Cinéma

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Bono: Stories of…

Cinéma|

Par Ph.D

Suivant l’exemple de Bruce Springsteen,  le chanteur de U2 a fait suivre la publication de son autobiographie (Surrender 2022) d’une série de représentations intimistes au Beacon Theatre de New York  (Stories of Surrender : An Evening of Words, Music and Some Mischief), dans lesquelles il récitait des passages du livre et reprenait des chansons de U2 accompagné d’une violoncelliste, d’une harpiste-clavieriste et d’un percussionniste. Le réalisateur américain Andrew Dominik (Mindhunter, Blonde) a filmé le spectacle , scénographié comme une pièce de théâtre, et en livre un montage en noir et blanc lyrique et immersif qui a eu les honneurs du Festival de Cannes. Bono s’y confie, avec sincérité et passion  sur sa famille, sa carrière, sa foi et ses engagements, entrecoupant les scènes de prestations chantées de titres de U2 réarrangés, dans lesquels sa voix est particulièrement bien mise en valeur. Disponible en streaming sur AppleTV+,  le film ravira les fans de U2…  et continuera probablement d’énerver les détracteurs du chanteur qui lui reprochent son égocentrisme forcené (Ce à quoi il répond en substance : qu’importe les raisons pour lesquelles on fait les choses si la cause est bonne). Formellement, en tout cas, le film est superbe et mérite d’être vu au delà du cercle de fans de U2.  

Parcours sentimental

Cinéma|

Par Ph.D

Le pitch

Depuis ses 16 ans, entre Paris et Rome, Chloé a filmé ses amours au caméscope. Coup de cœur adolescent, relation à distance, passion charnelle… alors qu’elle vivait une histoire, elle en fabriquait déjà le souvenir. Mais de quoi se souviennent ses ex ? Quelle est leur version des faits ? Douze d’entre eux se livrent pour reconstituer son parcours sentimental …

Ce qu’on  en pense

Pari audacieux que celui de Chloé Barreau  avec ces « Fragments d’un parcours amoureux« : retrouver ses « ex » et le faire se souvenir de votre relation amoureuse…  Quitte à s’exposer à prendre une volée de bois vert !   Surtout quand les ex se nomment Rebecca Zlotowski ou Anna Mouglalis et qu’elles sont aussi des partenaires de cinéma…  L’occasion aussi de parler des amours adolescentes, d’homosexualité féminine et de l’émergence du désir pour d’autres femmes, sous la forme d’interviews joliment filmées. La démarche est intéressante, le résultat aussi, plus universel et pudique qu’on pourrait le croire. Un vrai coup de coeur! 

Freud

Cinéma|

Par J.V

Le pitch

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, Sigmund Freud (Anthony Hopkins) s’est réfugié à Londres, en compagnie de sa fille Anna (Liv Lisa Fries). Sous l’effet de l’âge et de la maladie, la star mondiale de la psychanalyse s’est changée en un vieillard aigri et capricieux. Mais la curiosité du professeur est piquée au vif lorsqu’un certain C.S Lewis (Matthew Goode), romancier et chrétien revendiqué, le mentionne dans l’une de ses publications. Leur rencontre autour de la question de Dieu va tourner au duel…

Ce qu’on en pense

Adaptée d’une pièce de théâtre,  la rencontre (fictive) entre Freud et C.S Lewis tient ses promesses grâce aux deux acteurs principaux (Anthony Hopkins et Matthew Goode, transfuge de la série Downton Abbey ), sans que la mise en scène parvienne toutefois à masquer ses origines théâtrales.  Après avoir incarné Picasso, Benoît XVI ou Nixon, Hopkins livre une nouvelle performance impressionnante et le film  propose une réflexion pertinente sur le rapport entre science et foi. Paradoxalement, c’est lorsqu’il aborde la relation fusionnelle de Freud avec  sa fille Anna (Liv Lisa Fries) que le scénario montre ses limites, en hésitant à plonger plus profond dans l’esprit tourmenté du père de la psychanalyse.

Ballerina

Cinéma|

Par J.V

Le pitch

La vengeance implacable d’Eve Macarro (Ana De Armas), la nouvelle tueuse de l’organisation Ruska Roma…

Ce qu’on en pense

Après quatre films et une série,  la trés masculine (voire masculiniste) saga John Wick , portée par Keanu Reeves,  s’enrichit d’un spin-off consacré à une figure féminine. L’indispensable Ana de Armas, révélation du dernier James Bond, endosse la tenue de la nouvelle tueuse de l’organisation avec beaucoup de peps. Dommage que la réalisation de Len Wiseman ne soit pas aussi sexy et efficace. Le film a surtout le mérite de lancer un nouveau personnage d’action hero féminine dont les prochaines aventures seront probablement plus palpitantes.

 

Le Répondeur

Cinéma|

Par J.V

 

Le pitch

Pierre (Denis Podalydès), écrivain débordé par sa notoriété, engage Baptiste (Salif Cissé) pour répondre à ses appels téléphoniques à sa place. Ce dernier, avec sa spontanéité, se retrouve mêlé à l’intimité de Pierre : sa maîtresse, sa fille, son entourage. Les quiproquos s’enchaînent, et Malik, en tombant amoureux de la fille de Pierre, bouleverse peu à peu la vie de chacun…

Ce qu’on en pense

Couronnée du prix du Public au festival de l’Alpe d’Huez,  cette comédie signée Fabienne Godet, vaut surtout pour le duo comique  formé par l’indispensable  Denis Podalydès en écrivain célèbre et Salif Cissé jeune issu d’un autre milieu social qui débarque avec ses gros sabot dans la vie de son employeur. Un procédé qui a donné des réussites comme Intouchables et Docteur? avec Michel Blanc et Hakim Jemili. La réalisatrice de Nos vies formidables en tire une comédie attachante et divertissante, bien dans l’air du temps

The Phoenician Scheme

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Par Ph.D

Le pitch

1950. Anatole « Zsa-zsa » Korda (Benicio Del Toro), industriel énigmatique parmi les hommes les plus riches d’Europe, survit à une nouvelle tentative d’assassinat. Ses activités commerciales aux multiples ramifications, complexes à l’extrême et d’une redoutable brutalité, ont fait de lui la cible non seulement de ses concurrents, mais aussi de gouvernements de toutes tendances idéologiques à travers le monde. Korda est aujourd’hui engagé dans la phase ultime d’un projet aussi ambitieux que déterminant pour sa carrière, mais au risque financier personnel vertigineux. Pour faire face aux menaces constantes, il décide de former sa successeure : Liesl (Mia Threapleton), sa fille de vingt ans devenue nonne qu’il avait perdue de vue…

Ce qu’on en pense

Reparti une nouvelle fois bredouille de Cannes, où tous ses films sont présentés en compétition depuis des années, Wes Anderson persiste et signe avec ce nouvel opus, tout aussi réussi esthétiquement que les précédents (La Famille Tenenbaum,  La Vie aquatique ,  À bord du Darjeeling Limited,  The Grand Budapest Hotel …) mais aussi bavard et finalement ennuyeux que son prédécesseur,  The French Dispatch. Dommage,  car le casting est cette fois encore formidable avec (entre autres) Benicio Del Toro, Mia Threapleton,  Michael Cera , Scarlett Johansson, Mathieu Amalric, Tom Hanks, Bryan Cranston et  Benedict Cumberbatch ! On passe quand même un bon moment grâce à eux, en formant des voeux pour que le réalisateur revienne à un peu moins de formalisme et plus de sensibilité.

Cannes 2025: Le Palmarès

Cinéma|

Par Ph.D

Juliette Binoche remettant la Palme d’or à un réalisateur iranien : l’image n’a pas surpris les cinéphiles qui connaissent son goût pour le cinéma de cet étonnant pays qui, malgré la dictature et les mollahs, continue à produire bon an mal an des oeuvres marquantes du 7e art. L’an dernier déjà Mohammad Rasoulof avait bien failli l’emporter avec Les Graines du figuier sauvage. C’est Jafar Panahi qui a finalement décroché la timbale avec Un Simple accident, l’histoire d’un groupe d’ex opposants au régime qui retrouvent par hasard l’homme qui les a torturés. Celle d’une vengeance qui aura lieu ou pas. Une Palme engagée et humaniste, tournée clandestinement,  qui s’appuie sur la longue expérience du réalisateur avec les prisons du régime. Peut-être pas le meilleur film de Jafar Panahi, mais l’un des plus solides malgré les conditions de tournage. On aurait sans doute préféré que le jury de Juliette Binoche récompense une oeuvre d’une cinématographie plus originale, mais le palmarès a su leur faire bonne place. Comme ce Prix spécial accordé au film le plus extravagant de la sélection, Resurrection du Chinois Bi Gan. Ou le prix du jury accordé ex aequo à Sirat de l’Espagnol Oliver Laxe, véritable choc de l’édition et à Sound of Falling de l’Allemande Mascha Schilinski, l’histoire de plusieurs générations de femmes d’une même ferme,  contée de manière totalement aléatoire et poétique. Les deux favoris de la critique,Valeur sentimentale de Joachim Trier et L’Agent Secret du Brésilien Kleber Filho Mendoza sont aussi-  chose rare !- au palmarès  : Grand Prix pour le premier et Prix de la mise en scène pour le second.   La Petite Dernière de la Française  Hafsia Herzi est récompensée via sa jeune actrice Nadia Melliti qui fait de beaux débuts à l’écran et les Dardenne ont eu droit à un deuxième prix du scénario pour Jeunes Mères. Bien sûr, on aurait aimé quelque chose pour Eddington d’Ari Aster et Nouvelle Vague de Richard Linklater, les deux films qu’on a le plus envie de revoir, mais sinon, rien à redire: bravo Juliette !

 

Cannes 2025: Part 6

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Par Ph.D

A l’heure du palmarès, que retenir de cette 78e édition du festival de Cannes ? Qui succèdera à Anora,  palme surprise de 2024 ? Aucun film de la compétition n’a fait l’unanimité. L’Agent Secret du Brésilien Kleber Mendoza Filho a les faveurs de la critique,  qui a majoritairement aimé les films « politiques » de la sélection  (Deux procureurs, Les Aigles de la République, Un Simple accident). Valeur Sentimentale de Joachim Trier est sans doute le film le plus consensuel pour une Palme. Plusieurs ont divisé, voire déchainé les critiques : l’explosif Sirat, le « FrèresCoenien » Eddington, l’éprouvant Die My Love de Lynne Ramsey, l’horrible Alpha de Julia Ducournau, l’incroyable Resurrection de Bi Gan. Le film-fleuve du Chinois, émule de Leon Carax,  a constitué le choc esthétique de l’édition, mais personne n’a rien compris à cette histoire de « voleurs de rêve » profondément ancrée dans celle du cinéma.  Côté interprétation les noms de Jennifer Lawrence (Die my Love), de Lea Drucker (Dossier 137), de Josh O’Connor (The History of Sound)  et de Peter Skarsgaard (Valeur Sentimentale) sont le plus souvent cités. Mais à Cannes,  les « papabiles » ressortent encore plus souvent évêques du conclave qu’à Rome. Bon courage au jury de Juliette Binoche pour établir un palmarès équitable. Rendez-vous à 18h40 sur France 2 et sur Brut pour suivre en direct la cérémonie de clôture. 

 

Jeunes mères

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Par J.V

Le Pitch

Jessica, Perla, Julie, Ariane et Naïma sont hébergées dans une maison maternelle qui les aide dans leur vie de jeune mère. Cinq adolescentes qui ont l’espoir de parvenir à une vie meilleure pour elles-mêmes et pour leur enfant.

Ce qu’on en pense

De retour à Cannes,  où ils briguaient une troisième Palme d’or, les frères Dardenne livrent un récit choral bouleversant, avec une mise en scène qui, malgré son naturalisme cru, n’est pas exempte de douceur. Le film jette un regard tendre sur ses personnages de mères adolescentes coincées entre passé traumatique, déterminisme social et familial. Du pur Dardenne. 

Cannes 2025: Part 5

Cinéma|

Par Ph.D

Comme souvent (presque toujours, en fait) c’est dans les derniers jours du Festival qu’apparaissent enfin les films le plus facilement palmables. Avec ses faux airs de Brokeback Mountain et son casting aux petits oignons, History of Sound d’Oliver Hermanus (Queer Palm 2011 pour Beauty) ferait une belle Palme classique. On y suit deux musicologues des années 20 (Josh O’ Connor et Paul Mescal) dans leur périple à travers les montagnes états-uniennes pour y enregistrer sur des rouleaux de cire des chansons appartenant au folklore local. Ils se sont rencontrés au conservatoire, se sont aimés et se retrouvent après que l’un d’eux soit revenu de la guerre. Leur mission accomplie, ils se séparent à nouveau… Et vont le regretter le reste de leur vie !  Une réalisation léchée pour un superbe mélo qui pourrait valoir à son auteur une deuxième Queer Palm à défaut de la vraie.

Dans Valeur Sentimentale, Joachim Trier retrouve Renate Reinsve dont il avait fait sa Julie (en douze chapitres). Elle joue, cette fois,  une comédienne de théâtre traqueuse que son père (Stellan Skarsgaard) réalisateur de cinéma un peu has been,  voudrait faire tourner dans son prochain film autobiographique. Mais la jeune femme en a gros sur la patate depuis le divorce de ses parents et la mort de sa mère et ne veut plus entendre parler de ce père qui ne s’intéresse à elle et sa soeur (Inga Ibsdotter Lilleaas) que quand il en a besoin. S’engage alors, entre eux, un jeu de séduction-répulsion qui va raviver les blessures familiales. Du cinéma meta qui devrait plaire au jury Cannois,  avec un double prix d’interprétation féminine qui ne serait pas volé pour Renate Reinsve et la révélation Inga Ibsdotter Lilleaas.

 

 La Venue de l’avenir

Cinéma|

Par J.V

Le Pitch

Une trentaine de personnes issues d’une même famille apprennent qu’ils vont recevoir en héritage une maison abandonnée depuis des années. Quatre d’entre eux, Seb, Abdel, Céline et Guy sont chargés d’en faire l’état des lieux. Ces lointains « cousins » vont alors découvrir des trésors cachés dans cette vieille maison. Ils vont se retrouver sur les traces d’une mystérieuse Adèle qui a quitté sa Normandie natale, à 20 ans. Cette Adèle se retrouve à Paris en 1895, au moment où cette ville est en pleine révolution industrielle et culturelle…

Ce qu’on en pense

Pour sa première sélection officielle à Cannes (hors compétition, il ne faut rien exagérer), Cedric Klapish livre une nouvelle comédie chorale dont il a le secret sur le voyage introspectif de quatre cousins dans leur généalogie. A la manière de Midnight in Paris,  le film orchestre un face à face entre  deux époques (2025 et 1895) qui va leur faire découvrir ce moment si particulier de la fin du 19e siècle, où la photographie s’inventait et l’impressionnisme naissait. Enlevé et charmant, avec un casting génial (Julia Piaton, Vincent Macaigne, Suzanne Lindon, Zinedine Soualem, Sara Giraudeau…), le film est un pur bonheur.  

Cannes 2025: Part 4

Cinéma|

Par Ph.D

Titane n’était donc pas un accident :  avec Alpha, Julia Ducournau confirme qu’elle est la cinéaste française à fuir. Même la merveilleuse Golshifteh Farahani ne parvient pas à sauver cette pseudo fable horrifique sur les ravages du  sida et de la drogue. Depuis les premiers Gaspar Noe, on n’avait pas vu plus obscène, ni plus vain. Dire que Tahar Rahim a dû s’affamer et perdre un os pour tourner cette bouse… Palme d’horreur en vue ! 

Avec Les Aigles de la République Tarik Saleh termine en beauté sa « trilogie du Caire« . L’histoire de cet acteur iconique du cinéma égyptien (Fares Fares) contraint de tourner le biopic du président-dictateur et embarqué malgré lui dans un  complot politique,  est d ‘autant plus effrayante qu’elle est on ne peut plus réaliste. Prix d’interprétation possible pour Fares Fares.  

Après Limonov, Kirill Serebrennikov n’a pas eu les honneurs de la compétition cette année pour La Disparition de Josef Mengele. Cette adaptation étonnamment sobre du roman éponyme d’Olivier Guez  aurait pourtant largement mérité d’y figurer. On y suit, de sa fuite en Argentine à sa mort au Brésil à la fin des années 70, la cavale du médecin-chef d’Auschwitz, confronté aux questions de son fils, venu lui rendre visite dans sa planque miteuse de Sao Paulo à la fin de sa vie. Le film peut se voir comme un prolongement inattendu à La Zone d’interêt.

 

Cannes 2025: Part 3

Cinéma|

Par Ph.D

Chouchou des sélectionneurs, Wes Anderson a fait le beau, cette année encore, sur les marches avec le plus beau casting de l’édition : Benicio del Toro, Tom Hanks, Michael Cera, Bryan Cranston, Bill Murray, Scarlett Johansson, Benedict Cumberbach, Rupert Friend et les frenchies Mathieu Amalric et Charlotte Gainsbourg.  Tous au service d’une nouvelle comédie formaliste dont Anderson a le secret,  autour d’un milliardaire (Benicio del Toro) sujet aux attentats à la bombe et de sa nombreuse et turbulente famille. On a bien aimé (sans plus) mais, comme d’habitude, il faudra revoir The Phoenician Scheme pour en apprécier les subtilités.

Grosse souffrance ensuite devant le nouveau film de Lynne Ramsay Die my Love. Un drame sur la dépression post-partum,  avec Jennifer Lawrence et Robert Pattinson en jeunes parents venus s’installer dans la maison décrépie d’un oncle suicidé au fin fond du sud des Etats-Unis. On sait comment ça va finir au bout de 20 minutes et les 90 suivantes sont longues à mourir. Un prix d’interprétation pour Jennifer Lawrence n’est toutefois pas à exclure.

Après ça, le film de Richard Linklater, Nouvelle Vague, a fourni une jolie récréation aux festivaliers. On y assiste, comme si on y était,  au tournage d’A bout de souffle avec une bande d’acteurs formidables dans les rôles de Godard, Seberg, Belmondo et cie. Il y a dans cet hommage à La Nouvelle vague tout ce qui manque dans la plupart des films de la compétition: le génie,  la fraîcheur , l’humour,  la jeunesse, l’insolence… De quoi redonner foi en le cinéma. 

 

Cannes 2025: Part 2

Cinéma|

Par Ph.D

A défaut de claque,  on a pris une grosse baff(l)e avec le film espagnol d’Oliver Laxe,  Sirat. L’épopée lamentable d’une bande de teufeurs éclopés et d’un père à la recherche de sa fille (Sergi Lopez) dans le désert marocain. Certains y ont vu une allégorie de l’occident confronté à la dureté du reste du monde. On y a surtout vu un possible prix de la  mise en scène : entre Zabriskie Point, Sorcerer,  Easy Rider  et Mad Max Fury Road, le film (dont on ne peut, hélas,  rien raconter d’autre que le pitch) prend aux tripes, sur fond de hard techno tribale.  Eprouvant mais mémorable.

Les deux films suivants nous ont ramené au bon temps du Covid et des gilets jaunes. Eddington d’Ari Aster est un polar western à la frères Coen, (en plus méchant) avec un casting d’enfer (Joaquin Phoenix, Emma Stone, Pedro Pascal, Austin Butler…). On y suit la campagne électorale d’un shérif du Nouveau Mexique débile (Joaquin Phoenix) qui se présente contre le maire sortant (Pedro Pascal) parce qu’il est jadis sorti avec sa femme (Emma Stone). Ça se passe en pleine épidémie de Covid, à la fin du premier mandat Trump,  dans une Amérique totalement déboussolée, où le complotisme et la violence règnent en maîtres. Magistralement mis en scène et assez jouissif :  un sérieux candidat à la Palme.

Par contre,  on se demande ce que le nouveau film de Dominik Moll (qui nous a habitués à mieux) vient faire en compétition. On y suit, dans le détail, l’enquête minutieuse de Lea Drucker en flic de la police des polices sur une bavure commise pendant une manifestation des gilets jaunes sur les Champs Elysées. Difficile de reconnaître la patte du réalisateur d’Harry, un ami qui vous veut du bien,  de Lemming et de La Nuit du 12 dans ce gros téléfilm-dossier au sujet périmé.

 

Cannes 2025: Part 1

Cinéma|

Par Ph.D

Il nous avait semblé, en découvrant le programme de Cannes 2025, qu’Hollywood se ferait « plus discret » cette année sur la Croisette. Ça ne s’est pas du tout vérifié à l’ouverture, où se pressait le gratin du cinéma américain. Même Tom Cruise est arrivé avec un jour d’avanceQuentin Tarantino a déclaré la 78e édition ouverte en hurlant de tous ses poumons et Leonardo DiCaprio a rendu un bel hommage à Robert de Niro qui recevait une Palme d’Honneur, oh combien méritée. La cérémonie d’ouverture,  animée avec classe par Laurent Laffite,  a été l’occasion pour Juliette Binoche et Robert de Niro de tenir des discours engagés sur l’état du monde et de la démocratie, avant que Mylene Farmer n’entonne une chanson hommage à David Lynch,  qu’elle a semble-t-il bien connu. Et c’est en chansons que s’est poursuivie la soirée avec la projection de Partir un  jour, la mignonne romance musicale d’Amélie Bonnin présentée hors compétition (lire la critique ici)

Après cette douce récréation, et le passage de la tornade Tom Cruise/Mission Impossible, on est entré dans le dur avec les deux premiers films de la compétition. Sound of Falling, de l’allemande Mascha Shilinski est une vaste fresque poetico-doloriste sur la condition des femmes au XXe siècle en Allemagne de l’est. Une réalisation superbe et onirique, entre Malick et Tarkovski, qui a perdu pas mal de festivaliers mais a séduit les plus cinéphiles.

Avec Deux procureurs, l’Ukrainien Sergei Loznitsa fait un retour remarqué à la fiction. Son film sur les purges staliniennes est brutal comme une porte de prison qui se ferme. Du cinéma politique à l’os, qui pourrait rappeler les premiers films de Costa Gavras. L’Aveu en particulier…