Pour son retour annoncé, après 4 ans d’absence , IAM aurait pu se contenter de célébrer , comme c’était prévu, les 20 ans de son opus majeur, L’Ecole Du Micro d’Argent, avec un concert parisien et une tournée française. Mais contrairement à d’autres (suivez notre regard), les Marseillais ont encore des choses à dire et pas seulement en live. Ils le prouvent avec les 19 titres de Rêvolution (avec accent circonflexe indiquant la contraction entre rêve et révolution), leur huitième album. Bien que d’une totale orthodoxie musicale (le quintet reste fidèle au son East Coast qui a fait son succès) , Rêvolution est aussi d’une grande modernité, avec des instrus abrasifs dignes des meilleures productions US et des textes branchés sur l’actu, qui parlent à tous, jeunes et moins jeunes. Si l’on peut parler de maturité en rap, ce disque en est l’exemple. Il prouve que, comme le rock, le rap a réussi son passage à l’âge adulte. Et qu’il vieillit bien ! Rêvolution est sans doute le meilleur album d’IAM depuis L’Ecole du Micro d’Argent. On a hâte d’écouter les meilleurs titres ( « Monnaie de singe » , « Bad Karma », « Grands rêves grandes boites », « Depuis Longtemps », « Ils ne savent pas »… liste provisoire et non exhaustive) avec ceux de L’Ecole, en live le 14 novembre à Nikaia Nice.
IAM
Rêvolution
(Universal)
Golden Boy
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Par Ph.D
C’est l’histoire d’un Rastignac des affaires qui débarque dans une ville du sud et s’empare du club de foot, L’Olympique, dont il se sert comme tremplin politique. Autour de lui, le marigot local s’agite : vieux briscards de la politique, truands, journalistes en quête de reconnaissance, policiers à l’affut, procureurs ambitieux, femmes de pouvoir… Comme il est joliment écrit en postface : « Si tous les personnages sont fictifs, il n’est pas toujours possible ni nécessaire d’éviter toute ressemblance« . On croit, effectivement, reconnaitre la plupart des protagonistes. D’autant que l’auteur, ancien journaliste sportif, a longtemps fréquenté les milieux qu’il décrit. Sa plume est restée alerte et ancrée dans la réalité. Avec une matière similaire, certains ont échafaudé des séries, dont les titres reviennent en mémoire (Marseille, La Fièvre…). André Baudin a l’élégance de faire court: 150 pages et tout est dit. Du coup, le bouquin se dévore comme une (bonne) nouvelle.

Pauline Clavière : Spécimen
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Par MAB
Voilà un livre étrange dont on se demande sans cesse s’il est formellement brillant ou fabriqué à coups de procédés alambiqués, si son propos est sincère ou opportuniste, à l’heure où une loi tente de protéger les très jeunes enfants de prédateurs sexuels de plus en plus jeunes. A la lecture, on ne peut que recommander ce Spécimen, roman tout à fait hors norme qui devrait parler, sans violence ni excès, aux parents, enseignants et éducateurs tant il interroge avec finesse les zones grises et démons de notre société. Tout se passe dans un Marseille à la fois banal et inquiétant . Une écrivaine, la narratrice, reçoit de Mina, la nourrice à qui elle confie son enfant, un mystérieux cahier. Celui-ci a été écrit par Rafael. 16 ans, le fils de Mina, parti sans raison du domicile. Sa lecture est tellement bouleversante que, chez la narratrice, les souvenirs refont surface : qu’est devenue son amie d’enfance, disparue vingt-cinq ans auparavant ? Pauline Clavière tresse ainsi trois fils : la narration et les interrogations de celle qui s’exprime à la première personne, les extraits du cahier et les auditions de Mina puis de Rafael. C’est, comme on l’a dit plus haut, un peu déroutant pour le lecteur, jusqu’à ce que se dessine peu à peu le parcours de l’adolescent, le « spécimen » du titre, que sa mère s’efforce de protéger, à tort ou à raison, dans une tension morale constante. Est-ce un roman sur un sujet sensible, une enquête sociologique, documents annexes à l appui; une exploration psychologique des relations humaines complexes ou un thriller que propose, ainsi, la journaliste Pauline Clavière ? Sans doute tout cela à la fois. Ajoutez-y un récit captivant, dont la chute laisse durablement troublé et vous comprendrez pourquoi ce « Spécimen » terriblement d’actualité est en cours d’adaptation pour l écran.
Laurine Roux en colère
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Par MAB
La première page de « Trois fois la colère » ouverte, plus d’échappatoire! Nous voilà engagés, par secousses parfois horrifiantes, au cœur d’un Moyen-Âge de chair, de feu et de sang. Attachés à poursuivre, sur les sentiers forestiers des Hautes-Alpes, trois générations de vengeresses. Mère, fille et petite fille, aussi belles, fortes et sensuelles que cette nature mystérieuse et généreuse qui les nourrit et les protège. C’est sûr, Laurine Roux a su trouver les mots pour que l’on y soit et que l’on y croit ! Mêlant au vieux français, des expressions contemporaines. Sachant entourer l’extrême dureté de ces temps obscurs, d’une poésie au lyrisme flamboyant. Traquant l’ invincible humanité sous l’extrême barbarie, elle offre, ainsi, une fable gothique à nulle autre pareille. D’un réalisme, d’une intensité et au fond d’une intemporalité qui hantent longtemps la mémoire. On songe, par moment, à l’inoubliable « Jours de colère » de Sylvie Germain ou, plus récemment, à « Madeleine avant l’Aube » de Sandrine Collette. Pour autant, difficile de dévoiler ce récit singulier qui rebondit d’horreurs en belles surprises. Disons juste que tout commence par la fin quand une petite fille tranche la tête du seigneur Hugon le terrible, son grand père, revenu des croisades, rassasié de sang. Ensuite, retour en arrière, à la naissance de triplés issus d’un viol et séparés à la naissance. La suite ne sera que trahisons, meurtres, viols, tortures, bûchers expéditifs, et autres terribles exactions maléfiques et obscurantistes alors qu’au loin s’opère le sac de Constantinople. Trop noir? oui. Certaines pages sont d’une violence inouïe de précisions – hélas – historiques. Mais la langue est magnifique. Elle dit beaucoup de l’humanité. Elle honore surtout la force vitale des femmes et de certains justes en lutte contre le pouvoir mortifère des puissants. Elle donne aussi à espérer par les respirations venues d’un lieu d’amour et de fraternité sur lequel plane l’esprit de François d’Assise. Juste de quoi entrevoir, pour un temps, une paix possible en ce fief de douleur et de misère… Très gros coup de coeur!
Gaspard Koenig : Aqua
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Par MAB
Pas de trace du mot « roman » dans les pages d’ouverture d’« Aqua », la nouvelle œuvre composite de Gaspard Koenig après « Humus ». Tout a l’air tellement vrai. Tellement dans l’humidité et la morosité des temps. Il n’y est question que de pluie diluvienne et de peur de la sécheresse ; de campagnes municipales et de coups bas; de tracasseries administratives et de sigles incompréhensibles ! Tellement vrai qu’il faut fouiller dans la biographie de l’écrivain, sociologue et philosophe, pour réaliser qu’il y parle de ses convictions, de son expérience et qu’au passage il y règle subtilement ses comptes. Pour autant, « Aqua » n’est pas un essai. Ni un traité politique. Même si les personnages, très incarnés, sont autant d’exemples à suivre ou pas. Nous sommes, à nouveau, dans le petit village normand de Saint-Firmin. Vit là une communauté rurale — déjà rencontrée dans « Humus » — qui voit d’un mauvais œil la candidature d’un énarque parisien à la mairie. D’autant que cet ex-enfant du pays se pique de moderniser le réseau d’eau potable. Or, lui qui pensait avoir science, diplômes et pouvoir, ne s’attendait pas à rencontrer Maria, la généreuse et idéaliste tenancière de l’épicerie, farouche protectrice de la source des Anciens. Alors, dans ce « Clochemerle » lancé dans la bataille de l’eau, se croiseront, dans une sarcastique sarabande, un ministre désinvolte ; une naturopathe bouddhiste, ersatz de soignante dans ce désert médical ; un éleveur mélancolique (pléonasme ?) ; une préfète coincée qui défend Cristaline « l’eau préférée des français »; un survivaliste flegmatique et surtout un hydrogéologue anticapitaliste. Bref, entre mythologies normandes, peurs écologiques et bureaucratie sociale, « Aqua » est une lecture qui vient a point. On la conseille à tous et, en particulier, malgré sa longueur et ses quelques exagérations, a tout candidat aux municipales ! Les pages sont ultra-documentées et très instructives. Elles vulgarisent des concepts abscons (il faut s’accrocher parfois) tout en étant romanesques, voire picaresques. Koenig, le touche-à-tout, y poursuit donc, avec talent et humour, l’exploration de notre sociėtė à travers les éléments. On attend les deux suivants.
Tron : Ares
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Par Ph.D
Le pitch
L’étonnante aventure d’un programme hautement sophistiqué du nom de Ares, envoyé du monde numérique au monde réel pour une mission dangereuse qui marquera la première rencontre de l’humanité avec des êtres dotés d’une intelligence artificielle…
Ce qu’on en pense
En 1982, Disney révolutionnait le cinéma avec Tron, premier film à utiliser les images de synthèse générées par ordinateur. Presque trente ans ans plus tard, Tron : L’Héritage (2010) envisageait l’avènement de l’intelligence artificielle sur la musique géniale de Daft Punk. En 2025, c’est Nine Inch Nail (NIN) qui signe la BO de Tron : Ares et le scénario de ce nouvel opus n’appartient déjà presque plus à la Science Fiction. Par contre, visuellement, le film porté par Jared Leto, comme acteur et producteur, est toujours aussi novateur et impressionnant. Un trip sensoriel qui repousse encore une fois les limites. Tron, c’est trop.








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