Cinéma

/Cinéma

Yao

Cinéma|

Le Pitch

Écolier dans un petit village au nord du Sénégal, Yao (Lionel Basse), 13 ans, est prêt à tout pour rencontrer son héros : Seydou Tall (Omar Sy), un célèbre acteur français. Invité à Dakar pour promouvoir son autobiographie, ce dernier se rend dans son pays d’origine pour la première fois. Pour réaliser son rêve, Yao fugue et brave 387 kilomètres en solitaire jusqu’à la capitale. Touché par sa démarche, l’acteur décide de le raccompagner chez lui, fuyant ses obligations, quitte à rater son avion de retour. Sur les routes poussiéreuses et incertaines du Sénégal, Seydou comprend qu’en roulant vers le village de l’enfant, il roule aussi vers ses racines

Ce qu’on en pense

On comprend qu’Omar Sy se soit particulièrement investi pour ce film, qui recoupe de bien des manières sa propre histoire. Il n’a certainement pas eu à forcer beaucoup son talent pour jouer cet acteur célèbre qui revient dans son pays d’origine et  part à la recherche de ses racines avec le gamin qu’il aurait pu être. C’est pourtant son meilleur rôle depuis Intouchables et Samba. Bien sûr, le film de Philippe Godeau (11.6, Un Dernier pour la route) n’a pas la classe de ceux de Nakache et Toledano précités. Il y a beaucoup de maladresses et quelques longueurs. Mais sa sincérité et sa générosité en font vite oublier les défauts. Et le jeune Lionel Masse, recruté sur place pour le rôle du gamin est un Omar en puissance. Quel naturel !

Continuer

Cinéma|

Le Pitch

Sibylle (Virginie Efira) , mère divorcée, ne supporte plus de voir Samuel (Kacey Mottet Klein) son fils adolescent  sombrer dans une vie violente et vide de sens. Elle va jouer leur va-tout en entraînant Samuel dans un long périple à travers le Kirghizistan. Avec deux chevaux pour seuls compagnons, mère et fils devront affronter un environnement naturel aussi splendide qu’hostile, ses dangers, son peuple… et surtout eux-mêmes.

Ce qu’on en pense

Après Chevaliers blancs sur l’affaire de l’Arche de Zoe en Afrique, Joachim Lafosse embarque Virginie Efira et Kacey Mittet Klein pour les plaines du Kirghiszistan dans cette adaptation du roman de Laurent Mauvignier. L’histoire d’une mère courage (Efira) cherchant à renouer le lien défait avec son fils ado parti sur la mauvaise pente (Kacey Mottet Klein).  Les deux acteurs et les paysages Kirghizes, superbement photographiés par Jean François Hensgens, sont les meilleurs atouts du film,  qui pâtit de dialogues explicatifs forcés et vire au mélo lacrymal sur la fin après un début tendu. De quoi laisser quelques regrets au spectateur

 

Alien Crystal Palace

Cinéma|

Le Pitch

Un savant fou (Michel Fau), imprégné d’ésotérisme, cherche à réformer le couple idéal de la mythologie égyptienne, Isis et Osiris : un homme et une femme qui s’aimeront d’un amour parfait. Il tente, en vérité, de surpasser le modèle des sites de rencontre qui pullulent sur Internet. Mais il ne réussit pas à accomplir son prodige et se condamne à faire disparaître les sujets-objets de ses expériences. Il tue les couples imparfaits jusqu’à ce qu’il ait enfin réuni le bon

Ce qu’on en pense

On ne sait pas à quoi carbure Arielle Dombasle,  mais on voudrait la même chose. A son âge et avec son parcours, elle est encore capable de surprendre,  voire de nous épater. C’est le cas avec ce film ovniesque,  qu’elle a réalisé sans crier gare  avec l’aide de son actuel comparse gainsbourien Nicolas Ker,  de quelques amis fidèles aussi barrés qu’elle  (Michel Fau, Asia Argento, Theo Akola, Jean Pierre Leaud…) et d’un générateur de titres aléatoires d’Internet. Un délire mystico-érotico-psychédélique teinté de giallo,  auquel on n’a absolument rien compris,  mais qui nous a bien fait marrer.  Dans la série “le grand retour du nanar”, récemment illustrée par Un couteau dans le coeur de Yann Gonzalez, c’est de loin ce qu’on a vu de plus sympa.

 

 

 

La Mule

Cinéma|

Le Pitch

À plus de 80 ans, Earl Stone (Clint Eastwood) est aux abois. Il est non seulement fauché et seul, mais son entreprise risque d’être saisie. Il accepte alors un boulot qui – en apparence – ne lui demande que de faire le chauffeur. Sauf que, sans le savoir, il s’est engagé à être passeur de drogue pour un cartel mexicain. Extrêmement performant, il transporte des cargaisons de plus en plus importantes. Ce qui pousse les chefs du cartel, toujours méfiants, à lui imposer un “supérieur” chargé de le surveiller. Mais ils ne sont pas les seuls à s’intéresser à lui : l’agent de la DEA Colin Bates (Bradley Cooper) est plus qu’intrigué par cette nouvelle “mule”. Entre la police, les hommes de main du cartel et les fantômes du passé menaçant de le rattraper, Earl est désormais lancé dans une vertigineuse course contre la montre…

Ce qu’on en pense

Clint Eastwood retrouve Bradley Cooper qu’il avait déjà mis en scène dans American Sniper (l’un de ses plus grands succès)  pour ce drame inspiré d’une histoire vraie. Un film aux allures testamentaires et autobiographiques (pour la partie consacrée aux relations  difficiles du héros avec sa famille ), écrit par le scénariste de Gran Torino, Nick Schenk. C’est le grand retour de Clint devant la caméra,  puisqu’il s’y met de nouveau en scène, ce qui ne lui était plus arrivé depuis 2008 (Gran Torino). De ce côté-là rien à redire : plus il vieillit (88 ans), plus Clint imprime la pellicule de sa présence magnétique. Côté scénario et réalisation, par contre, on est un peu déçu. L’histoire est remplie d’invraisemblances, à part le héros aucun  autre personnage n’existe à l’écran (ce n’était vraiment pas la peine de déranger Bradley Cooper pour si peu), le film se traîne à la vitesse d’un épisode de Derrick et le message sur la famille (“C’est ce qu’il y a de plus important dans la vie”) est asséné avec une insistance que ne réprouverait pas la Centrale Catholique du Cinéma... On est loin de Gran Torino, qui reste le dernier grand film de Clint Eastwood.

L’Ordre des médecins

Cinéma|

Le pitch

Simon (Jérémie Renier) , 37 ans, est un médecin aguerri. L’hôpital, c’est sa vie. Il côtoie la maladie et la mort tous les jours dans son service de pneumologie et a appris à s’en protéger. Mais quand sa mère (Marthe Keller) est hospitalisée dans une unité voisine, la frontière entre l’intime et le professionnel se brouille. L’univers de Simon, ses certitudes et ses convictions vacillent

Ce qu’on en pense

Histoire de démontrer que Thomas Lilti (Hippocrate, Médecin de campagne, Première année) n’a pas le monopole des films médicaux ,voici L’Ordre des médecins, premier film remarquable de David Roux. Une immersion profonde en milieu (in)hospitalier avec  Jérémie Renier en toubib carapacé dans son métier et ses certitudes,  qui va s’humaniser confronté à la maladie de sa mère (Marthe Keller). Un huis clos anxiogène (hélas) très réaliste, porté par un excellent casting, avec une Marthe Keller particulièrement bouleversante.

Interview : Viggo Mortensen

Cinéma|

Souvent nommé mais jamais primé, Viggo Mortensen pourrait voir enfin son talent récompensé par un Oscar pour son rôle de garde de chauffeur-garde du corps dans Green Book. Le nouveau film de Peter Farrelly (Mary à tout prix, Dumb & Dumber) raconte la tournée du pianiste de jazz noir Don Shirley (Marhershala Ali) dans le Sud des États-Unis en 1962. Une époque où un guide de voyage à l’usage des noirs (le fameux  Green Book) et un garde du corps n’étaient pas de trop pour traverser certains États ségrégationnistes.  Viggo Mortensen y joue un chauffeur-garde du corps Italo New-Yorkais à la Robert de Niro, qu’on croirait droit sorti d’un film de Martin Scorsese. Un parfait rôle de composition pour cet acteur danois mince, élégant et cultivé, qui parle cinq langues couramment. Dont la nôtre…

Connaissiez-vous l’existence du Green Book?
Oui, j’avais un livre pour enfants, Ruth et le Greenbook, qui racontait le voyage d’une jeune noire avec ses parents dans le Sud de l’Amérique.Une humiliation quotidienne…

Voyez-vous des similitudes entre l’Amérique d’aujourd’hui et celle de 1962 que décrit le film?
Évidemment, c’est un moment parfait pour le film en raison de la situation politique aux États-Unis. Mais ça aurait été un bon moment il y a dix ans et ça le sera sans doute encore dans vingt ans. Le racisme et la discrimination sont toujours d’actualité partout, hélas. Cela fait partie de la nature humaine. C’est le travail de chaque génération de lutter contre.En soi-même et dans la société…

Avez-vous été surpris qu’on vous propose un rôle d’Italo-New Yorkais?
Un peu oui, j’avoue. Mais pas plus que quand on m’a demandé de jouer Sigmund Freud! Dans ces cas-là, je me dis toujours que le réalisateur sait ce qu’il fait.Et puis j’ai rencontré le fils du vrai Tony Lip, qui m’a beaucoup aidé à rentrer dans le rôle en m’ouvrant les albums de famille et en me faisant écouter des enregistrements de son père. Il était très présent sur le tournage et quand je le voyais avec les larmes aux yeux à la fin d’une prise, je pouvais me dire que j’avais dû être juste.

Votre transformation physique est étonnante…
Prendre du poids n’a pas été le plus difficile: tout le monde est capable de bouffer des pizzas et des hamburgers à la chaîne. Le plus dur a été de prendre l’accent, de retrouver le vocabulaire de l’époque et de comprendre le personnage de l’intérieur sans le juger.

Avez-vous pensé à votre propre père?
Il était de la même génération que Tony, il a grandi dans le même milieu social. Sa façon de penser était typique de cette génération d’hommes qui ont été presque naturellement racistes. Il était drôle et têtu comme Tony.C’était un peu sa version danoise!

N’aviez-vous pas peur que Peter Farelly ne soit pas le réalisateur idéal pour cette histoire?
C’est vrai que ça étonne tout le monde dans le métier de la part du réalisateur de Mary à Tout Prix. Mais j’avais lu un de ses livres, The Comedy Writer et d’autres nouvelles de lui, je savais qu’il avait un côté sérieux. Après, on ne sait jamais: même de très bons réalisateurs peuvent faire de mauvais films. En l’occurrence, je pense que Pete a fait un film digne de Franck Capra et de Preston Sturgess.

Holy Lands

Cinéma|

Le pitch

Harry  (James Caan), juif apostat de New York où il était cardiologue, est parti  s’établir en Israël comme éleveur de porcs. Sa décision est trés mal vécue par les locaux comme par sa propre famille et diriger une ferme n’est pas de tout repos. Contre toute attente, c’est grâce au Rabbin Moshe Cattan (Tom Hollander), son plus proche voisin et plus fervent opposant, qu’Harry va réussir son implantation.

Ce qu’on en pense

Installée aux États-Unis depuis quelques années, Amanda Sthers  a pu réunir un casting épatant pour servir son troisième film. Une comédie dramatique familiale dans laquelle  James Caan et Rosanna Arquette jouent les parents, Jonathan Rhys Meyer et Efrat Dor les (grands) enfants, Tom Hollander un rabbin et son ex-mari , Patrick Bruel, un médecin. Hélas, cela ne suffit pas à sauver cette piètre adaptation de son propre roman, Les Terres Saintes. On n’y croit pas une seconde et le film se traîne. Sans doute  par souci de cohérence  avec le décor- une porcherie- , les acteurs jouent comme des cochons.

L’Incroyable histoire du facteur Cheval

Cinéma|

Le pitch

En 1879, Joseph Ferdinand Cheval (Jacques Gamblin), facteur de son état, parcourt chaque jour la Drôme à pied pour porter le courrier. Solitaire, buté et taiseux, il est bouleversé quand il rencontre Philomène (Laetitia Casta). De leur union naît une enfant qu’il aime plus que tout. Cheval se jette alors dans une entreprise folle: lui construire de ses propres mains, un palais. Il consacrera 33 ans à bâtir, pierre par pierre, son «Palais idéal»

Ce qu’on en pense

Jacques Gamblin, que Nils Taverner avait déjà dirigé dans De Toutes nos forces, était l’acteur idéal pour incarner le facteur Cheval. Sa prestation habitée rappelle celle de son quasi-sosie, Jacques Dutronc, en Van Gogh. Le choix de Laetitia Casta pour jouer sa femme pouvait paraître moins avisé sur le papier (trop belle, trop glamour), mais elle apporte au film une douceur qui lui aurait certainement manqué autrement. Venu du documentaire, Nils Tavernier fait œuvre didactique en ressuscitant le personnage du facteur Cheval et son étonnante œuvre d’architecture naïve, dans une reconstitution d’époque de très bonne facture. Mais l’intérêt du film dépasse le simple biopic. C’est d’abord une très belle histoire d’amour que filme le fils de Bertrand Tavernier. Les paysages splendides de la Drome provençale lui offrent un écrin parfait.

Ayka

Cinéma|

Le pitch

A Moscou, Ayka (Samal Yeslyamova) vient d’accoucher. Mais elle ne peut pas se permettre d’avoir un enfant. Elle n’a pas de travail, trop de dettes à rembourser, même pas une chambre à elle dans l’appartement qu’elle partage. Alors elle s’enfuit de l’hôpital en laissant son bébé derrière elle. Espérant au moins pouvoir trouver du travail pour payer ses dettes…

Ce qu’on en pense

Dès la première scène de rue, filmée caméra à l’épaule dans la nuque de l’héroïne, le cinéphile averti s’exclame: «C’est Rosetta-yika!». Comment, en effet, ne pas penser au film des frères Dardenne (Palme d’or 1999) et à son interprète, Émilie Dequenne, dont Samal Yeslyamova est un peu la version Kazakh ? L’actrice a d’ailleurs décroché le Prix d’interprétation à Cannes, où le film de Sergey Dvortsevoy était en compétition l’an dernier. Dans une édition marquée par le grand retour des drames sociaux, Ayka, qui était sans doute le plus frontal et le plus puissant, aurait même pû espérer la Palme, si Rosetta ne l’avait pas devancé d’une décennie.

Glass

Cinéma|

Le pitch

16 ans après les événements rapportés dans Incassable, David Dunn (Bruce Willis) est devenu un justicier qui traque les malfrats. Elijah Price (Samuel L. Jackson), l’homme souffrant du syndrome des os de verre, assommé de sédatifs pour l’empêcher de nuire, croupit dans un asile d’aliénés. Pendant ce temps, La Bête (James McAvoy), surnom de l’homme aux 23 personnalités différentes de Split, s’apprête à commettre de nouveaux meurtres

Ce qu’on en pense

Il fallait s’appeler M. Night Shyamalan pour fourguer à la fabrique de super héros que sont devenus les studios Disney depuis le rachat de Marvel, un scénario aussi tordu et politiquement incorrect que celui de Glass. Il s’agit, en effet, d’une suite d’Incassable (film dans lequel, on s’en souvient, les soi disant super-pouvoirs des protagonistes étaient associés à la folie) et de Split, dont le héros était un schizophrène habité par 23 personnalités différentes…Night Shyamalan pousse le bouchon encore plus loin, en faisant d’un asile d’aliénés le décor principal de Glass. Les super-héros ne seraient-ils donc que des malades mentaux, persuadés de détenir des pouvoirs qui ne seraient, en fait, que l’expression de leur folie? C’est la thèse que défend au début du film la psychiatre (Sarah Paulson) qui va tenter de rééduquer les trois protagonistes.Une très mauvaise idée! Ce dernier volet d’une trilogie que personne n’avait vue venir  est une totale réussite. Non seulement le scénario recolle parfaitement les morceaux entre Incassable et Split, mais Night Shyamalan hausse encore le niveau côté mise en scène. Plus encore qu’à Hitchcock, son maître revendiqué, c’est à Kubrick que l’on pense dans certaines scènes de Glass (celle de l’usine de briques devrait rester dans les annales). Certes, il vaut mieux avoir vu les deux films précédents (ou au moins Incassable, dont deux scènes sont reprises en flash-back) pour tout comprendre à l’histoire. Mais le scénario est tellement bien ficelé et la réalisation tellement fluide qu’on doit pouvoir s’en passer. Côté casting, c’est un peu à qui en fera le plus entre les trois vedettes. Mais la performance de James McAvoy, passant d’une personnalité à l’autre dans un battement de cils comme dans Split, laisse une fois de plus pantois. C’est lui le super-héros !

Ben Is Back

Cinéma|

Le pitch

La veille de Noël, Ben (Lucas Hedge), 19 ans, revient dans sa famille après avoir passé plusieurs mois en cure de désintoxication. Sa mère, Holly (Julia Roberts), l’accueille à bras ouverts tout en redoutant qu’il ne cède, une fois de plus, à ses addictions. Son séjour va mettre à rude épreuve l’amour inconditionnel de cette mère prête à tout pour protéger son fils.

Ce qu’on en pense

Ben is Back est typiquement le genre de film qu’on s’attend désormais à voir en e-cinéma plutôt qu’en salles. Il s’agit d’un mélodrame d’assez bonne facture, bien joué, bien produit et bénéficiant d’un excellent casting, mais sans la moindre originalité, ni grand intérêt au final. Un pur produit de série,  qu’on a l’impression d’avoir déjà vu cent fois. Seule la prestation de Julia Roberts, toujours épatante en mère courage,  peut éventuellement justifier le ticket d’entrée… Pour ses fans.

Une Jeunesse dorée

Cinéma|

Le pitch

Paris 1979, au cœur des années Palace, haut lieu de la nuit où se retrouvent artistes, créatures et personnalités, guidés par une envie de liberté. De fêtes en fêtes, ils vivent au jour le jour, au gré des rencontres improbables de la nuit…

Ce qu’on en pense

Après avoir racontée son enfance d’égérie érotisée par sa mère dans  My little princess, Eva Ionesco revient avec Une Jeunesse dorée. Les deux films se font suite tout en étant totalement indépendants. D’ailleurs, à l’aube des années quatre-vingt, Violetta est devenue Rose (Galatea Bellugi), jeune fille de 16 ans qui quitte la DASS sous la responsabilité de son fiancé Michel (Lucas Ionesco), un peintre désargenté. Les jeunes gens vivent leur première grande histoire d’amour dans l’ambiance des fêtes parisiennes. Ils croisent Lucille (Isabelle Huppert) et Hubert (Melvil Poupaud), un couple de riches oisifs qui vont les prendre sous leur coupe. Commence une vie à quatre, pour meilleur et pour le pireUne fable sur l’émancipation d’une adulescente un brin sauvage…

Doubles vies

Cinéma|

Le pitch

Alain (Guillaume Canet), la quarantaine, dirige une célèbre maison d’édition, où son ami Léonard (Vincent Macaigne), écrivain bohème publie ses romans. La femme d’Alain, Séléna (Juliette Binoche), est la star d’une série télé populaire et Valérie (Nora Hamzawi), compagne de Léonard, assiste vaillamment un homme politique. Bien qu’ils soient amis de longue date, Alain s’apprête à refuser le nouveau manuscrit de Léonard. Les relations entre les deux couples, plus entrelacées qu’il n’y paraît, vont se compliquer

Ce qu’on en pense

Surprise ! Le nouveau film d’Olivier Assayas (Carlos,  Sils Maria…) est une comédie. Une première pour cet auteur dont le registre habituel est plus grave. Doubles vies est une comédie ancrée dans son époque : on y parle de livres bien sûr, mais aussi de chiffre d’affaires, de lecteurs, et surtout de consommateurs, mais plus précisément encore des nouvelles technologies, de la place du numérique, des réseaux sociaux… « Les modalités de la culture numérique qui transforme le monde sont tellement vastes, tellement complexes que le cinéma peut participer au débat, affirme Olivier Assayas. Bien entendu, il n’est pas là pour donner des réponses, mais pour poser des questions.».  Assayas ne néglige pas l’universalité : le film parle aussi d’amour : l’amour installé entre l’éditeur et la star, et l’amour en devenir entre l’écrivain bohème et sa compagne débordée. Pour le premier couple, l’amour est toujours là malgré quelques coups de canif au contrat. Pour le second, c’est le moment de vérité puisqu’il s’agit de répondre à la question toute simple : « Est-ce que tu m’aimes ?».  On retrouve l’ambiance bavarde d’un Woody Allen,  auquel le film fait référence, mais la chute émouvante  rappelle plutôt le cinéma Eric Rohmer. On aime ! 

The Front Runner

Cinéma|

Le pitch

En 1988,  Gary Hart (Hugh Jackman), jeune sénateur promis au plus bel avenir, est le grand favori pour l’investiture Démocrate à l’élection présidentielle américaine. Mais son ascension  est brutalement stoppée par la révélation d’une liaison adultérine

Ce qu’on en pense

Révélé par Juno en 2007, Jason Reitman s’essaie au film politique avec ce biopic de Gary Hart, candidat démocrate disqualifié de la course à la présidence américaine en 1988 par la révélation d’une liaison extra conjugale. Le réalisateur pointe la responsabilité de la grande presse US qui , pour la première fois, faisait cause commune avec les tabloïds pour favoriser la chute de celui qui apparaissait comme le meilleur candidat. Avec pour conséquence l’élection de George W Bush senior…  Jusqu’où doit s’exercer la liberté de la presse ? Un sujet toujours d’actualité  (voir les élections de Donald Trump et d’Emmanuel Macron),  traité de manière classique et peut-être un peu trop distanciée,  mais qui offre à Hugh Jackman un joli rôle de composition.

Interview: M. Night Shyamalan

Cinéma|

Il fallait s’appeler M. Night Shyamalan pour fourguer à la fabrique de super héros que sont devenus les studios Disney depuis le rachat de Marvel, un scénario aussi tordu et politiquement incorrect que celui de Glass, son nouveau film. On y retrouve les (super) héros d’Incassable (Samuel L. Jackson, Bruce Willis) et de Split  (James McAvoy),  enfermés dans un asile d’aliénés ! Les super héros (et partant, ceux qui se passionnent pour leurs exploits) ne seraient-ils donc que de grands malades ? On lui a posé la question… 

Aviez-vous l’idée d’une trilogie dès Incassable ?     
Pas vraiment,  mais  j’avais dans l’idée qu’Incassable et Split pouvaient être liés d’une certaine manière. Ce qui m’intéressait surtout c’est de pouvoir réutiliser ces personnages.  J’ai donc demandé l’autorisation à Universal pour Split  et j’ai été étonné qu’ils acceptent. J’ai quand même attendu de voir si le film aurait du succès pour commencer à écrire une suite, sinon ce n’était pas la peine. Il m’a fallu aussi obtenir l’accord de Disney pour Incassable,  car je voulais utiliser des scènes coupées. Notamment une entre un prêtre et Bruce Willis après l’accident de train, à laquelle je tenais beaucoup. Mais jai encore dû y renoncer car elle était trop dramatique et elle ralentissait l’action. Dans un thriller,  il faut avancer droit.

Justement, Glass est-il un thriller, un film fantastique ou un film de super-héros?  

J’ai essayé de faire un bon thriller qui puisse fonctionner séparément. Ce que j’aime, c’est raconter des histoires par le suspens, la tension du cadre. Je suis de l’école Hitchcock pour cela, c’est ça qui me parle dans le cinéma. Mon truc, c’est la narration à la Hitchcock. La scène de l’usine de briques , avec tous ces points de vues différents, c’est vraiment une scène de thriller. Pour moi,  Glass est un thriller.

Les super-héros sont- ils de grands malades qui s’ignorent ? 
Le film essaie de répondre à cette question. J’aime penser qu’il y a, en chacun de nous, un super-héros qui s’ignore.  Même si, au contraire des super-héros, on doit d’entraîner beaucoup pour réussir à accomplir certaines choses. C’est le cas des grands sportifs : ils font parfois des choses fantastiques,  mais c’est le résultat d’heures d’entrainement forcené.

La fin ouverte de Glass annonce-t-elle une suite ?
J’aime les films incomplets,  qui laissent le public remplir les trous de la narration quand il sort de la salle. Beaucoup de films que j’aime dans l’histoire du cinéma fonctionnent comme cela. C’était déjà le cas d’ Incassable et de  Split. Mais je pense que j’en ai fini avec ces personnages, cette fois. Il est temps que je passe à autre chose.

Vous arrive-t-il de connaître l’angoisse de la page blanche? 
Oui et ça me stimule énormément. Ma solution pour lutter contre le syndrome de la page blanche, c’est de jeter des idées sur le papier, quelles qu’elles soient, sans souci d’histoire. Hier, par exemple, j’ai noté que j’aimerais tourner un film avec des mouvements de caméras extrêmement précis comme dans Rachômon de Kurosawa. En rentrant chez moi après la sortie de Glass, je vais me mettre au travail pour réunir tous les éléments épars que j’ai consignés. J’ai plusieurs idées de scénarios. Mais les idées de films c’est comme les femmes : on est plus attiré par celles qui vous résistent. Une idée qui fonctionne toute seule m’intéresse moins qu’une à laquelle il faut que je m’attelle pour lui donner forme. J’ai deux idées de films: une presque aboutie et l’autre pas du tout. Mais je me sens plus attiré naturellement vers celle qui est la plus incertaine…

Vos apparitions dans vos films, c’est en hommage à Hitchcock ? 
J’adore faire ça,  mais je ne veux pas que ça gène la narration, qu’on dise : “Tiens voila le petit indien bouclé !”. La scène du mec dans la boutique qui reconnaît David (Bruce Willis) parce qu’il allait au stade quand l’autre était encore surveillant, ça fonctionnait bien,  alors je l’ai gardée.