Cinéma

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Fainéant.es

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Le Pitch

Nina (Faddo Jullian) et Djoul (.jU), copines inséparables, sont expulsées de leur squat. Elles reprennent alors la route à bord de leur vieux camion avec une soif de liberté et une seule obsession : faire la fête. Rencontres impromptues, travail saisonnier, concerts, joyeuses subversions, quelques galères, mais surtout beaucoup d’aventures rythment désormais la vie nomade de ces deux amies…

Ce qu’on en pense 

Après Revivre, dans lequel on suivait l’attente des parents de deux bébés devant subir une greffe nécéssaire à leur survie, Karim Dridi quitte l’hôpital pour s’attacher au pas  de deux « marginales » quadragénaires en quête d’un meilleur avenir,  pour un docu-fiction ancré dans le réel et interprété par des comédiens amateurs. Malgré quelques longueurs et certaines  faiblesses dans l’interprétation, on s’attache à ces personnalités « hors normes ».

Greenhouse

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Par J.V

Le pitch

Aide-soignante à domicile, Moon-Jung (Seo-Hyeong Kim), s’occupe avec bienveillance d’un vieil homme aveugle (Jae-sung Yang) et de sa femme. Mais quand un accident brutal les sépare, tout accuse Moon-Jung. Elle se retrouve à devoir prendre une décision intenable…

Ce qu’on  en pense

La solitude et le manque d’amour dans la société contemporaine sont au coeur de ce drame psychologique coréen auquel la réalisatrice Seo-Hyeong Kim parvient à insuffler une tension de thriller. Le portrait, tout en nuance, d’une femme d’âge mur qui bascule dans le crime et la folie.  Lancinant et sombre, mais tenu de bout en bout.

La Belle de Gaza

Cinéma|

Par J.V

Le Pitch

Yolande Zauberman part à Tel-Aviv dans l’espoir de trouver « La Belle de Gaza », qui, selon ce que l’on raconte, aurait quitté la Palestine pour devenir transsexuelle, à Tel Aviv…

Ce qu’on en pense

Tourné avant les massacres du 7 octobre et l’offensive israëlienne dans la bande de Gaza, ce documentaire de Yolande Zauberman a tout de même eu les honneurs d’une  « séance spéciale » à Cannes 2024, car il aborde le conflit israélo-palestinien sous un angle original : celui de la condition des femmes transgenres. A partir de l’histoire d’une femme  qui aurait  opéré sa transition en allant de  Gaza à Tel Aviv à pied , la réalisatrice enquête et enchaîne les entretiens.  Légende urbaine ou  réalité ? Peut importe au fond. Le but étant de comprendre et de faire comprendre ce que ces femmes vivent au quotidien dans un pays toujours en guerre.

Cannes 2024: Le Palmarès

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Par Ph.D

Francis Ford Coppola remettant sa palme d’or d’honneur à George Lucas, c’est l’image que l’on retiendra de la cérémonie de cloture de Cannes 2024. Deux géants du cinéma américain réunis pour une édition où le cinéma américain a particulièrement brillé. En témoigne la palme d’or décernée à Sean Baker pour Anora, une comédie noire qu’auraient pu signer les frères Coen ou les frères Safdie (lire ici). C’était un de nos films préférés de la sélection, avec une actrice épatante, Mikey Madison, qui aurait pu décrocher le prix d’interprétation féminine si la palme n’était pas exclusive de toute autre récompense. On est ravi qu’il ait été attribué au cast féminin d’Emilia Perez, avec lequel Jacques Audiard rafle aussi le prix du Jury. Il y avait peu de rôles masculins marquants dans cette édition aussi ne s’offusque-t-on pas de Jesse Plemons, découverte de la série Fargo, l’emporte pour le film de Yorgos Lanthimos,  Kinds of Kindness. Favori de dernière minute pour la Palme avec Les graines du figuier sauvage, l’iranien Mohammad Rasoulof doit se contenter d’un Prix spécial, comme si le palmarès avait été établi avant la projection de son film. On regrette aussi l’absence de FF Coppola et de Christophe Honoré dont le Marcello Mio nous a charmé. On lui aurait bien volontiers décerné le prix du scénario qui aurait été plus mérité que celui accordé à l’atroce The Substance, un film d’horreur de pure mise en scène à l’histoire idiote. Côté réalisation, le jury de Greta Gerwig lui a pourtant préféré le Grand Tour de Miguel Gomes. On ne saurait lui donner tort. Quel bon goût !

 

Cannes 2024: Part 6

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Par Philippe Dupuy

Il a fallu attendre le dernier jour pour que la compétition prenne un peu de « substance »,  avec l’entrée en lice de Michel Hazanavicius  (La plus précieuse des marchandises) et, surtout, de l’iranien Mohammad Rasoulov avec La Graine du figuier sacré. Le premier est une adaptation animée du conte éponyme de Jean-Claude Grumberg sur la Shoah. L’histoire d’un bébé laissé sur les rails par son père au moment de monter dans le train de déportation et recueilli par une famille de bucherons. Dans le conte, la Shoah n’est jamais nommée. Dans le film, à la direction artistique très vintage, les camps sont montrés. L’option divise, mais le résultat est probant. L’émotion, si souvent absente des films en compétition, est au rendez-vous. Arrivé d’Iran quasiment à pied (il s’est enfui après avoir été condamné à 8 ans de prison et à la flagellation), Mohammed Rasoulov a frappé un grand coup avec La Graine du figuier sacré , qui mélange documentaire et fiction autour du mouvement Femmes Vie Liberté. Le film met en scène la famille d’un juge dont les filles défendent le mouvement alors qu’il est lui -même commis à condamner ses partisans. Avec ce drame familial poignant et d’une actualité brulante, le réalisateur d’Un Homme intègre et de Le Diable n’existe pas s’impose, au finish, comme le meilleur prétendant à la Palme d’or.

Avant cela,  on aurait plutôt parié sur la réalisatrice indienne Payal Kapadia dont le premier film, All We Imagine As Light , est une petite merveille de sensibilité. L’histoire de trois femmes de trois générations différentes qui travaillent dans le même hôpital de Bombay et doivent composer avec la pauvreté, le mal logement et la dureté de la condition féminine en Inde. Un pays que la réalisatrice filme admirablement. L’actrice principale, Kani Kusruti,  mériterait un prix d’interprétation mais les candidates sont nombreuses. Dans cette sélection décidément très francophile, Gilles Lellouche avait réuni le casting le plus avantageux. A part Pierre Niney (qui avait un blockbuster « Qualité France » à tourner avec  Le Comte de Monte Cristo),  tout ce qui compte dans le jeune cinéma français est à l’affiche de L’Amour Ouf. A commencer par Adèle Exarchopoulos et François Civil qui forment le couple maudit de cette vaste fresque amoureuse de 2h20,  surchargée comme une mini série de TF1. Succès public prévisible en salles, mais sélection risquée en compétition : le film obtient la plus basse note au palmarès de la presse internationale. N’est pas Jacques Audiard qui veut.  Heureusement, la master class de George Lucas a mobilisé la critique festivalière et l’a empéchée de s’acharner sur le film. Le père de Star Wars recevra une palme d’honneur lors de la cérémonie de cloture, où Emilia Perez reste notre favori.

 

 

Cannes 2024: Part 5

Cinéma|

Par Philippe Dupuy

Quel beau film d’ouverture (ou de cloture) aurait pu faire Marcello mio , le nouveau film de Christophe HonoréPour la compétition par contre, c’est un peu léger. La fin, surtout (lire la critique ici) . Pour rester dans l’ambiance ritale,  rien de tel qu’un petit tour sur la côte Amalfienne avec Parthenope , la divine héroïne du nouveau Paolo Sorrentino. La beauté de son interprête (Celeste Dalla Porta) n’a d’égale que celle de la baie de Naples, ville natale du réalisateur qui lui rend un hommage énamouré et quasi publicitaire. L’office du tourisme local va devoir embaucher pour faire face à l’afflux de réservations… Eviter, par contre, le Motel Destino de Karim Ainouz : les voisins de chambre font décidément trop de bruit ! C’est comme ça qu’on baise au Brésil ? Sinon,  rien de nouveau sous le soleil du nordeste : que ce vague polar, même pas moite, se retrouve en compétition en dit long sur la faiblesse de la sélection 2024. Les derniers films défilent et la palme dort toujours avec Emilia Perez. Il ne reste plus beaucoup de prétendants pour la réveiller. Sean Baker peut-être ? Anora est, en tout cas, le film qu’on aura le plus envie de revoir en salles. L’histoire d’une go-go danseuse futée (Mikey Madison, nouvelle candidate au prix féminin) qui se marie à Las Vegas avec le fils fêtard d’un richissime oligarque Russe. Bingo !  Mais quand la famille débarque de Moscou avec ses gros bras pour exiger le divorce, ça chauffe pour la donzelle…  Rien de particulièrement transcendant dans ce Pretty Woman Tarantinesque, mais un bon film tout simple de temps en temps, ça fait du bien.

 

Cannes 2024: Part 4

Cinéma|

Par Philippe Dupuy

Avec The Substance, film en anglais de la réalisatrice française Coralie Fargeat (Revenge), les sélectionneurs Cannois ont trouvé de quoi assouvir leur nouvelle lubie pour le « film de genre ». Jadis,  ils assommaient les festivaliers avec de grands films historiques russes ou chinois,  dont la critique disait qu’ils étaient « beaux mais chiants« . Désormais,  place aux « films concepts«  de pure mise en scène, si possible futuristes et sanguinolants. Après Titane (Palme d’or 2021),  The Substance pousse les curseurs à fond. Difficile de faire plus superficiel et sanglant. L’histoire d’une star de télé vieillissante (Demi Moore) qui découvre un programme secret lui permettant de retrouver sa jeunesse… Mais une semaine sur deux seulement ! La semaine suivante,  elle retrouve son enveloppe corporelle habituelle. A condition de respecter le protocole : chaque jour de plus passé dans sa nouvelle identité (en Margaret Qualley) se paie de 10 ou 20 ans de plus dans l’ancienne. Facile de deviner ce qui va se passer dans ce Portrait de Dorian Gray 2.0 à l’esthétique publicitaire qui utilise toutes les ficelles du body horror pour un résultat encore plus navrant que Titane. Tous les espoirs sont donc permis au palmarès !  Censé se passer à Hollywood, le film a été en grande partie tourné sur la Côte d’Azur. C’est peut-être là que se niche son génie: impossible de faire la différence !

Après ça, Les Linceuls, nouveau film de David Cronenberg, auquel Coralie Fargeat a presque tout piqué, fait évidemment pale figure en matière de film concept. Vincent Cassel y joue l’inventeur d’un système de « sépulture connectée ». Une caméra embarquée dans le linceul retransmet en direct sur l’écran digital de la tombe la décomposition du cadavre ! Riche idée, à partir de laquelle Cronenberg brode, avec son talent habituel, un thriller horrifique sur les dangers de l’utra connectivité et de l’intelligence artificielle. Ca pourrait être bien (mieux que son précédent en tout cas),  si ce n’était pas aussi long et bavard.  On ne peut pas en dire autant de Caught by the Tide, le nouveau Jia Zhangke  dont les protagonistes n’ont que quelques lignes de dialogue. Le réalisateur Chinois a utilisé des chutes de ses films précédents ( Les Eternels et Still Life notamment) pour raconter une histoire d’amour ratée sur 40 ans de modernisation de la Chine à marche forcée. On y retrouve ses deux acteurs fétiches (Zhao Tao et Zubin Li) que l’on voit vieillir sans le moindre recours aux effets spéciaux. Ca fait du bien !  Bien que banni des grands festivals occidentaux, le cinéma Russe est présent à Cannes avec le nouveau film du dissident Kirill Serebrennikov sur Edouard Limonov, poète, écrivain et activiste d’extrême droite,  qui soutint l’annexion de la Crimée, envoya ses militants combattre pour la Russie dans le Dombass et mourut avant de pouvoir soutenir la guerre en Ukraine, dont il était originaire. Serebrennikov en fait une sorte d’Amadeus Russe,  dans une reconstitution épatante du New York des années 70-80,  sur fond de reprises de Lou Reed et du Velvet Underground. Brillant sur la forme mais louche sur le fond, Limonov, la ballade offre à Ben Whishaw  (le Q des derniers James Bond) un rôle qui pourrait lui valoir un prix d’interprétation…  Si on n’était pas à Cannes, où ils échoient généralement à des inconnus dont l’Histoire oublie aussitôt les noms .

 

Heroico

Cinéma|

Par J.V

Le pitch

Luis (Santiago Sandoval Carbajal), un jeune homme de 18 ans aux racines indigènes, entre au collège militaire dans l’espoir de s’assurer un meilleur avenir. Là, il se heurte à un système rigide et violent, conçu pour faire de lui un parfait soldat…

Ce qu’on en pense

Prenant d’abord la forme d’un docu fiction, ce film Mexicain signé David Zonana rappelle la première partie de Full Metal Jacket, dans laquelle Stanley Kubrick décrivait la formation d’une machine à tuer dans un camp d’entrainement militaire. Le film prend ensuite une tournure plus psychologique,  pour finir par verser dans la folie et le fantastique. Un traitement de  choc pour dénoncer la culture de la violence dans la société mexicaine.

Colocs de choc

Cinéma|

Par J.V

Le pitch

Manon (Fantine Harduin), une adolescente introvertie de 16 ans, se voit obligée de cohabiter avec sa grand-mère Yvonne (Hélène Vincent), ex-militante féministe atteinte de la maladie d’Alzheimer. La situation se corse quand Yvonne commence à prendre Manon pour sa fille. Contre toute attente, Manon entre dans les délires d’Yvonne et rejoue le rôle de sa mère qu’elle n’a presque pas connue…

Ce qu’on en pense

Un premier long métrage sensible, signé Élodie Lélu, sur les rapports mère-fille, la maladie et la mémoire,  avec un beau trio de comédiens composé d’Hélène Vincent, Olivier Gourmet et Fantine Harduin. Le duo Hélène Vincent/Fantine Harduin fonctionne à merveille et leurs personnages sont très attachants. Dommage que la réalisation soit si scolaire et le scénario plus propice à un court métrage qu’à un long.

Furiosa

Cinéma|

Par J.V

Le pitch

Dans un monde en déclin, la jeune Furiosa (Alya Browne / Anya Taylor-Joy) est arrachée à la Terre Verte et capturée par une horde de motards dirigée par le redoutable Dementus (Chris Hemsworth). Alors qu’elle tente de survivre à la Désolation, à Immortan Joe (Lachy Hulme) et de retrouver le chemin de chez elle, Furiosa n’a qu’une seule obsession : la vengeance.

Ce qu’on en pense

Neuf ans (déjà !) après le carton Fury Road, George Miller était de retour à Cannes pour présenter en avant première mondiale ce nouveau volet de la saga Mad Max.  Un  Mad Max  sans Mad Max,  puisque centré sur le personnage de Furiosa, découvert dans Fury Road sous les traits de Charlize Theron, ici remplacée par la délicieuse Anya Taylor-Joy (Le Jeu de la dame).  Le film reprend tous les codes de la franchise pour un résultat hautement réjouissant, à la mise en scène vertigineuse. L’affrontement entre Anya Taylor-Joy et Chris Hemsworth (Thor), tout en décontraction, tient ses promesses et les cascades sont toujours aussi spectaculaires. Les fans de Fury Road seront comblés. Les allergiques aux bastons et aux poursuites interminables peuvent zapper.

Marcello Mio

Cinéma|

Par J.V

Le pitch

C’est l’histoire d’une femme qui s’appelle Chiara (Chiara Mastroianni).  Elle est actrice, elle est la fille de Marcello Mastroianni et Catherine Deneuve et le temps d’un été, chahutée dans sa propre vie, elle se raconte qu’elle devrait plutôt vivre la vie de son père.  Elle s’habille désormais comme lui, parle comme lui, respire comme lui et elle le fait avec une telle force qu’autour d’elle, les autres finissent par y croire et se mettent à l’appeler « Marcello »…

Ce qu’on en pense

En compétition à Cannes 2024, Christophe Honoré dévoile un projet d’une folle originalité, embarquant avec lui la famille, la mythologie et l’univers cinématographique des monstres sacrés que sont Catherine Deneuve et Marcello Mastroianni. Son actrice fétiche, Chiara Mastroianni , fille de Marcello et Catherine, se coule avec un grand naturel dans le rôle de son père (ou du moins de son père joué par elle) et son entourage réagit à la transformation: Deneuve d’abord hostile à l’idée, Benjamin Biolay son ex compagnon, Nicole Garcia et Fabrice Luchini, amis bien intentionnés… Ce faisant Honoré recrée une sorte de Dolce Vita parisienne, se laissant aller à son penchant pour la fantaisie, la poésie et le crépusculaire. Charmant.

Cannes 2024: Part 3

Cinéma|

Par Philippe Dupuy

Et si, à mi-Festival, Jacques Audiard avait déjà plié le game ? Emilia Perez , son nouveau film,  coche toutes les cases d’une belle deuxième Palme d’or : sujet original (un narcotrafiquant qui veut changer de sexe),  traitement qui ne l’est pas moins (avec des passages chantés !), casting sensationnel (Zoe Saldana première candidate au prix d’interprétation et la révélation Karla Sofia Gascon en narco transgenre),  superbe mise en scène, BO géniale (Camille reviens, tout est pardonné)  et ventes à l’international assurées. Il va falloir se lever tôt pour faire mieux.  D’autant que la concurrence n’est pas trés affutée cette année. Lanthimos et Paul Schrader ont déçu avec Kinds of Kindness et Oh, Canada. Le premier est un film à sketches en trois parties et ne brille que par sa cruauté et son casting (Emma Stone, Jesse Plemons, Willem Dafoe, Margaret Qualey). Le second est une adaptation de Russel Banks qui sent le sapin, avec Richard Gere en cinéaste culte en fin de vie,  qui avoue face caméra toutes ses lâchetés à d’anciens étudiants venus le filmer pour un documentaire sur sa vie. Brouillon, dépassé et finalement assez ennuyeux. Sinon, on a bien ri à Un Certain Regard devant Rumours. Une satyre politique saignante du G7 avec Cate Blanchett en chancelière allemande tracassée du radada et Denis Menochet en président français pompeux. Quelque chose entre Ruben Oslund, la série Parlement et le film de zombies !

 

Cannes 2024: Part 2

Cinéma|

Par Philippe Dupuy

Il y a, cette année au Festival, un espace réservé aux films en réalité virtuelle, qui feront l’objet d’un palmares séparé. L’expérience, entre jeu vidéo et trip aux champignons hallucinogènes mexicains,  est assez étonnante et légèrement perturbante. Au point qu’on a cru s’être trompé de porte en assistant à la projection de Megalopolis, le nouveau film de Francis Ford Coppola, de retour en compétition  un demi siècle après Apocalypse Now et Conversation secrète. Comme son titre le laisse présager, Megalopolis est un  peplum retro futruriste totalement barré. On n’y a rien compris,  à part l’intention de départ : tracer un parallèle entre l’état de l’Amérique contemporaine et la chute de l’Empire romain. C’est long (2h18), verbeux (plus de citations que dans un film de JL Godard) , totalement dépourvu d’humour, d’une ambition démesurée et d’une naiveté confondante. Côté direction artitique, ça hésite entre Batman, Les Ailes du désir, Le Mécano de la Générale, Babylon et la pub Dior j’adore. Côté box office,  ce sera surement une catastrophe industrielle.  Mais c’est probablement le dernier geste fou d’un artiste qui a fait tapis (100 millions de budget autoproduit)  pour donner corps à une vision qu’il porte depuis plus de 40 ans. Cela mérite bien que l’on s’y ennuie un peu…

On n’en dira pas autant de Furiosa le nouveau Mad Max de George Miller  qui reproduit consciencieusement la recette du précédent. Tout le monde avait adoré Fury Road… Sauf nous ! Malgré plusieurs tentatives, on n’est jamais arrivé au bout.  Même motif, même punition pour Furiosa qui sera, n’en doutons pas, le blockbuster de l’été.  Dans le genre vociférant, on a largement préféré  City of Darkness, un film de baston (mais pas que) Hong Kongais de Soi Cheang,  présenté en séance de minuit. Là encore,  on a cru s’être trompé de porte avec le festival immersif : bienvenue dans les bas fonds de Kowloon,  où on trace sa route à la faucille et au marteau. Et bonjour la symbolique,  puisque l’action se passe au moment  de la rétrocession à la Chine… Les décors et les scènes de combats sont hallucinants. A côté de tout ça, évidemment, Diamant Brut, le premier film français en compétition fait figure de cousin de province génant.  Ou plutôt de cousine, puisqu’on y suit les efforts désespérés d’une cagole de Fréjus ( Malou Khebizi très convainquante dans le rôle) pour se faire enroler dans le prochain casting de l’Ile de la tentation ou d’une télé réalité du même acabit. Une sorte de « Rosetta djadja« ,  pathétique et totalement inintéressant (sauf d’un point de vue anthropologique), avec un festival de mauvais accents marseillais et de scènes mal jouées. Au Certain Regard,  Les Damnés, film italien de Roberto Minervini, nous refait le coup du Désert des tartares, transposé pendant la guerre de sécession, avec des soldats bleus qui marchent interminablement derrière un charriot,  dans les plaines désolées du far west,  en attendant de rencontrer l’Ennemi. A la fin, c’est le festivalier qui a l’impression d’être damné. 

 

Cannes 2024: cinéma de la plage

Cinéma|

Par la rédaction

«Gratuit et ouvert à tous, sans invitation ni accréditation, le cinéma de la plage est le lien idéal entre ce qui se passe dans le Palais, les Cannois et les visiteurs », a coutume de dire Thierry Frémaux. Et il a bien raison : le Cinéma de la plage c’est «the place to be», le soir à Cannes quand on n’est pas accrédité… et parfois même quand on l’est ! Au programme de cette édition :

Mardi 14 mai : Trainspotting de Danny Boyle

Mercredi 15 mai : Moi Aussi de Judith Godreche et  Silex and the City  de Jul

Jeudi 16 mai : My Way de Lisa Azuelos et Thierry Teston

Vendredi 17 mai :  After Hours de Martin Scorsese

Samedi 18 mai : Transmititzvah  de Daniel Burman

Dimanche 19 mai : Indigènes de Rachid Bouchareb

Lundi 20 mai : Les contes de Terremer  de Goro Miyazaki et Porco Rosso  de Hayaao Miyazaki

Mardi 21 mai : Exils de Tony Gatlif

Mercredi 22 mai : Slocum et moi  de Jean-François Laguionie

Jeudi 23 mai : Opération Condor de Jackie Chan

Vendredi 24 mai : Nueve Reinas de Fabian Bielinsky

Samedi 25 mai : Phantom of Paradise  de Brian de Palma

 

 

Cannes 2024: Part 1

Cinéma|

Par Philippe Dupuy

Le 77e festival de Cannes s’est ouvert par la plus belle cérémonie qu’il nous ait été donné de voir depuis des lustres au grand auditorium Lumière, avec une Camille Cottin, très classe en maîtresse de cérémonie, un hommage parfait à la présidente du jury Greta Gerwig par Zaho de Sagazan ( reprenant la fameuse scène de Frances Ha dans laquelle elle danse sur Modern Love de David Bowie) et une palme d’or d’honneur remise à Meryl Streep par Juliette Binoche, encore plus émue que la récipiendaire. 35 ans après son prix d’interprétation, l’actriçe américaine qui n’était pas revenue a Cannes depuis Un Cri dans la nuit,  a apprécié sa standing ovation et noté plaisamment que « La vie est courte… Plus que mes discours qui sont toujours trop longs ! ». Ce n’est pas du tout l’avis des festivaliers,  ressortis totalement charmés de sa « Conversation » du lendemain à Debussy.

Deuxième acte, le nouveau film du serial director Quentin Dupieux a parfaitement fait son office d’ouverture en balayant tous les sujets sensibles du moment d’un grand éclat de rire surréaliste (lire la critique). En ouverture de la Semaine de la critique, on a découvert le travail de Jonathan Millet,  qui signe avec Les Fantomes un thriller très réaliste sur la traque de bourreaux syriens par leurs victimes à travers l’Europe. Un talent prometteur ! Pas comme Magnus Van Horn, en compétition avec  La Fille à l’aiguille.  Le Suédois nous a saoulés d’entrée avec ce gros pudding bien misérabiliste sur une serial tueuse de nourrissons au 19e siècle. Ce n’est pas parce qu’on a vu les films de Dreyer ou de Todd Browning et qu’on tourne en noir et blanc que cela produit forcément un chef-d’oeuvre. On passe de la Suède du 19e à l’Islande du 21e siècle pour l’ouverture d’Un Certain Regard avec Ljosbrot (When the Light Breaks), un très joli film de Junar Junarsson sur la jeunesse, le deuil et les caprices du destin,  avec une actrice épatante (Elin Hall) et quelques-uns des plus beaux plans de ce début de Festival.