hitchcock et Kubrick planent sur ce film halluciné et hallucinant

 

A Ghost Story (Netflix)

Un petit chef d’œuvre poétique, signé David Lowery , qui a raflé trois prix (Prix du jury ex æquo, prix de la révélation, prix de la critique) à Deauville. L’histoire d’une jeune femme qui a perdu son mari et sent encore sa présence fantômatique dans leur maison. Entamé comme un nouveau Paranormal Activity, avec longs plans fixes et musique angoissante, A Ghost Story glisse insensiblement vers le surréalisme et, après un long plan fixe sur Rooney Mara en train de manger une tarte pour tromper son chagrin, finit par former une vaste fresque temporelle qui va de l’Amérique des pionniers à nos jour. Le tout en 1h30 chrono et sans quitter la maison abandonnée, où le fantôme de Casey Affleck (couvert d’un drap blanc avec deux trous pour les yeux) semble condamné à errer pour l’Éternité…

 Ondine (VoD)

Ondine (Paula Beer)  vit à Berlin, elle est historienne et donne des conférences sur la ville. Quand l’homme qu’elle aime la quitte, le mythe ancien la rattrapeA quoi tient l’enchantement d’un film comme celui là ? Au charme d’une actrice, Paula Beer, déjà aimée ailleurs (chez François Ozon, en particulier),  mais ici révélée dans toute la sensualité animale d’une jeune Brigitte Bardot. A celui d’un partenaire (Franz Rogowski) qui serait un peu comme le Joaquin Phoenix allemand. A la mise en scène toute en fluidité d’un Christian Petzold , dont on se souvient avoir aimé tous les films (Transit, Phoenix, Barbara…). A quelques notes de piano dans l’adagio en ré mineur du concerto BWV 974 de JS Bach. Au mythe d’Ondine, fée aquatique et vengeresse, qui hante sans doute quelque part notre inconscient. Petzold le revisite dans un Berlin, dont l’héroïne, conférencière free lance pour un musée d’achitecture, nous apprend qu’elle a été construite sur des marais asséchés,  d’où ne demandent qu’à remonter quelques mythes engloutis.

I’m Your Woman (Amazon Prime)

Oh, le beau polar au féminin ! Ils ne sont pas légion et celui là sort vraiment du lot. Signé Julia Hart (Miss Stevens, Stargirl),  il conte la cavale de Jean (Rachel Brosnahan, découverte dans la série La Fabuleuse Miss Maisel), femme de voyou incapable de se faire cuire un oeuf, avec, comme chaperon,  un inconnu envoyé par son mari pour la mettre à l’abri après qu’il ait tué son boss (ce qui dans la mafia est toujours mal vu…).  Entamé comme un portrait de “Desperate Housewife” (Jean s’ennuie à mourir et fume des clopes en peignoir dans le jardin, en attendant que son mari rentre du boulot), le film vire au drame conjugal  (Jean ne pouvant avoir d’enfant, son mari lui en procure un),  puis au road movie seventiespour finir sur une très moderne histoire d’amitié et de solidarité féminine.

 

 

Malcolm & Marie

Cinéma|

Par Ph.D

Le Pitch

Après la projection en avant-première de son dernier film, un cinéaste (John David Washington) rentre chez lui avec sa petite amie (Zendaya). Alors qu’il est certain que son film rencontrera un succès critique et commercial, la soirée prend une tournure inattendue : les deux amoureux doivent affronter certaines vérités sur leur couple qui mettent à l’épreuve la force de leurs sentiments…

Ce qu’on en pense

Devenu en deux films (Another Happy Day, Assassination Nation) et une série (Euphoria) un des grands espoirs du cinéma américain, Sam Levinson a profité de l’interruption du tournage d’Euphoria à cause du Covid pour rameuter son actrice vedette (la filiforme et bombissime Zendaya) et le trés sexy John David Washington pour mettre en boite, vite fait bien fait,  ce drame conjugal en noir et blanc qu’on pourrait croire adapté d’une pièce de théâtre. Ce jouant avec maestria du huis clos à deux personnages,  grâce à une mise en scène de haute volée, Levinson nous embarque dans une scène de ménage d’1h47 qui vaut son pesant de vaisselle cassée (en fait non: tout est verbal). Malcolm a oublié de remercier Marie pour sa contribution au scénario du film qu’elle a largement inspiré et qu’il vient de présenter avec succès en avant première. Grave erreur : Marie n’est pas de celle qui s’écrasent ou qu’on peut écraser de sa superbe ou de son  génie, réel ou supposé. Elle va le lui faire savoir au cours de longues joutes verbales filmées avec virtuosité,  dans une villa d’architecte entièrement vitrée et ouverte sur un jardin, ce qui permet à la caméra de glisser constamment de l’extérieur à l’intérieur. Pour l’anecdote, Sam Levinson avait fait la même erreur que son héros lors de la première d’Assassination Nation. La dispute conjugale qui s’en est suivi a inspiré le film. Merci madame Levinson ! 

The Nest

Cinéma|

Par Ph.D

Le Pitch

Dans les années 1980, Rory (Jude Law), un ancien courtier devenu un ambitieux entrepreneur, convainc Allison (Carrie Coon), son épouse américaine, et leurs deux enfants de quitter le confort d’une banlieue cossue des États-Unis pour s’installer en Angleterre, son pays de naissance. Persuadé d’y faire fortune, Rory loue un vieux manoir en pleine campagne où sa femme pourra continuer à monter à cheval. Mais l’espoir d’un lucratif nouveau départ s’évanouit rapidement et l’isolement fissure peu à peu l’équilibre familial...

Ce qu’on en pense

Découvert en 2012 avec le formidable  Martha Marcy May Marlene ( prix de la mise en scène à Sundance),  le Canadien Sean Durkin n’avait plus donné de nouvelles depuis. La présentation de son nouveau film en septembre  à Deauville a fait l’effet d’une bombe. The Nest  y a raflé  presque tous les prix : Prix de la critique, Grand Prix  et  prix de la révélation. Jude Law, qu’on croyait aussi perdu pour le cinéma, y fait aussi un retour fracassant, dans un rôle que Jack Nicholson aurait pu porter en son temps. Celui d’un trader qui,  sentant le vent (mal) tourner aux Etats Unis où il a pas mal réussi, embarque sa famille pour un nouveau départ dans son pays d’origine (l’Angleterre) et  l’isole dans un immense manoir décrépi en pleine campagne pendant qu’il essaie de se refaire un portefeuille en ville.  Toute ressemblance avec l’écrivain incarné par Nicholson dans  Shining n’est certainement pas fortuite, car le film flirte dés le début avec le fantastique et installe un climat d’angoisse effrayant. Sean Durkin filme la chute d’un flambeur et le délitement de son couple comme s’il était aux commandes d’un film d’horreur. La mise en scène distille une tension qui jamais ne s’apaise et la direction d’acteurs magnifie le couple formé par Jude Law et l’inconnue Carrie Coon, qui piétine sans vergogne les plate-bandes de Cate Blanchett. En d’autres circonstances, le film aurait eu sa place en compétition à Cannes. On regrette, en tout cas,  de ne pas l’avoir découvert en salles plutôt qu’à la télé.

Mon grand-père et moi

Cinéma|

Le pitch

Peter (Oakes Fegley), 10 ans, doit, à la demande de ses parents, libérer sa chambre pour son grand-père (Robert de Niro) et s’installer, à contrecœur, au grenier. Avec l’aide de ses amis, il va tout faire pour récupérer sa chambre et n’hésitera pas à employer les grands moyens. Mais son grand-père est loin de se laisser faire et contre-attaque… Tous les coups sont permis !

Ce qu’on en pense

Les temps sont durs et on manque de films américains pour remplir les salles. Mais de là à déterrer ce sous-produit de Maman j’ai raté l’avion et de Mon beau-père et moi, bloqué dans les  tiroirs d’Hollywood depuis l’affaire Weinstein…   L’histoire se souviendra,  en effet,  que cette production fut l’un des derniers méfaits de Dirty Harvey. Qui d’autre aurait pu convaincre Robert De Niro, Christopher Walken et Uma Thurman de jouer dans un nanar pareil ? 

One Night in Miami

Cinéma|

Le pitch

Miami, le 25 février 1964, le jeune Cassius Clay (Eli Goree) devient champion du monde de boxe, catégorie poids lourds. Au lieu de fêter sa victoire en ville, il rejoint  ses amis, l’activiste Malcolm X (Kingsley Ben Adir) , le chanteur Sam Cooke (Leslie Odom Jr) et la star du football Jim Brown (Aldis Hodge) dans un motel,  où ils évoquent durant toute la nuit le combat pour les droits civiques et leurs convictions religieuses..

Ce qu’on en pense

Adapté d’une pièce de théâtre, ce premier film signé Regina King en a les qualités (profondeur thématique, étude psychologique, écriture des dialogues) et les défauts (huis clos, longueurs). L’histoire se base sur le fait que Cassius Clay, futur Mohamed Ali, Malcolm X, Jim Brown et Sam Cooke ont effectivement fêté ensemble la victoire du boxeur sur Sonny Liston et imagine ce qu’ils ont pu se dire ce soir là à Miami, en plein mouvement pour les droits civiques. Suivant l’enseignement politico-religieux  de Malcolm X,  Cassius Clay s’apprête à faire son coming out religieux et à se faire appeler Mohamed Ali. Les dialogues permettent à chacun des protagoniste de mettre à l’épreuve son engagement et sa foi : Cassius tout feu tout flamme,  le basketteur Jim Brown plus attaché aux plaisirs terrestres qu’à ceux promis par le Prophète, Sam Cooke soucieux de ne pas mettre en péril sa carrière et son business et Malcolm X tentant de les gagner tous à sa cause, d’autant plus pressé de le faire qu’il sent que ses jours sont comptés. Le film déroule son programme sans surprise,  dans une reconstitution un peu clinquante des années 60,  sans convaincre vraiment.  Du théâtre téléfilmé.  

The Dig

Cinéma|

Par Ph.D

Le Pitch

A la veille de la deuxième guerre mondiale, Miss Pretty (Carey Mulligan), une riche veuve anglaise, engage un archéologue amateur, Basil Brown (Ralph Fiennes)  pour exhumer une sépulture antique dans sa propriété. Ils découvrent alors un ancien navire funéraire saxon et son trésor,  qui pourrait bouleverser les connaissances sur le peuplement de l’Angleterre. Ensemble, ils doivent se serrer les coudes face au British Museum,  qui entend s’approprier la découverte …

Ce qu’on en pense

Confiée à Simon Stone (Le Secret des Finch),  cette adaptation du roman historique de John Preston sur la découverte du site archéologique de Sutton Hoo en Angleterre, séduit par son classicisme un peu suranné autant que par le jeu des acteurs vedettes : Carey Mulligan (Drive) en riche veuve érudite et pleine d’humanité et Ralph Fiennes en archéologue amateur, peinant à s’affirmer face aux pontes du British Museum. Le scénario charge un peu la barque (le drakkar en l’occurence),  avec une romance un peu inutile entre deux seconds rôles (Lily James et Johnny Flynn),  mais le film se regarde avec plaisir et d’autant plus d’intérêt qu’il s’agit d’une histoire vraie.

Lux Aeterna

Cinéma|

Par Ph.D

Le pitch

Charlotte Gainsbourg accepte de jouer une sorcière jetée au bûcher dans le premier film réalisé par Beatrice Dalle. Or l’organisation anarchique, les problèmes techniques et les dérapages psychotiques plongent peu à peu le tournage dans un chaos de pure lumière.

Ce qu’on  en pense
Présenté en séance de minuit à Cannes l’an dernier, le nouveau film de Gaspar Noe (Irreversible, Love, Climax…) est un moyen métrage expérimental sponsorisé par Saint Laurent. Dans la lignée de Climax, qui réunissait une troupe de danseurs contemporains dans un huis clos sanglant, Charlotte Gainsbourg et Béatrice Dalle y jouent leur propre rôle et improvisent des dialogues et des scènes de film de  sorcières, filmée par un maniaque du stroboscope sous des lumières rouges, vertes et bleues. L’avantage,  c’est que, pour une fois,  ce n’est pas trop long (moins d’une heure).

La Petite femelle

Cinéma|

Par Ph.D

Le Pitch

A 16 ans, sous l’occupation,  encouragée par son père qui commerce avec eux, Pauline Dubuisson (Lucie Lucas) sort avec des officiers allemands. Tondue à la Libération, elle entame des études de médecine et rencontre à la fac Félix (Lorenzo Lefebvre), un jeune homme de bonne famille,  dont elle tombe amoureuse. Mais il la quitte en apprenant son passé et elle le tue par accident en voulant se donner la mort. Après son procès et sa condamnation à neuf ans de prison, elle s’exile au Maroc. Mais son passé la rattrape, une fois de plus,  alors qu’elle est sur le point de se marier…

Ce qu’on en pense

Confié à Philippe Faucon, réalisateur multi césarisé pour Fatima, ce biopic de Pauline Dubuisson pour France 5 retrace le destin tragique de cette jeune femme qui ne parviendra jamais à faire oublier son passé. Avec la pudeur, la précision et la délicatesse qu’on lui connait,  le réalisateur toulonnais raconte son histoire en flashback, en n’oubliant pas de rappeler (extrait de procès à l’appui) qu’elle a inspiré La Vérité d’Henri-Georges Clouzot, dans lequel Brigitte Bardot trouva un de ses meilleurs rôles. La jolie héroïne de Clem, Lucie Lucas, en donne une interprétation plus moderne et réaliste,  dans une reconstitution soignée des années 40-60. Un téléfilm qui ressemble à un film de cinéma : c’est suffisamment rare pour être signalé alors que l’inverse est si courant. Ceux qui, comme nous,  aiment et suivent le travail de Philippe Faucon (Fatima, Amin, La Desintégration, Dans la vie, La Trahison…) seront bien avisés d’aller voir La Petite femelle en replay sur France 5 ou sur la plateforme Salto. Ils ne seront pas déçus.

Blackbird

Cinéma|

Le pitch

Lily (Susan Sarandon) et son mari Paul (Sam Neill) décident de réunir enfants et petits-enfants pour un week-end dans leur maison de campagne. Trois générations d’une même famille se retrouvent, avec Jennifer (Kate Winslet), l’aînée, son mari Michael (Rainn Wilson) et leur fils de 15 ans, Jonathan, mais aussi Anna, la cadette (Mia Wasikowska), venue avec Chris, sa compagne. En fait, cette réunion de famille a un but bien particulier : atteinte d’une maladie dégénérative incurable, Lily refuse de subir une fin de vie avilissante et décide de prendre son destin en main. Mais tout le monde n’accepte pas cette décision. Non-dits et secrets remontent à la surface, mettant à l’épreuve et redessinant tous les liens qui unissent les membres de cette famille, alors que le temps des adieux approche…

Ce qu’on en pense

On ne rigole plus: le réalisateur du cultissime  Coup de foudre à Notting Hill, Roger Mitchell verse dans le drame psychologique avec  ce remake du film de Bille August Stille hjerte. Un grand film choral autour de la question délicate de la mort choisie,  dans lequel le casting et les dialogues font l’essentiel du boulot.  Mitchell n’en signe pas moins une réalisation solide et soignée, assurant à chacun et chacune son numéro de charme ou d’émotion, sans forcer sur le mélo et les trémolos.  Plus digeste sur le même thème que le récent Frankie d’Ira Sachs (avec Isabelle Huppert à la place de Susan Sarandon),  Blackbird devrait séduire un plus large public.

Adolescentes

Cinéma|

Le pitch

Emma et Anaïs sont inséparables et pourtant, tout les oppose. Adolescentes suit leur parcours depuis leur 13 ans jusqu’à leur majorité, cinq ans de vie où se bousculent les transformations et les premières fois. A leur 18 ans, on se demande alors quelles femmes sont-elles devenues et où en est leur amitié ?

Ce qu’on en pense

Durant 5 ans, à raison de deux à trois jours par mois,  Sébastien Lifshitz (Les Invisibles), a filmé le quotidien de deux adolescentes lambda de Brive, issues de milieu sociaux différents mais amies d’enfance. De la 4e à la terminale, on les voit se transformer d’enfants en adolescentes, avoir leur premières expériences amoureuses, s’interroger sur leur avenir. Plus qu’un double portrait en immersion, c’est une radiographie de la France des années 2015 que le film dévoile : l’attentat de Charlie Hebdo, les manifs, l’élection d’Emmanuel Macron… Les filles et leur famille vivent cela en direct sous l’œil de la caméra de Sébastien Lifshitz, omniprésente mais jamais intrusive, ni irrespectueuse de leur intimité. Sans le moindre commentaire en voix off , on comprend que les chemins des deux gamines se séparent, dès lors qu’une opte pour un bac général et l’autre pour un bac pro.  Leur amitié ne résistera pas à la différence de milieu social. Les rapports avec les parents, surtout les mères, sont  passionnels et étonnamment conflictuels. Les événements extérieurs, comme les attentats de Charlie et du Bataclan semblent, par contre,  glisser sur les deux ados, plus préoccupées par leur petit microcosme familier que par la marche du monde. Pourtant, la peur de l’avenir est sensible… Après Les Invisibles, Sébastien Lifshitz confirme qu’il est un de nos meilleurs cinéastes du réèl.

 

 

Relic

Cinéma|

Le pitch

Lorsqu’Edna (Robyn Nevin), la matriarche et veuve de la famille, disparaît, sa fille Kay (Emily Mortimer) et sa petite-fille Sam (Bella Eathcote) se rendent dans leur maison familiale isolée pour la retrouver. Peu après le retour d’Edna, et alors que son comportement devient de plus en plus instable et troublant, les deux femmes commencent à sentir qu’une présence insidieuse dans la maison. Edna refuse de dire où elle était, mais le sait-elle vraiment ?

Ce qu’on en pense

Un film d’horreur presqu’exclusivement féminin, c’est assez rare.  Natalie Erika James démontre un savoir-faire certain dans le genre. A défaut de surprendre ou d’innover, son film maintien la tension de bout en bout, utilisant le grand age , la peur de mourir et la démence sénile comme ressorts dramatiques. Un excellent casting complète la réussite de ce très honorable thriller horrifique