Le coup des reprises jazzy, en français ou en anglais, on nous l’a déjà beaucoup fait. Ce n’est pas forcément signe de bonne santé créative et généralement, on regrette plutôt les originaux. Le nouvel album de Thomas Dutronc est l’exception qui confirme la règle. Cela tient au talent personnel de l’artiste, à sa manière , à la fois pro et détachée, d’envisager l’exercice, au choix des chansons (mélange de classiques anglais et français) et à celui des musiciens et des guests . Le casting des duos est assez fabuleux : Iggy Pop et Diana Krall sur « C’est si bon » , le ZZ Top Billy Gibbons sur « La Vie en rose », Youn Sun Nah sur « Playground Love », Stacey Kent sur « Un homme et une femme », Jeff Goldblum sur « La Belle vie », Haley Reinhart sur une sublime relecture en duo anglophone de « Ne me quitte pas »… Classe ! Les orchestrations restent dans l’esprit des originaux avec une touche manouche pour les guitares et un côté easy listening pas désagréable du tout. Le timing de sortie, bien que bousculé par le Covid, n’est pas mal non plus: Frenchy a tout pour devenir un must des longues soirées d’été. En attendant la tournée dont le fils Dutronc a donné un avant goût lors d’un superbe live stream depuis l’Observatoire de Nice.
Thomas Dutronc
Frenchy
Sortie 18 juin 2020
(14 titres Universal)
A Second Look
Cinéma|
Par Ph.D
Le 18 août 1969, vers 8h30 du matin, Jimi Hendrix monte sur la scène du festival de Woodstock. Son management a obtenu qu’il en fasse la clôture, mais il a attendu toute la nuit que son tour vienne enfin. Après « 3 jours de musique et de paix » (et de pluie et de débauche hippie), le retard s’est accumulé. La foule de 400 000 spectateurs a fondu (il a bien fallu retourner au boulot pour ceux qui en avaient un) et il ne reste que quelques milliers de passionnés pour assister à ce qui devait être le climax du festival. La plupart se sont massés devant et autour de la scène où Hendrix et son nouveau groupe ont pris place. Profitant du bordel ambiant, un étudiant de 22 ans, Arthur Goodman s’est incrusté dans un coin, derrière le bassiste, et a sorti sa caméra Sony qu’il trimballait depuis le début du festival dans un topcase de guitare. Nanti de 4 bobines de films, il a décidé d’immortaliser la prestation du guitariste, au nez et à la barbe de l’équipe de tournage officielle du festival, dont les musiciens le croient sans doute membre. Ce qu’il fera quasiment in extenso, moyennant quelques coupures pour recharger sa caméra. Un chouette souvenir du festival, dont il ne fera profiter que ses proches. Le film Woodstock, les disques et le DVD officiel du concert d’Hendrix se chargeront, au fil des ans, d’entretenir la légende de ce concert devenu mythique. L’histoire aurait pu en rester là, si Goodman n’avait pas fait don des bobines de son film à la succession d’Hendrix, et si celle-ci n’avait pas décidé de le numériser, de le remixer et de le publier sur Youtube, il y a quelques jours, sous le titre « Live at Woodstock A Second Look« , pour marquer le 57e anniversaire du festival. Transféré en noir et blanc et synchronisé sur la bande son officielle du concert, avec des photos du show pour combler les blancs, le film offre effectivement « un deuxième regard » sur la prestation d’Hendrix : celui d’un vrai cinéaste qui s’attache presqu’autant à filmer les musiciens qu’à retranscrire l’ambiance du festival, avec un public dont les regards trahissent la sidération, mais aussi la fatigue. Compte tenu des conditions de tournage, le résultat est extraordinaire : on a vraiment l’impression d’être sur scène avec Jimi Hendrix alors au sommet de son génie guitaristique. Le noir et blanc donne à ces images la patine d’un film d’auteur et pare la prestation d’Hendrix d’une aura historique. C’est peu dire qu’on n’en attendait pas tant d’un petit film amateur, resté sur les étagères de son auteur pendant plus d’un demi-siècle !
The Dog Stars
Cinéma|
Par J.V
Le pitch
Dans un futur proche où une pandémie sans nom a décimé la société américaine, Hig (Jacob Elordi), un pilote vit sur une base aérienne abandonnée du Colorado avec son chien et un ex-marine (Josh Brolin). Lorsqu’une transmission aléatoire passe par la radio de son Cessna 1956, la voix fait naître au plus profond du pilote l’espoir qu’une vie meilleure existe en dehors de leur périmètre étroitement contrôlé…
Ce qu’on en pense
Un Ridley Scott qui ne brille pas par l’originalité de son scénario post -apocalyptique (tiré du roman de Peter Heller La Constellation du chien), ni par la virtuosité des scènes d’action qui font partie du cahier des charges, mais qui se regarde sans déplaisir grâce à la prestation de Jacob Elordi en héros taciturne et à la participation de Margaret Qualley, hélas réduite à la portion congrue. Le vétéran anglais du cinéma SF (88 ans) profite de l’occasion pour revisiter des plans déjà vus dans ses meilleurs films pour un auto « best of » crépusculaire.
Bugonia
Cinéma|
Par J.V
Le pitch
Deux jeunes hommes obsédés par les théories du complot kidnappent la PDG d’une grande entreprise (Emma Stone), convaincus qu’elle est une extraterrestre déterminée à détruire la planète Terre…
Ayant trouvé en Emma Stone une muse à l’unisson de ses délires, Yorgos Lanthimos (Pauvres Créatures, Kinds of Kindness, La Favorite) la fait tourner pour la quatrième fois dans une nouvelle farce fantastique où elle joue le rôle d’une multimillionnaire de la pharmacie cynique, soupçonnée par un apiculteur simple d’esprit (Jesse Plemons, fidèle au réalisateur, lui aussi) d’être une méchante alien venue détruire notre planète. Une charge allégorique contre les délires paranoïaques de l’Amérique trumpienne qui, comme d’habitude, divisera le public entre pros et antis Lanthimos. Les uns vantant le génie Kubrickien du cinéaste Grec, les autres se pinçant le nez devant son cinéma aux effets visuels trop appuyés.






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