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Meurs Monstre Meurs

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Le pitch

Dans une région reculée de la Cordillère des Andes, le corps d’une femme est retrouvé décapité. L’officier de police rurale Cruz (Victor Lopez) mène l’enquête,  persuadé qu’un monstre rode

Ce qu’on en pense

Un de ces films de genre qu’affectionne désormais le Festival de Cannes. Découvert à la Semaine de la critique en 2013 avec Los Salvajes (la cavale mortelle de petits voyous sans pitié), l’Argentin Alejandro Fadel accédait l’an dernier au Certain Regard, l’ anti chambre de la compétition, avec ce film d’horreur métaphysique, trés graphique (au sens BD du terme) mais auquel on n’ a pas compris grand chose. Le final grand guignolesque,  avec un monstre à tête de vagin denté et queue-pénis, tire le film vers la série Z, alors que jusque là l’inspiration semblait plutôt Lynchéenne, avec un sens de l’étrange limite burlesque et des nappes de synthé à la Twin Peaks en BO. Dans le genre, on a de loin préféré Border, qui a d’ailleurs reçu le prix du Certain Regard.

The Dead Don’t Die

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Le pitch

Dans la sereine petite ville de Centerville USA (738 âmes), quelque chose cloche. La lune est omniprésente dans le ciel, la lumière du jour se manifeste à des horaires imprévisibles et les animaux commencent à avoir des comportements inhabituels. Personne ne sait vraiment pourquoi. Les nouvelles sont effrayantes et les scientifiques sont inquiets. Mais personne ne pouvait prévoir l’évènement le plus étrange et dangereux qui allait s’abattre sur Centerville :  les morts sortent de leurs tombes et s’attaquent sauvagement aux vivants pour s’en nourrir. La bataille pour la survie commence pour les habitants de la ville…

Ce qu’on en pense

Sous ses airs de petite comédie horrifique sans importance,  le nouveau film de Jim Jarmusch (Ghost Dog, Only Lovers Left Alive, Paterson  cache  une vision du monde désespérée (mais drôle) et un bel hommage au cinéma de genre,  avec force clins d’œil et citations (George Romero bien sûr,  mais aussi Tarantino et Jarmusch lui-même). C’est plus qu’on n’en attendait du film d’ouverture du Festival de  Cannes 2019,  qu’on avait pu croire se trouver là par défaut (Tarantino n’était pas sur de pouvoir livrer à temps) et pour son casting à réveiller le tapis rouge, sinon les morts : Bill Murray, Tilda Swinton, Adam Driver, Chloé Sevigny, Danny Glover, Steve Buscemi, Selena Gomez, Tom Waits et Iggy Pop (tous parfaits). Savoureux démarquage du film de zombies The Dead Don’t Die est plus sérieux qu’il n’y paraît, avec un message écolo un tantinet apocalyptique :   « Ça va mal finir»  ne cesse de le prédire l’adjoint du shérif (joué par Adam Driver). Ces morts-vivants,  qu’un changement d’axe de la terre peut-être dû à des travaux de “fracturation polaire” a réveillés,  n’étaient-ils pas déjà morts, sans le savoir, d’avoir trop consommé et  surexploité  les ressources de la planète ? C’est ce que pense Bob L’Ermite (Tom Waits), observateur détaché du désastre,  auquel revient le mot de la fin : «Quel monde de merde !». Quand Walking Dead rejoint Une Vérité qui dérange ! 

 

 

Just Charlie

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Le pitch 

Charlie (Harry Gilby) vit à Tamworth, une petite ville anglaise où tout le monde se connaît. C’est un adolescent destiné à un bel avenir dans le football et son père  (Scot Williams) voit en lui le professionnel qu’il n’a jamais pu être. Mais Charlie se retrouve tiraillé entre le désir de répondre aux attentes de son père et le fait qu’il se sent emprisonné dans le corps d’un garçon. En proie à une crise identitaire, la relation précieuse qu’il avait alors avec son père se dégrade et c’est tout son univers qui est sur le point de basculer, y compris sa future carrière de footballeur…

Ce qu’on en pense 

La question du (trans)genre agite le monde du cinéma. Après Lara,  le jeune héros de Girl qui voulait devenir danseuse de ballet, voici Charlie, qui aurait pu devenir professionnel de football. Repéré par le club de Manchester City –  pour la plus grande fierté de son papa frustré de ne pas avoir fait carrière- Charlie tarde à donner sa réponse. Au lieu de redoubler d’efforts sur le terrain, il sèche les entraînements et se cache pour s’habiller avec les vêtements de sa grande sœur et se maquiller. Fatalement, la vérité éclate : Charlie se sent fille dans le corps d’un garçon. Le monde s’écroule pour son père et pour son meilleur pote qui se sentent trahis. Soutenu par l’amour de sa mère et de sa sœur, Charlie choisit avec courage d’assumer au grand jour sa nouvelle identité et entreprend de reconquérir l’affection et la confiance de son père et de son ami…  Premier film de la réalisatrice anglaise Rebekah Fortune, Just Charlie  emprunte les codes des séries pour ados et des comédies romantiques pour traiter de la question du genre, de l’acceptation de soi et des différences. Un choix , semble-t-il,  payant puisque le film a reçu le prix du public dans plusieurs festivals européens dont celui d’Edimbourg. La prestation, en garçon puis en fille, du jeune Harry Gilby mérite également des éloges. De même que l’ensemble du casting , très homogène. On peut regretter  que le scénario joue un peu trop la facilité,  en tirant systématiquement sur toutes les cordes sensibles à sa portée et que la mise en scène soit aussi quelconque. Mais le film a l’avantage de traiter un sujet délicat en se mettant à la portée du grand public sans verser dans la caricature

 

 

Retour de flamme

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Le Pitch

Marcos (Ricardo Darin) et Ana (Mercedes Moran), la cinquantaine, sont mariés depuis un quart de siècle. Après une grosse crise existentielle, le couple décide de se séparer. Pour tous les deux une nouvelle vie commence.Avec son lot d’expériences excitantes et de rencontres décevantes…

Ce qu’on en pense

Producteur et scénariste, l’Argentin Juan Vera réalise son premier long métrage avec cette romance dans l’air du temps,  produite et interprêtée par l’incontournable Ricardo Darin.  Le comédien argentin numéro 1,  y joue un «quincado-bobo», avide de nouvelles expériences,  après 25 ans d’un mariage sans nuage mais devenu routinier.  La vraie vie commence-t-elle à 50 ans ? Retour de flamme est un des nombreux films récents à se pencher sur la question. Il le fait sur le mode de la comédie romantique hollywoodienne la plus classique,  en y apportant une réponse sans surprise (le titre dit tout). Inspiré dans ses meilleurs moments des séries chorales à la Friends ou Sex in the city et des comédies de mœurs à la Woody Allen, le film vaut surtout pour le couple de cinéma formé par Ricardo Darin et Mercedes Moran,  dont on suit les aventures sexuelles et sentimentales avec amusement, sinon grand intérêt.

Petra

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Le pitch

Petra (Barbara Lennie), jeune artiste peintre, intègre une résidence d’artiste auprès de Jaume Navarro (Joan Botey), un sculpteur de renommée internationale. Très vite, Petra découvre un homme cruel et égocentrique qui fait régner parmi les siens rancœur et manipulation. Malgré les mises en garde, la jeune femme persiste, bien décidée à se rapprocher de cette famille. Elle a une bonne raison pour cela…

Ce qu’on en pense

Découvert en 2014 à la Quinzaine des réalisateurs avec La Belle jeunesse (qui reçut le prix Œcuménique), Jamie Rosales y présentait l’an dernier son nouveau film, Petra. L’histoire d’une jeune femme (incarnée par la belle Barbara Lennie) qui, après la mort de sa mère, part à la recherche de celui qu’elle suppose être son père.Un artiste renommé qui se révélera être aussi un dangereux pervers narcissique (Joan Botey). A coups d’ellipses et de retours en arrière, déconstruisant son récit en inversant l’ordre des chapitres, avec des mouvements de caméra très lents et des plans larges qui abandonnent régulièrement les personnages pour se perdre dans la nature, le tout sur fond de musique religieuse, le réalisateur espagnol tisse un suspens psychologique hypnotisant, dont aucun des protagonistes ne sort indemne. Le spectateur non plus.

Astrid

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Le pitch 

 

En 1920, Astrid Lindgren (Alba August) a 16 ans et des rêves plein la têteElle décroche un travail de secrétaire dans un journal local, tombe amoureuse de son patron, se retrouve fille-mère. Talentueuse et résiliente, libre et déterminée, elle inventera des héroïnes à son image, dans des romans qui la rendront célèbre

Ce qu’on en pense

Le nom d’Astrid Lindgren ne vous dit peut-être rien, mais vous connaissez sûrement les personnages qu’elle a créés : Fifi Brindacier, Zozo la Tornade, Ronya, fille de brigand ou Les Frères Coeur-de-lion. Ses livres pour enfants sont parmi les plus traduits dans le monde, où ils se sont vendus à quelque 165 millions d’exemplaires. En plus d’être une des auteures les plus célèbre de Suède, Astrid Lindgren, qui s’est éteinte en 2002 à l’âge vénérable de 94 ans, fut une voix influente dans son pays. Elle a inlassablement milité pour les droits des enfants et son combat a imprégné toute son œuvre. On comprend pourquoi avec le très joli biopic que lui consacre Pernille Fischer ChristensenDécouverte en 2015 avec Someone You Love (une star du rock vieillissante découvrant les joies de la grand-paternité), la réalisatrice Danoise signe un beau portrait de jeune femme résiliente et anticonformiste en remontant, sur une dizaine d’années, le cours de la vie d’Astrid, avant qu’elle n’écrive ses romans. On la découvre adolescente dans son village de la campagne suédoise, où elle fait figure de vilain petit canard dans une famille paysanne et bigote. Intelligente, vive et curieuse de tout, elle se fait embaucher à 16 ans comme secrétaire au journal local, où elle écrit ses premiers articles. Mais bientôt engrossée par son patron, marié et père de famille, elle doit s’exiler en ville et placer l’enfant en nourrice, pour éviter le scandale. Les épreuves ne feront pourtant que renforcer son caractère, et sa résilience inspirera plus tard les enfants, pour lesquels elle écrira des livres porteurs d’espoir et d’encouragements… Alba August (fille du réalisateur de Pelle Le Conquérant et Les Meilleures intentions) incarne une Astrid Lindgren solaire et rayonnante, dans une reconstitution très soignée de la Suède des années vingt-trente.Le film a les mêmes vertus que les livres de son modèle : c’est un hymne à la résilience qui donne foi en la vie.

 

 

Les Crevettes pailletées

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Le Pitch

Après avoir tenu des propos homophobes, Mathias Le Goff (Nicolas Gob), vice-champion du monde de natation, est condamné à entraîner “Les Crevettes Pailletées”, une équipe de water-polo gay, davantage motivée par la fête que par la compétition. Cet explosif attelage va alors se rendre en Croatie pour participer aux Gay Games, le plus grand rassemblement sportif homosexuel du monde. Le chemin parcouru sera l’occasion pour Mathias de découvrir un univers décalé qui va bousculer tous ses repères et lui permettre de revoir ses priorités dans la vie…

Ce qu’on en pense

 Cedric Le Gallo a co-réalisé ce film inspiré de sa propre expérience d’entraîneur d’une équipe de water polo gay, avec Maxime Govare (Toute première foisDaddy Cool). Entre Priscilla , folle du désert , Le Grand bain  et Pédale Douce, les références abondent, mais le résultat laisse perplexe. L’équipe est réduite à une bande de folles  immatures, les personnages à des archétypes sans la moindre profondeur  et la réflexion sur l’homophobie dans le milieu sportif  ne sert que de prétexte à une série de gags lourdingues et de punchlines embarrassantes (“Le meilleur dans les crevettes c’est la queue”). Niveau réalisation, ce n’est même pas le petit bain: c’est le pédiluve. Le film a néanmoins reçu un prix spécial du jury au Festival de l’Alpe d’Huez.

 

Matar a Jesus

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Le pitch

Le père de Paula (Natasha Jaramillo), professeur à l’université de Medellín, est assassiné sous ses yeux. Alors que l’enquête officielle est déjà classée, Paula fait la connaissance d’un garçon, Jesús (Giovanny Rodriguez) qu’elle croit reconnaître comme le tueur. La relation qui se noue entre eux, malgré le désir de vengeance de Paula, va ébranler ses certitudes…

Ce qu’on en pense

Inspirée par un épisode dramatique de sa propre vie, Laura Mora filme, caméra à l’épaule, la quête vengeresse de son héroïne (joliment incarnée par Natasha Jaramillo), étudiante de la bonne société colombienne qui croit reconnaître en un jeune voyou (Giovanny Rodriguez, également très convaincant) l’assassin de son père et noue avec lui une relation trouble. Un bon thriller psychologique, réaliste, tendu et fort bien écrit, qui immerge le spectateur dans une Medellín gangrenée par les trafics, la violence et la corruption. A voir.

Pokemon Detective Pikachu

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Le pitch

Après la disparition mystérieuse de Harry Goodman, un détective privé, son fils Tim () va tenter de découvrir ce qui s’est passé.  Le détective Pikachu, ancien partenaire de Harry, participe alors à l’enquête : un super-détective adorable à la sagacité hilarante, qui en laisse plus d’un perplexe, dont lui-même. Constatant qu’ils sont particulièrement bien assortis, Tim et Pikachu unissent leurs forces dans une aventure palpitante pour résoudre cet insondable mystère.  À la recherche d’indices dans les rues peuplées de néons de la ville de Ryme – métropole moderne et tentaculaire où humains et Pokémon vivent côte à côte dans un monde en live-action très réaliste –, ils rencontrent plusieurs personnages Pokémon et découvrent alors un complot choquant qui pourrait bien détruire cette coexistence pacifique et menacer l’ensemble de leur univers…

Notre avis

22e film consacré aux Pokemon, phénomène du jeu vidéo (320 millions de jeux vendus dans le monde), Detective Pikachu est le premier réalisé en prises de vues réelles. La réalisation a logiquement  été confiée à  Rob Letterman qui maîtrise à la fois les techniques de l’animation (Gang de Requins, Monstres contre Aliens) et celles du live action (Chair de poule, Les voyages de Gulliver). Visuellement,  le résultat est assez réussi avec des décors à la  Blade Runner  et des personnages animés fidèles à ceux du jeu vidéo (60 Pokemon différents à l’écran sur les 800 existant). Le cast a également été soigné, pour les voix des Pokemon (Ryan Reynolds en VO) comme pour les personnages humains   (Ken Watanabe, Bill Nighy, Justice Smith, Kathryn Newton). Le scénario n’est pas mal non plus, avec un couple de  jeunes et séduisants héros (Justice Smith et Kathryn Newton) menant l’enquête sur un trafic de drogue de synthèse qui transforme les gentils Pokemon en tueurs sanguinaires. Un honnête divertissement pour pré-ados,  plus ou moins inspiré des Gremlins.

Fugue

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Le pitch

Alicja (Gabriela Muskala) est amnésique. Enfin identifiée après deux années d’errance, elle retrouve sa famille.  Contrainte d’endosser les rôles de mère, de femme et de fille auprès de parfaits inconnus, elle doit réapprendre à aimer ceux qu’elle avait oubliés

Ce qu’on en pense

Entre thriller et drame intimiste, la réalisatrice polonaise Agnieszka Smoczynska (The Lure, Aria Diva) signe un film envoûtant qui interroge sur l’identité,  les liens amoureux et la famille,  dans une mise en scène inspirée. On suit les efforts désespérés de l’héroïne,incarnée par une Gabriela Muskala somnanbulique,  pour se réinsérer dans sa propre famille et retrouver les traces d’un passé qu’elle a totalement effacé. La révélation du traumatisme qui a provoqué son amnésie ne surprend pas, mais renforce la justesse de l’observation et du propos. Une jolie découverte de La Semaine de la critique à Cannes.  

 

The Reports on Sarah and Saleem

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Le pitch

Une jeune israélienne, Sarah, et un jeune palestinien Saleem, s’éprennent l’un de l’autre. Leur aventure déclenche un jeu dangereux de duperie entre ceux qui détiennent le pouvoir et ceux qui ne le détiennent pas…

Ce qu’on en pense

Un Roméo et Juliette orientalsur fond de conflit israèlo-palestinien. Inspiré d’une histoire vraie, le film confronte ses deux jeunes héros à la réalité d’une société militarisée et policière, où la politique s’immisce partout et où l’injustice est la règle. Servie par de très bons acteurs,  une tragédie contemporaine qui renvoie dos à dos les deux belligérants.

Cannes 2019: Compléments

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Ouf ! Tarantino sera là et avec lui son casting de stars (Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, Margot Robbie…). La déception était grande lors de l’annonce de la Sélection officielle du 72e Festival de Cannes en apprenant que Once Upon A Time In Hollywood, le nouveau film de Quentin Tarantino, annoncé depuis des mois, pourrait ne pas être prêt à temps. Le tapis rouge du 72e Festival de Cannes en aurait été considérablement dégarni. Thierry Frémaux a rassuré tout le monde le 2 mai  en confirmant sa venue en compétition : « Quentin Tarantino, qui n’a pas quitté sa salle de montage depuis quatre mois, est un vrai enfant de Cannes, fidèle et ponctuel ! Comme pour Inglourious Basterds, il sera bien là, vingt-cinq ans après la Palme d’or de Pulp Fiction, avec un film terminé, projeté en 35mm et en présence de sa troupe d’acteurs : Leonardo DiCaprio, Margot Robbie, Brad Pitt. Son film est une déclaration d’amour au Hollywood de son enfance, une visite rock à l’année 1969 et une ode au cinéma tout entier ». Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, le Niçois Abdelatif Kechiche, qui faisait lui aussi part des grands absents de la première liste de sélection, viendra également présenter en compétition la suite de la saga Mektoub My Love « J’ai vu le film jeudi dernier, toujours en montage, et même en plein montage ! raconte le délégué général du festival.Mais il sera terminé, dans une durée annoncée de 4h par le réalisateur. Et montré en fin de Festival pour que le DCP puisse être livré dans les temps. Avec une histoire fleuve et un portrait extraordinaire de la jeunesse des années 90 dont il a raconté les prémices dans son Canto Uno et dont on retrouvera les acteurs avec plaisir, le réalisateur tunisien/français Abdellatif Kechiche sera de nouveau présent à Cannes pour l’Intermezzo de Mektoub, My Love, six ans après sa Palme d’or pour La Vie d’Adèle. ». Parmi les autres ajouts à la sélection officielle, signalons encore le très excitant projet Lux Aeterna de Gaspar Noe avec Beatrice Dalle et Charlotte Gainsbourg, qui sera projeté en séance de minuit, ainsi que les nouveaux films de Gael Garcia Bernal (Chicuarotes) et Patricio Guzman (La Cordillère des songes) en séances spéciales.

 

Interview : Guillaume Canet

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Quelques tours de pistes au Jumping de Cagnes-sur-Mer et la perspective de retrouver son copain Matthieu Chedid après son concert de Nikaïa : il n’en fallait pas plus pour mettre Guillaume Canet d’excellente humeur pour l’avant-première de son nouveau film à Nice. Accompagné de François Cluzet, qui y retrouve son rôle de chef de bande maniaco-dépressif, l’acteur-réalisateur présentait Nous finirons ensemble, la suite attendue des Petits mouchoirs, qui  a fait un démarrage en trombe au box office le 1er mai…

Pourquoi avoir attendu si longtemps pour tourner la suite d’un film qui avait fait plus de 5 millions d’entrées ?
Ça peut paraître étrange, mais en fait je n’ai pas vraiment pu me réjouir du succès des Petits mouchoirs. C’est un film que j’ai écrit très vite dans un état de tristesse et de colère, parce que je venais de passer un mois et demi à l’hosto et qu’aucun de mes copains n’était venu me voir, alors que j’avais failli y passer. Le tournage n’a pas été facile et le jour de la sortie, un autre de mes potes s’est tué. Il m’a fallu tout ce temps pour ne serait-ce qu’envisager la possibilité de faire une suite, alors que tout le monde me la réclamait.

Qu’est ce qui vous a décidé à passer à l’acte ?
Après Rock’n’Roll, j’ai pris conscience de tout ce qui avait changé autour de moi, du fait que je n’avais plus les mêmes fréquentations, que mes priorités étaient différentes. Des potes s’étaient mariés, avaient eu des enfants, s’étaient séparés… Il y avait, à nouveau, des choses à raconter sur l’amitié.

Tous les autres étaient d’accord pour une suite ?
Oui, sans exception. Si plus d’un avait dit non, je ne l’aurais pas fait. Mais ils m’ont tous dit banco, alors que le scénario n’était même pas encore écrit.

Et quelle a été leur réaction en le découvrant ?
Il y a eu un long silence de mort méga flippant après la lecture que j’avais organisée ! (rires) Après ça, ils se sont déchaînés : « Ça, c’est pourri », « Ça, on s’en fout », « Mon personnage ceci », « Mon personnage cela » Un vrai bashing ! Mais comme aucun n’a dit qu’il se retirait, je suis reparti en écriture plein d’énergie et d’idées constructives. Ce film-là, non seulement on l’a fait à plusieurs, mais on l’a quasiment écrit ensemble.

« Ensemble », c’est le mot-clé du film, non ?
Absolument. C’est pour ça que le film ne s’appelle pas Les Petits mouchoirs 2. Les personnages ont évolué : ils n’en sont plus à mettre des petits mouchoirs sur des gros bobards, comme dans le premier. Ils sont devenus plus cash, n’ont plus de temps à perdre avec les mensonges. Ils se disent leurs quatre vérités. Mais le parcours de Max (François Cluzet), qui a coupé les ponts avec les autres et qui les voit débarquer au cap Ferret pour son 60e anniversaire, montre que leur amitié est ce qui leur permet d’avancer. Seul, isolé, il n’y arrive plus.

La symbolique est presque politique…
Ne nous emballons pas : c’est l’histoire d’une bande de potes qui se retrouvent au cap Ferret pour faire la fête. Mais s’il y a un message positif à retenir, c’est que, dans la société actuelle, rien ne peut se faire isolément. Si on ne décide pas, tous ensemble, d’arrêter de bouffer de la merde et de faire quelque chose pour le climat, rien ne bougera. Ce ne sont pas les industriels, ni les hommes politiques, qui vont changer quoi que ce soit. La seule manière de faire bouger les choses, c’est de décider ensemble de le faire. Que ce soit pour changer la société ou arrêter de bousiller la planète…

On vous sent plus engagé. Pourtant, dans le film, vous faites dire à Marion que ça ne sert plus à rien…
Son personnage est représentatif du délire négatif dans lequel sont beaucoup de gens aujourd’hui. Et, singulièrement, ceux qui se sont le plus battus pour que ça change. Elle a baissé les bras. La société la dégoûte au point qu’elle est incapable d’aimer son petit garçon parce qu’il représente pour elle une génération qui ne pense qu’à consommer. Mais la suite montre qu’elle se trompe et qu’elle l’aime plus que tout. Le titre du film renvoie à Nous ne vieillirons pas ensemble pour dire qu’il faut, au contraire, se battre et faire des efforts pour vivre ensemble. Parce que c’est la seule manière d’avancer.

Le leitmotiv des personnages est pourtant : « Ce n’est pas parce qu’on est amis depuis 20 ans qu’on est obligé de le rester ». N’est-ce pas contradictoire ?
C’est d’abord un constat : si on ne partage plus rien, ça ne sert à rien de se dire ami. L’amitié, c’est comme le couple : ça demande un investissement réciproque, sinon ça dépérit. C’est le sens de la phrase en question : rien n’est jamais acquis.

Leurs rapports avec leurs enfants sont difficiles. Pourquoi ?
Ce n’est pas facile d’être de bons parents. On n’a pas toujours l’attitude ou le discours qu’il faut. C’est important de le reconnaître et, pour moi, de le montrer. Longtemps, j’ai eu peur que mon fils soit perturbé par l’arrivée de sa petite sœur. Du coup, j’ai mis trop de temps à lui donner l’attention qu’elle nécessitait, je le reconnais. C’est peut-être très personnel, mais je parle des choses que je connais. Si on veut que ça devienne universel, il faut que ça ait d’abord une résonance personnelle forte en soi.

Comment se sont passées les retrouvailles de toute la bande ?
Bien que certains soient devenus entre-temps de véritables stars, ça a été beaucoup plus facile à gérer que sur le premier. Les films choraux, même avec des potes, c’est plus dur à faire que ça n’en a l’air. Si on veut que chaque personnage puisse exister à l’écran, il faut prendre du temps pour chacun. Pendant ce temps-là, les autres ont l’impression de faire de la figuration. Les scènes de repas, par exemple, il faut les refaire un paquet de fois pour que tout le monde ait la parole. Des fois, je voyais bien que ça les gonflait, même si on tournait à deux caméras pour capter les réactions des autres pendant qu’on en avait un en gros plan. Il y avait aussi une contradiction, de ma part, entre le fait de leur demander de s’amuser et de faire les cons, comme des potes qui se retrouvent, et la nécessité de rester concentré sur leur jeu et celui des autres. J’avais aussi envie de m’asseoir avec eux et de rigoler, mais je ne pouvais pas. Au final, ils ont tous tellement gagné en maturité et en expérience que ça, c’est beaucoup mieux passé que la première fois. Je les ai trouvés plus professionnels, plus à l’écoute, plus respectueux les uns des autres… Même s’il y avait encore des tensions.

Pourquoi ?
Quand on se connaît depuis longtemps et qu’on est potes, on fait moins d’efforts pour se dire les choses, on y met moins de formes. Du coup, ça peut vite clasher. Marion me le reproche souvent. Je l’ai, moi-même, reproché à Gilles sur Le Grand bain et il me l’a reproché sur celui-là… C’est difficile à éviter. Mais j’ai moi aussi gagné en maturité et je me laisse moins aller dans l’émotion.

Fallait-il que chacun ait le même temps d’écran ?
Heureusement que non, sinon le film durerait 5 heures ! (rires) Mais je tenais à ce que ça reste équilibré parce que la star du film, c’est le groupe, pas un personnage en particulier. Après, il faut quand même gérer les ego : on a fait trois affiches différentes pour que chacun soit au premier plan (rires).

Dans quel état d’esprit êtes-vous avant la sortie ?
Je flippe à mort ! (rires) Je sais qu’il est très attendu et je le trouve plus humain, plus profond, plus tenu que le premier. Moins dans la satire et le pathos. J’ai envie qu’on l’aime ! Ce n’est pas une question de nombre d’entrées, mais ça me chagrinerait que les gens ne l’aiment pas…

 

 

Duelles

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Le pitch

Au début des années 1960, Alice (Veerle Baetens) et Céline (Anne Coesens) vivent avec leurs familles dans la banlieue de Bruxelles. Elles sont les meilleures amies du monde jusqu’au jour où survient un événement tragique bouleversant leur quotidien…

Ce qu’on en pense

Avec Duelles, le réalisateur belge Olivier Masset-Depasse signe un thriller Hitchcockien à l’ atmosphère pesanteVeerle Baetens et Anne Coesens jouent sur le trouble, mais le film souffre de la comparaison avec ses modèles : Hitchcock, Brian De Palma ou même Claude Chabrol. L’esthétique est léchée mais le scénario multiplie les incohérences et  débouche sur une conclusion peu crédible.

Gloria Bell

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Le pitch

La cinquantaine frémissante, Gloria (Julianne Moore)  est une femme farouchement indépendante. Tout en étant seule, elle s’étourdit, la nuit, dans les dancings pour célibataires de Los Angeles, en quête de rencontres de passage. Jusqu’au jour où elle croise la route d’Arnold (John Turturro) . S’abandonnant totalement à une folle passion, elle alterne entre espoir et détresse. Mais elle se découvre alors une force insoupçonnée, comprenant qu’elle peut désormais s’épanouir comme jamais auparavant…

Ce qu’on en pense

Le Chilien Sébastian Lelio ( Une femme fantastique) réalise avec Gloria Bell le  remake américain de son propre film tourné en 2013 et qui valut à son interprête, Paulina Garcia de rafler l’Ours d’argent de l’interprétation féminine à Berlin. Une nouvelle version plus glamour, portée par la géniale Julianne Moore, à l’origine du projet et par un John Turturro au jeu toujours savoureux. Un remake réussi c’est rare, mais ça existe: la preuve.