Ça vient de sortir

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Bonnard, Pierre et Marthe

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Par Ph.D

Le pitch

Pierre Bonnard (Vincent Macaigne) ne serait pas le peintre que tout le monde connaît sans l’énigmatique Marthe (Cécile De France) qui occupe à elle seule presque un tiers de son œuvre…

Ce qu’on en pense

Césarisé pour son biopic de Séraphine de Senlis (Séraphine 2008), Martin Prouvost récidive avec le couple Bonnard  que l’on voit se former dans la première scène du film au cours d’une séance de pose. Vincent Macaigne est presque méconnaissable dans le rôle du peintre et son jeu évoque de plus en plus Michel Serrault. Cécile de France prête son naturel et sa solarité à Marthe,  qui fut le modèle et l’inspiratrice de presque toute l’oeuvre de Pierre et qui, comme beaucoup de ses homologues muses et égéries, aura finalement un destin contrarié dans l’ombre du grand homme. Le classicisme de la mise en scène de Prouvost n’empêche pas la modernité du propos, notamment dans l’évocation du ménage à trois que le couple formera avec Renée, autre modèle-amante du peintre, incarnée par la toujours troublante Stacy Martin. Les scènes de peinture donnent une furieuse envie d’aller visiter le musée Bonnard au Cannet, où le couple trouva refuge, loin de l’agitation et des mondanités de la vie parisienne.

 

 

 

Daaaaaali !

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Par J.V

Le pitch

Une journaliste française (Anaïs Demoustier) rencontre Salvador Dalí (Gilles Lellouche, Edouard Baer, Jonathan Cohen, Pio Marmaï, Didier Flamand) à plusieurs reprises pour un projet de documentaire…

Ce qu’on en pense

Il ne fallait, évidemment, pas attendre de Quentin Dupieux un classique biopic de Salvador Dali. Alors que son dernier film Yannick, sorti au mois d’août, est en lice pour les César, Daaaaaali ! permet au prolifique réalisateur de rendre hommage au célèbre peintre espagnol et au mouvement surréaliste qui l’a, à l’évidence, beaucoup inspiré. À la manière de Todd Haynes dans  I’m Not There,  vrai-faux biopic de Bob Dylan, Dupieux utilise plusieurs acteurs pour incarner le peintre,  avec moustache postiche et accent volontairement exagéré. Sans surprise Edouard Baer et Jonathan Cohen excellent à ce jeu,  alors que Gilles Lellouche et Pio Marmaï ont plus de mal à entrer dans les délires du réalisateur. En résulte un film décapant et d’une totale liberté,  que les fans de Quentin Dupieux dégusteront, tel un carré de chocolat Lanvin, en pensant que son cinéma est toujours aussi « fffffffou !« .

 

Dune 2

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Par J.V

Le pitch

Paul Atreides (Timothée Chalamet) s’unit à Chani (Zendaya) et aux Fremen pour mener la révolte contre ceux qui ont anéanti sa famille. Hanté par de sombres prémonitions, il se trouve confronté au plus grand des dilemmes : choisir entre l’amour de sa vie et le destin de l’univers…

Ce qu’on en pense

Tournée en décors naturels et nettement plus musclée que le premier volet, cette deuxième partie de l’adaptation du roman de Franck Herbert par Denis Villeneuve séduit par son ampleur épique autant que par ses enjeux politiques et philosophiques  qui renvoient à l’époque actuelle. Timothée Chalamet y opère une transformation épatante dans son personnage comme dans son jeu d’acteur. La magnifiscence des décors et les scènes d’action attendues,  comme le premier « chevauchage de ver » par Paul,  contribuent à faire complètement oublier la durée du film (2h45) et font de Dune 2 une expérience cinématographique de haut vol.

 

Tiffany McDaniel : Du Côté Sauvage

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Par MAB

C’est un pavé pour l’été. 707 pages, pas une de moins. Rien d’un roman solaire pour autant. Le récit est même crépusculaire. Parfois d’une grande violence, malgré son indéniable poésie et les petits dessins et planches qui accompagnent le texte. S’il est l’objet de notre recommandation, c’est  parce que,  dans la lignée de « Betty« , le précédent ouvrage de l’américaine Tiffany McDaniel, Du Côté Sauvage est lui aussi un choc littéraire. Il est parmi ceux qui nous restent en tête de cette année écoulée, avant l’avalanche de sorties des prochains mois. L’histoire est celle de rousses et inséparables  jumelles. Nourries des récits de leur grand-mère, elles ont l’imagination si fertile qu’elles fuient leur quotidien sordide, leur mère droguée et prostituée et « l’araignée » qui vient pour leur mère avant de les rejoindre dans leur lit, en s’inventant un univers lumineux. Pourtant , elles ne peuvent échapper aux fantômes de leur passé familial. Devenue adulte, Arc, l’une des deux, lutte toujours avec ses souvenirs et ses addictions lorsque l’on découvre le corps d’une femme noyée dans la rivière. Un cadavre qui sera suivi de beaucoup d’autres. Alors que ses amies disparaissent autour d’elle, Arc doit bien admettre qu’elle ne peut, malgré la promesse faite, protéger sa sœur  « du côté sauvage » de leur existence… Tiffany McDaniel, également poète et plasticienne, nourrit son écriture envoûtante des collines et forêts de l’Ohio qui l’ont vu naître.  Elle y installe des personnages d’une grande force, toujours puisés dans la réalité. Alors que Betty était un hommage à sa mère. Du Côté Sauvage  est, lui, inspiré d’un « true crime«  : la disparition entre 2014 et 2015 de six femmes à Chilicothe,  dont deux manquent toujours à l’appel. Des meurtres non élucidés. La mort de ces femmes, droguées et prostituées ayant laissé la communauté dans la plus totale indifférence. Pour autant, que ces lignes ne vous découragent pas de découvrir cette pépite. Roman social et conte cruel d’une grande noirceur certes, mais surtout d’une grande beauté.

Une Vie

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Par J.V

Le pitch

Prague, 1938. Alors que la ville est sur le point de tomber aux mains des nazis, Nicholas Winton (Anthony Hopkins / Johnny Flynn), un banquier londonien, met tout en œuvre pour sauver des centaines d’enfants promis à une mort certaine dans les camps de concentration…

Ce qu’on en pense

L’histoire vraie du « Schindler anglais«  qui sauva près de 700 enfants en organisant des convois entre la Tchécoslovaquie et l’Angleterre,  à la barbe des nazis. Retourné à l’anonymat après la guerre, n’ayant jamais véritablement réalisé la valeur de son geste, Nicholas Winton n’a connu la célébrité qu’en 1988, lorsque son histoire fut racontée par une émission de télévision. Tout le monde se souvient de la scène dans laquelle,  assistant à l’émission de la BBC dans une salle pleine,  il est filmé découvrant que le public était essentiellement constitué d’ enfants qu’il avait sauvés, devenus adultes grâce à lui. Oscarisé pour The Father, Anthony Hopkins trouve,  à 86 ans, un nouveau rôle à la hauteur de son génie dramatique.  Derrière la caméra, le réalisateur de séries James Hawes (Snowpiercer, Slow Horses, Penny Dreadful) alterne le bon (la guerre et les années de reconnaissance) et le plus dispensable (la jeunesse du héros en flashback),  avec une facheuse tendance à surligner les intentions,  alors que la force de l’histoire se suffisait à elle-même.

Bob Marley : One Love

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Par J.V

Le pitch

1976. Alors qu’il s’apprête à donner un concert dans le but de célébrer la paix, Bob Marley (Kingsley Ben Adir) est menacé puis victime d’une tentative d’assassinat. Réfugié en Angleterre, il compose alors l’album Exodus qui va marquer l’histoire du reggae…

Ce qu’on en pense

Réalisé par Reinaldo Marcus Green (La Méthode Williams), ce biopic très attendu de Bob Marley se concentre sur la période charnière de l’enregistrement d’Exodus,  alors que le chanteur rasta était exilé à Londres pour échapper aux tueurs qui cherchaient à l’abattre dans sa Jamaique natale, où son aura politique commençait à sérieusement déranger. Trés classique (voire scolaire) dans sa forme et plutôt aseptisé sur le fond (c’est Rita et Ziggy qui produisent avec Brad Pitt), le film vaut surtout pour sa BO, avec des chansons emblématiques intelligemment insérées dans la narration, et pour la prestation habitée de Kingsley Ben-Adir (aperçu dans Barbie).Lashana Lynch,  qui joue Rita,  est très bien aussi. Au final, One Love donne surtout envie de revoir le formidable documentaire de Kevin McDonald sorti en 2012. Ça tombe bien, le film est dispo en streaming gratuit sur le site d’Arte avec un concert des Wailers en Allemagne (Rockpalast 1980).

Jérôme Ferrari : Nord Sentinelle

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Par MAB

Jérôme Ferrari est de retour, pour le meilleur. Douze  ans après  « Le Sermon sur la chute de Rome » qui lui valut le Goncourt et six ans après « A son image » (dont l’adaptation au cinéma par Thierry de Perreti sortira le 4 septembre ), Il s’impose en cette rentrée littéraire avec  « Nord Sentinelle ». Un roman aussi singulier que les précédents et qui  porte lui aussi un regard aiguisé sur la Corse d’aujourd’hui, même si il n’en n’est jamais fait mention. Les temporalités , les genres et les registres y sont variés. C ‘est la marque de fabrique de Ferrari. Il s agit même d’une succession de mini contes ou la noirceur  – et parfois le surnaturel – le dispute au grotesque. Mais il est bien question, pourtant,  d’une tragédie banale et absurde, comme il en arrive dans ce territoire farouche.  Un soir d’août, sur le port d’une station balnéaire non définie, le fils d’une famille de notables,  Alexandre Romani, vingt-trois ans, poignarde Alban Genevey, un étudiant en médecine qui vient chaque été dans la région. Ce drame, et le fait dérisoire qui l’a provoqué, c’est Philippe, un ami de la famille Romani qui le raconte. Son récit est éclaté, noir, caustique et souvent drôle. Outre qu’il souligne avec pessimisme une certaine forme de médiocrité et de cupidité collectives, il pointe également du doigt, les méfaits du tourisme de masse. « Nul besoin de prophétie pour savoir que le premier voyageur apporte toujours avec lui d’innombrables calamités » fait dire, Jérôme Ferrari, à son narrateur. D ailleurs si le titre du roman  « Nord Sentinelle » fait allusion à cette île du  golfe du Bengale qui se défend farouchement des intrus, son sous titre est « Contes de l’indigène et du voyageur » Lisez- le, il est surprenant.

La Bête

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Par J.V

Le pitch

Dans un futur proche où règne l’intelligence artificielle, les émotions humaines sont devenues une menace. Pour s’en débarrasser, Gabrielle (Léa Seydoux) doit purifier son ADN en replongeant dans ses vies antérieures. Elle y retrouve Louis (George MacKay), son grand amour. Mais une peur l’envahit, le pressentiment qu’une catastrophe se prépare…

Ce qu’on en pense

Quelques mois après Patrick Chiha, Bertrand Bonello adapte à son tour le roman d’Henry James La Bête dans la jungleLéa Seydoux et George Mc Kay remplacent Anaïs Demoustier et Tom Mercier dans le rôle des amoureux au bord de la catastrophe et alors que Chiha enfermait ses deux héros dans une boite de nuit, Bonello n’hésite pas à leur faire prendre l’air. Devant la caméra du Niçois, le drame Durassien devient un trip Lynchéen qui emprunte trois temporalités (1910, 2014 et 2044).  Reparti bredouille de la Mostra de Venise, où il était présenté en avant première,  le film de Bonello intrigue par de constantes prises de risque et mélange les influences avec une grande maitrise formelle. 

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Moi Capitaine

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Par J.V

Le Pitch

Seydou (Seydou Sarr) et Moussa (Moustapha Fall), deux jeunes sénégalais de 16 ans, décident de quitter leur terre natale pour rejoindre l’Europe. Mais sur leur chemin les rêves et les espoirs d’une vie meilleure sont très vite anéantis par les dangers de ce périple. Leur seule arme dans cette odyssée restera leur humanité…

Ce qu’on en pense

Récompensé d’un Lion d’argent du meilleur réalisateur à Venise, Moi Capitaine marque le retour de Matteo Garrone  (Gomorra) au drame social. Le film suit le périple de deux jeunes migrants avec un mélange de réalisme et d’onirisme, teinté d’une touche épique. Les comédiens non professionnels sont parfaitement dirigés, à l’image de Seydou Sarr qui a même décroché le prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir à Venise. Eprouvant mais passionnant. 

Le Barman du Ritz

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Par MAB

Comment Philippe Collin, historien et homme de radio, allait-il utiliser toutes les informations collectées autour du fameux Grand Hôtel du Ritz? Ferait-il un récit historique? Un documentaire audio? Ou bien un roman -son premier- en introduisant de l’intrigue, du suspense et même une histoire d’amour dans ce lieu très fréquenté du Paris de l’occupation? Va pour un roman et c’est le bon choix. D’autant que l’authentique personnage de Frank Meier se prête parfaitement au genre. Comme le titre l’indique, nous sommes, donc, en huis clos, à l’intérieur du palace de la Place Vendôme. Et même derrière son bar clinquant, ou depuis vingt ans, un as des cocktails, désaltère et enivre une clientèle de luxe. Quand s’ouvre le récit, en juin quarante, cet homme a 55 ans. Juif polonais ayant combattu pour la France en 14, il est le narrateur de sa propre histoire et avoue son inquiétude à l’entrée des allemands dans Paris. Mais alors que le couvre-feu est partout de rigueur, le Ritz, lui a le droit de servir les riches de toute provenance. Les nazis et les officiers de la Wehrmacht y viennent donc trinquer avec l’élite parisienne: Jean Cocteau, Gabrielle Chanel, Sacha Guitry, Arletty…Le lieu devient alors un modèle réduit de la France occupée. Un poste d’observation privilégié pour le barman qui tend l’oreille aux intrigues, secrets enfouis, amours impossibles, alliances et trahisons qui se diluent dans les bulles de champagne.D’abord spectateur muet, Frank deviendra par la force des choses, acteur de son destin et de celui de quelques autres.  Une atmosphère trouble de collaboration et délation flotte donc dans ces salons que hantent aussi quelques espions et résistants célèbres. La plume de Philippe Collin la restitue avec une grande précision historique. À travers le destin de cet homme, à qui il rend hommage, il nous plonge dans une époque où nombreux étaient ceux qui devaient lutter constamment entre la peur et le courage. C ‘est brillant.

The Palace

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Par Ph.D

Le pitch

Dans un grand hôtel, le soir du 31 décembre 1999, à l’aube du nouveau millénaire, le destin croisé de plusieurs clients et du personnel de cet établissement situé dans les Alpes suisses…

Ce qu’on en pense

Présenté à Venise le nouveau film de Roman Polanski aura épargné à Thierry Fremaux la peine de le refuser à Cannes. Il aurait pourtant eu de bonnes raisons de le faire, en dehors du fait que Polanski, toujours empétré dans des accusations d’abus sexuels, soit désormais persona non grata dans les grands raouts du cinéma français. Tourné à Gstaad, où le réalisateur nonagénaire  vit désormais à l’année quasi reclus, The Palace est une comédie gériatrique, servie tiède par un casting de vieux acteurs qui ne craignent pas la polémique, ni le cabotinage (Michey Rourke, John Cleese, la fidèle Fanny Ardant... ). L’élégance de la réalisation tranche avec la trivialité des gags et l’indigence du scénario (pourtant co-signé par Jerzy Skolimowski). On n’aura aucune peine à oublier le 24e film de Roman Polanski. C’est, sans doute,  le meilleur service à lui rendre.

Les Colons

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Par Ph.D

Le pitch

Terre de Feu, République du Chili, 1901. Un territoire immense, fertile, que l’aristocratie blanche cherche à « civiliser ». Trois cavaliers sont engagés par un riche propriétaire terrien, José Menendez, pour déposséder les populations autochtones de leurs terres et ouvrir une route vers l’Atlantique. Sous les ordres du lieutenant MacLennan (Mark Stanley), un soldat britannique, et d’un mercenaire américain (Benjamin Westfall) , le jeune métis chilien, Segundo (Camilo Arancibia), découvre le prix de la construction d’une jeune nation, celui du sang et du mensonge.

Ce qu’on en pense

Il était une fois dans les Andes !  Sélectionné à Cannes 2023, le premier film du chilien Felipe Gálvez Haberle est un choc total. Il raconte la colonisation de la Terre de Feu à travers l’équipée sauvage de trois mercenaires chargés, en 1901, par un gros propriétaire terrien d' »ouvrir une voie vers l’océan« . Ils le feront en massacrant tout sur leur passage.  Le film aurait dû s’appeler Chili Con Carnage ! Les soudards trouveront pourtant pire qu’eux sur leur chemin: un officier Anglais, ancêtre du colonel Kurtz, qui a levé une armée et n’aime pas trop, lui non plus, les autochtones…  Sergio Leone croise le Coppola d’Apocalypse Now et le Paul Thomas Anderson de There Will Be Blood dans ce western rugueux, filmé en format carré et photographié par un génie qui transforme les cieux de Patagonie en chefs d’oeuvre de Salvador Dali. La BO est stridente à souhait et les cartons de chapitrage sont fournis par JLG. En 1h37 chrono, Felipe Gálvez Haberle défouraille une fresque historique épique, violente et époustouflante. Preuve, si on l’avait oublié,  qu’un grand film n’a pas besoin de s’éterniser trois heures. Une vraie leçon de cinéma.  

Stars en guerre

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Par MAB

Est-il indécent de participer au cirque Cannois alors qu’ailleurs tout est chaos? C ‘est la question qui parcourt les réseaux sociaux à l’ouverture de cette nouvelle édition du festival du film. La réponse n’est pas si simple. Car tout n’est pas que futilité sur la Croisette. Loin de là. Exceptées les inévitables montées des marches qui enchantent les photographes, le monde nous saute même si douloureusement aux yeux  dans les témoignages et sur les écrans que les cérémonies en deviennent des tribunes  Celle de mardi soir le prouve.  Est-ce l’époque qui veut cela ? En a-t-il toujours été ainsi?  Comment, par exemple,  les comédiens des années trente ont ils traversé la seconde guerre mondiale ? Quelle a été leur attitude pendant l’occupation? Voici quelques réponses édifiantes données  par  l’historien de cinéma Philippe Durant, même si les noms qui vont suivre ne parleront plus à grand monde. En France, Bernard Blier est fait prisonnier mais s’évade de son Stalag. Jean Gabin, lui, rejoint la marine alors que Jean Marais intègre la 2e DB. En Italie, Lino Ventura fuit le fascisme et monte à Paris alors que l’inoubliable Pierre Dac rejoint de Gaulle et donne de la voix à radio Londres. Mais les femmes aussi agissent. Notamment Marlène Dietrich, qui fournit  de précieux renseignements aux services d’espionnage.. Bien entendu, tous les artistes ne sont pas aussi engagés:  Maurice Chevalier, Fernandel , Guitry, pour ne nommer qu’eux,  poursuivent leurs activités et mènent la grande vie . Danielle Darrieux monte dans « le train de la honte » pour Berlin. Et pendant qu’Arletty tombe amoureuse d’un officier nazi, l’allemand Horst Tappert- futur inspecteur Derrick – devient lui, soldat SS . Bref  la liste de qui à fait quoi pendant ces années de plomb est  longue. L’ouvrage  illustré de Philippe Durant est très documenté. Organisé en 33 chapitres d’une grande clarté, Il pourra captiver ceux qui s’intéressent  non seulement à la grande histoire, mais aussi  aux agissements des « célébrités « face aux tragédies du monde.

 

Edouard Louis : Monique s’évade

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Par MAB

Monique appelle Édouard Louis un soir, en larmes. La voilà de nouveau sous l’emprise d’un homme qui boit, l’insulte et lui mène la vie impossible. La liberté a un prix et elle n’a pas un sou. « Je sais ce que l’on va faire » lui répond son fils, désormais écrivain reconnu. « Tu vas prendre quelques vêtements dans un sac et tu vas partir immédiatement. Tu vas aller chez moi ». Mais Monique, pour récupérer ses papiers, veut attendre que l’homme qui continue de hurler, s’endorme. Elle partira demain. « Tu veux que je reste avec toi au téléphone ? Je peux rester en ligne toute la nuit si tu veux. » lui propose alors Edouard, en résidence d’écriture en Grèce. « S’il me voit parler avec toi, il va s’énerver encore plus » s’affole cette femme soumise à la misère et à la violence qu’elle engendre. Monique s’évade a la vitalité folle de son titre.  Ce n’est ni un roman. Ni une autobiographie. Juste la narration des actes et des mots qu’un fils offre à sa mère pour qu’elle reconstruise sa vie. Comme dans le jeu vidéo qu’il aimait enfant, ou il fallait créer un personnage, c’est à distance, avec son compte en banque alimenté par ses succès littéraires, son téléphone, son ordinateur et des commandes sur le net, qu’il organise le sauvetage. Dans une touchante et étonnante inversion des rôles, il remet sa mère au monde et lui permet de vivre pour la première fois sans dépendre d’un compagnon. Ce fils l’avait blessée avec son premier livre,  En finir  avec Eddy Bellegueule , c’est avec une grande simplicité, mais aussi avec une certaine solennité, qu’il lui construit un refuge réparateur et fait d’elle une héroïne littéraire. « Mesdames et messieurs, merci de faire un triomphe à la mère de l’auteur, Monique » clame le metteur en scène  à Hambourg où se joue le spectacle inspiré de Combats et métamorphoses d’une femme  un des ouvrages d’Edouard.

Paul Auster:  Baumgartner

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Par MAB

« Pour faire ce que tu fais, il te faut marcher…  Écrire commence dans le corps… Tu t’assieds à ton bureau pour noter les mots, mais dans ta tête tu es encore en train de marcher » Désormais, celui qui se parlait souvent à lui-même, ne marchera plus. Pire, il n’écrira plus. Lui dont «  La trilogie New-Yorkaise » est imprimée dans l’identité de toute une génération. Lui que certains auraient bien vu prix Nobel: Paul Auster, le plus francophile des écrivains américains s’est éteint mardi 30 avril à Brooklyn. Après deux dernières années ponctuées de drames (décès de sa petite fille,  puis de son fils Daniel), un cancer l’a emporté à 77 ans. « Sans moi l’avenir se débrouillera très bien » fait-il dire à Baumgartner, son double dans le dernier ouvrage traduit chez Actes Sud. L’avenir se débrouillera d’autant plus qu’Auster laisse une œuvre considérable: plus de trente romans, des scénarios, deux films. Et, en guise d’achèvement ce « Baumgartner ». Paru en 2023, ce roman n’est peut être pas son meilleur. Mais Auster, malade, savait que ce serait « le dernier ». Cela donne à cette bio-fiction, le ton crépusculaire d’un bilan de vie. D’autant que cet écrivain de la mémoire s’y montre plus que jamais hanté par la solitude, la douleur et le deuil. Lire ce long monologue d’un narrateur, cloitré dans sa maison de la banlieue de New-York et hanté par la disparition par noyade de la femme aimée, n’est donc pas toujours facile. L’écriture introspective et labyrinthique est celle d’une élégie qui tente de chasser les blessures de l’existence en convoquant les souvenirs heureux. Mais l’adieu plein de tendresse à la vie, la confiance en l’amour et en l’humanité en font, aujourd hui, un testament particulièrement émouvant. RIP.