Par Ph.D
Après quelques années de flirt avec le genre, un retour aux traditions se profile. Après la palme accordée l’an dernier à Une histoire simple de Jafar Panahi, Cannes 2026 se dote à nouveau d’une belle palme d’or engagée, humaniste et en prise avec son temps avec Fjord de Cristian Mungiu. Le film est une parabole sur l’opposition entre l’Est et l’Ouest, le progressisme et le conservatisme. Il raconte l’histoire d’un couple roumain catholique traditionaliste qui s’installe dans une petite ville côtière de Norvège, où son mode de vie (d)étonne. Un soupçon de maltraitance sur l’une de ses cinq enfants suffira à déclencher contre lui les foudres sociales et judiciaires. Faute de preuves, leur procès virera à l’affrontement idéologique. Déjà palmé en 2007 pour 4 mois 3 semaines et 2 jours (sur l’interdiction d’avorter en Roumanie), Mungiu entre dans le club des « doubles palmes » avec ce film parfaitement maitrisé qui renvoie les protagonistes dos à dos et plaide pour le respect de l’autre. C’était notre favori jusqu’à ce que Notre Salut d’Emmanuel Marre, d’une forme plus originale, ne le détrône. Le jury de Park Chan-wook ne l’a heureusement pas oublié en lui accordant le prix du scénario. Une récompense qui pourra sembler purement consolatoire à la presse française, qui en faisait son grand favori.
Le Grand Prix accordé à Minotaure d’Andreï Zviaguintsev a permis au réalisateur Russe d’adresser un message personnel à Vladimir Poutine pour qu’il « stoppe le carnage » en Ukraine. Sous prétexte de drame adultérin, le film montre comment le déclenchement du conflit a secoué en profondeur la société russe et provoqué le départ de nombre de jeunes hommes fuyant la conscription. Le prix du jury à L’Aventure rêvée de l’Allemande Valeska Grisebach récompense l’un des films les plus exigeants de la compétition. On y suit, durant 2h47, le retour d’une archéologue bulgare dans son village d’origine, à la frontière Turque, où rien n’a changé : le patriarcat et la mafia y règnent toujours en maitres. Le prix de la mise en scène a été partagé entre deux films radicalement opposés : Bola Negra des Espagnols Javier Calvo et Javier Ambrossi est aussi long et baroque que Fatherland de Pawel Pawlikowski est court (1h18) et épuré. Nos faveurs allaient plutôt au second. Face à des oeuvres souvent interminables, il prouve qu’on peut dire énormément en trois fois moins de temps.
Les prix d’interprétation ont également été partagés entre les duos amoureux composés de Virginie Efira et Tao Okomato pour Soudain de Ryusuke Hamagushi et Emmanuel Macchia et Valentin Campagne pour Coward de Lukas Dhont. Des choix raccords avec l’affiche de cette 79e édition (un photogramme de Thelma et Louise) qui annonçait un festival « gay friendly » . Comme d’habitude, le palmarès laisse beaucoup de bons films sur le carreau. Pourtant, notre seul véritable regret est l’oubli de Paper Tiger, le beau film de James Gray, qu’il nous tarde déjà de revoir en salle.






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