Victoires de la Musique 2020
Pour leur 35e édition, les Victoires de la musique avaient promis de faire table rase du passé avec un show resserré, moins de blabla et plus de musique. On a dû mal comprendre… Ouverte par un discours soi-disant improvisé du président de la cérémonie, Florent Pagny, qui a refait l’histoire des évolutions technologiques dans la musique depuis 35 ans (vinyle, CD MP3, streaming, après on n’a pas tout compris…), la soirée s’est poursuivie par une avalanche de rétrospectives, de medley et de best of des éditions précédentes en replay vidéo, introduits par pas moins de onze (11 !) présentateurs/trices différent(e)s. De la navrante Daphné Bürki, à l’incontournable Laurent Ruquier, la fine fleur du service public a squatté la Seine Musicale, d’où le show était retransmis, au point qu’on se serait cru aux défunts 7 d’Or plutôt qu’aux Victoires de la musique. On eut également droit à un sketch interminable de Stephane Bern sur la vie et l’œuvre de Florent Pagny et à une Victoire d’honneur surprise à Maxime Leforestier qui sentait un peu le sapin.
Côté live, Angèle, grande favorite de la soirée (mais repartie avec la seule Victoire du meilleur concert), a ouvert le bal avec un medley de son premier (et unique) album . Vitaa et Slimane ont suivi avec un « Ca va, ça vient » de circonstance. Victoire de la Chanson originale de l’année grâce au vote du public, ils dédieront leur trophée aux oubliés de la soirée – Soprano, Gims, Kendji Girac- histoire d’enfoncer le clou polémique sur les nominations « trop blanches ». Alain Souchon recordman de statuettes a entonné « Presque », extrait de son dernier et magnifique album qui lui a valu sa 10e Victoire (album de l’année). Clara Luciani (Artiste féminine de l’année, seule bonne surprise de la soirée) a fait un bel hommage à Marie Laforêt, en duo avec Philippe Katerine. Hoshi, victime d’une panne de son (les joies du direct), s’est vengée d’un baiser féminin en gros plan. L’inénarrable Philippe Katerine, enroulé dans un boa en ballons de baudruche bleus en forme de mains, était visiblement « Stone avec toi ». Cela ne l’a pas empêché d’emporter la Victoire de l’Artiste masculin de l’année. Suzane (Révélation scène) a été comme prévu la vraie découverte de la soirée avec une version bien énervée de «SLT», sa chanson sur le harcèlement sexuel. Avant cela, la grande Catherine Ringer a fait le best-of des Rita Mitsouko, qu’elle joue en tournée et c’était le meilleur moment de la soirée. Le problème, c’est qu’elle ne faisait que commencer…
Canine à Antibes
Toujours à l’avant garde, Anthéa était la première salle azuréenne à programmer Canine depuis la sortie de Dune, premier album de cette formation féminine conduite par la Niçoise Magali Cotta. Rarement on aura autant attendu le retour d’une enfant du pays pour découvrir enfin son travail en live. On n’a pas été déçu. Entourée de 4 chanteuses, d’une pianiste et d’une percussionniste, sur un espace scénique seulement constitué d’un podium et d’un écran de fond de scène changeant de couleur en fonction des morceaux, Canine se présente masquée (et ses choristes voilées) dans une pénombre dont elle ne sortira qu’à mi concert pour enfin jeter le masque et apparaître en pleine lumière. Le concert est essentiellement choral avec accompagnement de piano, de batterie (physique et électronique) et de boucles de synthès. En reine des abeilles, Canine mène le bal d’une belle voix soul, soutenue par les harmonies vocales de ses quatre accompagnantes. La prestation est dense, puissante, hypnotique. Courte, aussi (à peine plus d’une heure rappel compris , car la formation n’a qu’un album à défendre. Une reprise a capella de « Girls Just Wanna Have Fun » complète la setlist et apporte une touche de second degré bienvenue. Le visuel est essentiellement assuré par les éclairages (superbes) et les discrètes chorégraphies des chanteuses qui changent constamment de poses. La communication avec le public est réduite au minimum : bonjour, merci, au revoir. Une performance théâtrale qui avait effectivement toute sa place à Anthéa. On espère revoir bientôt Canine en concert dans la région. En festival peut-être ?
Pascal Obispo à Nice
Après quelques années au creux de la vague, Pascal Obispo a retrouvé le succès et les Zéniths pour sa nouvelle tournée qui passait le 18 octobre par le Palais Nikaia à Nice. Entouré de 6 musiciens, dont l’irremplaçable Pierre Jaconelli aux guitares, il y a présenté un spectacle best of de sa carrière, avec une scénographie et des lumières absolument superbes. Moment fort du show, la séquence nostalgie avec « Lucie », sur laquelle le chanteur fait monter sur scène une Lucie locale (carte d’identité exigée), s’est transformée en énorme fou-rire grâce à la charmante désinvolture de la Lucie niçoise choisie au fond de la salle. Obispo a eu du mal à reprendre son sérieux pour le reste du show, mais la séquence a définitivement brisé la glace et le spectacle s’est terminé en standing ovation.
Sting à Nikaïa
Après un concert sold-out cet été au Sporting Summer Festival de Monaco, Sting était de retour sur la Côte d’Azur samedi pour un autre concert complet à Nikaia Nice, où près de 9000 spectateurs l’attendaient. Le bras en écharpe (problème à l’épaule), l’ex-leader de Police n’a pas pu jouer de la basse, mais il s’est rattrapé au chant, avec tous les tubes de sa prolifique carrière, réarrangés pour l’album My Songs. La voix est toujours là, puissante et haut perchée. Les fans ont pu découvrir en live les nouvelles versions d’ “Englishman In New York,” “Fields Of Gold,” “Shape Of My Heart,” “Every Breath You Take,” “Roxane,” ou “Message In A Bottle”, jouées par un groupe efficace mais un peu impersonnel. D’une musicalité sans défaut, le show est agréable à regarder et à écouter, mais ne décolle jamais vraiment. Du classic rock de salon. Le public des gradins est resté sagement assis jusqu’au rappel.
Jeanne Added à Monaco
Un tour de force que ce Both Sides Tour entamé en solo par Jeanne Added. Seule sur une scène centrale, semblable à un ring de boxe, la chanteuse peroxydée et tout de noir vétue, chante et danse sur une bande son de ses principaux titres remixés techno. La performance est autant chorégraphique que vocale et devient de plus en plus minimale au fil du show, jusqu’à finir a cappela au milieu du public. Le rapport des spectateurs à l’artiste et à ses chansons est alors on ne peut plus direct et frontal. L’expérience, étrange mix de Camille, de Christine and the Queens et de Merce Cunningham, est étonnante et ne peut laisser indifférent. Avec ce show ovniesque (dont, à la demande de l’artiste, on ne donnera pas trop de détails ni d’images, histoire d’en laisser la surprise aux futurs spectateurs), Jeanne Added confirme l’originalité et le talent qui lui ont déjà valu plusieurs Victoires. Coup de chapeau au Grimaldi Forum de Monaco pour avoir repéré et programmé ce spectacle étonnant avant tout le monde.
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Little Steven à Monaco
Les absents ont toujours tort, mais parfois plus qu’à d’autres. La meilleure tournée rock de l’année passait le 31 août par Monaco et, malgré le prix modique des places (35 euros), il y avait des rangs vides dans la minuscule salle Garnier pour voir Little Steven et les Disciples of Soul. Pour appuyer la sortie de son excellent nouvel album solo Summer of Sorcery (le premier depuis 20 ans !), le guitariste et bras droit de Bruce Springsteen dans le E Street Band a concocté avec ses Disciples une énorme revue soul et rhythm’n’blues, qui célèbre le son du « Jersey Shore » et la musique américaine des années 50-60. Malgré l’assistance réduite (300 spectateurs) et, au début, légèrement amorphe, Steve Van Zandt et son groupe (10 musiciens et 3 choristes spectaculaires) ont donné 2 heures et demi d’un show d’une générosité Springsteenienne (quand tu crois que c’est fini, ça fait que commencer) dans le cadre somptueux de l’opéra de Monaco. Tout l’album y est passé presque dans l’ordre (« Communion » en ouverture, « Summer of Sorcery » en clôture), avec un medley de titres écrits pour Southside Johnny, un autre en hommage au girls group des années 60 et « Sun City » au rappel. Le tout avec un son nickel chrome (bravo à l’ingénieur du son: 14 musicos à balancer ça ne doit pas du gâteau), une bonne humeur communicative et une énorme générosité. Le plus formidable concert qu’on ait vu dans cette salle mythique depuis ceux de Prince en 2009. Difficile de rêver meilleure clôture pour le Sporting Summer Festival 2019.
JP Mocky (1929-2019)
Jean-Pierre Mocky s’est éteint le 8 août 2019, à l’âge de 86 ans (90 selon sa famille). Né à Nice, le vieil anar y était revenu en avril dernier, dans le cadre du festival Victorine , pour donner une master class à la Cinémathèque. Pour le plus grand bonheur d’un nombreux public, le réalisateur d’Un Drôle de paroissien, du Miraculé et d’une soixantaine d’autres films représentant un cinéma et une France un peu surannés, avait égrené ses souvenirs avec la malice qu’on lui connaissait, avant de lancer la projection de l’unique film qu’il a entièrement tourné à Nice : La Machine à découdre. Ce fut une de ses dernières interventions publiques. En voici un court verbatim…
« J’ai fait mes classes au lycée Fénelon, à Nice, où un prêtre m’a tripoté. Ça a influencé mes premiers films, notamment Le Miraculé… »
« Après Fénelon, j’ai fréquenté le Parc Impérial, où je me suis retrouvé avec Pasqua, qui était un cancre, et Chirac. Le jeudi, on vendrait des esquimaux sur la Prom’ pour se faire un peu d’argent de poche »
« J’ai joué dans mon premier film à 9 ans : Les Visiteurs du soir de Marcel Carné. Antonioni était son assistant. Je l’ai retrouvé plus tard en Italie, où j’ai fait une belle carrière d’acteur. J’étais le James Dean italien »
« Acteur, c’est un métier de bonne femme. Il faut aimer se pomponner, faire attention à son physique…J’ai préféré passer derrière la caméra ».
« Ma règle N° 1, c’est de tourner 6 minutes utiles par jour. En 15 jours vous avez fini le film »
« Sylvester Stallone a été une grande influence pour moi.Personne ne voulait de lui comme acteur, alors il a fait son propre film Rocky. J’ai suivi ses traces »
« C’est moi qui ai présenté Clint Eastwood à Sergio Leone. Clint était mon meilleur ami.Je suis très copain aussi avec De Niro, Robert Redford et Dustin Hoffman ».
« La Nouvelle vague, c’étaient que des intellos.On n’avait pas la même approche. Je me sens plus proche de Gus Van Sant ou de Tarantino ».
« Mon prochain film, je vais le tourner avec Depardieu »
« Mon conseil aux jeunes qui veulent faire du cinéma ? Faites comme Stallone et comme moi : écrivez-vous des rôles. Le Cours Florent, le Conservatoire, ça ne sert à rien ».
« J’ai passé une nuit avec les gilets jaunes. C’était très intéressant. À défaut de déboucher sur des solutions, ce mouvement est devenu un chouette club de rencontres ».
Sanseverino à Vence
Pour son huitième album, intitulé Montreuil/Memphis, Sanseverino change encore de registre et opte pour un blues rock puissant, qui colle bien avec les textes de ses chansons humoristiques et poétiques. Programmé aux Nuits du Sud de Vence, il nous a parlé de son amour pour toute la musique qui vient de là… Et d’ailleurs!
Dites-donc, c’est du brutal ce nouvel album: les guitares et l’harmonica sonnent de ouf !
Ah ouais, c’est pas de la guitare de fayot. On a enregistré dans les conditions du live avec le groupe.Je joue sur ma vieille James Trussard Jazz Master, branchée sur deux amplis à lampe. Ça dépote. À l’harmonica, c’est Marco Balland, un Marseillais vraiment balèze. Je voulais que ça sonne brut de décoffrage.
On ne vous savait pas guitariste de blues…
J’ai toujours aimé le blues électrique. Comme tous les guitaristes, j’ai commencé par là. En tournée ou en répètes, j’en faisais toujours quelques-uns, mais c’est la première fois que je me lance dans un album. Je change de style tous les deux albums. Là j’avais envie d’explorer des trucs que je n’avais pas utilisés jusqu’à maintenant. J’ai fouillé dans les musiques que j’aime pour voir si ça collait à mes textes. Le Chicago Blues, le Mississipi blues et le cajun collaient assez bien. Les rythmiques à la John Lee Hooker, c’est parfait pour raconter des histoires. Après, il faut jouer beaucoup pour se remettre ça dans les doigts, mais le blues, c’est comme le vélo: ça ne s’oublie pas. Sauf que le vélo, quand on a laissé tomber on a du mal à rouler alors que les solos de blues ça descend tout seul.
Quels sont vos bluesmen préférés?
Hound Dog Taylor, Scott Walker, les Allman Brothers… A la base, je voulais être Rory Gallagher!
Le titre est un clin d’œil à «Nashville ou Belleville» d’Eddy Mitchell ?
Oui, je venais d’enregistrer la chanson avec lui pour son disque de duos (La même tribu), Montreuil/Memphis, c’était logique. J’ai toujours été très fan de ses textes.
Les vôtres ne sont pas mal non plus. Comment écrivez-vous?
Quand je commence un album, j’ouvre un cahier, je regarde des vidéos sur internet, je lis, je réfléchis.Après, je fais un peu d’écriture automatique et je bosse dessus. Quand c’est fini, je referme le cahier et je vais jouer. Je n’écris jamais en tournée. Je commence toujours l’album avec une page blanche.
Quelle est la première chanson qui est venue ?
« Mon enterrement ». Sans blague ! J’ai trouvé que ça partait bien (rires)
Pourquoi cette reprise du «Mitard» de Trust, avec le fameux texte de Mesrine?
Après mon disque sur Papillon, c’était logique aussi. Un clin d’œil aux taulards. J’ai toujours aimé Trust, c’est un salut à leur reformation. La chanson leur dit: bon retour!
On retrouve André, votre personnage récurrent qui apparaît sur presque tous vos disques. Un peu comme la coccinelle de Gotlib?
Oui, je n’arrive pas toujours à le placer, mais là ça marchait bien. J’ai signé pour mon premier album avec sa première chanson, c’est un peu mon porte-bonheur. Il n’est pas très glorieux comme personnage, mais je l’aime bien..
Vous écoutez quoi à la maison ?
Du tango, François Beranger, Gérard Watkins, pas mal de techno parce qu’il y a plein d’ados à la maison. Il y a des trucs super créatifs. J’aime toutes les musiques pourvu qu’elles soient sincères.
Si ça n’avait pas marché pour vous dans la musique, vous auriez fait quoi?
Je me serais bien vu préposé aux guitares dans un groupe de world africain.
Nice Jazz Festival 2019
Par Philippe Dupuy
Avec près de 43 000 spectateurs sur cinq soirées, l’édition 2019 du Nice Jazz Festival, a été un grand succès de fréquentation. Artistiquement, on peut émettre quelques réserves dues à une programmation qui flirte de plus en plus avec la variété (Angèle, Bigflo et Oli…) et à la surfréquentation de certaine soirées. Dix mille personnes devant la scène Massena, c’est clairement trop pour apprécier un concert. Heureusement, il y avait le Théâtre de verdure pour se replier et les jardins pour chiller (bonne idée d’y avoir installé des écrans). Les food trucks nous ont paru mieux achalandés, plus sympas et pas plus chers que lors des éditions précédentes. A l’heure du premier bilan, on retient le grand juke-box planétaire de Nile Rodgers et Chic avec ses deux chanteuses extraordinaires et sa setlist « all hits » , la prestation cafouilleuse mais énergique de Neneh Cherry, le show dansant des Black Eyed Peas, la grand messe du concert d’Ibrahim Maalouf (le moment fort de l’édition), le retour de Jean Luc Ponty , le show electro planant de The Blaze, la confirmation du talent vocal de Kimberose, la générosité d’Omara Portuondo et la révélation Christian Sands. A l’année prochaine !
Vanessa Paradis à Monaco
Vanessa Paradis achevait la tournée de son nouvel album “Les Sources”, à l’Opéra de Monaco dans le cadre du Sporting Summer Festival. En grande forme, entourée de 6 musiciens, elle a emballé le public de la salle Garnier (qui affichait complet pour l’occasion), avec un set débuté par ses nouvelles chansons, poursuivi par un long medley de tous ses albums et terminé sur ses plus grands succès, dont l’inaltérable « Joe le Taxi« , chanté en chœur avec la salle. Après un concert soporifique, il y a quelques années au Sporting, on a retrouvé la grande Vanessa des années Gainsbourg/Kravitz : elle n’a pas arrêté de danser, silhouette adolescente et gracile sur laquelle les années ne semblent pas avoir de prise. Dommage que le son ait été aussi mauvais : sans doute pré-réglé pour les grandes salles, à un volume beaucoup trop important pour Garnier, il a gâché les passages les plus musicaux et rendu presqu’inaudibles les paroles des chansons. Heureusement, la générosité de la chanteuse, son talent et sa grâce folle ont fait oublier ce désagrément.
Charlie Winston à Monaco
(Photo @Darrasse)
Toujours beau le hobo ! Charlie Winston, qui s’était mis en retrait de la scène ces dernières années, est de retour avec un nouvel album (Square 1) et une tournée européenne qui l’amenait à se produire à la salle Garnier en ouverture du Sporting Summer Festival 2019. Fringant, élégant, chaleureux et souriant, épaulé par deux excellents musiciens (un clavier et un batteur), le chanteur anglais a livré dans l’écrin de Garnier une prestation très appréciée. Alternant guitare, piano et basse, Winston a conquis le public monégasque avec un set composé de nouvelles chansons et de succès comme l’inaltérable « Like a hobo » (introduit par un long prélude sifflé), « Smile » (un des meilleurs moments du show) ou « In Your hands » (au rappel). Rejoint sur scène par David Zincke, qui assurait la première partie, le Hobo a conclu par une reprise des Beatles, « With a Little Help From My Friends », parfaitement de circonstance.
Dick Rivers (1945-2019)
Par Philippe DUPUY
Son premier disque était sorti le jour de son 16e anniversaire, il est mort celui de ses 74 ans. Entre ces deux dates, le Niçois Hervé Forneri, alias Dick Rivers, aura écrit quelques-unes des plus belles pages du rock à la française, dont il fut avec Johnny Hallyday et Eddy Mitchell l’un des pionniers et le plus ardent propagateur…
Fils d’un boucher de l’avenue de la République, Hervé Forneri naît le 24 avril 1945 à Nice. Très jeune, il découvre le blues puis le rock ‘n’ roll grâce à la proximité de la garnison américaine installée de 1945 à 1966 dans la Rade de Villefranche : « Les matelots amenaient tout de chez eux: leur bouffe, leur musique, leur civilisation, se souvenait-il l’an dernier, alors que nous l’interrogions sur l’anthologie de ses 55 ans de carrière qui venait de paraitre. Pendant leurs permissions, certains jouaient au Vieux Colombier à Juan les Pins dans un groupe qui s’appelait Rocky Roberts & the Airdales. Ils avaient beaucoup d’avance, musicalement. Il fallait un certain culot pour les imiter, mais le public n’attendait que ça. Mon premier 45 tours est sorti le jour de mon 16e anniversaire, le 24 avril 1961. Je suis passé directement du vélo à la Cadillac! ».
Avec quelques potes, les frères Roboly, Gérard Jacquemus et William Taïeb (tous affublés de pseudos américains), il fonde les Chats Sauvages, qu’il quitte moins de deux ans plus tard pour entamer un carrière solo sous son nom de scène, Dick Rivers, emprunté au personnage interprété par Elvis Presley dans « Loving You ». Sa dévotion pour Elvis ne faiblira jamais et toute sa carrière, Dick Rivers ne chantera que du rock et des ballades. En adaptant d’abord en français les succès des pionniers comme Presley, Gene Vincent, Johnny Cash, Jerry Lee Lewis, Little Richard ou Roy Orbison (« La chance qu’on avait, nous confiait-il lors de la même interview c’est que ceux qui achetaient nos disques ne connaissaient pas les originaux. Et ça a duré jusqu’aux années 70! Quand John Denver a joué la première fois à l’Olympia, tout le monde a cru qu’il reprenait «Faire un pont» en anglais! ») , puis en interprétant les chansons originales que lui écrivirent une multitude d’auteurs et de compositeurs : « Je cherche toujours la chanson parfaite, c’est mon Graal. Je n’ai jamais écrit une chanson de ma vie, je ne suis qu’un vulgaire interprète, un éternel débutant ». Alain Bashung, Gérard Manset et Francis Cabrel, entre autres, lui offrirent de précieuses collaborations dans les années 70 -80 et depuis les années 90 Dick n’a cessé d’enregistrer avec la fine fleur de la nouvelle chanson française comme Patrick Coutin, Mathieu Boogaerts, Mickey 3 D, Joseph D’Anvers ou plus récemment Julien Doré. Des disques aux titres en forme de jeux de mots faciles (Very Dick, AuthenDick…), mais toujours créatifs et de grande qualité. Avec le temps, sa voix, toujours teintée d’un léger chuintement qui faisait sa marque et d’une pointe d’ accent méditerranéen s’était encore bonifiée, au point d’être régulièrement comparée à celle d’Elvis, Johnny Cash ou Roy Orbison. Entre deux enregistrement et une tournée, devenu une encyclopédie vivante du rock, Dick faisait profiter de sa science les auditeurs de RMC. Il s’était aussi essayé au cinéma (avec son compère Niçois Jean Pierre Mocky) et au théâtre, où on le vit interprêter du Jean Genet (Les Paravents) en 2004 sur la scène de Chaillot !
Malgré cette riche carrière et les nombreux succès qui l’ont jalonnée, Dick souffrait d’un manque de reconnaissance de la part du show business et des médias plus prompts à railler son look de rocker vintage (parodié par Antoine de Caunes avec son Didier l’Embrouille, fan éternel de Dick) qu’à reconnaître la qualité de son travail : « Ce n’est pas tellement un problème de reconnaissance du chanteur, nous disait-il en 2011.Au bout de cinquante ans de carrière, je n’en suis plus là. C’est plutôt le manque de reconnaissance à l’homme qui me chagrine. Que Ruquier fasse comme si je n’existais pas, que Drucker ne m’ait jamais invité, je trouve ça limite irrespectueux. Même chose pour les Enfoirés, alors que c’est moi qui, le premier, ai imposé Coluche en première partie de mes spectacles ». Un ostracisme qu’il attribuait à ses origines provinciales (contrairement aux « parisiens » Johnny et Eddy), mais qui le poursuivait jusque dans sa ville natale où il se plaignait de n’être jamais programmé lors de ses tournées : « La dernière fois que j’ai chanté à Nice, c’était en 1996. Un super-souvenir, mais depuis on ne m’y a plus jamais réinvité. Quand je vais manger ma socca chez Pipo ou acheter mes pâtes chez Quirino, rue Bavastro, je déclenche une mini-émeute.Mais quand il s’agit d’organiser des concerts, il n’y a plus personne. Ca a été comme ça depuis mes débuts.Je suis l’illustration vivante du proverbe «Nul n’est prophète en son pays ».
Il n’avait plus joué à Nice depuis 20 ans, lorsque l’an dernier enfin il s’y produisit deux fois coup sur coup, pour la tournée Age Tendre, dont il avait accepté d’être une des têtes d’affiche , et pour un concert avec son propre groupe au Théâtre Lino Ventura, le 15 décembre 2018. Le Hard Rock Café de Nice lui avait organisé une réception enfin digne de son statut d’icone et il avait fait don d’un de ses ceinturons indiens fétiches à la collection de memorabilia du restaurant, manifestant sa gratitude et sa joie d’être enfin fêté chez lui. Bien que physiquement diminué par la maladie, le concert du soir avait été, comme promis, « rock’n’roll à donf’ ». Dick y avait joué ses rocks en VF et ses tubes, dont l’incontournable « Nice Baie des Anges », accompagné d’un groupe de jeunes rockers canadiens très efficaces, devant un public aux anges. En quittant la scène après plusieurs rappels, Dick avait la banane. « Quand je me regarde dans la glace, je n’ai pas honte, nous disait-il. Humainement, je ne me trouve pas trop mal.Musicalement, j’assume tout ce que j’ai fait.Je n’ai jamais enregistré de la soupe pour être à la mode et je trouve que j’ai continué à évoluer assez honorablement.J’en ai marre d’être sous-évalué, mais je sens un respect à défaut de véritable reconnaissance ». Elle viendra sans doute après sa mort confirmée sur son compte Twitter par son fidèle manager Denis Sabouret : « J’ai la grande tristesse de vous annoncer que Dick Rivers @riversdick est décédé cette nuit des suites d’un cancer. Nos très affectueuses pensées à son épouse Babette ainsi qu’à toute sa famille ». Contrairement aux voeux de ses nombreux fans azuréens, Dick a été inhumé à Paris et non à Nice, au cimetière de Montmartre le jeudi 2 mai 2019. Ses obsèques ont été célébrées en l’église Saint Pierre de Montmartre en présence de nombreuses personnalités, dont Francis Cabrel, Nicoletta, Pierre Billon, Jean Claude Camus, Christophe Dechavanne, Petula Clark, Isabelle Aubret, Fabien Lecoeuvre et Jean Luc Lahaye. Son éloge funèbre a été prononcé par Brice Hortefeux et Eric Naulleau.
Patrick Bruel à Nikaïa
On ne s’était pas donné rendez vous dans dix ans. Les chansons de Patrick Bruel ne sont pas vraiment notre tasse de thé et on gardait le souvenir cuisant de concerts pour midinettes où l’on s’était senti bien seul, les tympans vrillés de « Patriiiiick ! » suraigus. Il a fallu toute l’insistance amicale de Patricia, l’attachée de presse du concert (« Tu verras le show est superbe ») et la promesse de places VIP, pour nous y traîner à nouveau. Et on n’a pas regretté notre soirée ! C’est dans un Nikaïa archi comble, au milieu d’une foule en majorité féminine (mais pas que), que l’on s’est donc retrouvé pour assister à l’étape niçoise du « Tour 2019 ». Il passait la veille par Toulon et repassera cet été par Sollies Pont. En attendant probablement un Stade de France, ou une autre méga enceinte de ce genre, vu le succès de la tournée, qui affiche complet partout. Le show est taillé pour les grandes scènes avec des écrans gigantesques et des jeux de lumière impressionnants.
On pense immédiatement à ceux que proposait Johnny et on n’est pas surpris qu’aux rappels, Bruel reprenne « J’ai oublié de vivre », en hommage à son pote disparu. La setlist mixe savamment anciens et nouveaux titres, ballades et tubes.Toujours fringant, « Patriiick » porte beau ses 59 printemps et sa voix est plus puissante que dans nos souvenirs. Bien que son groupe, composé de fidèles qui le suivent depuis des lustres, soit excellent, il assure une bonne partie du concert en solo, en s’accompagnant à la guitare acoustique ou au piano (qui descend des cintres pour trois titres puis remonte). Sa complicité avec le public est réelle et dépasse l’adulation béate. Le show est sans doute le meilleur qu’il ait jamais produit et la comparaison avec ceux de Johnny n’est pas erronée. Si on lui cherche un successeur, Bruel constitue désormais un sacré prétendant. Bref, on n’attendra pas dix ans pour aller le revoir sur scène.
Dick Rivers à Nice
Vingt ans qu’il n’était pas venu donner de concert à Nice ! C’est peu dire que le retour de Dick Rivers était attendu dans sa ville natale. Né Hervé Forneri, fils d’un boucher du vieux Nice, ex-leader des Chats Sauvages, c’est une légende du rock français que le théâtre Lino Ventura accueillait le samedi 15 décembre. Pour l’occasion, le Hard Rock Café de Nice lui avait organisé une petite réception au cours de laquelle Dick a officiellement remis au manager du restaurant un ceinturon US qui s’en est allé rejoindre la collection d’objets de memorabilia du HRC.
C’est Lone Redneck, groupe de country rock local, qui assurait la première partie du concert. Un excellent choix pour une mise en jambes bien rock’n’roll. Le répertoire de classiques rock et de chansons originales du groupe était parfait pour attendre la star de la soirée. Entouré de quatre musiciens , Dick Rivers a livré le show « rock’n’roll à donf‘ » promis, enchaînant les classiques du rock en versions originales (« Not Fade Away », « Hearttbreak Hotel », « 20 Flight Rock », « Let’s Have a Party », « That’s Allright Mama » ) ou traduites (« Mauvaise Fille », « Faire un pont », « Gravement amoureux de vous », « Maman n’aime pas ma musique« ) et quelques tubes comme « Pluie et Brouillard » ou l’incontournable « Nice Baie des Anges« . Le groupe canadien qui accompagne Dick sur cette tournée est très rockab’, à l’image du guitariste Robert Lavoie, digne émule de Brian Setzer (Stray Cats) : le son dépotait vraiment. Dommage que la voix du chanteur ait été un peu noyée dans le mix ! Mais le public niçois, venu en nombre (le théâtre était plein), s’est éclaté et a fait un véritable triomphe à son rocker maison.
JL Aubert à l’opéra de Nice
Bien qu’annoncé tardivement et sans grande publicité, le concert solo de Jean Louis Aubert à l’opéra de Nice n’a eu aucun mal à afficher complet. Les fans de l’ex-chanteur de Téléphone et des Insus l’attendaient pour l’unique escale niçoise de la tournée Prémices. Après la triomphale tournée de reformation de Téléphone sous le nom des Insus, on n’espérait pourtant pas voir Aubert sur scène de sitôt. Mais visiblement ses fans ne sont pas rassasiés… et lui non plus! À 63 ans, l’ex-Téléphone aime toujours autant le contact avec le public et il le prouve avec cette tournée en solo acoustique au cours de laquelle il interprète pendant plus de deux heures les chansons de son répertoire, quelques tubes de Téléphone et une poignée de nouveautés écrites dans l’optique d’un nouvel album. D’où le nom de la tournée, Prémices, qui sonne comme une douce promesse. À Nice, Aubert en a joué deux, sans donner leur titre. On les a donc baptisées «Artiste-autiste» et «Courage, dansons». Deux chouettes chansons «à texte» qui annoncent, peut-être, un album plus «folk» que «rock». Visiblement heureux d’être là et en grande forme physique, «Jean-Louis» comme l’appellent affectueusement ses fans, les a chantées pour sa maman qui occupait une des loges. Toujours aussi généreux et à l’aise sur scène, même seul dans un décor uniquement constitué d’instruments de musique (guitares, piano, percussions), devant un «pedal board» qui ressemble à un tableau de bord de Boeing 747, Aubert a joué pendant près de deux heures trente pour un public transgénérationnel (enfants, parents et même grands-parents !) qui connaît ses chansons par cœur et les chante avec lui. «Voilà, c’est fini», au deuxième rappel, marqua la fin du spectacle. C’était de circonstance, mais on aurait aimé que ça ne se termine jamais.