Rencontre : Steve Cropper

//Rencontre : Steve Cropper

Rencontre : Steve Cropper

 

Par Philippe DUPUY

On ne peut pas dire qu’il occupe démesurément l’espace médiatique. Pourtant Steve Cropper est,  à 79 ans, une légende vivante de la guitare électrique. Pilier du label Stax,   il a signé avec Booker T. and The M.G.’s et les Blues Brothers quelques classiques de la musique populaire. Aussi quand il arrive que Le Colonel (son surnom chez les Brothers)  publie un nouvel album,  on dresse l’oreille. Entregistré pendant le confinement, Fire it Up, son dernier effort, est une petite merveille intemporelle. Du ryhthm’n’blues comme on n’en fait plus,  avec ce toucher de guitare incomparable sur lequel le temps n’a aucune prise. La sortie  de l’album nous a rappelé qu’on avait rencontré le Colonel  en 2017, à l’occasion de la venue des Blues Brothers aux Nuits du Sud de Vence. Voici l’interview qu’il nous avait accordée en arrivant à son hôtel avec le chanteur des Brothers, Bob Paparozzi…

Heureux d’être de retour sur la Côte d’Azur?
Nice est une de nos villes favorites.Ca tombe bien puisque, grâce à l’aéroport, on y passe forcément, où qu’on joue dans le Sud de la France.On a des super-souvenirs à Nice Jazz à Monaco et à Juan.Mais c’est la première fois qu’on se produit aux Nuits du Sud de Vence et on s’en réjouit. Là, on arrive de Norvège et de Pologne.Autant vous dire que quand on nous propose une date en été dans le Sud de la France, on ne dit pas non.Le public français a toujours été super avec nous.Il connaît bien notre musique et chante en chœur les paroles. Il y a un lien spécial. En plus de la bonne bouffe et du vin, cela va sans dire…

Qu’est ce qui fait encore courir les Blues Brothers?
L’amour de la musique et celui des fans nous tiennent ensemble.Les films sont peut-être oubliés, mais la musique des Blues Brothers continue à vivre encore et toujours.

Ca a été dur d’effacer l’étiquette «groupe de cinéma»?
Non, parce qu’on jouait ensemble avant d’être dans le film. Mais c’est vrai qu’au début, les critiques pensaient que c’étaient deux comiques qui s’amusaient à jouer de la musique. Ce que même les fans du film ignorent, c’est que John Belushi était un grand fan de blues, un batteur et un chanteur accompli.Idem pour Dan Aykroyd, qui a une formation musicale solide et joue très bien de l’harmonica. Le film a ressuscité le blues qui était totalement oublié. C’est grâce à lui, qu’il y a des festivals de blues partout aujourd’hui encore.

Pourtant, les Blues Brothers ne jouent pas vraiment du blues…
C’est vrai: on ne joue pas de blues, mais on l’a rendu célèbre.Et populaire! Ce qu’on fait, c’est du rhythm’n’blues.C’est de la musique de danse, pour faire la fête.De la feelgood music.Mais il y a quand même un vrai blues dans notre setlist.

Qu’est ce qui vous a poussé à reformer le groupe en 1988?
Quand John Belushi est mort, on a tout arrêté. C’est Dan Aykroyd qui nous a réunis pour un anniversaire. Après le set, Lou Marini, m’a dit: «Il faut qu’on s’y remette, c’est trop le pied». C’est vrai que c’est bon d’être un Blues Brother.

La légende veut que vous ayiez découvert Otis Redding. En vrai, ça c’est passé comment ? 

J’étais vendeur chez Satellite Records à Memphis pour croûter parce que, comme guitariste, je ne gagnais pas encore ma vie avec mon groupe, Booker T & the MG’s.Ils avaient ouvert un studio d’enregistrement dans l’arrière-boutique et comme j’y passais plus de temps qu’au magasin, la patronne m’y a collé. Un jeune gars du nom d’Otis Redding faisait le forcing pour qu’on l’auditionne, mais on était débordés.C’est Al Jackson, notre batteur, qui l’avait déjà entendu chanter dans un club, qui m’a forcé à l’écouter. Il a suffi qu’Otis ouvre la bouche… Deux secondes après, je fonçais à la console pour que l’ingénieur prépare les bandes. Il a fallu que je coure sur le parking récupérer Duck Dunn, notre bassiste, qui rentrait chez lui. On s’y est mis et, en deux temps trois mouvements, c’était dans la boîte.La chanson s’intitulait «These Arms Of Mine».Elle fait désormais partie de l’Histoire de la musique populaire. Aujourd’hui encore mes disques préférés de la période Stax sont ceux d’Otis Redding. Avec ceux de Booker T & the MG’s, évidemment !

By |avril 23rd, 2021|Categories: ça vient de sortir|0 Comments

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